Thibaut Courtois et Silvio Proto sont les gardiens de but les moins souvent passés cette saison mais il y a une grande différence : avant cette saison, l'Anderlechtois avait disputé 108 matches au plus haut niveau tandis que le Limbourgeois n'en comptait qu'une, contre Gand, le 17 avril 2009 (2-2).
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Thibaut Courtois et Silvio Proto sont les gardiens de but les moins souvent passés cette saison mais il y a une grande différence : avant cette saison, l'Anderlechtois avait disputé 108 matches au plus haut niveau tandis que le Limbourgeois n'en comptait qu'une, contre Gand, le 17 avril 2009 (2-2). Thibaut Courtois : Je n'avais que seize ans, mais j'avais joué avec une certaine maturité, même si j'aurais pu mieux choisir ma position sur le second but : dans ce cas, j'aurais pu éviter le goal. C'est en revoyant les images que je remarque à quel point j'ai progressé. J'ai plus de présence et de maturité et ça se voit. Maintenant, il y a quelqu'un devant le but alors qu'il y a deux ans, j'étais presque recroquevillé dedans. En effet, Genk paraissait croire davantage en lui et ça ne me plaisait évidemment pas. Un jour, j'ai reproché à Guy Martens, l'entraîneur des gardiens, de le préférer. Il m'a répondu que Koen lui avait adressé exactement le même reproche la semaine précédente. Parfois, j'espérais pouvoir afficher plus de confiance en mes moyens mais c'était difficile car Koen et moi avions le même âge. Lequel des deux Genk devait-il choisir ? C'était vraiment un dilemme. Je mesure déjà 1,99 mètre mais je continue à grandir. Koen a atteint sa taille plus rapidement, de même qu'il s'est aussi développé plus tôt. Il a donc vite été plus puissant que moi mais en Espoirs, grâce à Jos Beckx, j'ai accompli un énorme pas en avant en l'espace de six mois, après avoir peaufiné ma technique avec Gilbert Roex. Jos ne plaçait pas l'accent sur la maîtrise du ballon mais sur le physique. Il était très dur. Nous devions sauter une haie puis allez chercher le ballon dans la lucarne. Il le tirait toujours un peu plus loin, de sorte que nous devions nous donner plus de mal. Au bout d'un semestre, Koen et moi nous sommes retrouvés au même niveau. Ensuite, quand j'ai travaillé avec Guy, nous avons replacé l'accent sur la maîtrise du ballon. Guy est un alliage de Gilbert et de Jos. C'est avant tout une question d'assurance. Quand tu penses que personne ne te battra, tu t'éloignes davantage de ton but et tu prends plus de hauts ballons. Sans ce sentiment, tu recules. Les adversaires le remarquent immédiatement et centrent plus près du but. Donc, on encaisse plus. S'il y a une chose que je choisis sciemment, c'est de jouer en jaune. J'ai aussi un ensemble bordeaux mais je ne le trouve pas beau. Le noir n'est pas spécial. En jaune, je frappe plus. Quand un adversaire voit un grand bonhomme en jaune lui foncer dessus, il doit quand même éprouver quelque chose. Je n'ai jamais été nerveux sur le terrain. Je reste moi-même. Parfois, je sens que tout n'est pas parfait en moi. Mon estomac gargouille mais je n'en souffre pas. Si c'est vraiment embêtant, je demande une pilule au médecin. A Sclessin, je sens littéralement l'énergie que dégagent les supporters. C'est très prenant. Le stade du Club Bruges, par exemple, est beaucoup plus ouvert, on y respire mieux. Comme à Genk. Un jour, Istvan Backx m'a confié qu'il aimait jouer chez nous parce que le public est plus éloigné du terrain, ce qui crée une belle ambiance, pas trop étouffante. Généralement, la veille du match, je mange un durum. Je l'ai fait une fois en début de saison et tout s'est bien passé. C'est devenu un rituel. En catégories d'âge, nous devions évoluer très haut. On nous répétait de jouer avec