Chaque club vit des succès et des périodes sombres. Chaque équipe a ses années folles, celles dont les plus fervents supporters aiment se souvenir en période de disette. Ces fans tombent dans une douce nostalgie en espérant des jours meilleurs. Une façon de refuser la mort lente ou le déclin inexorable de ses couleurs.
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Chaque club vit des succès et des périodes sombres. Chaque équipe a ses années folles, celles dont les plus fervents supporters aiment se souvenir en période de disette. Ces fans tombent dans une douce nostalgie en espérant des jours meilleurs. Une façon de refuser la mort lente ou le déclin inexorable de ses couleurs. Le Sporting de Charleroi ne déroge pas à la règle. Pourtant, ici, pas besoin de dépoussiérer des photos jaunies sur lesquelles sont fixées des gradins bondés, des maillots démodés et des ballons de cuir lacés. En effet, la période de gloire des Zèbres, celle qu'on appelle désormais " les années Mathijssen ", n'est pas si lointaine. Difficile d'ailleurs de croire qu'il y a trois ans, Charleroi, qui moisit au fond du classement, décrochait une cinquième place, échouant aux portes de l'Europe. Une gageure que les Zèbres avaient déjà réussie, deux ans plus tôt, sous la houlette du magicien Mathijssen aussi. C'était l'époque des Bertand Laquait, Frank Defays, Loris Reina, Tim Smolders, Majid Oulmers, Nasredine Kraouche, Sébastien Chabaud, Grégory Christ ou Laurent Ciman. C'était il y a une éternité. Pour Sport/Foot Magazine, les acteurs de l'époque reviennent sur le déclin de ces trois dernières années, certains avec fatalisme, d'autres avec surprise et espérance. " Finalement, certains signaux étaient déjà présents ", explique l'un d'eux. " Quand on demandait une prime si on atteignait la cinquième place, on nous disait que cela ne rapporterait rien au club. "Le sportif : " On ne sentait pas qu'on allait droit dans le mur mais que le club allait au devant de grandes difficultés. A partir du moment où vous vous attachez à n'acheter que des jeunes joueurs et qu'on ne regarde pas à l'encadrement de ceux-ci, cela ne pouvait fonctionner. On savait que quand tout allait bien, la fougue de la jeunesse serait utile mais que tout cela cesserait au premier contrecoup. Il ne faut pas compter sur les jeunes pour tirer le groupe après une série de mauvais résultats. On en revient sans cesse au manque d'expérience mais il faut rappeler que l'année où on bat tous les records du club, Charleroi avait la moyenne d'âge la plus élevée de ces dix dernières saisons. On avait quelques éléments qui combinaient expérience et mentalité de battant et de leaders. La jeunesse ne constitue pas toujours une mauvaise politique : regardez le Standard où on retrouve des jeunes joueurs comme Steven Defour ou Axel Witsel qui ont déjà un caractère de leaders. A Charleroi, le potentiel existe. Il ne manque pas grand-chose sinon des joueurs d'expérience qui ont cette mentalité de leader. A notre époque, on sentait qu'on glissait et ce glissement a incité certains à partir. Si des joueurs comme Laquait ou moi sommes partis, c'est qu'on a senti qu'on ne pouvait plus apporter assez. Du moins pas ce qu'on avait apporté les saisons précédentes. On a voulu faire profiter le club de notre départ pour éviter le déclin mais cela n'a pas fonctionné. On espérait lui donner une nouvelle fraîcheur. " Les infrastructures : " Il ne faut pas exagérer. On a réussi de bons résultats dans des infrastructures similaires. Donc, c'est possible ! Mais c'est vrai que parfois, les détails sont importants pour progresser. Le Standard est devenu champion une fois qu'il a pu jouir de l'Académie. Depuis deux saisons, le Sporting est hébergé à Tubize. Les terrains et les vestiaires sont bons mais à Tubize, tu n'es pas chez toi. " La rupture familiale : " Rien ne prédisposait à cette rupture entre MogiBayat et son oncle. Je crois que tout le monde est étonné par la tournure des événements. Mais ils ont leur façon à eux de discuter... Pour le groupe, ces problèmes peuvent s'ajouter à la situation sportive délicate. Non seulement, cela leur apporte des soucis supplémentaires et en plus, cela peut leur servir d'excuses. Cela n'est jamais bon ! " Etait-ce prévisible ? " Plus rien ne me surprend concernant Charleroi. Cependant, quand je réfléchis, il y a trois ans, on ne pensait pas que cela tournerait de la sorte. Je me rappelle une des dernières réunions au Sporting. Mogi avait convoqué les cadres de l'équipe et nous avait demandé ce qu'il fallait changer dans le club pour progresser. On avait vidé notre sac en disant qu'il fallait garder de l'expérience dans le noyau, améliorer la pelouse et les infrastructures. Tout cela avait eu lieu à l'invitation de Mogi. Preuve qu'il voulait faire progresser le club. Par contre, je ne suis pas