Le sourire de Khalilou Fadiga est aussi chaleureux que le soleil qui caresse les magnifiques façades de la place du Sablon à Bruxelles. Il est mode évidemment, relax bien sûr, lit le mensuel l'Optimum de juin avec Nicolas Anelka en couverture et son naturel tranche par rapport à ceux qui passent d'une galerie d'art à un antiquaire avant de choisir une terrasse et un cocktail " qui est un délice et dont vous me direz le plus grand bien ". Son conseiller Anthony Feuillade l'écoute avec attention. Il en a parcouru du chemin, le titi parisien entre les rues populaires de Barbès et cet endroit chic de la capitale de l'Europe. Khali est un musicien (il adore le jazz, suit des cours de piano) mais surtout un grand peintre du football : la finale de la Coupe de Belgique est son £uvre la plus récente et son prochain vernissage est prévu au Kiel.
...

Le sourire de Khalilou Fadiga est aussi chaleureux que le soleil qui caresse les magnifiques façades de la place du Sablon à Bruxelles. Il est mode évidemment, relax bien sûr, lit le mensuel l'Optimum de juin avec Nicolas Anelka en couverture et son naturel tranche par rapport à ceux qui passent d'une galerie d'art à un antiquaire avant de choisir une terrasse et un cocktail " qui est un délice et dont vous me direz le plus grand bien ". Son conseiller Anthony Feuillade l'écoute avec attention. Il en a parcouru du chemin, le titi parisien entre les rues populaires de Barbès et cet endroit chic de la capitale de l'Europe. Khali est un musicien (il adore le jazz, suit des cours de piano) mais surtout un grand peintre du football : la finale de la Coupe de Belgique est son £uvre la plus récente et son prochain vernissage est prévu au Kiel. Khalilou Fadiga : Ecoutez, ce fut d'abord un spectacle de qualité animé par deux équipes qui avaient envie d'émerger. C'est le public qui a gagné et ce rendez-vous important a donné une autre image d'un football belge dans le doute. Tout le monde s'est pourléché les babines. A Gand, nous étions animés par la certitude de pouvoir battre Anderlecht. Notre équipe disposait de l'arsenal technique indiqué pour poser de gros problèmes aux Bruxellois. Au repos, Anderlecht ne savait pas ce qui lui tombait sur la tête. Il n'y avait qu'une équipe sur le terrain : Gand. Mon tir sur le cadre a constitué un moment important mais il y en a eu d'autres. J'explique le bouleversement de la deuxième mi-temps par le coaching d'Ariel Jacobs. Sa gérance des événements et d'un banc très riche a été excellente. Au bon moment, il a fait entrer de la vitesse sur l'aile droite (Thomas Chatelle) et puis, en fin de match, de la technique dans l'axe (Ahmed Hassan) : Gand n'a pas trouvé de réponse alors que le match se jouait sur notre flanc gauche. Si ce problème avait été résolu en bloquant Chatelle et Hassan, mon tir sur le montant aurait eu une autre vie, moins importante, et Gand aurait préservé le 2-1. Moi, j'ai eu droit à une surveillance rapprochée mais si j'avais marqué, on en aurait encore claqué un quatrième... Non, non mais les autres se sont peut-être dit : - Tiens, la chance a choisi son camp. Et ils ont mis le pied sur l'accélérateur. Pas mal d'observateurs ont relevé qu'Anderlecht est finalement passé en force. Ce n'est pas mon avis. Gand n'a pas plié physiquement. Je maintiens mon explication tactique. Si Anderlecht a cherché malgré tout le duel athlétique, alors cela confirme mon constat : Gand était plus fort techniquement. En fait, je le savais, on l'avait prouvé en championnat et on fait un remake au Stade Roi Baudouin. Au-delà de la déception de la défaite, c'est un constat plaisant. A l'issue de la finale, j'ai eu droit aux compliments d'Herman Van Holsbeek qui... Oui. Il aime mon style de jeu et mon caractère. Les contacts n'ont pas débouché sur un accord mais cet intérêt m'avait fait plaisir. Le manager d'Anderlecht a apprécié ma finale et les autres dirigeants d'Anderlecht, dont Roger Vanden Stock, se sont ensuite joints à lui pour me complimenter. J'attends toujours le plus petit merci d'un dirigeant de Gand. Zéro, rien vu... Et pourtant, c'est vrai : nada, pas un mot, comme s'il ne s'était rien passé au Stade Roi Baudouin. Michel Louwagie, le manager des Buffalos, ne nous a même pas serré la main après ce qui restera une grande finale même si on l'a perdue. Avant cela, il avait tergiversé au moment de fixer la prime pour cette fête. C'était du bricolage. Je n'ai pas vu le président Ivan De Witte non plus. Les supporters, eux, sont venus vers nous : ce sont de vrais connaisseurs. Les joueurs se sont félicités et, depuis lors, je n'ai plus entendu parler de Gand. Je suis parti dans un autre club et Gand n'a pas bronché : c'est bizarre, très bizarre... Comment par hasard ? Non, cela ne marche pas comme cela. Cette qualif, le Standard l'a caviardée à Sclessin. Au repos, les Liégeois ont cru que c'était plié. A 2-0, les Liégeois étaient repus. Gand a eu la force et la volonté nécessaires pour les bousculer devant leur formidable public. Au retour, on avait le couteau entre les dents. Au tour précédent, nous avons été secoués comme un vulgaire prunier à Courtrai (5-1) et j'avais