Dans le microcosme du football belge, Juan Lozano (47 ans) présente assurément un cas: celui d'un joueur particulièrement doué, sans nul doute l'un des plus talentueux que notre pays ait jamais connus, mais qui, aussi invraisemblable qu'il n'y paraisse, n'a jamais porté la tunique des Diables Rouges. Anversois d'adoption mais natif de Corria del Rio, en Espagne, ce médian racé eut la malchance, à l'époque où l'arrêt Bosman n'était pas encore en vigueur, d'être en quelque sorte attaché à la glèbe dans son club d'origine, le Beerschot, qui, aux prémices des années 80, n'entendait nullement brader son stratège-vedette. Irrémédiablement bloqué sur notre sol, le petit Andalou trouva refuge en Major Soccer League américaine. Et, plus particulièrement, aux Washington Diplomats qui, contrairement aux monstres sacrés de chez nous, n'hésitèrent pas à délier généreusement les cordons de la bourse pour s'assurer ses services.
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Dans le microcosme du football belge, Juan Lozano (47 ans) présente assurément un cas: celui d'un joueur particulièrement doué, sans nul doute l'un des plus talentueux que notre pays ait jamais connus, mais qui, aussi invraisemblable qu'il n'y paraisse, n'a jamais porté la tunique des Diables Rouges. Anversois d'adoption mais natif de Corria del Rio, en Espagne, ce médian racé eut la malchance, à l'époque où l'arrêt Bosman n'était pas encore en vigueur, d'être en quelque sorte attaché à la glèbe dans son club d'origine, le Beerschot, qui, aux prémices des années 80, n'entendait nullement brader son stratège-vedette. Irrémédiablement bloqué sur notre sol, le petit Andalou trouva refuge en Major Soccer League américaine. Et, plus particulièrement, aux Washington Diplomats qui, contrairement aux monstres sacrés de chez nous, n'hésitèrent pas à délier généreusement les cordons de la bourse pour s'assurer ses services. Moins de deux ans après son arrivée dans la capitale des USA, Anderlecht profita de la situation précaire du ballon rond, sur place, pour faire converger au Parc Astrid une star qui venait tout juste de souffler ses 25 bougies. Sous la houlette du technicien dalmate Tomislav Ivic, Juan Lozano eut tôt fait de se rappeler au bon souvenir de tous en étant pleinement partie prenante dans le titre conquis par le Sporting au bout de la campagne 1980-81. L'URBSFA, en quête d'une solution de rechange pour son meneur de jeu, Wilfried Van Moer, largement trentenaire à ce moment, songea alors au Sévillan pour assurer la relève. Mais la procédure de naturalisation n'aboutit pas en vue d'un Mundial 82 que le principal intéressé aurait pourtant voulu de tout coeur disputer dans son pays natal. Déçu, Juan Lozano réalisa néanmoins un très vieux rêve d'enfance, l'année suivante, en étant transféré au prestigieux Real Madrid. Une aventure qui ne fut que de courte durée car, peu utilisé chez les Merengue et barré aussi en équipe nationale, le joueur revint au RSCA en 1985. Champion de Belgique en 1986, sous la direction du technicien hollandais Arie Haan, cette fois, sa carrière chez les Mauves s'arrêta brusquement le dimanche 12 avril 1987. Cette après-midi-là, à Waregem, il fut relevé avec une fracture ouverte du tibia suite à un tackle assassin du défenseur local Yvan Desloover. Une grave blessure dont il n'allait malheureusement jamais se remettre. Deux mois plus tard, il fut désigné Footballeur Pro de l'Année par ses pairs. Incroyable mais vrai, il s'agit là de la seule distinction individuelle qui ait jamais échu à ce footballeur hors normes!Les larmes de Michel VerschuerenJuan Lozano: 16 ans après, elle éveille toujours en moi à la fois de bons et de moins bons souvenirs. D'un côté, il y a évidemment la satisfaction d'avoir obtenu cette récompense personnelle. J'y suis d'autant plus sensible que l'autre prix majeur réservé aux footeux, le Soulier d'Or, s'est toujours refusé obstinément à moi, malgré une kyrielle de places d'honneur. Un constat qui me conforte dans l'idée que les footballeurs sont de meilleurs juges que les journalistes, les dirigeants et les referees (il rit). Ma victoire m'a toutefois laissé un goût amer, dans la mesure où, à l'heure des célébrations, au casino de Middelkerke, j'étais en convalescence dans le sud de l'Espagne suite à l'agression dont j'avais été victime un bon mois plus tôt. A ma place, c'est le manager du RSCA, Michel Verschueren, qui s'était chargé de réceptionner le trophée. Ce fut, m'a-t-on rapporté, une scène chargée d'une très grande émotion, puisque l'homme fort du Sporting n'avait pu retenir ses larmes à cette occasion. Au même moment, je pleurais également:de douleur, tellement ma jambe me faisait souffrir. Auriez-vous remporté cette épreuve, pensez-vous, si vous n'aviez pas été victime de cette intervention brutale?Bonne question. C'est sûr que pas mal de collègues auront