"Ah, vous venez de Belgique? Il y a un portrait de votre Roi ici", déclare un connaisseur quand nous visitons l'église du Saint-Sépulcre. Ce n'est pas tout à fait exact. Le portrait taillé dans la pierre n'est pas celui de Baudouin, mais de Godefroid de Bouillon, un des tauliers de la première croisade, qui a conquis Jérusalem en 1099.
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"Ah, vous venez de Belgique? Il y a un portrait de votre Roi ici", déclare un connaisseur quand nous visitons l'église du Saint-Sépulcre. Ce n'est pas tout à fait exact. Le portrait taillé dans la pierre n'est pas celui de Baudouin, mais de Godefroid de Bouillon, un des tauliers de la première croisade, qui a conquis Jérusalem en 1099. Le voyage de Tel-Aviv à Jérusalem est difficile, car GPS et téléphone portable n'existent pas encore. Quand notre hôte et chauffeur, Peter Kerremans, rate une sortie, nous paniquons quelque peu. La voiture, qui porte une plaque d'immatriculation israélienne jaune, se retrouve en effet dans un quartier surpeuplé, coincée entre des mules, des hommes coiffés de keffiehs de véhicules immatriculés en Palestine. Le gardien belge nous rassure en agençant la visite à Jérusalem et à Bethléem. "N'ayez pas peur. Un ami va prendre son revolver." Mais voilà, le copain en question n'est pas là et ça vaut mieux. Dès que les gens apprennent que le véhicule qui s'est perdu ne transporte que des Européens qui cherchent la tombe du Christ, tout s'arrange. À Bethléem, Kerremans, un homme flamboyant qui se sent partout chez lui, est quand même inquiet en apercevant des soldats armés jusqu'aux dents tout autour de la maison natale de Jésus. Il reconnaît que, sans être très croyant, il feuillette régulièrement la Bible et parle volontiers religion avec les Juifs depuis son arrivée en Israël. Des amis qui le connaissent depuis longtemps n'en croient pas leurs yeux à la lecture de notre article. En arrivant à Hapoel Tel-Aviv, Kerremans sursaute en découvrant le vestiaire de son nouveau club. Ses coéquipiers arrivent tout droit de la caserne, en uniforme. En se changeant, ils accrochent sans pression leur arme à un crochet, avant d'enfiler leurs chaussures. C'est normal dans un pays où le service militaire - à l'époque, trois ans pour les hommes, deux pour les femmes - est obligatoire. Un an plus tôt, pendant la première guerre du Golfe, Tel-Aviv a été bombardée. Cette même année, le pays a ouvert ses frontières aux footballeurs étrangers. Ils viennent généralement d'Europe de l'Est. Et l'un d'eux est Belge. À ses débuts en Israël, Kerremans se plaît bien. C'est un bon gardien, même s'il ne peut éviter une défaite aux siens dans un match au sommet contre le Maccabi, le voisin et rival. À l'issue du match, les joueurs et leurs hôtes sont invités au foyer des joueurs. Il y règne un silence glacial... Après pareille raclée, nul n'ose ouvrir la bouche. Au bout d'une demi-heure, nous quittons le stade, soulagés. Durant sa carrière, Kerremans a souvent été attiré par des clubs à problèmes. Pourtant, en sélections nationales d'âge, il était souvent préféré à Gilbert Bodart, Dany Verlinden et Philippe Vande Walle. Tout le monde convoitait le keeper de Boom quand il avait 19 ans, mais il avait opté pour un développement progressif et les sous de Seraing, qui militait en D2, et avait également engagé Nico Claesen et Jules Bocandé. Il se plaisait à Liège, où il réside d'ailleurs toujours. Seraing est monté, mais s'est endetté. Et le gardien a eu le choix entre le Beerschot et le FC Liégeois, mais a estimé avoir plus de chance de se produire en Coupe d'Europe sous le maillot anversois. Pas de chance, c'est le contraire qui s'est produit. Alors que Robert Waseige muait le club liégeois, candidat à la relégation, en formation capable de se qualifier régulièrement pour l'Europe, le Beerschot, qui avait promis monts et merveilles à Kerremans, s'endettait. En montant au créneau pour prendre la défense de ses coéquipiers plus jeunes, qui n'étaient plus payés depuis des mois, il s'était attiré les foudres des supporters et du président Paul Nagels. Kerremans a rapidement rangé sa Bible. Au bout d'un an, il est revenu en Belgique et a poursuivi son déclin sportif. En 2020, il est devenu team manager du reboot de Seraing, son ancien club, promu peu après en D1B. Avec la fin que l'on connaît.