T omislav Mikulic est un homme discret qui ne cherche pas les compliments. Il laisse la " une " aux autres mais précisa quand même lors de notre entretien : " Un jour, j'ai lu qu' Oguchi Onyewu avait paru moins à l'aise parce que Sarr n'était pas là. C'était totalement faux et même déplacé : mon équipe n'avait pas encaissé de but. Mais je savais en venant ici que rien ne serait facile car la défense avait été un des grands ingrédients de la conquête du titre. J'allais devoir faire preuve de patience. "
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T omislav Mikulic est un homme discret qui ne cherche pas les compliments. Il laisse la " une " aux autres mais précisa quand même lors de notre entretien : " Un jour, j'ai lu qu' Oguchi Onyewu avait paru moins à l'aise parce que Sarr n'était pas là. C'était totalement faux et même déplacé : mon équipe n'avait pas encaissé de but. Mais je savais en venant ici que rien ne serait facile car la défense avait été un des grands ingrédients de la conquête du titre. J'allais devoir faire preuve de patience. " Mikulic a fait son trou à Sclessin comme l'oiseau construit son nid en récoltant patiemment mille brindilles. Il n'a pas fréquenté l'une ou l'autre Villa Médicis du football européen mais il ne débarquait pas non plus des îles Galapagos. Le second rôle prouve petit à petit qu'il a des planches. A Genk, de janvier 2005 à janvier 2008, il fit preuve d'une sobriété qui avait déjà attiré le regard du Standard : " Un contact avait été noué avant que je parte six mois au Dinamo Zagreb. Pour moi, c'était un honneur et l'occasion de réaliser un rêve de gosse : tout petit, j'étais déjà supporter de ce club mythique. J'y débarquais après avoir acquis un peu d'expérience internationale à... Genk. " La jeunesse de Mikulic n'a pas été un long fleuve tranquille. Il a passé ses premières années à Vukovar, une des villes les plus défigurées par le conflit qui ensanglanta l'ex-Yougoslavie. A 10 ans, Tomislav se retrouva loin de là, dans des camps de réfugiés à Osijek. Son père était blessé et les baraquements des déportés bondés à craquer. " Les jeunes s'habituent vite à un nouvel univers mais il en va autrement pour les plus âgés ", se souvient-il. " Moi, j'avais le football qui a vite pris une place importante dans ma vie. " Mikulic vit alors sa passion au NK Osijek qui fut, d'ailleurs, entraîné par Branko Karacic, ancienne vedette du CS Bruges et la rampe de lancement de Davor Suker et de Robert Spehar. " Dinamo Zagreb a la dimension de grand club. J'y ai été entraîné par Branko Ivankovic et surtout Zvonimir Soldo. Au centre de la défense, j'ai joué avec Igor Biscan qui m'a épaté par sa simplicité. Il a évolué à Liverpool et Panathinaïkos mais s'entraîne encore avec la foi d'un Junior. A Zagreb, j'ai aussi retrouvé Bosko Balaban, qui n'a rien perdu de sa force de frappe. J'ai eu la chance aussi d'être l'équipier de Luka Modric, un surdoué, un extra-terrestre. Il est parfois un peu taiseux mais est un vrai patron dans le jeu. Il pense et agit plus vite que les autres. Son transfert à Tottenham ne m'étonna pas du tout : sa technique est sans faille et il est doté, en plus, d'une excellente condition physique qui lui procure un rayon d'action exceptionnel. Il n'a pas besoin de crier pour être entendu ou compris : son talent est suffisamment éloquent. Blessé durant un mois au bas-ventre, j'ai pris part à 16 matches, que ce soit en Coupe ou en championnat. Je n'en ai perdu... aucun. Cela m'a permis de réaliser le doublé. Exceptionnel ! Je n'avais pas quitté Genk pour rien. J'étais bien dans le Limbourg mais un ressort s'est cassé quand nous avons été éliminés par le FC Sarajevo lors du deuxième tour préliminaire de la Ligue des