Le départ de José Riga a constitué la dernière épreuve d'une saison qui a surtout dévoilé le manque de planches de la nouvelle équipe mise en place par le Standard, il y a de cela près d'un an. Est-ce parce qu'il savait qu'il allait aux devants d'énormes problèmes ou parce qu'il ne savait, au contraire, pas vers où il se dirigeait que le président Roland Duchâtelet avait d'entrée de jeu parlé de saison de transition ? Il avait, en partie, raison. Pendant douze mois, on a tâtonné au Standard, parfois avec bonheur, souvent avec précipitation.

La scène se passe la semaine dernière. Sans doute interloqué par l'absence de Pierre François à la conférence de presse de départ de Riga, à laquelle pourtant participaient Duchâtelet et Jean-François de Sart, la presse flamande lance la nouvelle comme quoi François aurait donné son C4 à de Sart mais que Duchâtelet serait intervenu pour repêcher son directeur sportif.

Joint par téléphone, François tombe des nues. " C'est tout à fait faux. D'ailleurs, je sors d'une réunion avec Jean-François. (Il s'adresse à de Sart) - Dis leur que tout cela est faux ! Ne croyez-vous pas que si j'avais subi ce camouflet, j'aurais moi-même donné ma démission ?"

L'argument tient la route. " Il s'agit d'une rumeur ", précise le président Duchâtelet. " Les gens disent n'importe quoi et portent des accusations très graves. Quand j'entends des choses pareilles, je suis inquiet de la qualité de la presse. Les journalistes feraient mieux de vérifier leurs informations. Jean-François de Sart est une personne excessivement compétente, qui a réalisé du très bon boulot jusqu'à présent et fait l'unanimité. On ferait mieux de se demander pourquoi certaines personnes essaient de déstabiliser le Standard ".

L'épisode reflète bien l'atmosphère qui règne à Sclessin : le fonctionnement du club, encore un peu hésitant, laisse la part belle aux interprétations.

Mais nous sommes certains d'une chose : Duchâtelet, confronté au mercato hivernal bâclé et au mécontentement croissant du staff, a bien pensé se séparer de de Sart avant de faire marche arrière, pris de court par la démission de Riga. Continuer sans eux aurait constitué un désaveu de la politique initiale. Cela aurait également conduit à focaliser le mécontentement sur le président et son directeur général. Pour éviter une nouvelle révolution, Duchâtelet a donc décidé de temporiser, de recadrer de Sart et de lui donner une seconde chance.

Un directeur sportif qui cherche ses marques

Tout débute avec la préparation. La reprise a été entérinée assez tard, en juin, à quelques jours des premiers entraînements. Si le staff technique a été constitué assez vite, le mercato a pris énormément de retard. De refus en négociations de transferts sortants, le noyau s'affaiblit. Un agent de joueurs : " Quand on arrivait devant la direction du Standard, on sentait tout de suite une certaine inexpérience. Les dossiers trainaient, les prix étaient approximatifs et de négociation, il n'y en avait pas vraiment. Un jour, la direction disait blanc, le lendemain, ce n'était déjà pas tout à fait la même chose. Seul François savait trancher. Si on voulait vraiment que le deal aboutisse ou s'accélère, c'est vers lui qu'il fallait se tourner. Jean-François de Sart était plus hésitant. On voyait qu'il apprenait son métier. Il n'avait pas le côté commercial. "

" Quand on veut vraiment un joueur et que ce dernier est courtisé, cela ne sert à rien de commencer la négociation à un prix plus bas que celui du marché. Cela va énerver le vendeur et échauder le joueur qui va se dire qu'on ne le veut pas vraiment ", ajoute un autre agent. Or, lors des premières négociations, de Sart avait toujours tendance à proposer moins. Frustrés, les clubs mettaient fin aux négociations et le joueur filait sous le nez du Standard. Au fur et à mesure des transactions, le Standard a corrigé le tir. Résultat : certains deals de fin de mercato, comme ceux de Maor Buzaglo, Nacho Gonzalez ou William Vainqueur ont conduit le Standard à offrir de gros salaires. Le temps avançait et il fallait un noyau compétitif.

