S uper Akin titrions-nous en couverture de notre numéro 32, le 10 août passé, après la première journée de compétition. Il est vrai qu'à l'occasion de son premier match avec le RSCA, le nouvel attaquant turc des Mauves avait d'emblée défrayé la chronique face à La Louvière : deux buts et un assist. Décisif, l'ancien Taureau de Kodikoy l'est redevenu tout autant, ces dernières semaines, comme en témoignent son beau doublé contre le Club Bruges, suivi d'une autre réalisation, devant Lokeren cette fois. Reste qu'entre le début du championnat et ces trois buts, il a traversé une période de moindre conjoncture durant laquelle il a même dû composer avec le dug out.
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S uper Akin titrions-nous en couverture de notre numéro 32, le 10 août passé, après la première journée de compétition. Il est vrai qu'à l'occasion de son premier match avec le RSCA, le nouvel attaquant turc des Mauves avait d'emblée défrayé la chronique face à La Louvière : deux buts et un assist. Décisif, l'ancien Taureau de Kodikoy l'est redevenu tout autant, ces dernières semaines, comme en témoignent son beau doublé contre le Club Bruges, suivi d'une autre réalisation, devant Lokeren cette fois. Reste qu'entre le début du championnat et ces trois buts, il a traversé une période de moindre conjoncture durant laquelle il a même dû composer avec le dug out. Une situation qui ne l'a guère réjoui et qui lui a valu les remontrances du staff technique ainsi que de la direction, suite à son manque d'entrain à l'échauffement contre Mouscron, rencontre où il n'avait pas été repris dans le onze de base. Depuis lors, l'international turc s'est racheté une conduite et son ardeur à la tâche, doublée d'une efficacité retrouvée, l'ont remis sur orbite. Au point de le rendre quasi indispensable au bon fonctionnement de la division offensive du Sporting. Serhat Akin : J'ai traversé trois périodes depuis mon arrivée au Parc Astrid : d'abord l'euphorie, puis le doute et, à présent, la sérénité. Du moins, j'ose l'espérer (il rit). Au départ, je n'en croyais pas mes yeux, tant tout semblait couler de source pour moi dans mon nouvel entourage. En deux temps trois mouvements, j'avais à la fois trouvé ma place sur le terrain ainsi que dans le groupe. D'un côté, je marquais comme à la parade : cinq buts en l'espace d'autant de matches amicaux. En dehors des pelouses, grâce au team-building organisé à La Panne, j'avais immédiatement noué des contacts très chaleureux avec l'ensemble du noyau. Je n'étais pas du tout perçu comme un intrus, au contraire. Et c'est ce qui explique sans doute pourquoi, d'entrée de jeu, j'ai trouvé mes marques en équipe fanion. Par la suite, j'ai sans doute subi le contrecoup de cette période enthousiasmante. En premier lieu, j'ai été absorbé par mon déménagement, puis il m'a fallu faire face à l'un ou l'autre coéquipiers qui étaient montés en puissance aussi, subitement. Comme mon tout bon copain Christian Wilhelmsson, par exemple. A ce moment-là, j'ai pleinement réalisé que nous étions quatre, au bas mot, pour trois places à pourvoir et que le coach se devait donc de faire un malheureux chaque semaine entre Nenad Jestrovic, Mbo Mpenza, Chippen et moi. Au début, j'éprouvais des difficultés à m'en convaincre. Car si j'avais quitté Fenerbahce, c'était précisément avec la volonté de prouver que je valais plus qu'un statut de réserviste. Aujourd'hui, même si je ne prends toujours pas place sur le banc de gaieté de c£ur, je mesure quand même mieux les raisons pour lesquelles un turnover s'impose. Il est tout simplement impossible de carburer à plein régime tous les trois jours. Si j'étais le seul à être sacrifié, je me poserais peut-être certaines questions. Mais ici, chacun, à tour de rôle, a déjà été ménagé. Aussi bien à l'attaque que dans les autres secteurs. J'ai