Hélas, ça ne va sans doute plus durer : maintenant que l'Europe compte des pays à tous les coins de rue, faut se faire à l'idée que l'Eurofoot va encore grandir bêtement, dans le sillage de son bête grand frère le Mondial... N'empêche, pour l'instant, 16 participants, c'est bien : c'est comme les coupes du monde de mon enfance, c'est le chiffre qu'il faut, c'est l'échelle humaine. D'abord, deux matches par jour durant une douzaine de jours : c'est gérable sans te mettre à dos ta femme, ton boulot et tes heures de sommeil. Tu n'arrives pas au second tour complètement lessivé et sans plus pouvoir voir un ballon en peinture, au contraire : tu es ravigoté car ce sont alors déjà les quarts de finale et le bout du tunnel.

Tunnel ? Oui, tunnel, même si l'EURO est un Mondial en version light, faut appeler les choses par leur nom : quand tu entres en EURO comme on entre en religion, quand tu décides au départ de zyeuter tous les matches, tu vis certains moments où tu broies du noir plus noir que le fondement d'un ramoneur dans l'exercice de ses fonctions ! Tu t'en veux de rester vautré face à des échanges de baballe sans spectacle ni danger, et tu fusilles de deux yeux haineux le 0-0 en haut à gauche de ta foutue télé. Mais tu restes vautré.

Trois avertissements quant à cet EURO.

... Et même si vous en êtes déjà à huit ou dix matches visionnés au moment où vous me lisez, sachez que je les ai scribouillés à 48 h du début des hostilités.

Primo, il y aura des hostilités. Certes, j'ai prié ardemment N.D. de Fatima pour qu'elle étouffe dans l'£uf avec les flics toute velléité hooligane. Et là, Notre-Dame s'est montrée sympa : elle m'est apparue pour me promettre de faire le maximum, mais en me précisant qu'elle n'avait pas en rayon le remède miracle à la connerie des hommes !

Elle a ajouté que l'hostilité serait au minimum présente sur les pelouses, où c'était inévitable : qu'elle pourrait peut-être juguler les agressions nécessitant civières, mais pas les hurlements hostiles vilipendant l'arbitrage ! Mains jointes, je lui ai murmuré qu'à l'impossible nul n'était tenu. Que la " faiblesse de l'arbitrage " était claironnée de manière récurrente à chaque phase finale comme s'il s'agissait d'un fait nouveau. Que c'était toujours des histoires de hors-jeu et de sliding-tacle. Que c'était le même cirque en Ligue des Champions et ailleurs, mais qu'ici on stigmatisait davantage : parce que les matches se succédaient quotidiennement et qu'il y avait des magazines télé quotidiens pour stigmatiser. Que... A ce moment, Notre-Dame m'a coupé net en me sommant de ne pas banaliser le mot stigmate, et de lui épargner les détails vu qu'au fond le foot l'indifférait : seule l'avait intriguée l'ardeur de ma prière... Puis pffuitt, elle a disparu Dieu sait où !

Secundo, ne vous attendez pas à des flopées de buts. Ça fait 40 ans que, partout dans le monde du top niveau, la moyenne par match oscille entre deux (jamais en dessous) et trois (jamais au-dessus). C'est endémique, et aucun signe avant-coureur portugais ne permet de croire qu'on va enfin dribbler l'endémie : soyez donc contents de votre sort si cette moyenne flirte avec 2,8 plutôt qu'avec 2,2... et n'imaginez jamais qu'il existe un moyen de prévoir les matches qui seront spectaculaires !

Tertio, n'attendez pas de moi un pronostic pointu, j'aime trop répéter que le football est un jeu de hasard déguisé en jeu tactique.

Le chançard final peut être le Portugal parce qu'il est à la fois organisateur et costaud. Ou l'Allemagne parce qu'elle est abonnée aux finales. Ou la France parce qu'elle est bourrée de superstars. Ou l'Espagne parce qu'il faudra bien qu'elle gagne quelque chose un jour. Ou l'Italie parce qu'on ne peut pas éternellement se faire avoir aux tirs au but. Ou la Hollande, ou la Tchéquie. Et pas les autres. Je me suis quand même un peu mouillé, je n'ai pas cité l'Angleterre.

par Bernard Jeunejean

" Soyez contents si LA MOYENNE DE BUTS flirte avec 2,8 plutôt qu'avec 2,2 "

