J'adore ce mois de janvier et ses play-offs. Ce spectacle unique, intense. Ces stades pleins. Pleins de supporters mélangés et qui s'amusent ensemble.
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J'adore ce mois de janvier et ses play-offs. Ce spectacle unique, intense. Ces stades pleins. Pleins de supporters mélangés et qui s'amusent ensemble. J'aime l'intensité physique et cérébrale que les joueurs proposent. J'aime les centaines de variantes tactiques. Les ouvertures célestes des Drew Brees, Ben Roethlisberger ou encore Tom Brady. J'aime comme un voyeur les tampons, les chocs inhumains proposés par des joueurs devenus prédateurs. J'aime ce jeu qui oppose deux équipes de 11 joueurs en habits de gladiateurs. Le terrain devenu arène. Je me sens voyeur car ces gladiateurs entrent dans l'arène sans savoir comment ils vont en sortir. À chaque fois, ils prennent le risque que ce soit leur dernier match. Que leur vie ne soit plus jamais la même. Ils jouent avec un ballon mais aussi avec leur vie. J'aime le foot...américain. Égoïstement. Car je sais que le prix à payer pour ceux qui m'offrent ce plaisir est démesuré. Je n'ai pas honte parce que les acteurs de ce péplum savent ce qu'ils risquent. Beaucoup font semblant de l'ignorer. La gloire est une lumière qui aveugle. Mais il y en a un qui vient d'entrer dans la lumière : John Urschel des Ravens de Baltimore. Il vient de mettre fin à sa carrière. À 26 ans. Pas à cause d'une blessure, si ce n'est celle qui s'offrait à sa conscience. Provoquée par une étude scientifique terrifiante. Affolante. Mais tellement logique. Elle démontre le lien entre la pratique du foot américain et la dégénérescence cérébrale. Faut dire, lors de certains matches, on a constaté pour certains joueurs, une moyenne de 62 chocs à la tête par...match. Des chocs équivalents à celui d'une voiture lancée à 50 km/h contre un mur. Urschel a décidé de briser le mur du silence. Il a compris que le foot pro, c'est bien, mais la vie, c'est mieux. Étudiant brillant voire surdoué en mathématique, il avait de grandes ambitions dans ce domaine après sa carrière. Ce sera pour tout de suite. Victime d'une commotion lors d'un choc " casque contre casque ", il s'est aperçu que ses capacités visuelles et de réflexion mathématique avaient été fortement perturbées et qu'il lui avait fallu de trop nombreuses semaines pour retrouver une certaine logique de pensée. Entre-temps, il avait été jugé bon pour rejouer. Du pain et des jeux, on vous disait. Les scientifiques ont étudié le cerveau de 202 anciens joueurs de foot américains décédés au plus tard à l'âge de ...66 ans. Qu'ils soient lycéens, universitaires ou professionnels. Chez 87 % d'entre eux, une encéphalopathie traumatique chronique a été décelée. Parmi eux, 102 anciens joueurs de NFL, la pathologie est constatée sur... 101 cas. Y a comme pas l'ombre d'un doute. L'encéphalopathie traumatique chronique mène a des maladies neurodégénératives. Telles la démence précoce, l'amnésie, la dépression, l'agressivité anormale, l'hallucination auditive, on en passe et des pires. Tout cela dû aux chocs. Mais l'étude ne s'arrête pas au Foot US. Elle précise que TOUS les sports de contacts peuvent être concernés. Aux avant-postes, les sports de combat. Boxe en tête. Mais également, bien sûr, le rugby et le foot. Le nôtre. Les commotions et autres chocs très violents y sont moindres que dans les sports précités mais ici, ce serait la répétition des petits traumatismes qui mèneraient à la maladie. Avoir un bon jeu de tête serait donc dangereux pour la santé. Un des scientifiques a même conclu : " La plus belle preuve d'amour que des parents peuvent faire à leurs enfants est de leur interdire de pratiquer ces sports ". Ben oui. Quand on sait que les conséquences d'une commotion cérébrale sont plus graves avant l'âge de 20 ans...Donc voilà. La seule conclusion qui s'impose, c'est d'interdire le jeu de tête dans le foot. Ça va en mettre quelques-uns au chômage mais ce sera pour leur bien. On s'amusera moins mais rira moins qui rira le dernier. Jouer avec sa tête redeviendra une expression purement intellectuelle. Plus que jamais, nous devons être convaincus que dans le sport comme dans la vie en général, le muscle le plus important est bien le cerveau.