L'adjoint de René Vandereycken détient la grande forme : la poignée de main est énergique et son tour de taille a pris un joli coup de jeune. " Pas facile de revoir ses habitudes ", dit-il. " J'adore cuisiner. Je prépare souvent le repas pour mon épouse et nos trois enfants. Quand je fais quelque chose, j'y vais à fond. C'est le cas pour mon régime : sorties à vélo, etc. "
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L'adjoint de René Vandereycken détient la grande forme : la poignée de main est énergique et son tour de taille a pris un joli coup de jeune. " Pas facile de revoir ses habitudes ", dit-il. " J'adore cuisiner. Je prépare souvent le repas pour mon épouse et nos trois enfants. Quand je fais quelque chose, j'y vais à fond. C'est le cas pour mon régime : sorties à vélo, etc. " Stéphane Demol vient de fêter ses 42 printemps et il a pris une décision importante pour la suite de sa carrière sportive : quitter l'équipe nationale au terme de la saison. Cet enfant de Beersel, dans la vallée de la Senne, est en pleine fermentation comme le lambic brassé uniquement dans son terroir. Sans l'action de levures sauvages qu'on ne trouve que là-bas, cette bière n'aurait jamais conquis ses lettres de noblesse. En mélangeant des lambics de différentes années, les brasseurs obtiennent une " Vieille Gueuze, Oud Beersel " dont les amateurs disent le plus grand bien. Demol a aussi procédé à des assemblages surprenants ces dernières années. Après son grand parcours de joueur, le Brabançon s'était lancé en tant que T1 avant d'exercer l'activité d'adjoint durant trois saisons, une au Standard auprès de Dominique D'Onofrio et deux dans le sillage de René Vandereycken et des Diables Rouges. " Cette période très intéressante s'arrêtera en fin de saison ", rappelle-t-il. " J'ai beaucoup appris et ce nouvel acquis me sera très utile. Maintenant, je veux redevenir T1. Oui, j'ai eu des contacts en hiver. Notamment avec Mouscron ou Mons, entre autres, et je me rendrai bientôt à Chypre, au Portugal, etc. Le désir de retrouver une équipe, de vivre et de travailler au quotidien avec un effectif, me démange trop. Si je devais m'y mettre dès demain, après avoir obtenu l'accord de l'Union Belge, ce serait bien... " Le verbe est fort et clair : c'est du très bon Demol, un homme qui est arrivé à maturité et qui cèdera son témoin de premier T2 professionnel des Diables Rouges à un ami : " Je suis fier que mon successeur ne soit autre que Frankie Vercauteren. Et je suis persuadé que ce perfectionniste s'entendra très bien avec Vandereycken. "Stéphane Demol : Oui, et ce n'est pas grave, et même très instructif, quand on est jeune dans le métier. Je suis par exemple arrivé au FC Malinois au mauvais moment : ce club n'allait pas tarder à être emporté par une faillite. Après cela, je me suis retrouvé à Denderleeuw, en D2, qui m'avait demandé de le dépanner. J'ai toujours eu de bons contacts avec ce club où grâce à Patrick Asselman, et à son père, je m'étais entraîné après mon passage en tant que joueur au Standard. René Desaeyere avait reçu une offre de l'Antwerp à la dernière minute et Denderleeuw n'avait pas de coach. J'ai accepté de dépanner mes amis mais ce fut une erreur car il n'y avait pas d'équipe. Quand un coach affirme que tout a toujours été rose pour lui, ce sont des salades. Je prends l'exemple de mon expérience grecque. Le FC Egaleo avait besoin d'un coach doté du diplôme UEFA pour se lancer dans sa campagne européenne et ce fut une réussite jusqu'au Nouvel An. Dans cette région-là, il faut parfois accepter des arrangements : une fois gagner, une fois perdre, etc. C'est pas ma tasse de thé. Non, je n'oserais pas affirmer que cela avait un rapport, ou peut-être indirectement. Vous savez, le Chinois est passé par la Belgique, pas par la Grèce... Mais j'ai quand même des exemples assez affligeants. Comme ce jour où Olympiacos mena 0-2 chez nous. J'ai alors procédé à deux changements et Egaleo a égalisé. Le lendemain, la presse grecque titra : -Demol travaille, Bajevic dort sur son banc. Le soir, j'avais mon président au bout du fil : -Mais qu'est-ce que tu fous ? Personne ne t'a demandé de faire 2-2 contre Olympiacos. C'était le début de la fin. Le président était connu pour ce genre de dérives et il en avait été question avant que je signe mon contrat. Il avait vite évacué la conversation en se disant, peut-être, que je fermerais les yeux. Là, comme ailleurs, il y en a qui acceptent, d'autres pas. J'ai refusé, je voulais réaliser un bon championnat et retrouver la Coupe de l'UEFA : il y avait un décalage entre certaines personnes et ma façon de vivre le foot et on m'a alors donné mon bon de sortie en janvier 2005. J'avais eu des contacts en D2 grecque. J'adore ce pays, je parle la langue, je lis le grec sans problème. Un de mes rêves serait d'ailleurs d'entraîner un jour l'Olympiacos, un très grand club qui, en plus, a son stade au bord de la mer, au Pirée. Moi, la mer, j'adore car cela me détend. Mais comme les contacts n'aboutissaient à rien de concret, j'ai rencontré mon ami Lucien D'Onofrio qui m'avait aidé durant ma carrière de joueur. J'espérais qu'il me trouve un club et à ma surprise, il m'a proposé d'aider son frère, Dominique, au Standard. Je ne m'y attendais pas du tout et j'ai dû me décider très vite, c'est-à-dire