Le tableau de sa vie parcourt deux continents : une enfance africaine et une jeunesse passée à Francfort. Puis une carrière pro entamée au Lech Poznan et des rêves d'attaquant qui prennent de l'ampleur au stade Charles Tondreau. " I'm a striker ", dit-il en souriant. Attaquant et éclaireur de Mons, Ebrahima Ibou Sawaneh adore se promener entre les lignes adverses où sa mobilité et sa résistance à l'effort finissent par user les autres. On le voit à gauche et à droite mais c'est quand même dans l'axe qu'il se sent le mieux. Là, avec l'apport de Rachid Bourabia, Ibou apporte un solide soutien offensif à Jérémy Perbet.
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Le tableau de sa vie parcourt deux continents : une enfance africaine et une jeunesse passée à Francfort. Puis une carrière pro entamée au Lech Poznan et des rêves d'attaquant qui prennent de l'ampleur au stade Charles Tondreau. " I'm a striker ", dit-il en souriant. Attaquant et éclaireur de Mons, Ebrahima Ibou Sawaneh adore se promener entre les lignes adverses où sa mobilité et sa résistance à l'effort finissent par user les autres. On le voit à gauche et à droite mais c'est quand même dans l'axe qu'il se sent le mieux. Là, avec l'apport de Rachid Bourabia, Ibou apporte un solide soutien offensif à Jérémy Perbet. " La force de notre équipe, c'est l'absence de stars ", affirme le Gambien. " Jérémy casse la baraque mais il garde son calme et bosse comme tout le monde. Sans cet esprit collectif, Mons ne serait pas Mons. Quand on m'a proposé de venir ici, j'y ai cru car le projet était épatant de simplicité. On m'a promis une saison faite de travail : c'est ce que j'espérais. Le staff de Dennis vanWijk connaît le football et la D1 sur le bout des doigts. Ce savoir-faire constitue un des plus de notre équipe. Personne ne désire brûler les étapes. Mons progresse et nous verrons bien où tout cela nous mènera à la fin de la phase classique. Ce n'est pas le moment de rêver mais de bosser. Mons reste une équipe en construction. Il y a forcément des choses à améliorer... " Ibou songe sans aucun doute à la maigre moisson de points récoltés sur les autres pelouses que celle de l'Avenue du Tir. Cet effectif a besoin de petites retouches, des joueurs à recruter en janvier, peut-être, en été certainement pour lorgner un avenir très intéressant. Et, à un titre plus personnel, c'est justement ce qu'Ibou espère comme un chercheur d'or. L'Albert sera-t-il le grand filon de sa carrière ? " Je sais que le destin d'un footballeur peut basculer d'une seconde à l'autre. A Beveren, j'ai joué avec Gervinho. Il était au-dessus du lot mais je n'imaginais pas le voir un jour à l'£uvre à Lille puis Arsenal. J'espère avoir la joie de jouer un jour dans un grand championnat. Je ne veux surtout rien précipiter : je viens de loin... " Ibou est né en Gambie, cette langue de terre qui s'enfonce en plein c£ur du Sénégal, une petite enclave de 11.300 kilomètres carrés pour 1.500.000 habitants : " Chaque fois que je retourne à Banjul, la capitale, je suis étonné par les progrès. Gambie, c'est d'abord le nom d'un fleuve qui rythme la vie de tout le monde. La pêche et l'agriculture constituent des atouts importants mais je crois plus au tourisme. Les plages de Gambie sont magnifiques et on y érige de magnifiques hôtels. Plus tard, même si je suis devenu un véritable Européen, je rentrerai probablement en Gambie. "Ibou a quatre ans quand il débarque en Allemagne avec sa s£ur : " Mon père travaillait depuis des années au fret de l'aéroport de Francfort. A l'époque, il manquait beaucoup de bras pour que l'économie allemande tourne. "Ce pays est secoué par une peste raciste : ses services secrets n'ont pas deviné les intentions de la " Fraction armée brune " incarnées par un trio en cavale durant 13 ans. Les membres de ce gang néonazi venu de Zwickau, en ex-Allemagne de l'Est, se sont récemment suicidés mais, tout au long de leur randonnée mortelle, ils ont liquidé huit hommes d'origine étrangère. Qui les a aidés, qui les a protégés, qui les a renseignés ? Ces questions constituent le terreau pour un immense scandale politique. Ces attaques contre des immigrés ont scandalisé la chancelière, Angela Merkel. Ibou examine tout cela avec un calme remarquable : " L'Allemagne est un pays