11 janvier 2012 : Vadis Odjidja-Ofoe (23 ans) prend la 4e place au Soulier d'Or, il n'a collecté que quelques points au premier tour de vote mais a fait un carton au second. Le week-end suivant, son retour à Anderlecht est moche : il prend sa douche avant les autres, genou meurtri, et prépare son sac pour l'hosto. Bilan : près de dix matches d'indisponibilité et un come-back juste avant les play-offs. Depuis leur lancement, on ne l'a pas encore revu au rythme infernal qu'il a tenu pendant la première moitié de la saison.
...

11 janvier 2012 : Vadis Odjidja-Ofoe (23 ans) prend la 4e place au Soulier d'Or, il n'a collecté que quelques points au premier tour de vote mais a fait un carton au second. Le week-end suivant, son retour à Anderlecht est moche : il prend sa douche avant les autres, genou meurtri, et prépare son sac pour l'hosto. Bilan : près de dix matches d'indisponibilité et un come-back juste avant les play-offs. Depuis leur lancement, on ne l'a pas encore revu au rythme infernal qu'il a tenu pendant la première moitié de la saison. Pourquoi a-t-il mis du temps pour devenir une vraie valeur sûre dans l'entrejeu de Bruges ? Le " C'est pas ma faute, c'est pas moi, c'est les autres ", ce n'est pas le genre du bonhomme. Il assume via une introspection et une analyse perso sans tabous. Vadis Odjidja-Ofoe : Oui, déjà en décembre, mon genou a commencé à me faire souffrir. Mais aller trouver directement le doc parce que j'ai un petit bobo, ce n'est pas mon style. Dans ces cas-là, j'ai tendance à me dire que ça partira comme c'est venu. J'ai continué à jouer, puis le genou s'est mis à gonfler lors de chaque match. C'était mieux d'opérer pour éviter un problème plus grave. Avant de monter sur le terrain à Anderlecht, je savais que c'était mon dernier match, que j'allais passer sur le billard. Ce n'est pas à moi à le dire. Qu'est-ce qu'on attend ? Que je lance fièrement : - Je suis le meilleur ? Tous ces commentaires me faisaient plaisir, mais à la limite, ils entraient par une oreille et sortaient par l'autre. Si tu t'attaches à ça, tu attrapes la grosse tête et tu ne peux plus évoluer. Au contraire, tu as de grandes chances de t'endormir et de régresser. Moi, je savais simplement que j'avais bien progressé parce que j'avais fait une préparation super sérieuse. Bien sûr ! Et ça explique ce que je faisais à ce moment-là : deux ou trois bons matches, puis je retombais, je devenais invisible. Entre-temps, je suis devenu plus mature. En fin de saison passée, je me suis retrouvé avec les Diables. Je me suis dit : -Je suis au milieu de plein de grands joueurs, de gars qui gagnent des titres, qui font partie des meilleurs dans des grands championnats. Ça m'a ouvert les yeux. J'ai décidé de tout faire pour me mettre à leur niveau et de réussir une grosse saison pour avancer. Au Club, Adrie Koster m'a pris plusieurs fois à part, il m'a fait comprendre que je ne donnais pas toujours le meilleur de moi-même. Je faisais des bons entraînements mais il attendait encore plus de moi. Avant ça, il arrivait déjà qu'il me tienne le même genre de discours, je l'écoutais puis je n'en faisais qu'à ma tête. Voilà ! J'avais une certaine nonchalance, je me disais : -Ça va venir, ça va bien se passer. Il m'a fallu du temps pour comprendre que ça pouvait effectivement venir, mais que pour ça, il fallait beaucoup bosser et être sérieux. C'est la jeunesse... (Il rigole). Mais mon passé explique certaines choses. Quand j'étais en jeunes à Anderlecht, tout était trop facile. En montant sur le terrain, on pensait systématiquement : -On va gagner parce qu'on est quand même les plus forts, et de loin. Cette mentalité, ce n'est pas facile de la faire sortir de toi quand tu passes chez les adultes ! Exactement ! Et ça a stoppé la progression de plein de joueurs que j'ai connus là-bas. Quand je suis arrivé, il y en a trois qui ont filé au PSV, ils étaient trop bons pour le Sporting. Ibrahim Maaroufi était un des trois. Il a eu du mal à confirmer. Les deux autres, je ne sais même pas ce qu'ils sont devenus. Pourtant, je ne te dis pas le foot qu'ils avaient ! Pour la première fois, j'étais très bon dans la durée. Mais je peux encore faire mieux. Je dirais 80 ou 85 %. Ça ne sert à rien de mentir, j'ai déjà dit que j'avais des ambitions, des objectifs. Il faut que j'arrive à donner 100 % de mon potentiel et que j'avance. La Bundesliga est un championnat qui m'attire toujours. Mais je n'ai aucune revanche à prendre. Je suis parti trop tôt à Hambourg, je n'étais pas prêt, je me suis laissé influencer par les belles paroles de mon agent alors que ce n'était pas un club pour moi à cet âge-là, c'est tout. Retrouver toutes ses sensations aussi peu de temps après une opération, c'est une utopie. Aucun joueur qui a passé deux mois et demi à l'infirmerie ne peut revenir directement à son meilleur niveau. Il faut du temps de jeu. J'ai tout fait mais c'est sans doute pour les tout derniers matches que je serai parfaitement au point. Je ne sais pas. Il y a d'autres médians en très grande forme, j'ai l'impression que ça pourrait