Je l'ai bien regardé contre St-Trond, j'ai visionné la cassette à Westerlo, et je bafouille ceci après le résumé de Standard-Beveren. Mais qu'importe : il aurait même été roi du terrain ce samedi que ça ne chamboulerait pas mon opinion. Prosinecki, je trouve ça beau, je voudrais trouver ça bon, mais je n'y arrive pas! Je sais, c'est ahurissant : avec Selymes en baisse et Koller en hausse, c'est le seul étranger de Belgique à posséder une réelle carte de visite internationale! Pourtant, plus je me répète que Prosinecki reste titulaire du onze croate, plus je me réjouis que les Diables soient dès lors supérieurs à la Croatie : car avoir au top Robert comme adversaire, c'est du gâteau! Non, j'exagère : disons qu'avoir en face un me...

Je l'ai bien regardé contre St-Trond, j'ai visionné la cassette à Westerlo, et je bafouille ceci après le résumé de Standard-Beveren. Mais qu'importe : il aurait même été roi du terrain ce samedi que ça ne chamboulerait pas mon opinion. Prosinecki, je trouve ça beau, je voudrais trouver ça bon, mais je n'y arrive pas! Je sais, c'est ahurissant : avec Selymes en baisse et Koller en hausse, c'est le seul étranger de Belgique à posséder une réelle carte de visite internationale! Pourtant, plus je me répète que Prosinecki reste titulaire du onze croate, plus je me réjouis que les Diables soient dès lors supérieurs à la Croatie : car avoir au top Robert comme adversaire, c'est du gâteau! Non, j'exagère : disons qu'avoir en face un mec à ce point statique, fût-il hyper-technique, ça comporte forcément plus d'avantages que d'inconvénients. Prosinecki est passeur d'exception. Passeur statique d'exception. Tout ça et rien que ça. Il demande les ballons dans les pieds et à l'arrêt, voit de suite à qui donner s'il y a quelqu'un, garde le ballon joliment jusqu'à ce qu'il y ait quelqu'un s'il n'y a personne. Sauf quand il perd le cuir, ça arrive et c'est alors mortel potentiellement, c'est comme un assist à l'envers, car Prosi demande souvent les ballons pas loin de son but : ses 2 ou 3 potes plus bas que lui ne s'attendent pas toujours à ce qu'il se le fasse piquer! Mais soit, 19 fois sur 20, il donne une bonne passe : courte ou longue, à terre ou en l'air, prévisible ou lumineuse, toujours belle parce que toujours limpide. Si tu ne vois du foot que Prosinecki avec ballon, tu te dis que le foot est simple : suffit de regarder et de faire des passes! Sauf que...D'abord, faut pas montrer Prosinecki aux gosses, c'est mauvais pour leur croissance. Aux gosses, tu apprends qu'immédiatement après la passe, il faut rebouger et redemander, avec de préférence un p'tit changement de rythme pour surprendre. Vu sous cet angle, le Standard dispose d'un Croate antipédagogique : Robert demande le ballon à l'arrêt, donne le ballon presque à l'arrêt, et s'arrête pour se reposer une fois qu'il l'a donné. Ensuite, Prosinecki ne va jamais au charbon, dans la mesure où il est abonné au rond central, aimanté par la zone médiane. Pas question d'être haut avec les attaquants quand les attaquants attaquent : le Croate regarde de loin, disponible pour une passe en retrait et une redistribution. Et pas question d'être bas avec les défenseurs quand les défenseurs défendent : le Croate regarde de loin, disponible pour une passe quand le ballon aura été récupéré! Je connais la chanson, c'est son meilleur rôle, "Prosinecki est exceptionnel si ses partenaires font mouvement autour de lui" : mais la chanson est sirupeuse, on ne s'agite pas comme on veut autour d'un surdoué, faut pas oublier qu'il y a aussi des adversaires pour enrayer l'agitation!Si grande soit sa qualité de passe, elle ne dispense pas Prosinecki de bouger, un gars statique est toujours un maillon faible de la chaîne! Et puis, ceci crève hélas les yeux : si t'es d'en face, c'est du gâteau de plonger dans le dos de notre homme afin de créer une supériorité numérique dangereuse : comme quoi on peut voir vite les équipiers qui bougent, et ne rien (vouloir?) voir des adversaires qui bougent. Comme quoi on peut être rusé en possession de ballon, et balourd en perte de balle. Un intello a dit un jour que le foot était de l'intelligence en mouvement : Robert n'est pas malin s'il croit qu'il ne s'agit que du mouvement des autres!Souvenez-vous du tube d' Aragon chanté par Brassens : "Il n'y a pas d'amour heureux. Mais c'est notre amour à tous deux". Je me demande si le Croate et Costantin fredonnent ça en duo. Mais je pense surtout à deux vers faits pour Prosinecki, si capable d'éclair (au singulier) et si coupable d'absences (au pluriel) : "Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson, ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare". Même si, samedi, Prosi a filé aux Rouches frisson et guitare. Sans le reste?Bernard Jeunejean