appris à l'accepter car tout le monde est logé à la même enseigne. Mbo Mpenza avait un statut de meilleur goal-getter à défendre lors de la visite du Germinal Beerschot chez nous. Or, il avait été sacrifié ce soir-là en prévision de notre match contre le Slavia Prague. A priori, je trouvais cette option un peu bizarre. Mais trois jours plus tard, le même joueur nous offrait la qualification en Tchéquie. Dans ces conditions, on se rend mieux compte où l'entraîneur veut en venir. Je suis agréablement surpris. J'avais entendu dire çà et là que le football belge ne représentait soi-disant pas grand-chose mais la réalité est sensiblement différente. Par rapport à la Turquie, j'ai fait indéniablement un pas en avant. Non pas que Fenerbahce ne tiendrait pas la distance contre Anderlecht, loin s'en faut. De ce point de vue-là, on retrouve les mêmes similitudes entre les trois grands du championnat turc que sont Fenerbahce, Galatasaray et Besiktas, et le trio majeur en Belgique formé d'Anderlecht, le Standard et le Club Bruges. En revanche, ce qui suit me paraît plus costaud ici. Des formations comme Lokeren ou La Gantoise sont plus fortes que celles classées de façon analogue de l'autre côté du Bosphore. Quant aux prétendus sans grades, tous sont plus performants ici qu'en Turquie. Avec Anderlecht, nous n'avons franchement pas eu la vie belle face au Lierse ou au FC Brussels. Le Standard vient lui aussi d'être malmené par Mouscron. De telles surprises sont inimaginables dans une compétition que j'ai quand même connue pendant une demi-dizaine d'années. Même si, saison après saison, les petits s'enhardissent, ils ne font pas office de giant killers, comme c'est le cas en Belgique. C'était surtout flagrant en début de saison. Au Cercle, qui avait pris un mauvais départ, nous avions déjà souffert pour imposer nos vues. Ce jour-là, il nous avait fallu un coup de réparation généreux pour nous dépêtrer de cet adversaire. Par la suite, hormis le bon point pris à Genk, devant une formation censée être de pointe, il y a quand même eu deux bides, coup sur coup, au Brussels et au Lierse. A Beveren aussi, le Sporting l'avait emporté de manière quelque peu heureuse. En réalité, il n'y a qu'à Lokeren que nous nous sommes montrés à la hauteur. Logiquement, nous aurions dû imposer nos vues à cette occasion. Mais, face à ce candidat à l'Europe, nous avons malheureusement pris deux goals tout à fait évitables. Et la même déconvenue s'était déjà produite lors de notre déplacement au Limbourg. Se faire remonter après avoir fait le break, ce n'est pas permis lorsqu'on est un candidat au titre comme nous. D'autant plus que nous avons commis la même erreur face au Club Bruges dans nos installations. A chaque reprise, les balles aériennes nous ont joué de mauvais tours. Une fois, passe encore. Mais quand ces mésaventures se déroulent régulièrement, il y a de quoi s'arracher les cheveux. Nous sommes trop respectueux de l'opposant sur les phases arrêtées. Moi-même, dans des circonstances identiques, on me rentre dans le lard. Pourquoi ne pas adopter la même attitude chez nous ? Une chose est sûre : pour franchir un palier et voir l'avenir avec optimisme, nous devrons apprendre à être beaucoup plus intransigeants. Quand nous nous replions, nous avons la fâcheuse tendance à toujours laisser la porte légèrement entrouverte. Dans les mêmes circonstances, Liverpool et Chelsea la claquent et la ferment à double tour. La nuance est importante. Au moment de signer, il n'était pas encore acquis que le Sporting se retrouve à ce niveau puisqu'il lui fallait quand même disputer deux tours préliminaires. Cette mission a été parfaitement accomplie et l'équipe s'est qualifiée pour les rencontres de poule. Il faut bien avouer que nous n'avons pas été gâtés par le tirage au sort avec les trois adversaires que