Vendredi 22 juillet, au bord de l'un des superbes terrains annexes qui jouxtent le stade Arc-en-Ciel de Waregem. IbrahimTankary est passé saluer ses équipiers. " Je viens de revenir d'Afrique, c'est la première fois que je viens les voir cette saison ", sourit-il. " Comme je n'ai pas eu de vacances cet été, en raison de mon opération à la jambe, on m'a accordé l'autorisation de partir jusqu'au 20 ".
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Vendredi 22 juillet, au bord de l'un des superbes terrains annexes qui jouxtent le stade Arc-en-Ciel de Waregem. IbrahimTankary est passé saluer ses équipiers. " Je viens de revenir d'Afrique, c'est la première fois que je viens les voir cette saison ", sourit-il. " Comme je n'ai pas eu de vacances cet été, en raison de mon opération à la jambe, on m'a accordé l'autorisation de partir jusqu'au 20 ". Le joueur du Niger, dont la rééducation se poursuit sans encombre, est heureux de se trouver là, même s'il trouve qu'il fait un peu froid. Il a conservé son titre de meilleur buteur de D2, avec 18 buts, malgré qu'il n'ait pas pu disputer les six journées de la fin. " Mes poursuivants se sont arrêtés à 15 buts, j'avais encore de la marge. A croire que, comme au Tour de France, ils n'ont pas osé m'attaquer au moment où j'avais subi une crevaison. Etre meilleur buteur de D2, c'est un titre honorifique, mais j'y tenais malgré tout ". L'entraînement, exceptionnellement, s'est déroulé le vendredi matin : le pont du 21 juillet a permis d'aménager les horaires et d'organiser des séances en journée. Mais en principe - et ce sera aussi le cas à Roulers - les séances seront programmées en fin d'après-midi. " La moitié de mes joueurs ont encore un boulot en dehors du football ", explique l'entraîneur FrankyDury. " Doivent-ils abandonner la proie pour l'ombre, en passant professionnels ? Zulte Waregem restera un club semi-pro, mais cela ne nous empêchera pas de travailler de façon professionnelle, avec séances vidéos, soins médicaux et tout ce qu'il faut ". Franky Dury lui-même est semi-pro : il travaille dans les bureaux de la police fédérale. " Est-ce compatible avec la fonction d'entraîneur en D1 ? On verra bien. C'est la même réponse que pour les joueurs : je ne tiens pas à abandonner mon emploi, mais cela ne m'empêchera pas de préparer les rencontres avec tout le sérieux voulu ". Il est à Zulte depuis dix ans et s'apprête à découvrir l'élite pour la première fois. " Angoissé ou excité ? Aucun des deux. Pourquoi devrais-je l'être ? Je suis entraîneur depuis 19 ans. J'ai de l'expérience. J'ai tout connu, depuis la 3re Provinciale. Je sais comment les joueurs réagissent. Certes, je n'ai pas l'expérience de la D1, mais il faut bien commencer un jour à ce niveau-là. J'ai éprouvé beaucoup de plaisir dans ma carrière jusqu'ici. J'ai eu la chance de travailler avec des gens merveilleux. J'espère que, cette saison, le plaisir restera ". Dury ne pense pas que Zulte Waregem va souffrir autant que certains le prétendent parmi l'élite. " C'est une D1 à trois vitesses, selon moi. Il y a le Top 5, hors d'atteinte. Puis il y a un petit groupe d'équipes qui forment le subtop, et dans lesquelles j'inclurai le GBA, le Lierse, Westerlo, Lokeren et Charleroi. Enfin, il y a toutes les autres équipes, qui se tiennent de très près et avec lesquelles les promus de D2 peuvent rivaliser, à mon avis ". Ce ne sont sans doute pas les deux équipes les plus talentueuses de D2 qui ont émergé, mais celles qui possédaient le meilleur collectif. Encore que ? " Qui était meilleur que nous ?", s'empresse de demander Dury. " L'Antwerp et Heusden-Zolder ? C'étaient les deux descendants de D1, et à ce titre, ces deux équipes qui avaient conservé leur statut professionnel et des joueurs professionnels. Mais cela ne signifie rien. Nous avons terminé avec 71 points, et 13 points d'avance sur le second classé : il n'y avait aucune discussion possible ". Les deux promus proviennent aussi, si pas de la même province (l'un est de Flandre-Orientale et l'autre de Flandre- Occidentale), du moins du même coin du pays. " Mais on ne se fait pas concurrence ", estime Dury ". Le public de Roulers provient de Bruges, Ypres, Dixmude. Le nôtre provient d'Audenaerde, Deinze, Harelbeke. Au niveau des sponsors, je ne pense pas qu'on chasse sur le même terrain non plus. Certes, avec aussi le Club Bruges, le Cercle, Mouscron et La Gantoise, cela fait beaucoup d'équipes de D1 sur un petit territoire, mais cela fera également beaucoup de derbies : c'est le côté positif ". Peut-on comparer Zulte Waregem et Roulers ? Dury : " Au niveau du budget, oui. Au niveau du style de jeu, non. Roulers pratique un football très physique, se montre très efficace