les espaces. Guy Martens nous obligeait aussi à nous planter devant le but, ce qui nous permettait généralement de nous emparer aisément des ballons qui passaient. Dans une telle situation, si on est sur sa ligne, on est probablement en duel direct, homme contre homme et il faut alors réaliser un arrêt que tout le monde trouvera sans doute fantastique alors que pour prévenir ce danger, il aurait suffi d'adopter une meilleure position. Guy nous apprend ce genre de choses. Il estime qu'anticiper est aussi beau qu'aller chercher un ballon dans la lucarne. Je ne fais pas de show. Je ne vais pas dégager du poing un ballon pour avoir deux points de plus dans le journal. Si je peux saisir le ballon, je le fais. En catégories d'âge, nous étions obligés de jouer sobrement. On pouvait avoir de l'ambition mais pas le gros cou. Je ne trouvais pas facilement des chaussures à ma pointure. Une fois, j'ai acheté des grises. Je me rappelle les avoir colorées en noir avec un marqueur car Genk ne voulait pas qu'on fasse de show... Quand je fixe mes jambières avec du tape, je camoufle le tout sous mes bas. La plupart des joueurs trouvent chic de le placer au-dessus des chaussettes mais à Genk, c'était interdit. Quand, toujours Espoir, je m'entraînais avec l'équipe fanion, j'ai un jour placé le tape au-dessus. Je l'ai ôté au repos. Je ne me sentais pas bien. Je me suis dit que les autres allaient trouver que j'avais changé. Mon jeu au pied : il doit être plus court et plus rapide. Comme ma technique de frappe... De temps en temps, nous dégageons vingt ballons mais il faut prendre garde à ne pas surcharger l'aine. Mes dégagements ne vont pas très loin mais ils sont bons. Il y a quelques années, j'avais du mal à atteindre la ligne médiane. C'était avant tout une question de puissance. On veut alors forcer et on commence à tirer autrement. Je fais très attention à la manière dont je place mon pied, surtout quand nous procédons à un de nos petits jeux : chaque gardien frappe trois ou quatre ballons de la ligne médiane vers le but. Si on touche la barre transversale, on a trois points. Si le ballon file directement dans le but, on en a deux et si le ballon pénètre dans la cage sur un rebond, on n'en a qu'un. Je ne suis pas le dernier à ce petit jeu. Environ une fois sur trois. Non, la différence est qu'alors, tout rentrait ! Avant le Nouvel-An, nous avions aussi un noyau plus restreint et le mois de décembre a été pénible. Maintenant, la concurrence s'est accrue et ça nous maintient affûtés. On n'en parle pas beaucoup, en fait. Je pense que c'est la meilleure méthode. Tout le monde a envie d'être champion mais nous sommes réalistes. Nous savons qu'en théorie, Anderlecht est plus fort que nous. Pourtant, si nous poursuivons sur notre lancée, nous ne sommes pas dénués de chances. Nous devons de toute façon jouer notre carte à fond, jusqu'à ce que ça ne marche plus, puis nous accrocher à la deuxième place, si nous coinçons. Nous avons beaucoup de jeunes joueurs. Réussir quelque chose avec eux serait génial. Pour ma formation et mon évolution, il est préférable aussi de rester encore un an, au moins. La saison prochaine sera celle de la confirmation. Simultanément, je devrai aussi devenir un leader. Il faut choisir le bon moment pour partir. Si j'émigre, ce ne sera pas pour faire banquette et me fondre dans l'anonymat mais pour jouer et faire carrière. Quand les journaux en font état, les entraîneurs pensent que si on lit ça, on va peut-être commencer à planer et ne plus se soucier de l'équipe. Mais cela a l'effet contraire sur moi : je veux me montrer encore plus et prouver que je mérite cette attention. PAR KRISTOF DE RYCK" A Sclessin, on sent littéralement l'énergie que dégagent les supporters. "