l'on sait. Nous avons hérité du groupe le plus coriace alors que le Club Bruges a eu la main plus heureuse. Malgré les avatars, j'estime que de sortie en sortie, nous avons progressé. A Chelsea, nous avons été loin d'être ridicules. Certains ont fait la fine bouche, après cette rencontre, sous prétexte qu'il y avait moyen de faire mieux. Il suffit de jeter un coup d'£il à la position actuelle des Londoniens en Premier League pour se rendre compte que ce 1-0 était bel et bien une référence. Le même score a, par la suite, scellé nos parties contre le Betis et Liverpool au Parc Astrid. Pourtant, d'un match à l'autre, la réplique a été meilleure. Sans ce moment d'égarement sur la reprise de Djibril Cissé, je reste convaincu que nous ne nous serions pas retrouvés les mains vides. Aujourd'hui, notre compteur est toujours vierge. Mais au-delà des chiffres, il y a la réalité du terrain. Et celle-là me dit que nous sommes sur le bon chemin à domicile. Tôt ou tard, l'équipe en sera récompensée au plan européen. Si pas cette saison, l'année prochaine. En raison de la situation sportive délicate de ce club, distancé par ses traditionnels rivaux d'Istanbul après un tiers de compétition, les spéculations sont allées bon train, aussi bien quant à la nomination d'un nouvel entraîneur, en remplacement de Riza Cimbalay, qu'en ce qui concerne les transferts. C'est dans ce cadre-là que les noms de Morten Olsen, Aimé Anthuenis, Jean Tigana - qui a finalement obtenu les faveurs comme coach - ou moi-même avons été cités. Personnellement, je n'ai jamais été approché de manière directe par ce club. Mais au retour d'Albanie, où j'avais arraché avec l'équipe nationale de Turquie la deuxième place de notre groupe de qualification pour la Coupe du Monde, j'ai été surpris de voir à la une d'un grand quotidien sportif un montage qui me représentait avec le maillot de ce club. Comme j'étais sans cesse confronté à la même question, je me suis expliqué sur les ondes, en direct, afin d'avoir l'occasion d'exprimer clairement mon point de vue, sans voir mes propos déformés. J'ai précisé que je n'avais jamais eu de contact avec personne mais que Besiktas avait peut-être une idée en tête avec moi. Je ne peux quand même pas défendre à ce club d'entrer en relation avec Anderlecht et de discuter des modalités d'un éventuel transfert même si, pour moi, cette perspective n'est pas une priorité. Je ne suis pas venu ici avec l'intention de rebrousser chemin après six mois à peine. Je comprendrais que certains s'interrogent si je n'étais pas heureux ou si je ne m'acclimatais pas. Mais ce n'est pas du tout le cas. Au contraire, mon intégration n'a pas posé de problème et je suis à nouveau bien en selle après une période un peu plus difficile. Vous avez tout à fait raison. Toutefois, il y a probablement un autre motif encore. A 18 ans, lorsque j'ai effectué le grand saut de Karlsruhe en Turquie, j'étais en réalité destiné à Besiktas. Mon père avait mené les négociations avec ce club, et tout était pour ainsi dire en ordre entre toutes les parties. Il ne manquait, somme toute, que ma signature et c'est pourquoi j'avais fait un jour le voyage à Istanbul, pour finaliser le dossier. Mais en sortant de l'avion, mes premiers interlocuteurs sur place furent des représentants de Fenerbahce. Ils m'ont pris immédiatement à part en m'avisant de signer pour eux plutôt que pour la concurrence. D'office, ils me proposaient le double de ce que Besiktas avait convenu de m'offrir. Pour moi, qui n'avais jamais juré que par Fenerbahce depuis mon plus jeune âge, c'était une aubaine et je me suis empressé de parapher le document. Je me souviens que quelques semaines plus tard, pour les besoins du derby entre les deux clubs, les supporters de Fenerbahce s'étaient mis à scander mon nom à tue-tête, alors que je n'étais que réserviste. C'était