moderne ouvert sur le monde. Moi, je n'ai jamais souffert de racisme à Francfort. Le football a apporté ses réponses et ses solutions dans ce débat. Il suffit d'examiner la composition de la Mannschaft pour comprendre comment bat le c£ur de la vraie Allemagne. L'équipe nationale est composée d'Allemands aux origines diverses : cette image est bien plus importante que tout le reste. " Ibou évolue et progresse dans des petits clubs allemands avant de recevoir une offre polonaise de Lech Poznan : " Je ne pouvais pas refuser cette chance d'enfin devenir pro. A 18 ans, c'est toute ma vie qui a changé. J'étais encore un grand ado qui vivait chez ses parents et du jour au lendemain, j'ai dû m'assumer, apprendre à vivre seul. Ce ne fut pas évident tous les jours mais je suis devenu un homme. La Pologne est un laboratoire avec de plus en plus de footballeurs étrangers qui espèrent s'y révéler. Je me suis amélioré à tous points de vue : engagement, jeu défensif, technique. Les Polonais mettent le pied et il y a un Wasyl dans chaque équipe : d'abord 60 % de physique. On ne les bouscule pas facilement et je m'y suis forgé un mental et une condition physique. Portée par tout un pays, la Pologne sera redoutable tout au long de la phase finale de l'Euro 2012. Cet immense pays est en plein boum. " En janvier 2007, Ibou change son fusil d'épaule et obtient un visa pour Beveren. Le club du Freethiel a sauté en altitude sans parachute de secours. C'est la fin de l'ère ivoirienne. Ibou arrive trop tard et y bosse avec trois coaches : Walter Meeuws, Edy De Bolle et Alex Czerniatynski. " Meeuws était un professeur et De Bolle un père pour les joueurs ", se rappelle-t-il. " En D2, j'ai bien travaillé sous les ordres de Czerniatynski. Il m'a appris à mieux lire le jeu, à surgir au bon moment... " Ibou se fait un nom à Beveren avant de traverser le pays et de se retrouver à Courtrai. S'il ne retient visiblement pas grand-chose de Hein Vanhaezebrouck, il ne tarit pas d'éloges à propos de Georges Leekens. " Il a créé une ambiance extraordinaire dans le groupe. Le Courtrai de Leekens, c'était une bande d'amis qui se battaient l'un pour l'autre. Avec un tel mental, nous avons posé des problèmes aux meilleures équipes. Leekens avait parfaitement organisé le bloc avec le souci de défendre. Avec l'expérience de Karim Belhocine ou de Nebojsa Pavlovic ou le désir de revanche de Laurent Ciman et de Christian Benteke, Courtrai avait du répondant. La reconversion offensive était rapide et ce fut une des clés de la réussite : avec Leekens, Courtrai a pris part aux play-offs 1. C'est un excellent coach qui finira par relancer les Diables Rouges, c'est certain. " L'après-Leekens est moins drôle. Il ne trouve pas ses marques avec le grand Vanhaezebrouck et va tuer le temps sous la direction de Marc Brys à Malines où il découvre la fièvre d'un stade. Cet été, il revient au stade des Eperons d'Or. Sa bataille sera difficile, il le sait. Sa chance s'appelle Philippe Vande Walle qui l'a connu à Courtrai. L'entraîneur des gardiens lui demande si un défi montois l'intéresse. Le bon Philippe est persuadé qu'Ibou a les atouts nécessaires pour se forger une place au soleil du Doudou. Vande Walle ne se trompe pas, Ibou non plus. Comme un requin qui hume un bon repas à des kilomètres, bien renseigné, un certain Mogi Bayat débarque miraculeusement dans le dossier. Il finalise le transfert et trouve un accord avec les agents habituels du joueur, Félix Segers et Abdou Dieng.Ces arrangements ne l'intéressent pas. Lui, il veut jouer et cette location jusqu'en fin de saison constitue une aubaine. La page courtraisienne est-elle tournée ? Il y habite toujours car son contrat ne s'y achève qu'en 2014. Ibou reste prudent : " Je suis évidemment très heureux à Mons et j'espère y rester mais je ne veux pas me griser ". Quand il a un peu de temps, Ibou n'hésite pas à rendre visite à ses parents en Allemagne. Ibou a la double nationalité, allemande et gambienne. Il joue en équipe nationale de Gambie où le mystérieux Paul Put n'a pas encore été remplacé. La Gambie, qui ne s'est pas qualifiée pour la prochaine CAN, espère se relancer avec un nouveau coach. PAR PIERRE BILIC -PHOTOS: IMAGEGLOBE " Mons reste une équipe en construction. Il y a forcément des choses à améliorer... "