Pourquoi Benteke, Nong, Leye, Berrier et Opare ont été écartés

Dès le début du championnat, Riga commença à subir les premières critiques. En cause, cette sensation qu'il ne savait pas lui-même où il allait. Changements incessants, mise à l'écart subite de certains joueurs et tâtonnements tactiques. De l'aveu même de Riga à l'époque, il fallait d'abord trouver une stabilité. En agissant de la sorte, l'entraîneur liégeois protégeait un noyau pas toujours concerné.

Le cas Christian Benteke en est une preuve. Lors des play-offs, alors qu'il marquait à chaque rencontre avec Genk, beaucoup de gens se sont demandé pourquoi le Standard ne l'avait pas gardé, oubliant que le contexte du mois d'août différait considérablement de celui de février. En août, énervé de ne pas être titulaire, Benteke avait affiché à plusieurs reprises un comportement jugé lymphatique par le staff. Riga ne voulant que des joueurs impliqués par le nouveau projet, il lui a donné son bon de sortie. A l'époque, il ne pouvait pas lui garantir une place dans le onze puisqu'il était naturel de reconduire le duo Aloys Nong- Mémé Tchité, en pleine bourre lors des play-offs précédents.

Riga était coincé. Il ne pouvait offrir une place de choix à Benteke dans son onze mais il sentait que Nong s'essoufflait. Il aurait fallu écarter ce dernier d'entrée mais l'opinion publique n'aurait pas compris qu'on écarte l'idole des play-offs. Seule erreur de Riga : avoir lancé Michy Batshuayi au lieu de Benteke contre Mons. En agissant de la sorte, pour surfer sur la forme du jeune attaquant et surtout parce que Benteke avait manqué d'implication aux entraînements, Riga condamnait Benteke à partir.

Quelques mois plus tard, le coach avait fini par trouver son équipe-type. En concertation avec la direction (à savoir de Sart et François), les priorités de départ pour le mercato hivernal avaient été établies. Les Nong, Mbaye Leye, Pape Camara et Franck Berrier étaient poussés vers la sortie. Mais comment se fait-il que le seul Riga en ait porté la responsabilité alors que la décision avait été collégiale ? Pourquoi de Sart ou le président Duchâtelet n'ont-il jamais clairement expliqué les raisons pour lesquelles ces joueurs étaient évincés ?

Nong était trop court pour le Standard : sous Dominique D'Onofrio, il avait fallu un concours de circonstance avant qu'il ne soit aligné en avril ! Certes, il a flambé pendant les play-offs 2011 mais personne dans le staff (que ce soit sous Dédé ou Riga) n'a jamais estimé qu'il avait le niveau du Standard. Ses statistiques montoises prouvent que le Standard a bien fait de s'en séparer mais pourquoi ne pas l'expliquer à l'opinion publique ? Même chose pour Leye. Il était pourtant très simple d'expliquer que ce joueur intelligent n'avait plus qu'un an de contrat et que face à l'émergence de Batshuayi, et aux qualités du duo Tchité- Cyriac, il ne faisait plus le poids. Quant à Berrier, le staff médical du Standard avait rendu, quelques mois plus tôt, un avis négatif qui expliquait que rien ne permettait de garantir que le Français allait tenir le coup et revenir à son niveau d'antan. Dans ces conditions, il est assez normal qu'un entraîneur ne mise pas tout son système sur un tel joueur. Mais là encore, longtemps, la responsabilité du départ de Berrier a pesé sur les épaules de Riga alors que tout le monde au club, le président en premier, était d'accord de s'en séparer. Pourquoi ne pas avoir communiqué là-dessus, au lieu d'instiller dans les médias la possibilité d'une dispute entre Riga et Berrier ?

Riga avait donc ses raisons de miser sur d'autres joueurs, plus concernés et sans doute moins rebelles. Il n'a pas voulu garder de fortes têtes à qui il ne comptait plus offrir qu'un rôle de faire-valoir, de peur que ces joueurs finissent par avoir sa peau. Il a donc préféré miser sur des éléments qui croyaient en son projet, tout en protégeant l'ensemble de son noyau. Ce qui se passe au sein du vestiaire doit rester dans le vestiaire. C'est pour cette raison que les médias ne sont pas au courant non plus de la vraie raison de la mise à l'écart de Daniel Opare, plus préoccupé par sa carrière et son équipe nationale que par ses prestations au Standard. C'est le lot actuel des vestiaires de foot où chaque joueur essaie de sauver la face mais trompe finalement sur la marchandise.