sur les phases arrêtées. A Zulte Waregem, on développe un football construit. J'aime le football méridional, très technique. J'essaierai de conserver le même style en D1. Ce sera sans doute plus difficile, car les adversaires seront d'un autre niveau, mais je veux rester moi-même : je ne demanderai jamais à mes joueurs de pratiquer un football à l'emporte-pièce. Je veux qu'ils respectent certaines lignes de course, certaines diagonales, certaines combinaisons. J'ai horreur des tactiques peureuses, du football de contre-attaque. Je trouve ridicule de travailler les automatismes pendant toute la semaine pour voir, le week-end, les joueurs monter sur la pelouse la peur au ventre et dégager le ballon dans la tribune. Je tiens à ce que mon équipe laisse une bonne impression en D1. Que les adversaires, vainqueurs ou vaincus, reconnaissent : - C'étaittoutdemêmeunebelleéquipequ'onvientderencontrer ! Que les amateurs de football de la région prennent plaisir à venir nous voir jouer. Ce coin de Flandre-Orientale n'avait plus d'équipe en D1 depuis plusieurs années. Il y avait un vide à combler et j'espère qu'on saura satisfaire ceux qui attendaient notre retour. En pratiquant ce type de football, on prendra peut-être la raclée contre Anderlecht mais on pourra regarder d'autres équipes droit dans les yeux. Je ne suis pas naïf. Je sais qu'on ne pourra pas se contenter de bien jouer au football et qu'il faudra aussi prendre des points. Si on traverse une mauvaise passe, nous chercherons des solutions. Mais la base restera la technique ". En matière de classement, Franky Dury espère une 12e ou 13e place. " Il faudra éviter de s'enfoncer dans la zone rouge, car la confiance risquerait alors de s'évaporer et on ne pourra plus développer ce football chatoyant que j'affectionne. On a un début de calendrier difficile : on commence à La Gantoise, puis on reçoit le Standard. Il faudra éviter de paniquer si l'on débute par un 0 sur 6 ". Pour beaucoup de gens, les deux promus sont automatiquement considérés comme les principaux candidats à la relégation l'année suivante. Mais on avait aussi dit cela de Westerlo lorsqu'il était monté. Or, les Campinois sont toujours là et bien là. Dury : " Exactement. Westerlo est l'exemple à suivre : ce club n'a jamais rencontré de problèmes, a toujours développé un bon football. Certains croient que Zulte Waregem sera un oiseau pour le chat ? Soit. Que les sceptiques fassent un saut jusqu'ici et viennent voir comment on travaille, peut-être réviseront-ils leur jugement. Pensez-vous qu'à Mouscron, à La Louvière, au Brussels ou à Saint-Trond, on travaille mieux qu'à Zulte Waregem ?" Ostende, en revanche, est l'exemple à ne pas suivre pour Dury : " Les Côtiers avaient modifié une bonne partie de leur effectif. En outre, il y a eu des remous internes. Tout cela n'a pas contribué à la sérénité ". Zulte Waregem a conservé la plupart des joueurs qui ont contribué à la montée en D1. " L'ossature est restée et on a cherché à la renforcer par des transferts ciblés. On a acquis des joueurs qui peuvent servir de guides ". Dont plusieurs joueurs de La Gantoise qui ont déjà marqué la première journée d'une grande croix dans leur agenda : ils se déplaceront en effet chez leur ancien employeur. " La Gantoise, qui a de grandes ambitions, n'avait plus l'utilité de certains joueurs qui peuvent encore nous rendre bien des services, à notre niveau. MathieuVerschuere a encore un abattage impressionnant dans l'entrejeu. TjörvenDeBrul, aux côtés de StefaanLeleu derrière : c'est la classe, la maturité, l'organisation. TimMatthys, c'est un cas différent : c'est un jeune joueur, qui a des qualités, mais qui jouait encore en Promotion il y a deux ans et qui doit encore beaucoup apprendre, sur le plan technique et positionnel notamment. La Gantoise nous l'a prêté pour lui permettre de mûrir ". Est-ce l'ancien Waregem des frères Millecamps et de FilipDesmet qui revient en D1, ou le petit Zulte qui découvre l'élite pour la première fois ? " Ce que l'on veut. En tout cas, à mes yeux, c'est une fusion parfaitement réussie. Zulte avait atteint son plafond : sportivement, cela marchait bien, mais le stade était exigu et le public restreint. Waregem avait de formidables infrastructures et un potentiel public toujours bien présent, mais de gros soucis financiers qui l'avaient conduit jusqu'en Promotion. Zulte Waregem existe depuis quatre ans et le succès ne s'est jamais démenti. On est directement monté de D3 en D2, et après trois saisons dans l'antichambre, on se retrouve déjà parmi l'élite. Tout le monde travaille en parfaite harmonie, à tous les niveaux. J'espère que cela restera ainsi ". Pendant ce long congé du 21 juillet, Roulers