Hélas, ça ne va sans doute plus durer : maintenant que l'Europe compte des pays à tous les coins de rue, faut se faire à l'idée que l'Eurofoot va encore grandir bêtement, dans le sillage de son bête grand frère le Mondial... N'empêche, pour l'instant, 16 participants, c'est bien : c'est comme les coupes du monde de mon enfance, c'est le chiffre qu'il faut, c'est l'échelle humaine. D'abord, deux matches par jour durant une douzaine de jours : c'est gérable sans te mettre à dos ta femme, ton boulot et tes heures de sommeil. Tu n'arrives pas au second tour complètement lessivé et sans plus pouvoir voir un ballon en peinture, au contraire : tu es ravigoté car ce sont alors déjà les quarts de finale et le bout du tunnel. Tunnel ? Oui, tunnel, même si l'EURO est un Mondial en version light, faut appeler les choses par leur nom : quand tu entres en EURO comme on entre en religion, quand tu décides au départ de zyeuter tous les matches, tu vis certains moments où tu broies du noir plus noir que le fondement d'un ramoneur dans l'exercice de ses fonctions ! Tu t'en veux de rester vautré face à des échanges de baballe sans spectacle ni danger, et tu fusilles de deux yeux haineux le 0-0 en haut à gauche de ta foutue télé. Mais tu restes vautré. Trois avertissements quant à cet EURO. ... Et même si vous en êtes déjà à huit ou dix matches visionnés au moment où vous me lisez, sachez que je les ai scribouillés à 48 h du début des hostilités. Primo, il y aura des hostilités. Certes, j'ai prié ardemment N.D. de Fatima pour qu'elle étouffe dans l'£uf avec les flics toute velléité hooligane. Et là, Notre-Dame s'est montrée sympa : elle m'est apparue pour me promettre de faire le maximum, mais en me précisant qu'elle n'avait pas en rayon le remède miracle à la connerie des hommes ! Elle a ajouté que l'hostilité serait au minimum présente sur les pelouses, où c'était inévitable : qu'elle pourrait peut-être juguler les agressions nécessitant civières, mais pas les hurlements hostiles vilipendant l'arbitrage ! Mains jointes, je lui ai murmuré qu'à l'impossible nul n'était tenu. Que la " faiblesse de l'arbitrage " était claironnée de manière récurrente à chaque phase finale comme s'il s'agissait d'un fait nouveau. Que c'était toujours des histoires de hors-jeu et de sliding-tacle. Que c'était le même cirque en Ligue des Champions et ailleurs, mais qu'ici on stigmatisait davantage : parce que les matches se succédaient quotidiennement et qu'il y avait des magazines télé quotidiens pour stigmatiser. Que... A ce moment, Notre-Dame m'a coupé net en me sommant de ne pas banaliser le mot stigmate, et de lui épargner les détails vu qu'au fond le foot l'indifférait : seule l'avait intriguée l'ardeur de ma prière... Puis pffuitt, elle a disparu Dieu sait où ! Secundo, ne vous attendez pas à des flopées de buts. Ça fait 40 ans que, partout dans le monde du top niveau, la moyenne par match oscille entre deux (jamais en dessous) et trois (jamais au-dessus). C'est endémique, et aucun signe avant-coureur portugais ne permet de croire qu'on va enfin dribbler l'endémie : soyez donc contents de votre sort si cette moyenne flirte avec 2,8 plutôt qu'avec 2,2... et n'imaginez jamais qu'il existe un moyen de prévoir les matches qui seront spectaculaires ! Tertio, n'attendez pas de moi un pronostic pointu, j'aime trop répéter que le football est un jeu de hasard déguisé en jeu tactique. Le chançard final peut être le Portugal parce qu'il est à la fois organisateur et costaud. Ou l'Allemagne parce qu'elle est abonnée aux finales. Ou la France parce qu'elle est bourrée de superstars. Ou l'Espagne parce qu'il faudra bien qu'elle gagne quelque chose un jour. Ou l'Italie parce qu'on ne peut pas éternellement se faire avoir aux tirs au but. Ou la Hollande, ou la Tchéquie. Et pas les autres. Je me suis quand même un peu mouillé, je n'ai pas cité l'Angleterre. par Bernard Jeunejean" Soyez contents si LA MOYENNE DE BUTS flirte avec 2,8 plutôt qu'avec 2,2 "