Même un footballeur comme Nacho Gonzalez, très professionnel et considéré comme une aubaine pour tout entraîneur, s'est fourvoyé en voulant absolument se montrer, en vue d'un retour en équipe d'Uruguay. Arrivé largement à court de rythme, il n'a pas attendu d'être en forme pour se déclarer apte au service. Résultat : contre Lokeren, le 7 août, Gonzalez déclare qu'il est prêt pour le service mais jette l'éponge après 6 minutes de jeu. Lors de l'échauffement, il n'arrivait pourtant pas à suivre ses équipiers. Comment un joueur de 28 ans ne connait-il pas mieux son corps et se prétend apte alors que tous les signaux sont au rouge ?

Pourquoi le président va s'impliquer davantage

Cependant, c'est surtout au deuxième tour qu'il faut relever les carences de l'organisation. Alors que la direction pouvait se retrancher derrière l'urgence pour expliquer les échecs du mercato estival (échecs qui ne furent pas si criants), elle ne pouvait plus se servir de cette excuse pour le mois de janvier. Si les départs ont été bien cernés (mais mal expliqués) et l'élagage bien affiné, il le fut surtout grâce à l'intervention de Mogi Bayat, qui, en 48 heures, a trouvé un port d'accueil à Leye, Nong et Berrier alors que les dossiers patinaient depuis un mois. Par contre, au niveau arrivées, ce fut la catastrophe. Seulement des joueurs gratuits et pas d'attaquants réclamés à cor et à cri ! Fin décembre, lorsque Riga demande à de Sart sur quels renforts il pourrait éventuellement compter lors du stage, le directeur sportif lui répond : " Tu veux parler des jeunes de l'Académie ?"

" Il y avait un côté surréaliste lors du stage ", nous confie un joueur. " Rien ne laissait présager des arrivées. Les téléphones ne chauffaient pas et il n'y avait pas d'excitation particulière perceptible habituellement chez les dirigeants lors du mercato. Par contre, on sentait tous les jours que le staff attendait des nouveaux. " Au bout du compte, on peut se demander si le Standard n'aurait pas dû garder Leye ou Nong avant de voir arriver un nouvel attaquant.

A chaque mercato, le crédit de la nouvelle équipe dirigeante s'amenuise. Cet été, elle ne pourra plus se louper. Pourtant, il semble qu'il y ait encore de nombreux tâtonnements. Le lieu et la date du stage ne sont pas encore connus. Et le Standard essuie échec sur échec quant aux arrivées. Les deux renforts assurés il y a une semaine ( Reza et Olivier Renard) ne viendront peut-être jamais à Liège, le vent ayant tourné.

De plus en plus, les agents passent outre de Sart et s'adressent directement à François. A plusieurs reprises, le directeur général a dû intervenir pour débloquer un dossier, voire relayer l'information au président. Cela renforce l'impression d'omnipotence de François mais celui-ci aimerait se débarrasser de cette étiquette. Dans cette optique, il a décidé de prendre un peu de recul (moins de présence dans les médias, absence de certaines négociations comme la prise de contact avec Jérémy Perbet, tout cela avant de prendre 15 jours de vacances) mais cela pourrait se retourner contre lui et renforcer un sentiment de disgrâce.

Le président, très occupé par la gestion de ses entreprises, a longtemps fait une confiance aveugle en son directeur technique. Pourtant, dernièrement, il l'a un peu secoué. Et surtout, il a décidé de marquer davantage sa présence dans certaines négociations. Il pilote ainsi lui-même les entretiens pour le prochain entraîneur. La méthode employée effraie d'ailleurs certains candidats. En chef d'entreprise avisé, Duchâtelet a décidé de soumettre les entraîneurs ciblés et intéressés pour le poste de T1 à un questionnaire élargi et fourni. Chacun doit détailler ses compétences et évoquer le projet qu'il compte mettre en place au Standard. Pas sûr que cela attire les entraîneurs expérimentés...

PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTO: IMAGEGLOBE

Le départ de José Riga a constitué la dernière épreuve d'une saison qui a surtout dévoilé le manque de planches de la nouvelle équipe mise en place par le Standard, il y a de cela près d'un an. Est-ce parce qu'il savait qu'il allait aux devants d'énormes problèmes ou parce qu'il ne savait, au contraire, pas vers où il se dirigeait que le président Roland Duchâtelet avait d'entrée de jeu parlé de saison de transition ? Il avait, en partie, raison. Pendant douze mois, on a tâtonné au Standard, parfois avec bonheur, souvent avec précipitation. La scène se passe la semaine dernière. Sans doute interloqué par l'absence de Pierre François à la conférence de presse de départ de Riga, à laquelle pourtant participaient Duchâtelet et Jean-François de Sart, la presse flamande lance la nouvelle comme quoi François aurait donné son C4 à de Sart mais que Duchâtelet serait intervenu pour repêcher son directeur sportif. Joint par téléphone, François tombe des nues. " C'est tout à fait faux. D'ailleurs, je sors d'une réunion avec Jean-François. (Il s'adresse à de Sart) - Dis leur que tout cela est faux ! Ne croyez-vous pas que si j'avais subi ce camouflet, j'aurais moi-même donné ma démission ?" L'argument tient la route. " Il s'agit d'une rumeur ", précise le président Duchâtelet. " Les gens disent n'importe quoi et portent des accusations très graves. Quand j'entends des choses pareilles, je suis inquiet de la qualité de la presse. Les journalistes feraient mieux de vérifier leurs informations. Jean-François de Sart est une personne excessivement compétente, qui a réalisé du très bon boulot jusqu'à présent et fait l'unanimité. On ferait mieux de se demander pourquoi certaines personnes essaient de déstabiliser le Standard ". L'épisode reflète bien l'atmosphère qui règne à Sclessin : le fonctionnement du club, encore un peu hésitant, laisse la part belle aux interprétations. Mais nous sommes certains d'une chose : Duchâtelet, confronté au mercato hivernal bâclé et au mécontentement croissant du staff, a bien pensé se séparer de de Sart avant de faire marche arrière, pris de court par la démission de Riga. Continuer sans eux aurait constitué un désaveu de la politique initiale. Cela aurait également conduit à focaliser le mécontentement sur le président et son directeur général. Pour éviter une nouvelle révolution, Duchâtelet a donc décidé de temporiser, de recadrer de Sart et de lui donner une seconde chance. Tout débute avec la préparation. La reprise a été entérinée assez tard, en juin, à quelques jours des premiers entraînements. Si le staff technique a été constitué assez vite, le mercato a pris énormément de retard. De refus en négociations de transferts sortants, le noyau s'affaiblit. Un agent de joueurs : " Quand on arrivait devant la direction du Standard, on sentait tout de suite une certaine inexpérience. Les dossiers trainaient, les prix étaient approximatifs et de négociation, il n'y en avait pas vraiment. Un jour, la direction disait blanc, le lendemain, ce n'était déjà pas tout à fait la même chose. Seul François savait trancher. Si on voulait vraiment que le deal aboutisse ou s'accélère, c'est vers lui qu'il fallait se tourner. Jean-François de Sart était plus hésitant. On voyait qu'il apprenait son métier. Il n'avait pas le côté commercial. " " Quand on veut vraiment un joueur et que ce dernier est courtisé, cela ne sert à rien de commencer la négociation à un prix plus bas que celui du marché. Cela va énerver le vendeur et échauder le joueur qui va se dire qu'on ne le veut pas vraiment ", ajoute un autre agent. Or, lors des premières négociations, de Sart avait toujours tendance à proposer moins. Frustrés, les clubs mettaient fin aux négociations et le joueur filait sous le nez du Standard. Au fur et à mesure des transactions, le Standard a corrigé le tir. Résultat : certains deals de fin de mercato, comme ceux de Maor Buzaglo, Nacho Gonzalez ou William Vainqueur ont conduit le Standard à offrir de gros salaires. Le temps