Champions. J'aurais pu rester sans problèmes à Genk et la direction a compris que j'avais besoin de changer. Nous nous sommes quittés en toute amitié et je n'oublie pas que Genk fut aussi un tournant important. J'y ai abattu mon boulot dans une bonne ambiance. J'ai progressé que ce soit avec René Vandereycken ou Hugo Broos. Vandereycken était proche de ses joueurs, Broos avait beaucoup de métier. " A la fin de la saison passée, Mikulic décide de repartir à l'étranger. En Croatie, il y a beaucoup de mouvements de joueurs et de coaches dans les clubs. Au Dinamo, désormais entraîné par Krunoslav Jurcic (ex-Beveren, 1995-96), les cadres ont changé avec les arrivées de Tomislav Butina, RobertKovac, etc. L'agent de Mikulic, Robert Spehar, connaît bien LucienD'Onofrio qui fut le sien dans sa longue carrière (Osijek, Dinamo Zagreb, Club de Bruges 1995-97, Monaco, Vérone, Sporting Portugal, Galatasaray, Standard 2002-03, Omonia Nicosie). Spehar n'ignorait pas que le champion de Belgique cherchait à étoffer ses atouts au centre de la défense en cas de pépins d'Onyewu ou de Sarr. La candidature de l'arrière croate fut retenue. Mikulic avait effectué sa campagne de préparation d'été avec le Dinamo Zagreb en Autriche. Il était prêt et signa un contrat de deux ans, avec une option pour une saison supplémentaire : " J'ai débuté en match amical contre Cologne à Eupen. J'ai vite perçu l'excellence du niveau liégeois. Je savais que j'étais là pour rendre service au collectif quand le coach ferait appel à moi. Et cela n'a pas tardé. Avant le match aller contre Liverpool, le Standard était ennuyé par la suspension d'Onyewu (carte rouge face au Zénith Saint-Pétersbourg). Moi, je croyais être coincé par des avertissements européens encaissés avec Genk mais le Standard apprit peu avant le match que mes bristols ne comptaient plus. Le coach fit donc appel à moi pour affronter les Reds à Sclessin. Je ne pouvais pas rêver mieux. Ce fut un moment très fort. Je devais marquer Fernando Torres ou Robbie Keane. Ce fut un match épique, sensationnel qui aurait dû se terminer par un succès pour nous, pas par un nul blanc. Onyewu a normalement repris sa place à Anfield Road. " Une longue période de patience attendait l'arrière croate qui joua ici et là à la rustine. Un temps de jeu limité érode forcément les automatismes. Bölöni s'en tenait logiquement à son équipe. Il fallait attendre et Mikulic fit contre mauvaise fortune bon c£ur. L'attente fut longue et il profita finalement de la suspension et de la blessure de Sarr pour devenir le lieutenant d'Onyewu au c£ur de la ligne arrière du Standard. Mikulic est un arrière central pur et dur. Athlétique, il ne craint pas les duels et n'est du genre à chipoter. On fait appel à lui pour garder la baraque, pas pour enjoliver le jeu. Son job, c'est défendre. Son engagement et son sens de l'anticipation sont souvent utiles. Il s'étonne quand on relève un manque de vitesse : " Landry Mulemo est le seul plus rapide que moi en défense. J'avais besoin de quelques matches consécutifs pour cultiver mes automatismes. Avant la reprise en janvier, mes apparitions étaient trop sporadiques. Je comprenais le coach mais s'entraîner et peu jouer, n'est pas facile à gérer. Ce fut le cas pour tous les réservistes. A la longue, un débat s'est installé dans la presse : le banc du Standard était-il à la hauteur ? J'ai trouvé cette question était déplacée. Je n'ai jamais eu de doutes et les doublures n'ont pas déparé le Standard : Réginal Goreux, Landry Mulemo, BenjaminNicaise, Léon Benko, Mehdi Carcela, EliaquimMangala ou les autres ; tout le monde est utile. Je crois avoir prouvé que je pouvais rendre de bons services au tenant du titre ". par pierre bilic - photos : reporters