influencer Georges Leekens... Tant mieux si je suis appelé mais ce n'est pas trop mon objectif pour le moment. D'abord ma santé et mon club. Il y a longtemps que ça ne me fait plus rien. J'y ai déjà rejoué quelques fois depuis mon retour en Belgique. Le Sporting, c'est une partie de mon passé, mais remonter sur ce terrain ne me fait plus rien. C'est un match comme les autres. Absolument pas ! C'était un peu spécial quand j'ai joué pour la première fois en D1 parce que c'est ma ville et que j'ai commencé le foot là-bas. C'était un peu touchant quand j'ai affronté Anderlecht pour la première fois avec Bruges. Et il y avait quelque chose aussi quand j'ai joué face à Hambourg en stage avec le Club. Mais une fois que les premières retrouvailles sont passées, je zappe, je passe à autre chose. Je suis surtout quelqu'un qui se méfie beaucoup. Et je m'adapte aux gens que j'ai en face de moi. Aux interviews à la télé, on ne voit pas le Vadis qui s'amuse avec ses potes, ce sont deux personnages complètement opposés. Je fais attention à tout dès que je me retrouve en face de journalistes, par exemple. Je place volontairement une barrière. Le monde du foot est tellement dangereux... Il y a peu de gens honnêtes dans ce milieu, il faut faire gaffe à tout moment. Et on peut compter sur qui ? Quand tout va bien, tout le monde vient vers toi. Quand ça va mal, il te reste ta famille et tes amis. Bien sûr. Quand ça ne rigolait pas pour moi à Hambourg, je n'avais plus grand monde pour me soutenir. Comme ça n'allait pas sur le plan du foot, c'est devenu difficile au niveau humain. Si tu joues, tu te fous de l'environnement où tu es. Même au fin fond de la Russie ou ailleurs où il n'y a rien, tu seras heureux. Par contre, te retrouver seul à l'étranger quand on ne te met jamais sur le terrain, c'est dur. Pas toujours, non ! Je ne suis sûrement pas le type le plus facile du vestiaire mais c'est parce que je veux aider l'équipe. S'il faut provoquer une petite dispute de temps en temps... je ne dis pas non. Je ne gueule pas tous les jours, mais quand ça sort... (Il rigole). Je ne dis pas que ça ne me touche pas. Quand j'ai eu des problèmes avec Adrie Koster (je l'ai critiqué publiquement) et quand je m'en suis pris à Gert Verheyen qui m'avait tacklé dans la presse, on a donné une mauvaise image de moi et ça m'a fait mal. Voilà ! J'ai grandi dans la tête. Ma technique, c'est avec Bruges que je peux l'étaler parce qu'ici, on a décidé de me faire jouer. J'aurais pu rester à Anderlecht, gagner des titres et des coupes, ce que je n'ai pas encore fait avec le Club. Mais remporter des trophées en étant sur le banc ? Ça ne m'intéresse pas. Le temps de jeu qu'on me donne ici est bien plus précieux que tous les titres. Quand on me voit jouer aujourd'hui, je ne crois pas que mon passé en futsal saute aux yeux. C'est plus visible chez un Dirar, par exemple. Non, c'est surtout pendant ma formation à Anderlecht que j'ai appris à faire plein de chouettes trucs avec le ballon. Si tu fais tout en match, l'entraîneur va t'engueuler ! Chez les pros, tu ne joues plus pour le plaisir, ce n'est plus de la rigolade, on te demande du rendement et des victoires. C'est comme ça, il y a trop d'argent en jeu. Ça dépend surtout de ta place sur le terrain. En début de saison, je jouais plus haut avec Koster. Donc, j'avais plus de liberté, je pouvais me permettre plus de choses. Plus qu'avec Mathijssen, qui m'utilisait surtout comme numéro 6. Tu ne peux quand même pas demander à un joueur offensif de jouer simple tout le temps, il doit créer des espaces et faire à l'occasion ses petits trucs à lui. Un défenseur a l'obligation d'être plus sobre, même s'il est très doué techniquement. S'il commence à faire des roulettes ou des talonnades, ça peut être dangereux. Un Ryan Donk est capable de plein d'astuces techniques mais il doit se contenir. Ouais... Je pense que ma position est entre les deux. Biglia est un vrai numéro 6, il ne s'aventure pas trop devant. Et Suarez est un véritable attaquant, il ne va pas se taper des sprints de 60 mètres vers son rectangle. Oui, je pense bien. Jan Polak avait un volume de course énorme, il était partout sur le terrain. J'ai joué avec lui à Anderlecht et je me reconnais un peu en lui, oui. Mais nous sommes fort différents sur certains points. Par exemple, il n'était pas très créatif. Il impressionnait surtout par son côté très dur dans les duels, c'était presque un Allemand. Oui mais je préfère avoir le ballon dans les pieds que devoir aller le chercher dans les pieds d'un adversaire... Parfois, tu dois donner pour l'équipe et oublier ta propre importance. Mets-toi à ma place, ce n'est pas facile de changer complètement de rôle du jour au lendemain. Pour moi, ça tournait très bien avec Koster, ma mission offensive me convenait très bien, je pouvais m'exprimer un max, j'étais bon, j'aidais beaucoup l'équipe. Mais je me suis entre-temps adapté à ma place de médian défensif, les frustrations sont oubliées. PAR PIERRE DANVOYE" Tout était trop facile avec les jeunes d'Anderlecht : un cadeau empoisonné. "