leur manière de crier victoire face à leur ennemi de toujours. C'est peut-être un grand mot. Mais la pression, sur moi, a été énorme à cette époque. Et bien plus grande que celle à laquelle des garçons du même âge, comme Anthony Vanden Borre ou Vincent Kompany sont soumis aujourd'hui. Franchement, ils ne se rendent pas compte à quel point ils ont de la chance de pouvoir s'épanouir en Belgique. Ici, les gens sont réellement bons princes et extrêmement compréhensifs. Ils ne brûlent pas immédiatement ce qu'ils ont adoré, alors qu'il en va tout autrement en Turquie. Si là-bas, ils avaient dû commettre les mêmes péchés de jeunesse qu'à leurs débuts au RSCA, ils auraient été lynchés sur la place publique. A ce niveau d'exigence, la moindre imperfection est sévèrement sanctionnée. J'ai eu de la chance de survivre dans ce contexte. A 18 ans, je suis entré dans l'histoire comme le plus jeune joueur du club à avoir eu sa chance en Première. A mes débuts, je me rappelle qu'une autre promesse, issue du sérail, était considérée comme un élément d'avenir aussi. Au total, ce garçon a joué trois fois, scorant à trois reprises mais loupant aussi quelques occasions franches. De nos jours, six ans après, il a complètement disparu de la circulation, victime de l'insoutenable pression. C'est bien simple, des 35 joueurs que j'ai côtoyés à mon arrivée en 1999, il n'y en avait plus que quatre lors de mon départ à Anderlecht cette année. C'est tout dire. Elle voulait surtout délaisser Istanbul où, à la longue, il ne nous était plus possible de sortir sans provoquer une émeute. Il faut savoir que beaucoup de joueurs répugnent à quitter leur domicile de peur de se retrouver le lendemain à la une des journaux. La presse est vraiment terrible là-bas et n'hésite jamais à établir un lien entre un mauvais match et une sortie. Moi, je n'ai jamais eu cure de toutes ces considérations. Malgré mon statut, j'essayais de mener la vie de Monsieur Tout-le-Monde. J'avais été habitué à une certaine manière de vivre en Allemagne, et je voulais tout simplement l'étendre à la Turquie. Tant que je répondais à l'attente sur le terrain, il n'y avait pas de problème. Mais en cas de piètre prestation, j'en prenais toujours pour mon grade. Ma copine, elle aussi, en avait marre d'être traquée constamment. De ce point de vue-là, la Belgique et Bruxelles ne sont pas comparables à ce que nous avons connu en Turquie. L'existence que je mène ici se rapproche de ce que j'ai vécu à Karlsruhe. Et c'est tant mieux. Je crois qu'il faut pouvoir s'aérer de temps en temps pour fournir de bons matches. En restant enfermé, on devient neurasthénique. Je crois que j'ai eu une formation idéale à tous points de vue. Certains me demandent parfois pourquoi je cours toujours comme un fou derrière un ballon que j'ai perdu ou pour quelle raison j'accomplis tant d'efforts à la récupération, alors que je ferais mieux de préserver mes forces pour jaillir ou conclure au moment opportun. Mon passé y est vraisemblablement pour quelque chose. A Karlsruhe, j'ai été mis à peu près à toutes les sauces. Ma meilleure saison là-bas, je l'ai même effectuée au back droit, en tout début d'adolescence. Avant de me retrouver dans un rôle en pointe, j'ai transité tour à tour au poste de milieu gauche puis à celui de médian défensif. Vous me croirez ou non mais mes coéquipiers me comparaient à l'époque à Edgar Davids. Eh oui, j'étais le pit-bull de l'équipe (il rit). Ce n'est qu'à l'âge de 15 ans que j'ai été aligné en pointe. Après avoir inscrit 15 goals en 7 matches, on ne m'a plus jamais retiré de la ligne d'attaque. Il n'empêche que j'ai conservé certaines habitudes développées à d'autres positions. Comme celle de ne jamais rechigner à la tâche. Je pense que le public l'apprécie. BRUNO GOVERS" JE NE SUIS PAS VENU ICI POUR REBROUSSER CHEMIN APRÈs six mois "