C'est tellement simple le foot. Tellement que, quand il est joué par des gens simples, il peut frôler la perfection. Dommage que certains s'acharnent à compliquer. Histoire de faire croire qu'il faut du génie pour entraîner. L'intelligence, elle est ailleurs. Il en faut beaucoup pour faire de la simplicité une force. De l'humilité aussi.
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C'est tellement simple le foot. Tellement que, quand il est joué par des gens simples, il peut frôler la perfection. Dommage que certains s'acharnent à compliquer. Histoire de faire croire qu'il faut du génie pour entraîner. L'intelligence, elle est ailleurs. Il en faut beaucoup pour faire de la simplicité une force. De l'humilité aussi. Stop aux prises de tête. Stop aux antalgiques. N'ayons pas peur d'être nostalgique de ces bons vieux guérisseurs jamais ringards. Reviens Sir Alex. Tonton Louis est de plus en plus mégalo. Moins ça va, plus il fait du VanGaal. Cette manie qu'ont certains coaches de vouloir signer chaque feuille de match de leur sceau en espérant y laisser l'empreinte de leur génie. Rien de tel que la continuité et la stabilité. Ferguson jouait toute la saison avec 16 joueurs. Van Gaal en est presque à 40. OK, il lance des jeunes. Anglais qui plus est. On dit bravo. Mais lancer des gamins parce que ça va mal, pas l'idéal. Tout ça en ayant acheté pour 328.000.000 d'euros. Y a comme un blème. Le turn-over, c'est bien mais parfois ça provoque le burn out. Ça fatigue de trop se reposer. Le muscle le plus essentiel en foot, comme dans le reste, c'est le cerveau. Quand il pense au jeu, il se régénère naturellement. Quand il se demande pourquoi, il ne joue pas, il se sclérose terriblement. Après de grandes victoires, les joueurs ne pensent qu'à une chose, rejouer ensemble le plus vite possible. Le lendemain si possible. Ces ondes indicibles qui les relient les uns aux autres, ces sentiments de partage, de courage, de bravoure, ça galvanise. On a souffert ensemble mais on a vaincu. Ça décuple le ressenti de nobles sentiments. De ceux qui honorent et flattent les hommes. L'utilité, la solidarité, le sens des responsabilités, le courage. De plus, ça évacue les inutiles toxines liées à l'égo. Ce dernier noyé par l'esprit d'équipe. Dans ces conquêtes, on se découvre équipier et plus, seulement, diva. L'amour du blason devient autre chose qu'un réflexe d'après but. C'est aussi simple que de la psychologie d'entreprise. Un bon climat, des collègues qui vous donnent envie d'aller au boulot et c'est un chiffre d'affaires qui explose. Ce fameux sentiment d'appartenance. Le discours gagnant devient : " Pendant 90 minutes, vous portez tous le même nom de famille. " A trop chercher, on perd la trace de ses origines, on fait des orphelins. En Premier League, il y a une équipe qui ne change jamais (sauf blessures ou suspension) de " starting lineup. " Ce collectif a le plus mauvais pourcentage de passes réussies : 69 % à peine. Avec, comble du comble, le moins de passes tentées par match. Evidemment cette équipe ne fait pas de résultat, elle va être reléguée. Tu parles ! Cette équipe, c'est Leicester. La plus excitante du meilleur championnat au monde. Peu importe qu'elle soit championne ou pas. Elle est entrée dans notre imaginaire. Un jeu simple, certes, mais tellement percutant. 38 % de leurs passes sont longues et arrivent dans les 30 mètres adverses, d'où les déchets. Mais cette machine marque tous les 7 tirs. Personne ne fait mieux. Simple mais pas simpliste. Derrière cela, il y a beaucoup de travail. De placement, de réflexion et d'abnégation. Cette équipe laisse le ballon à l'adversaire qui se fatigue à le faire rouler pour trouver des solutions. Elles sont rares. Contre les " Foxes " plus t'as le ballon, plus t'es en danger. On est pour ce jeu de contre. Quand on affronte une équipe de ce style, on se dit : " Si on ouvre le score, c'est dans la poche. Ils vont devoir sortir. " Pas faux. En Premier League, 7 fois sur 10 l'équipe qui ouvre le score gagne. Sauf avec les " extraterrestres ". Ils ont déjà planté 10 buts dans le dernier quart d'heure. Dix buts qui ont rapporté 12 points. Leicester renverse les situations et bouleverse les certitudes. Tant que le physique suivra, Ranieri et ses " petits " resteront dans la course à l'incroyable exploit. Parce que tout le reste est finalement très simple. Comme un match de football... PAR FRÉDÉRIC WASEIGE