bien dit que nous ne pouvions pas nous exposer aux contres. Or, c'est ce qui s'est produit : Gand est tombé dans le panneau, a pris le jeu à son compte en déplacement et notre adversaire en a profité. Au retour, notre abnégation a fait la différence : 4-0, qualification dans la poche. Oui. Je voulais retrouver du plaisir et du temps de jeu. Je ne pouvais pas me contenter de ce qu'on me proposait à Coventry où j'étais bloqué en Réserves. Trond Sollied me connaissait. Au Club Bruges, j'avais vécu des moments forts avec lui. Il aime le jeu léché, technique, collectif et offensif. Je devais agir à gauche, rentrer dans l'axe, soutenir les avants, libérer des espaces pour Bryan Ruiz, Dominic Folley, etc. J'ai répondu à son attente, je crois, tout en avançant dans mon football. Je ne la prolonge pas, je suis dedans, je ne l'ai pas arrêtée avant de revenir sur ma décision. Je me sens même de mieux en mieux, de plus en plus fort physiquement aussi. J'avais besoin de temps. Quand j'y suis arrivé, il avait été convenu avec Louwagie de nous revoir un mois plus tard pour un tour de table, faire le point, évoquer l'avenir, etc. J'attends encore. Il n'a pas bougé, je n'allais pas aller chez lui à genoux. Je ne suis pas un gamin. Avant la finale, j'ai décidé de partir. Je tairai ce qu'on m'a dit à propos de Louwagie, que ce soit au Germinal Beerschot ou dans d'autres clubs. Les soucis du football belge... Je suis revenu après un long séjour à l'étranger. Le Standard, son public, sa défense avec un grand Mohammed Sarr, Marouane Fellaini et ses individualités offensives : c'était la bonne formule pour le titre. Personne d'autre ne méritait d'émerger. Anderlecht a fait du yoyo et le Club Bruges n'est plus grand que par son nom. Le talent est présent en D1 mais le recul est quand même sensible. Il n'y a plus d'équipe nationale respectée, pas de formation digne de ce nom. Il y a urgence, faut tout revoir. Gand a un bon effectif mais Preud'homme va halluciner. C'est plein de 0 sur 10 pour l'outil de travail. En été, tout est vert au centre d'entraînement mais après, c'est la cata : vestiaires d'un autre âge, pelouse abîmée, boue jusqu'aux chevilles, etc. L'outil d'entraînement est une catastrophe, la préhistoire, quoi. Ce retard est étrange, très étrange : il est visible comme le nez en pleine figure et la plupart des clubs ne bronchent pas. On ne peut pas progresser comme cela. Je me demande comment on a fait pour arriver en finale de la Coupe avec de telles conditions de travail. Le mérite en revient au groupe qui, finalement, n'a eu qu'un passage à vide. Preud'homme mesurera vite ce qui sépare Gand et le Standard qui a pris 10 ans d'avance. Tant que les équipes belges ne s'entraîneront pas dans des conditions normales, ça n'ira pas su la scène internationale. Il faut 18 Académies Robert Louis-Dreyfus en Belgique. Sans cette volonté, la course poursuite sera vaine : l'écart avec la concurrence européenne se creusera encore. Je n'ai jamais dit cela, je ne permettrai pas de juger Preud'homme. Qui suis-je pour me le permettre ? Je n'ai pas de passé de coach. Non, j'ai affirmé qu'il allait halluciner pour l'outil mais, cela dit, il peut y atteindre ses objectifs. J'ai apprécié le discours : les Anversois me voulaient à tout prix. Je pouvais gagner le double au Qatar. J'ai préféré rester en Belgique, près de ma famille. C'est déjà pour cela que j'avais signé à Gand. D'autres bons clubs belges m'ont approché et je les ai rencontrés mais le Beerschot me voulait le plus et j'ai signé pour deux ans. Puis, il y a Harm Van Veldhoven que j'ai connu à Lommel où il m'a accueilli. Je venais de Liège et je ne connaissais pas la langue. Tout le monde apprécie Harm. Aucun de ses anciens joueurs ne se plaint en parlant de lui. Je n'ai eu que des entraîneurs papas : Raphaël Quaranta (en Réserves à Liège), Eric Gerets, Trond Sollied, Guy Roux, Bruno Metsu (équipe nationale du Sénégal), Harm Van Veldhoven. Ce sont aussi des entraîneurs amis... Il y a des entraîneurs amis et des amis entraîneurs. C'est différent. José Mourinho, Eric Gerets, Trond Sollied, Guy Roux, Harm Van Veldhoven, Michel Preud'homme, etc. : ils protègent leur effectif, se mouillent pour leurs joueurs qui leur rendent bien leur chaleur. Mais ces derniers savent aussi qu'il y a le coach et les frontières de la décision qui appartient au chef. La ligne de démarcation est plus fine et dangereuse dans le cas d'un ami entraîneur qui fut, par exemple, votre équipier. Quand cesse-t-il d'être votre ami pour devenir votre coach ? Ah, je suis curieux... Si, si : je venais au stade à vélo. Ah, oui, je vois. Pour bien me réveiller, je regardais les aventures de Tom Sawyer... Le temps passe vite, j'étais jeune... Il y a d'abord le quartier de mon enfance : la Goutte d'Or à Paris. J'y retourne de temps en temps. Liège a été décisif car tout a commencé là. A Bruges, j'ai connu le top : on ne faisait pas mieux en Belgique. Je n'oublierai jamais ce que j'ai vécu à Auxerre. Enfin, le Sénégal est important pour moi. Cela en fait des émotions et des aventures. On prend un café à la terrasse ? par pierre bilic - photos : reporters/ ghy