vraiment surpris quand je vois la continuité de la politique du club. Ils ont pris des jeunes espoirs qui pouvaient un jour éclater mais quand tu perds 5-0, puis 3-0 avec des jeunes de 20 ans, mentalement, cela devient compliqué de consolider les bases. En deux ans, ils se sont séparés de Badou Kere, Christ, Oulmers, Laquait, Chabaud, Defays et moi. Il n'y a plus de vrais leaders, le genre de joueurs qui ont tout vu dans le football belge. A notre époque, outre l'expérience, notre force résidait dans notre mentalité. Aujourd'hui, il y a peut-être autant de qualités dans le noyau mais il faudrait se pencher sur la mentalité. " Les infrastructures : " C'est un peu comme nos routes. Si tu n'as pas de bonnes routes, tu as plus d'accidents. Pourtant, c'est toujours la même route mais on ne peut pas aller contre les statistiques qui montrent qu'il y a davantage d'accidents. J'estime que si tu donnes aux footballeurs des excuses, ils vont les utiliser. Le job d'un club, c'est donc de ne pas en fournir. " Le boss et les autres : " A mon époque, rien ne laissait présager cela. Pourtant, les rôles étaient clairs. Tout le monde savait que le président était le boss. Il ne l'a jamais caché et il a toujours pris ses responsabilités. " Peuvent-ils encore se sauver ? " Evidemment. Il reste 15 matches à condition qu'ils aient de la chance dans leurs transferts. Il faut maintenant essayer de trouver des joueurs qui puissent déjà s'entraîner avec le club de façon à être prêt d'emblée. Le transfert de Christophe Grégoire va dans ce sens. Je suis d'un naturel optimiste et s'il y a bien un club que je ne veux pas voir en D2, c'est Charleroi. Donc, je leur donne 70 % de chances de se sauver. " Etait-ce prévisible ? " On ne ressentait pas cela à l'époque. Au contraire, cela faisait tellement longtemps que Charleroi n'avait plus réalisé de tels résultats que cela avait donné un nouvel élan, une nouvelle dynamique. On pensait qu'on était partis pour vivre de longs et beaux moments en D1. Cependant, la situation actuelle ne me surprend pas puisque cela fait trois ans qu'ils passent par le chas de l'aiguille. Un peu comme un funambule sur une corde. Les deux précédentes saisons, cela a basculé du bon côté. Ne dit-on pas jamais deux sans trois ? " La différence entre 2005 et 2010 : " A notre époque, on formait une équipe, un groupe. Ceux qui avaient moins de talent se fondaient dans le groupe en se démenant deux fois plus. Il y avait du caractère et une âme. On savait qu'on avait 90 minutes pour se défoncer et vivre une saison tranquille. Il y avait davantage de public et tu n'avais pas le droit de le décevoir. Maintenant, il n'y a plus de personnage charismatique dans l'équipe et le public se demande qui il peut encore interpeller en cas de mauvais résultats. Il y a aussi un manque de talent. D'années en années, le Sporting a vendu ses meilleurs éléments pour transférer des joueurs qui n'ont rien apporté. Alors, on met les jeunes par la force des choses, parce qu'on n'a pas le choix et qu'on se dit qu'ils ne sauraient pas être pires que les transferts. " Pas fan de Tubize : " J'ai eu la chance d'évoluer dans plusieurs clubs de D1 et à Charleroi, c'est insuffisant. Totalement. Ce n'est pas possible de faire jouer autant d'équipes de jeunes sur le même terrain. Tubize, je ne suis pas trop fan. C'est peut-être le top en Belgique mais je trouve cela malsain d'être dans une ville comme Charleroi et de ne pas pouvoir s'entraîner chez soi. " Remous au sein de la direction : " On n'envisageait pas un tel scénario. La famille était unie tant dans les succès que dans les erreurs. Mogi va manquer beaucoup au Sporting. " Etait-ce prévisible ? " Bien sûr que non. Je suis resté trois ans là-bas et après une première année délicate, les résultats s'étaient enchaînés. Quand ça marche, on ne pense pas au déclin. Il y avait tout pour réussir à Charleroi : un beau stade et des supporters chauds. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi cela n'a pas fonctionné sur le long terme. Je ne peux que constater que depuis trois ans, ils flirtent avec la descente. Quand je vois qu'il n'y a plus beaucoup de supporters, je trouve ça triste. Quand j'y étais, il y avait une bonne ambiance dans le groupe. Nous étions vachement solidaires et on pouvait compter sur certains joueurs qui avaient un peu plus de vécu. Dans les périodes de galères, ça sert. " Les conditions de travail : " Cela n'est pas tellement mieux dans les autres clubs que j'ai connus en Belgique : Courtrai et Zulte Waregem. Par contre, il y a un grand écart entre les infrastructures en France et le centre d'entraînement de Charleroi, oui. Aujourd'hui, on m'a dit qu'ils s'entraînaient à Tubize. C'est loin ? De toute façon, je ne crois pas que cela puisse servir d'excuse. En France, certains centres d'entraînements se trouvent