avançait et il fallait un noyau compétitif. Dès le début du championnat, Riga commença à subir les premières critiques. En cause, cette sensation qu'il ne savait pas lui-même où il allait. Changements incessants, mise à l'écart subite de certains joueurs et tâtonnements tactiques. De l'aveu même de Riga à l'époque, il fallait d'abord trouver une stabilité. En agissant de la sorte, l'entraîneur liégeois protégeait un noyau pas toujours concerné. Le cas Christian Benteke en est une preuve. Lors des play-offs, alors qu'il marquait à chaque rencontre avec Genk, beaucoup de gens se sont demandé pourquoi le Standard ne l'avait pas gardé, oubliant que le contexte du mois d'août différait considérablement de celui de février. En août, énervé de ne pas être titulaire, Benteke avait affiché à plusieurs reprises un comportement jugé lymphatique par le staff. Riga ne voulant que des joueurs impliqués par le nouveau projet, il lui a donné son bon de sortie. A l'époque, il ne pouvait pas lui garantir une place dans le onze puisqu'il était naturel de reconduire le duo Aloys Nong- Mémé Tchité, en pleine bourre lors des play-offs précédents. Riga était coincé. Il ne pouvait offrir une place de choix à Benteke dans son onze mais il sentait que Nong s'essoufflait. Il aurait fallu écarter ce dernier d'entrée mais l'opinion publique n'aurait pas compris qu'on écarte l'idole des play-offs. Seule erreur de Riga : avoir lancé Michy Batshuayi au lieu de Benteke contre Mons. En agissant de la sorte, pour surfer sur la forme du jeune attaquant et surtout parce que Benteke avait manqué d'implication aux entraînements, Riga condamnait Benteke à partir. Quelques mois plus tard, le coach avait fini par trouver son équipe-type. En concertation avec la direction (à savoir de Sart et François), les priorités de départ pour le mercato hivernal avaient été établies. Les Nong, Mbaye Leye, Pape Camara et Franck Berrier étaient poussés vers la sortie. Mais comment se fait-il que le seul Riga en ait porté la responsabilité alors que la décision avait été collégiale ? Pourquoi de Sart ou le président Duchâtelet n'ont-il jamais clairement expliqué les raisons pour lesquelles ces joueurs étaient évincés ? Nong était trop court pour le Standard : sous Dominique D'Onofrio, il avait fallu un concours de circonstance avant qu'il ne soit aligné en avril ! Certes, il a flambé pendant les play-offs 2011 mais personne dans le staff (que ce soit sous Dédé ou Riga) n'a jamais estimé qu'il avait le niveau du Standard. Ses statistiques montoises prouvent que le Standard a bien fait de s'en séparer mais pourquoi ne pas l'expliquer à l'opinion publique ? Même chose pour Leye. Il était pourtant très simple d'expliquer que ce joueur intelligent n'avait plus qu'un an de contrat et que face à l'émergence de Batshuayi, et aux qualités du duo Tchité- Cyriac, il ne faisait plus le poids. Quant à Berrier, le staff médical du Standard avait rendu, quelques mois plus tôt, un avis négatif qui expliquait que rien ne permettait de garantir que le Français allait tenir le coup et revenir à son niveau d'antan. Dans ces conditions, il est assez normal qu'un entraîneur ne mise pas tout son système sur un tel joueur. Mais là encore, longtemps, la responsabilité du départ de Berrier a pesé sur les épaules de Riga alors que tout le monde au club, le président en premier, était d'accord de s'en séparer. Pourquoi ne pas avoir communiqué là-dessus, au lieu d'instiller dans les médias la possibilité d'une dispute entre Riga et Berrier ? Riga avait donc ses raisons de miser sur d'autres joueurs, plus concernés et sans doute moins rebelles. Il n'a pas voulu garder de fortes têtes à qui il ne comptait plus offrir qu'un rôle de faire-valoir, de peur que ces joueurs finissent par avoir sa peau. Il a donc préféré miser sur des éléments qui croyaient en son projet, tout en protégeant l'ensemble de son noyau. Ce qui se passe au sein du vestiaire doit rester dans le vestiaire. C'est pour cette raison que les médias ne sont pas au courant non plus de la vraie raison de la mise à