Silvio Proto n'a pas encore joué une seule minute en championnat de D1 mais la presse l'a autant cité que pas mal de titulaires, tout au long de la saison dernière. Il fut signalé en test à la Fiorentina, il signa un précontrat à Anderlecht, le Standard s'intéressa à lui, etc.
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Silvio Proto n'a pas encore joué une seule minute en championnat de D1 mais la presse l'a autant cité que pas mal de titulaires, tout au long de la saison dernière. Il fut signalé en test à la Fiorentina, il signa un précontrat à Anderlecht, le Standard s'intéressa à lui, etc. Ce gamin de 18 ans avait clairement la bougeotte mais c'est désormais de l'histoire ancienne: il a signé un nouveau contrat de cinq ans à La Louvière et est, depuis cette semaine, véritablement professionnel. "J'ai reçu mes résultats scolaires la semaine dernière", dit-il fièrement. "Dans ma classe, en sciences fortes, je suis le seul à passer en première session. Pourtant, je n'y croyais pas car j'ai raté plus de deux tiers des cours. Le matin, je brossais systématiquement l'école pour m'entraîner avec le groupe des pros. La période des examens a été horrible: j'avais accumulé tellement de retard, qu'il m'est arrivé plus d'une fois de me lever à deux heures du matin pour étudier!" Silvio (Silvestro sur sa carte d'identité) Proto, d'origine sicilienne, a fait ses débuts de footballeur à l'âge de six ans, à Couillet. Quelques mois au centre-avant, puis dans le but. Il culmine aujourd'hui à 186 cm... mais sa croissance n'est pas terminée. Pour 72 kilos seulement. Une perche trop fine pour susciter tout le respect voulu dans son rectangle. "Le fait de ne plus avoir que le foot à l'esprit va me permettre d'entreprendre un programme copieux de musculation. Ce sera bien nécessaire. Aujourd'hui, je suis mince; il y a deux ans, j'étais carrément cadavérique (il rit). Michel Bertinchamps m'a déjà fait progresser physiquement, mais je suis conscient qu'il me reste énormément de boulot". Silvio Proto, qui passa trois ans à l'Olympic avant de venir à La Louvière, a à son actif un peu plus d'une saison de travail avec le noyau A. Michel Piersoul, entraîneur des gardiens professionnels, et Marc Grosjean l'avaient repéré chez les Scolaires. Silvio était troisième keeper au début de la saison dernière et monta en grade suite à la blessure de Jan Van Steenberghe. Il s'installa sur le banc pendant tout le deuxième tour et ne disputa qu'une mi-temps avec l'équipe Première, en match amical contre Sedan. Beaucoup trop peu pour faire parler de lui. Sa publicité et sa notoriété dans de grands clubs belges et à l'étranger, il les doit à ses prestations avec l'équipe nationale des moins de 18 ans. "Un scout de l'Union Belge a dit un jour à Jean-Claude Verbist que les sélections de jeunes étaient en manque de bons gardiens. Notre manager lui a répondu que ça ne coûterait rien à Patrick Wachel, l'entraîneur des -18, de me donner ma chance. J'ai été convoqué, puis je suis vite devenu titulaire. En fin de saison, j'ai été élu meilleur gardien d'un tournoi en Slovaquie dont nous avons terminé à la deuxième place. L'intérêt de Manchester City et du Standard est apparu après ce tournoi". Les Belges fêtèrent jusqu'aux petites heures leur accession en finale, perdue contre la Suisse: nos -18 n'étaient jamais allés aussi loin dans un grand tournoi. Il y avait déjà une star dans cette équipe avant de partir en Slovaquie: Kevin Vandenbergh. Proto en devint le deuxième grand nom. Avant cela, il avait déjà tapé dans l'oeil de deux clubs italiens: la Fiorentina et Salerne. Et il avait aussi séduit Anderlecht. Grâce à son homme de confiance, qui a l'art de mettre son talent sur le marché: Pietro Allatta. Mais cet homme ne possède pas la carte de manager officiel et cela a suscité des réactions. Les Italiens et les Anderlechtois n'ont pas hésité à négocier avec un faux manager. "Qu'il soit reconnu ou pas n'a aucune importance pour nous", dit Antonino Proto, le père du joueur. "Il y a beaucoup d'hypocrisie dans ce milieu. Quand un club a la possibilité d'engager un tout bon joueur, il ne cherche pas à savoir si son manager a le statut officiel. Par contre, il se renseigne au moment où il faut verser la commission. Et si l'homme en question n'est pas agréé par la FIFA, le club essaye parfois par tous les moyens de ne pas le payer!" Le père Proto a signalé à Anderlecht que son fils n'avait pas signé un contrat en bonne et due forme à La Louvière et qu'il pouvait donc aller gratuitement au Parc Astrid. A ce tarif-là, les Mauves étaient intéressés. D'autres personnes tendirent l'oreille. Si Proto n'était pas sous contrat, il n'avait pas le droit de figurer sur la feuille de match et les Loups risquaient donc de perdre un paquet de points sur le tapis vert. Une vraie saga Proto fut déclenchée dans