Ils devraient amener une solidarité, des automatismes, et ce que le milieu appelle avec emphase unephilosophie de jeu. Mais bernique : les matches amicaux amènent surtout des inimitiés ! Déjà qu'ils portent mal leur nom, ce sont des matches de préparation, où les prétendus potes sont aussi des rivaux... Et franchement, si c'est pour se chamailler, on n'aurait pas joué contre le Mexique et le Japon que ça n'aurait pas été plus mal : le p'tit Kevin De Bruyne n'aurait pas ouvert sa bouche ; la presse et Roberto Martinez n'auraient pas croisé le fer sur l'autel tacticiste ; Laurent Depoitre, Adnan Januzaj et quelques autres n'auraient pas ri jaune ou broyé du noir, en se constatant Rouges à l'essai ...mais cul sur banc ! On aurait tout aussi bien pu ne se revoir qu'en mars : d'ici là, c'eût été peace and love au lieu de polémiques and coups de gueule. Avec, a...

Ils devraient amener une solidarité, des automatismes, et ce que le milieu appelle avec emphase unephilosophie de jeu. Mais bernique : les matches amicaux amènent surtout des inimitiés ! Déjà qu'ils portent mal leur nom, ce sont des matches de préparation, où les prétendus potes sont aussi des rivaux... Et franchement, si c'est pour se chamailler, on n'aurait pas joué contre le Mexique et le Japon que ça n'aurait pas été plus mal : le p'tit Kevin De Bruyne n'aurait pas ouvert sa bouche ; la presse et Roberto Martinez n'auraient pas croisé le fer sur l'autel tacticiste ; Laurent Depoitre, Adnan Januzaj et quelques autres n'auraient pas ri jaune ou broyé du noir, en se constatant Rouges à l'essai ...mais cul sur banc ! On aurait tout aussi bien pu ne se revoir qu'en mars : d'ici là, c'eût été peace and love au lieu de polémiques and coups de gueule. Avec, au centre du jeu de quilles, un Martinez illustrant parfaitement la jolie phrase que sortit un jour Bruno Metsu : L'entraîneur est aussi un menteur en scène... Drôle de Kevin ! En décembre, voici ce qu'il déclarait à Foot Mag : J'ai eu des entraîneurs qui donnaient beaucoup d'instructions sur le plan tactique et d'autres qui n'en donnaient pratiquement pas. Et il y eut de bons et de mauvais moments avec tous. La remarque m'avait semblé sereine et lucide ...mais voilà que maintenant Kev'Iznogoud s'épanche tactiquement, se veut calife à la place du calife, se fait coach à la place du coach ! Quel que soit le bien-fondé de l'analyse, ça fait un peu moi-je-sais-tout, c'est amener le linge sale en salle de presse, c'est faire savoir à Martinez qu'il est beaucoup moins fortiche que Pep Guardiola. Ce qui n'est sûrement pas poli, sans doute pas malin, et même peut-être pas vrai : pour en être sûr, faudrait voir à quoi parviendrait Pep en coachant Everton, par exemple... Question caractère et, quitte à faire le psy de bazar, lorsque je confronte De Bruyne à Eden Hazard, notre autre superstar, ça me fait penser à la comparaison que suscitaient hier Justine Henin et Kim Clijsters ! La Wallonne comme Kevin, torturée, obsessionnelle, focalisée sur ses performances au point qu'on se demandait si elle n'oubliait pas la Vie... La Flamande comme Eden, blagueuse, joviale, épanouie car relativiste, ou relativiste car épanouie... Alors, tant que je suis dans les citations, je propose à Kevin d'oublier son nombril et de méditer sur sa relation à Martinez, en cogitant sur l'aveu d'Unai Emery, lu récemment dans Le Soir : J'ai appris beaucoup de mes entraîneurs, surtout de leur incapacité à pallier mes carences.Bref. De ces deux matches, qui furent davantage des entraînements avec opposition, je retiens trois choses. Primo, l'interview de footballeurs devrait être interdit par la Loi : soit, très souvent, les joueurs pratiquent sans même s'en rendre compte ce foutage de gueule qu'on appelle langue de bois ; soit, plus rarement, ils sont francs mais stupides car ils lavent leur linge sale HORS famille ! Secundo, cet Hirving Lozano a un sacré coup de rein qui fera tourner en bourriques bien des défenseurs du top, autant que notre triplette pas top de ce soir mexicain. Tertio, les réactions ayant entouré les deux matches m'ont mis mal à l'aise. Nous sommes qualifiés mais nous geignons tactiquement, autant que les Italiens boutés dehors : pas de défense, pas de fond de jeu, pas de progression depuis Marc Wilmots, pas de plan B... Lamentations, et ne me faites pas rire en parlant d'apport constructif. C'était comme une répétition générale de ce que l'on mettra en scène quand on n'aura pas gagné le Mondial, et quand sera venu pour ce pauvre Martinez le temps d'être cloué au pilori ! Attention, je souhaite qu'on le gagne, je rappelle seulement que les probabilités ne sont pas gigantesques : à part l'Uruguay durant la Préhistoire, aucun petit pays n'a jamais gagné, aucun coach étranger non plus ! Je ne suis pas martinezophile, mais j'ai souvent pitié des coaches : et je me dis souvent que la seule façon pour Martinez d'éviter le cloutage susdit, ce sera d'aller en finale, de faire rentrer Radja Nainggolan alentour de l'heure de jeu, et d'admirer le Ninja péter un but d'anthologie pour nous filer le sacre suprême. Martinez prouvant alors au monde que Radja, à lui tout seul, c'était son Plan B. Preuve qu'il en avait un. PAR BERNARD JEUNEJEAN