l'écart de Daniel Opare, plus préoccupé par sa carrière et son équipe nationale que par ses prestations au Standard. C'est le lot actuel des vestiaires de foot où chaque joueur essaie de sauver la face mais trompe finalement sur la marchandise. Même un footballeur comme Nacho Gonzalez, très professionnel et considéré comme une aubaine pour tout entraîneur, s'est fourvoyé en voulant absolument se montrer, en vue d'un retour en équipe d'Uruguay. Arrivé largement à court de rythme, il n'a pas attendu d'être en forme pour se déclarer apte au service. Résultat : contre Lokeren, le 7 août, Gonzalez déclare qu'il est prêt pour le service mais jette l'éponge après 6 minutes de jeu. Lors de l'échauffement, il n'arrivait pourtant pas à suivre ses équipiers. Comment un joueur de 28 ans ne connait-il pas mieux son corps et se prétend apte alors que tous les signaux sont au rouge ? Cependant, c'est surtout au deuxième tour qu'il faut relever les carences de l'organisation. Alors que la direction pouvait se retrancher derrière l'urgence pour expliquer les échecs du mercato estival (échecs qui ne furent pas si criants), elle ne pouvait plus se servir de cette excuse pour le mois de janvier. Si les départs ont été bien cernés (mais mal expliqués) et l'élagage bien affiné, il le fut surtout grâce à l'intervention de Mogi Bayat, qui, en 48 heures, a trouvé un port d'accueil à Leye, Nong et Berrier alors que les dossiers patinaient depuis un mois. Par contre, au niveau arrivées, ce fut la catastrophe. Seulement des joueurs gratuits et pas d'attaquants réclamés à cor et à cri ! Fin décembre, lorsque Riga demande à de Sart sur quels renforts il pourrait éventuellement compter lors du stage, le directeur sportif lui répond : " Tu veux parler des jeunes de l'Académie ?" " Il y avait un côté surréaliste lors du stage ", nous confie un joueur. " Rien ne laissait présager des arrivées. Les téléphones ne chauffaient pas et il n'y avait pas d'excitation particulière perceptible habituellement chez les dirigeants lors du mercato. Par contre, on sentait tous les jours que le staff attendait des nouveaux. " Au bout du compte, on peut se demander si le Standard n'aurait pas dû garder Leye ou Nong avant de voir arriver un nouvel attaquant. A chaque mercato, le crédit de la nouvelle équipe dirigeante s'amenuise. Cet été, elle ne pourra plus se louper. Pourtant, il semble qu'il y ait encore de nombreux tâtonnements. Le lieu et la date du stage ne sont pas encore connus. Et le Standard essuie échec sur échec quant aux arrivées. Les deux renforts assurés il y a une semaine ( Reza et Olivier Renard) ne viendront peut-être jamais à Liège, le vent ayant tourné. De plus en plus, les agents passent outre de Sart et s'adressent directement à François. A plusieurs reprises, le directeur général a dû intervenir pour débloquer un dossier, voire relayer l'information au président. Cela renforce l'impression d'omnipotence de François mais celui-ci aimerait se débarrasser de cette étiquette. Dans cette optique, il a décidé de prendre un peu de recul (moins de présence dans les médias, absence de certaines négociations comme la prise de contact avec Jérémy Perbet, tout cela avant de prendre 15 jours de vacances) mais cela pourrait se retourner contre lui et renforcer un sentiment de disgrâce. Le président, très occupé par la gestion de ses entreprises, a longtemps fait une confiance aveugle en son directeur technique. Pourtant, dernièrement, il l'a un peu secoué. Et surtout, il a décidé de marquer davantage sa présence dans certaines négociations. Il pilote ainsi lui-même les entretiens pour le prochain entraîneur. La méthode employée effraie d'ailleurs certains candidats. En chef d'entreprise avisé, Duchâtelet a décidé de soumettre les entraîneurs ciblés et intéressés pour le poste de T1 à un questionnaire élargi et fourni. Chacun doit détailler ses compétences et évoquer le projet qu'il compte mettre en place au Standard. Pas sûr que cela attire les entraîneurs expérimentés...PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTO: IMAGEGLOBE