la presse. "Tout cela m'a valu une publicité fort négative", affirme Silvio. "On parlait de moi comme d'un joueur à problèmes et j'étais très mal à l'aise vis-à-vis de mes coéquipiers". "Tout est de ma faute", ajoute son père. "Je n'avais pas bien lu le document qu'il avait signé à La Louvière: c'était un contrat tout ce qu'il y avait de plus officiel. Anderlecht n'avait donc pas le droit de le transférer pour rien et il n'y avait aucune raison de retirer des points à La Louvière. Mea culpa". Le précontrat signé au Sporting n'avait plus de raison d'être. Et c'est bien mieux comme ça, pense aujourd'hui Silvio. "Finalement, j'aurais peut-être été perdu dans la masse des jeunes prometteurs à Anderlecht. J'y serais devenu troisième, quatrième ou peut-être même cinquième gardien. Je risquais de ne faire partie que du noyau B et de rater ce qui m'a le plus séduit cette saison à La Louvière: assister avec tout le groupe à la préparation de matches à enjeu. Je pense que je serai mieux entouré ici, qu'on prendra davantage le temps de poursuivre ma formation. Filippo Gaone et Jean-Claude Verbist ont tout fait pour me garder et me faire signer un contrat de longue durée. Leur confiance a fait la différence. S'ils n'avaient pas l'impression que j'ai des qualités, ils m'auraient laissé partir sans problème. Il est stipulé noir sur blanc dans mon nouveau contrat que j'entamerai cette saison en tant que deuxième gardien. Et rien ni personne ne m'interdira de me battre pour être carrément titulaire". Bref, Silvio est pronto, comme on dit en italien. Didier Xhardez a quitté le foot pro et Jan Van Steenberghe a été prié de chercher un autre club. Il y avait donc deux places à prendre, dont celle de numéro 1. La Louvière a transféré Jean-François Lecomte, qui sera à la fois numéro 3 et entraîneur des gardiens. Ainsi que le Suédois Ola Tidman, que La Gantoise avait fait venir de Malmö en cours de saison dernière pour compenser un éventuel départ de Frédéric Herpoel. Tidman n'a que 22 ans et sa carte de visite n'est guère plus fournie que celle de Proto. Pour le Carolo, le coup est jouable. "Tidman devra trouver ses marques dans le club alors que j'y ai déjà mes repères. Et il ne parle pas français, ce qui constitue un handicap quand il faut commander une défense. Je suppose que Daniel Leclercq nous fera jouer en alternance lors des matches amicaux d'avant-saison. Et je suis sûr et certain qu'au moment de commencer le championnat, il prendra le meilleur de nous deux. Ce n'est pas son genre de privilégier d'autres critères". Silvio Proto entend devenir très vite titulaire d'une équipe qui, selon lui, ne devrait plus commettre les mêmes erreurs que la saison dernière. "Le nettoyage effectué dans le noyau va faire du bien. Il y avait quelques joueurs qui ne méritaient plus d'en faire partie. C'était frappant lors des matches de l'équipe Réserve. Certains s'amusaient à pourrir l'ambiance, à saccager les efforts de ceux qui voulaient travailler sérieusement. Il était utopique de bâtir une bonne collaboration entre des gars pareils et des joueurs qui ne pensaient qu'à se défoncer lors de chaque entraînement, comme Benoît Thans et Rudy Moury. Heureusement, l'entraîneur a su leur faire comprendre assez vite de quel bois il se chauffait, et ils n'ont plus osé polluer l'atmosphère. Daniel Leclercq leur a dit: -Arrêtez de faire les malins. Ici, le chef, c'est moi et personne d'autre. J'ai parlé plus d'une fois de ces dérives avec Xhardez: il était dégoûté". De Xhardez, Proto veut copier le mental, la rage de vaincre, la volonté d'aller toujours plus haut. De Van Steenberghe, il a retenu la technique et le jeu de jambes. De Piersoul, il n'oubliera jamais la variété des exercices, le travail technique, les commentaires précis, le souci du détail et les encouragements. Le remplacement de Piersoul par Lecomte ne l'inquiète toutefois pas: "J'ai toujours apprécié ce gardien. Je suis sûr que notre collaboration va bien se passer". Les transferts réalisés au cours des dernières semaines font croire à Silvio Proto que son équipe peut réussir une saison honnête. "La Louvière a acheté du talent et de la maturité". Et la prolongation du séjour de Daniel Leclercq achève de le convaincre. "Il est incroyable. Beaucoup de gens sont surpris qu'il ait choisi de rester chez nous alors qu'il avait reçu des offres de bonnes équipes françaises notamment. Mais il n'accorde aucune importance au prestige du club qui l'emploie. Il nous a un jour confié que quand il voyait le sourire du responsable des terrains et de la dame qui prépare le café, le matin en arrivant au stade, il se disait chaque fois qu'il avait bien fait de venir à La Louvière. Il a aussi admis qu'il appréciait beaucoup les joueurs. C'est motivant de se défoncer pour un homme qui vous reconnaît de grandes qualités humaines".Pierre Danvoye