à 30 kilomètres de la ville. " Le clan désuni : " Je suis assez surpris mais sans doute fallait-il changer quelque chose. Abbas Bayat a déjà pas mal changé d'entraîneurs. Sans succès. Il a essayé de modifier quelque chose à un autre niveau. L'avenir nous dira s'il a eu raison. " Etait-ce prévisible ? " Non, pas du tout. Les années qui ont suivi notre cinquième place ne se sont pas déroulées dans la cohésion que nous avions établie. Le noyau était fort, avant d'être déforcé chaque saison. Cela n'aurait pas dû être trop dur de conserver ce noyau mais les explications invoquaient des mesures économiques. Moi, j'ai vu petit à petit la qualité du groupe baisser et je me suis dit - Qu'est-ce que je fais encore ici. Quand je vois la situation, cela me fait mal pour les gens qui paient chaque saison leur abonnement. Pour le reste, tant mieux si on peut s'enrichir dans le foot ! C'est le seul club au monde qui y arrive ! Au détriment du projet sportif. Pourtant, je suis persuadé que le sportif et le financier peuvent fonctionner ensemble. En fait, on s'est vite rendu compte, à Charleroi, que le financier primait. " Les infrastructures : " Un jour, dans une interview à Sport/Foot Magazine, j'ai dit qu'on passait parfois plus de temps à aller rechercher les ballons sur le terrain de tennis qu'à tirer au but. On perdait du temps ! Jouer à Charleroi, s'entraîner à Tubize, il n'y a pas d'identité. Cela n'est pas en adéquation avec un club de haut niveau. " Mogi a ouvert les yeux : " C'est assez surprenant. Mais j'ai lu que Mogi avait dit que les valeurs sûres comme Defays, Chabaud ou Laquait manquaient au club. A notre époque, il pensait l'inverse. On n'était pas considérés. Du moins, c'est l'image qu'il nous donnait. Il s'est rendu compte un peu trop tard de l'importance des joueurs expérimentés. Cette saison, il avait ouvert les yeux. Il était revenu à la raison plus tôt que son oncle. " Le futur : " Voir Charleroi dernier, ça fait mal. C'est un public que j'aime et j'ai un pincement au c£ur quand on me dit qu'il n'y a plus que 3.000 personnes au stade. Le club est retombé dans l'anonymat. Et c'est d'autant plus rageant que la Ville possède tous les atouts pour que son club de foot flambe. " Etait-ce prévisible ? " Pas spécialement même si on savait, après nos bons résultats, que nos meilleurs joueurs allaient être courtisés. Et en plus des bons joueurs, on a commencé à laisser partir les piliers. Quand vous perdez Capi, Laquait et Chabaud, on sent la différence. Pourtant, l'année passée encore, il restait des Oulmers et Kere. La richesse de notre effectif faisait la différence sous Mathijssen. Notre banc de touche savait faire basculer la rencontre. Quand je jouais, c'était Fabien Camus sur le banc ou Smolders. Notre groupe ne comportait pas seulement 11 joueurs ! " Les infrastructures : " On revient avec cela mais quand je suis rentré de ma saison en Allemagne, j'ai quand même perçu une amélioration. On avait notamment installé un sauna et un jacuzzi dans le vestiaire. Evidemment, au niveau des terrains, rien n'avait changé. Et c'est clair que ce n'était pas le même monde qu'à Duisbourg, qui militait pourtant en D2. " Les vraies raisons du licenciement ? " Depuis la saison dernière, on ressentait une certaine tension entre Mogi et Abbas. Quand le président était présent, Mogi n'avait pas grand-chose à dire. C'est dommage. Je pense que le président n'a pas reconnu à sa juste valeur le travail de son neveu, qui a dû être touché dans son orgueil par cette situation. Cependant, on ne connaît peut-être pas les vraies raisons de son licenciement. " Un gâchis ? " Quand on voit le nombre de bons joueurs que le Sporting a perdus, on pourrait faire deux ou trois équipes valables. Ça fait beaucoup, non ? Si ceux qui ont compensé les départs avaient peut-être autant de talent, ils n'avaient pas autant de vécu. On l'oublie mais j'ai joué près de 200 matches en D1 ! Je pense qu'un Defays compte plus de matches en D1 que l'ensemble du noyau actuel. Je discutais cette semaine avec Gregory Dufer et on espérait de tout notre c£ur que Charleroi allait se sauver. C'est quand même le club qui m'a lancé en D1 et où j'ai connu mes premières joies de footballeur. J'y retourne encore une à deux fois par semaine car j'y ai laissé des amis. Si, à l'issue de mon contrat à Saint-Trond, Charleroi me propose de revenir, j'y vais sans réfléchir. " PAR STÉPHANE VANDE VELDE" On a réussi de bons résultats dans des infrastructures similaires. Donc, c'est possible ! " (Frank Defays)" La famille était unie tant dans les succès que dans les erreurs commises. " (Toni Brogno) " Après avoir changé d'entraîneurs sans succès, Abbas Bayat a essayé de modifier quelque chose à un autre niveau. " (Loris Reina)" On s'est vite rendu compte, à Charleroi, que le financier primait. " (Bertrand Laquait)