tout de suite : j'ai accepté même si mon intention, au départ, n'était pas de devenir adjoint. Au final, ce fut une bonne décision et en janvier 2006, René Vandereycken m'a demandé de devenir son adjoint en équipe nationale. J'en ai parlé avec Lucien, Dominique et Michel Preud'homme lors du stage du Standard au Portugal. J'avais un contrat d'un an mais les Liégeois ne pouvaient rien me garantir (comme T2 ou T1 en cas de départ de Dominique) et j'ai dit oui à Vandereycken qui m'avait rendu service un jour en me donnant un coup de pouce amical pour mon transfert à Bologne car il connaissait les dirigeants de ce club. Ils étaient venus m'observer à quelques reprises et René, qui parle italien, les avait reçus. J'ai aussi dit oui par amitié. C'était un contrat de deux ans même si Preud'homme, alors Président de la Commission technique, parlait de quatre ans. J'ai donné ma parole pour deux saisons ; quatre, cela me semblait énorme. Et, de fait, après deux ans, j'ai eu besoin d'un autre défi. Ma décision, je l'ai officialisée après le match contre l'Azerbaïdjan. Fin juin, je m'en irai à moins que Frank Vercauteren n'envisage de commencer plus tôt après accord, bien sûr, entre la fédé et moi-même. Non. Je reste très motivé et s'il y a une offre demain, je pars. Par contre, adjoint, c'est fini même si c'était intéressant et que je respecte les T2 : je veux redevenir T1. Je suis ambitieux et l'aspect financier joue un rôle certain : les salaires ne sont pas les mêmes. J'ai un fixe mensuel et des primes en équipe nationale mais quand on ne gagne pas souvent, on ne touche pas beaucoup. Je dois remercier Dominique et René : ils m'ont permis de compléter ma connaissance du métier. A ce poste, si on n'est pas bête, on voit d'où vient la critique, ce qui se passe dans le dos d'un coach concentré sur son effectif. Le comportement d'un joueur, ou même des dirigeants, n'est pas le même avec un T2 qu'avec un T1. Le ton est parfois monté lors de discussions entre quatre yeux avec René ou Dominique mais j'ai toujours été loyal. René est spécial car il prend toujours la défense des joueurs. Il a évolué au top et tente sans cesse de comprendre un footballeur. Dominique n'a pas joué au même niveau et sa vision est différente, donc intéressante, par rapport à un ancien de D1. Maintenant, je veux coacher car c'est ce qui m'intéresse le plus. Un T2 ne le fait pas, sauf un entraînement si le T1 le lui demande. C'est bien mais pas assez pour moi, même si on retrouve en match des phases répétées en semaine. Ce job sera encore plus apprécié à sa juste valeur avec la venue de Vercauteren. Je suis fier qu'une telle personnalité prenne ma succession. Il serait même logique, vu son palmarès de coach, que Frankie soit mieux payé que moi. Wilmots ? Je parle de Frankie... Nos chances de " passer le cap " ont vite piqué du nez. Dès lors, on a cherché, suivi le talent belge à l'étranger, rajeuni l'effectif. J'ai fait beaucoup de scouting. Le changement est radical. On avait vécu cela au Mexique en 1986 mais c'était encore du 50-50 entre la nouvelle vague et les anciens. Maintenant, il n'y a pratiquement plus de trentenaires. A l'avenir, il faudra que les jeunes forcent des résultats. L'efficacité fait partie intégrante du savoir, donc du talent et de la force d'un collectif. Bien jouer et ne pas gagner, c'est sujet à problèmes. Ce ne sera pas facile et l'expérience sera un atout. Moi, j'en ai vite eue car Anderlecht naviguait dans les hautes sphères européennes et j'étais entouré par Morten Olsen, Luka Peruzovic, etc. La saison prochaine, les jeunes du Standard, comme Defour, Fellaini, Witsel, auront plus de métier. Demul, Vandenborre, Mirallas, Dembele aussi. Et je ne parle pas du plus fort : Kompany. Il est encore jeune et ajoute le physique et la force à son talent. Les jeunes footballeurs belges sont frêles par rapport aux étrangers. A leur âge, Scifo, Grün et moi, nous étions naturellement robustes. Il y a du talent en pointe : Mirallas, Dembele. Mais aussi Buffel, Sonck quand ils sont à 100 %. Un grand talent comme Dembele aime reculer, participer à l'élaboration du jeu. Mirallas est plus un buteur que lui. Mémé Tchité, on le suit depuis deux mois en Espagne. J'espère encore y aller avant mon départ. Il s'est imposé à Santander et marque en Liga. Il devrait être une solution offensive. Tchité est un grand buteur : quand il sera officiellement belge, ce sera un atout pour les Diables Rouges. Nous espérions le retenir contre le Maroc. Malheureusement, la crise politique a retardé son dossier de demande de naturalisation. Ce sera un atout pour la prochaine campagne de qualification. Je suis naturellement plus offensif que lui. Mais René a été mal compris par les médias. Il n'a jamais envoyé un joueur sur le terrain pour uniquement défendre. Et il n'est pas têtu. Mais quand on discute avec lui, il faut des arguments pour le convaincre. Je l'ai fait, Frankie le fera aussi car c'est un fana de foot comme René. Non, même si 80 % des Olympiques sont des A, ce qui est unique. C'est pour cela que Vandereycken les suivra de près en Chine. Même s'il y aura un problème de fatigue à un moment, c'est excellent pour leur vécu. J'espère que notre problème réside uniquement dans notre manque d'expérience... par pierre bilic - photos : reporters