Même si elle a été vaincue par une grande Maria Sharapova au bout de la dernière ligne droite de Flushing Meadows (6-4,6-4), Justine Henin a réussi une campagne de légende. La petite dame de Rochefort a été présente lors des quatre finales du Grand Chelem : Australie, France, Angleterre, Etats-Unis. De l'autre côté de l'Atlantique, elle a signé des performances qui resteront gravées sur les rétines. En demi-finales, elle chancela face à l'arrogante Jelena Jankovic avant de puiser des forces salvatrices dans le plus profond de son mental. Elle n'a pas besoin de tenues inspirées des films d' Audrey Hepburn pour être admirablement belle sur un terrain. La Famennoise inc...

Même si elle a été vaincue par une grande Maria Sharapova au bout de la dernière ligne droite de Flushing Meadows (6-4,6-4), Justine Henin a réussi une campagne de légende. La petite dame de Rochefort a été présente lors des quatre finales du Grand Chelem : Australie, France, Angleterre, Etats-Unis. De l'autre côté de l'Atlantique, elle a signé des performances qui resteront gravées sur les rétines. En demi-finales, elle chancela face à l'arrogante Jelena Jankovic avant de puiser des forces salvatrices dans le plus profond de son mental. Elle n'a pas besoin de tenues inspirées des films d' Audrey Hepburn pour être admirablement belle sur un terrain. La Famennoise incarne le sport dans ce qu'il a de plus noble. Pas de strass, pas de paillettes, rien que la vérité du court. La tigresse de Sibérie est ravissante, évidemment, mais on devine d'autres mécanismes derrière ses cheveux blonds, ses sourires pincés et ses regards hautains. Cela fleure Hollywood, le business, le fric et surtout la people mania un peu folle du sport féminin. Quand Kim Gevaert défile, habillée par un grand couturier, elle sourit mais ce n'est pas son univers. La championne d'Europe est plus féline sur sa piste en tartan. Les défis que lance sans cesse Justine Henin (lauréate du Mérite Sportif de la Communauté Française) nous ont fait penser au pari que Michel Preud'homme a relevé en prenant la succession de Johan Boskamp au Standard. L'ancien meilleur gardien de but du monde s'était enferré dans des situations difficiles. Lui qui a tout gagné, ou presque, sur les terrains de football, ne comptait plus les défaites ces derniers temps. Poussé, peut-être manipulé, par d'autres, il a offert ses idées et son enthousiasme à la grande maison de verre, l'équipe nationale et la Ligue Professionnelle. Michel Preud'homme était appelé aux plus hautes responsabilités mais, hélas, en Belgique, il faut jouer des coudes dans les corridors. Le Liégeois dépendait des autres et au moment de la remise d'un strapontin présidentiel, les requins et autres ronds de cuir ne lui auraient pas fait pas de cadeaux. " Petit pays, petite mentalité ", comme l'affirmait le roi Léopold II ? Michel Preud'homme n'avait plus rien à gagner dans les palais du football belge. Mais il avait tout à... perdre au Standard. Là aussi, quoi qu'il dise, comme à Bruxelles, il dépendait des autres, de sa direction, des joueurs, etc. Il manquait d'emprise sur les événements guidant sa carrière. Loser à Bruxelles, Michel Preud'homme risquait de le devenir à Sclessin. En tant que directeur technique, il a assumé un rôle de conseiller auprès de Lucien D'Onofrio, a probablement recommandé l'un ou l'autre joueur et surtout Johan Boskamp. L'échec de ce dernier, explicable en partie par des circonstances atténuantes (blessures, suspensions, renforts tardifs, départs inattendus), était aussi celui de Preud'homme. Quand la langue du Bos fourcha dans les médias, (" J'ai besoin d'un autobus pour remballer mes mauvais joueurs ", " Vous n'avez pas un peu de sous pour acheter des renforts ? "), cela n'a pas dû plaire à Lucien D'Onofrio et la position de l'ancien DT se fragilisa encore plus. Sa marge de manoeuvre était de plus en plus ténue. En échangeant son costume de dirigeant pour une tenue de coach, Michel Preud'homme s'est offert un nouvel espace d'expression et de liberté. Il sera jugé sur son travail, ne dépendra que de ses résultats, pas du boulot ou de l'influence des autres. Au Lierse, il a bien caché son jeu, a étonné son monde en lançant Sergio Conceiçao dans la bagarre et a gagné. S'il revient un jour à l'Union Belge, ce sera peut-être en tant qu'entraîneur de l'équipe nationale. Ne serait-ce pas un revers à la Justine Henin ? PAR PIERRE BILIC