songé à moi suite au drame qui m'avait frappé. Il est d'ailleurs symptomatique de constater qu'un autre footballeur infortuné, le Liégeois Edhem Sljivo, paralysé suite à un terrible accident de la route, quelques mois plus tôt, avait terminé en très bonne place aussi au referendum, cette année-là, puisqu'il s'était positionné au cinquième rang. Entre lui et moi, on retrouvait Michel Preud'homme, qui avait mis le grappin sur la Coupe de Belgique avec Malines, mon partenaire de club Arnor Gudjohnsen, meilleur artificier du championnat, et Jean-Marie Pfaff, qui s'était distingué l'été précédent avec les Diables Rouges au Mexique. Je croyais que les performances de l'équipe belge allaient peser de tout leur poids dans la balance mais, au décompte final, les internationaux comme Jan Ceulemans, Georges Grün, Nico Claesen, Franky Vercauteren et Stéphane Demol avaient terminé entre la sixième et la dixième place. J'en conclus que, comme il arrive souvent, la dernière impression avait prévalu. Et celle d'un Juan Lozano alité avait visiblement marqué les imaginations. Nonobstant ce malheureux coup du sort, je restais malgré tout sur une toute bonne saison puisque avec mes coéquipiers anderlechtois, j'étais en passe de remporter un deuxième titre d'affilée lorsque la fatalité me frappa. Cet argument-là a-t-il plaidé en ma faveur ou bien mes collègues, compte tenu de la gravité de ma blessure, ont-ils voulu simplement me couronner pour l'ensemble de mon oeuvrecomme il en est allé plus tard aussi pour Luc Nilis ou Marc Degryse? Bien malin qui pourrait le dire.Aruna Dindane, graine de starIl y a peut-être moins de vedettes qu'autrefois, mais on en dénombre toujours, fort heureusement. Je songe notamment à deux garçons qui évoluent dans le même registre que moi autrefois: le Brugeois Alin Stoica et le Standardman Almani Moreira. Tous deux ont le potentiel requis mais, en raison de leur jeune âge peut-être, ils n'ont jamais brillé que par à-coups jusqu'ici. C'est pourquoi, à choisir, je leur préfère Aruna Dindane qui, lui, évolue réellement à un très haut niveau depuis plusieurs mois. S'il poursuit sur sa lancée actuelle, l'Ivoirien est en passe de devenir une grande star. Depuis le génial Robby Rensenbrink, Anderlecht n'a plus jamais eu un attaquant aussi insaisissable que lui, en tout cas. A mes yeux, il est le seul Sportingman de la génération actuelle qui se serait imposé dans l'équipe dont je fis moi-même partie à l'entame des années 80. Les autres auraient dû se contenter tout au plus d'une petite place dans le dug-out.Le président d'Anderlecht, Roger Vanden Stock, soutient qu'un orfèvre comme Robby Rensenbrink n'aurait plus sa place dans le football d'aujourd'hui.Il a partiellement raison, en ce sens qu'un surdoué de sa trempe, qui se contentait qu'on lui cède gentiment le ballon dans les pieds, et qui rechignait à accomplir sa part de travail sur le terrain n'a, effectivement, plus droit de cité actuellement. Mais le propre des meilleurs consiste, justement, à pouvoir s'adapter. Et je suis persuadé que le génial Hollandais y serait parvenu, au même titre que les ténors actuels comme Zinedine Zidane, Raul ou Luis Figo au Real Madrid. En dépit d'une classe insolente, on ne peut pas dire que ce trio ne mouille pas son maillot sur le terrain. Moi-même, j'avais subi une métamorphose pareille. Jusqu'à l'âge de 25 ans, je n'avais jamais joué que sur ma classe intrinsèque. En débarquant à Anderlecht, j'ai compris, au contact de Tomislav Ivic, que j'avais intérêt à me bouger. Grâce à ce coach, j'y suis heureusement parvenu. Aujourd'hui encore, je lui en suis reconnaissant. Car l'inspiration sans la transpiration ne mène pas très loin.Y a-t-il l'un ou l'autre détail qui vous frappe à la lecture des noms de tous ceux qui se sont succédé jusqu'ici en 20 ans d'existence du Footballeur Pro? Je suis agréablement surpris par la part belle qui a été faite aux attaquants, comme Jan Ceulemans, Luc Nilis, ou Wesley Sonck, ainsi qu'aux joueurs créatifs tels que Marc Degryse, Pär Zetterberg, Enzo Scifo, voire moi-même. Seuls Philippe Albert et, dans une moindre mesure, Lorenzo Staelens et Marc Emmers font figure d'exceptions à la règle. Mais il en allait là de défenseurs ou de joueurs polyvalents de très haut niveau. Un autre détail qui me réjouit agréablement, c'est que la qualité d'un footballeur ne se mesure visiblement pas au volume de ses quadriceps, hormis peut-être pour Souleymane Oulare ou Walter Baseggio. A l'heure où certains dirigeants ou entraîneurs ne jurent que par la puissance et les qualités athlétiques des footballeurs, il est bon de signaler cet état de choses. Les petits gabarits ont toujours de l'avenir. Et, à l'échelle européenne ou mondiale, ce ne sont pas les exemples de Raul ou de Saviola qui me contrediront. Bruno Govers"A mon époque, seul Aruna Dindane aurait eu sa place à Anderlecht"