se trouvait, lui, en stage à Oisterwijk, aux Pays-Bas. Un luxe pour ce petit club flandrien qui découvre la D1 : les lieux sont régulièrement occupés par des équipes prestigieuses, dont Anderlecht. " Effectivement, c'est un luxe ", concède l'entraîneur DennisvanWijk. " Je me félicite du travail que nous avons effectué. Les conditions étaient parfaites. Mais nous n'y sommes restés que trois jours. Habituellement, nous nous entraînons en fin d'après-midi, à l'image de Zulte Waregem. La plupart des joueurs ont un boulot ou sont étudiants, je ne peux pas leur demander de consacrer tout leur temps au football " Au contraire de Dury, Dennis van Wijk est entraîneur professionnel. Il partage en partie l'avis de son collègue lorsqu'il s'agit de comparer les deux montants : " Au niveau du budget et des ambitions, il n'y a, effectivement, pas de grandes différences. Si Dury estime que Zulte Waregem joue mieux au football, son avis n'engage que lui. D'accord, le jeu des champions de D2 est sans doute plus académique. Le nôtre est plus impulsif mais le qualifier de kickandrush est, selon, moi, exagérée. Certes, j'ai joué en Angleterre et j'en ai gardé quelque chose, mais j'ai aussi reçu une formation aux Pays-Bas. Nous sommes des travailleurs, oui. Enfin, tout le monde travaille pour atteindre un objectif. Même au plus haut niveau, on ne peut pas se contenter de parader. Alors, si l'on nous considère comme des travailleurs, je prends cela pour un compliment ". Comme Zulte Waregem, le SV Roulers résulte d'une fusion, un peu plus ancienne toutefois. Dans les années 70 et 80, le SK Roulers et le FC Roulers se livraient à une lutte locale en D3 ou en Promotion. La fusion a permis d'atteindre la D2 dans un premier temps. Comme les deux équipes portaient les couleurs blanc et noir, il n'a pas fallu chercher bien loin pour trouver celles du nouveau né. La progression s'est poursuivie. Et, cette année, la ville de la Rodenbach (et de la maison mère de votre magazine, le Roularta Media Group !) aura, pour la première fois, un club de football en D1. Le SV (tiens, encore un point commun avec Zulte Waregem) a remporté le tour final de D2 en classement. " On a fait la course en tête de la première à la dernière journée ", rappelle Dennis van Wijk. " On a terminé avec 16 points sur 18, là où beaucoup d'équipes étaient montées avec 10 ou 12 points précédemment. Cela en dit long sur notre domination ". De l'avis de la plupart des adversaires, Roulers possédait les qualités idéales pour s'imposer dans le championnat de l'antichambre : sans doute pas les meilleures individualités, mais un véritable bloc, une défense imperméable et l'un ou l'autre attaquant suffisamment adroit pour frapper au moment opportun. Que valent ces qualités-là dans une D1 dont le niveau est logiquement plus élevé ? " On verra bien ", répond Dennis van Wijk sans se faire trop de soucis. " Dans les matches amicaux, je constate que la tendance de la saison dernière s'est confirmée : en D2, on avait déjà la meilleure défense, et dans les rencontres de préparation, on a également encaissé très peu de buts. On a rarement dominé notre adversaire territorialement, mais on n'a jamais été battu. En D1, on affrontera des équipes qui nous sont intrinsèquement supérieures. Il faudra donc se débrouiller avec d'autres qualités : le collectif, l'engagement, la solidarité. Il faudra résister à la pression, conserver son calme. Mais le recrutement a été effectué en tenant compte de ces paramètres. Les joueurs engagés sont censés compenser les lacunes de l'effectif précédent. On a pris des joueurs qui possèdent une certaine expérience et dont le bagage technique n'est pas négligeable. KoenDeVleeschauwer a une longue carrière en D1 derrière lui, WagneauEloi a disputé des matches de Ligue des Champions et BjörnDeConinck a passé huit saisons en D1 ". On n'accorde pas beaucoup de chances de maintien à Roulers. " Pour beaucoup de gens, en effet, mon équipe est le candidat n°1 à la relégation ", confirme Dennis van Wijk. " Cela ne me dérange pas. Les gens pensent ce qu'ils veulent. C'est, de toute façon, sur le terrain qu'il faudra défendre ses chances. Sur quoi base-t-on son jugement pour nous condamner anticipativement ? Sur le fait, sans doute, que mon équipe comporte beaucoup de joueurs méconnus. Nous comptons, effectivement, 22 Belges et deux Français dans nos rangs. Que le grand public ne connaît pas. Je trouve cela regrettable. Et j'espère qu'ils ne tarderont pas à se faire connaître ". Daniel Devos" Zulte Waregem développe UN FOOTBALL TECHNIQUE, Roulers UN FOOTBALL PHYSIQUE " (Franky Dury) " Ce sont surtout ceux QUI NE NOUS CONNAISSENT pas qui nous CONDAMNENT déjà " (Dennis van Wijk)