Retour en mai et à la dernière semaine des play-offs. Au complexe d'entraînement de Gand, Dylan Bronn (22 ans) attend avec impatience le dernier match, contre le Club Bruges. Son objectif : assurer la quatrième place, qualificative pour la Coupe d'Europe, puis retourner le plus vite possible au pays. " Certains ont déjà entamé la préparation. "
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Retour en mai et à la dernière semaine des play-offs. Au complexe d'entraînement de Gand, Dylan Bronn (22 ans) attend avec impatience le dernier match, contre le Club Bruges. Son objectif : assurer la quatrième place, qualificative pour la Coupe d'Europe, puis retourner le plus vite possible au pays. " Certains ont déjà entamé la préparation. " N'a-t-il pas envie d'une semaine de repos ? Bronn sourit : " Tout le monde en a besoin mais j'ai 22 ans, mon parcours a été atypique, parsemé d'obstacles. Je ne me plains donc pas. En plus, l'équipe loge dans les meilleurs hôtels et l'ambiance est fantastique. Le soir, on boit du thé ensemble, on joue aux cartes très tard et on discute, on se marre bien. " Il a été sélectionné pour la première fois il y a un peu plus d'un an, en mars 2017, par le sélectionneur polonais Henryk Kasperczak. " J'ai fait banquette lors du premier match contre le Cameroun mais j'ai participé au suivant, contre le Maroc. Une défaite mais j'ai disputé l'intégralité de la partie et j'étais content. Ensuite, on a changé d'entraîneur. Il m'a repris pour un match de qualification pour la Coupe d'Afrique en juin mais je me suis blessé aux adducteurs au deuxième ou troisième entraînement et je suis retourné me faire soigner en France. " Nabil Maâloul, le nouveau sélectionneur, l'a perdu de vue pendant les qualifications pour ce tournoi mais l'a repêché en mars, une fois la préparation entamée. Bronn est même devenu titulaire mais plus en défense centrale : à l'arrière droit, un poste qu'il a occupé durant ses premiers mois à Gand, en l'absence de Thomas Foket. Sous la férule de Hein Vanhaezebrouck, il a connu des hauts et des bas, a effectué des allers-retours entre l'équipe et le banc. Il est devenu plus régulier avec Yves Vanderhaeghe. Au sein d'un quatuor défensif, il peut se concentrer sur ses points forts. " Je n'ai pas l'habitude de monter avec le ballon, de dribbler ni de susciter le danger mais cet aspect offensif est moins problématique dans une défense à quatre. La Tunisie sait que je suis un défenseur axial mais aussi que je me tire d'affaire à droite. Je n'ai pas peur des ailiers rapides. Chaque semaine, j'en affronte un qui est plus véloce que moi. Il s'agit d'anticiper et surtout de ne pas laisser de brèche. Sinon, je suis vu. Je suis curieux de voir ce que ça va donner à ce niveau. Un jeune footballeur a intérêt à être polyvalent mais il vaut quand même mieux jouer à sa meilleure position. Or, la mienne est clairement dans l'axe. On l'a vu avec les Buffalos après le Nouvel-An. Je m'y sens mieux, j'y trouve mieux mes repères. " Ce n'est pas un hasard si Nabil Maâloul a repris Bronn en mars. À l'issue des qualifications, le sélectionneur tunisien a cherché à injecter du sang frais à son noyau, qui n'avait plus participé à une Coupe du Monde depuis 2006. Il s'est intéressé aux joueurs possédant la double nationalité, des joueurs nés en Europe mais ayant des racines en Tunisie. La mère de Bronn est tunisienne et son père français. " Jouer pour le pays de ma mère... J'ai immédiatement dit oui. Je n'ai jamais rêvé de l'équipe nationale française. J'ai toujours joué pour de petites équipes. J'ai certes été l'élève du centre de formation de Cannes mais trois mois, à 19 ans. On m'a ensuite transféré dans le noyau A. Ce n'était donc pas une formation normale. Je joue au football depuis toujours mais j'ai eu des problèmes pendant ma jeunesse. J'ai grandi par pics de onze ou douze centimètres. C'était douloureux. " Bronn a immédiatement dit oui à la Tunisie, d'autres ont hésité. Comme EllyesSkhiri, capitaine de Montpellier, son club formateur, à 22 ans. La Tunisie l'a courtisé pendant des années. Elle a voulu le sélectionner pour les U19 et l'équipe olympique et il pouvait jouer en équipe A depuis deux ans. Il n'a franchi le pas qu'en début d'année. Yohan Benalouane, né à Bagnols-sur-Cèze et formé par Saint-Étienne, a mis encore plus de temps à accepter l'invitation de son pays. International français espoir, il a refusé plusieurs sélections, rêvant de l'équipe nationale française. Ce n'est que ce printemps, à 31 ans, qu'il s'est mis à la disposition de la Tunisie, ce qui lui vaut d'être traité d'opportuniste. Benalouane, qui a loupé de peu un transfert à la Juventus, dans le passé, reste sur une bonne saison à Leicester City. Tous ces nouveaux joueurs modifient le visage de la sélection. La moitié des joueurs présents en Russie comptent moins de dix caps. La Tunisie écrit manifestement les premières pages d'un nouveau chapitre. Une des vedettes de l'équipe, Wahbi Khazri, a un passé anglais, qui s'est mal terminé. Les supporters l'ont hué lors de son dernier match pour Sunderland. Par parce qu'il était mauvais mais parce qu'il ne voulait pas s'attarder au club. Khazri voulait retourner en France. Rennes l'a loué et il y a signé une saison telle que le club a terminé dans le deuxième peloton et que lui-même est devenu un des piliers de son pays, en tant que faux neuf. Khazri est né en Corse en 1991. Traditionnellement, la Corse et la Tunisie entretiennent des rapports étroits. Dans les années '20, l'île était en difficulté et quelque 10 000 Corses ont émigré en Tunisie pour y trouver un marché pour leurs produits. Le mouvement s'est inversé dans les années '60, avec l'import de travailleurs d'Afrique du Nord. Les Marocains sont venus en masse pour travailler dans le nord agricole de l'île tandis que les Tunisiens se sont installés aux environs d'Ajaccio, comme les parents de Khazri. Wahbi était un bon footballeur. À 18 ans, il figurait déjà dans l'équipe-fanion de Bastia et il a accepté des sélections nationales de la Tunisie comme de la France, en catégories d'âge. En 2012, il a choisi le pays de ses parents. " Le choix du coeur ", a-t-il déclaré. La Tunisie n'est pas le seul pays à débattre de la double nationalité et des possibilités de choix que ça laisse aux footballeurs. La Belgique connaît le sujet et le Maroc aligne quelques Néerlandais au Mondial. Il a même essayé de qualifier in extremis Munir El Haddadi, né aux alentours de Madrid mais formé par le Barça. Le nouveau Messi, loué à Alavés la saison dernière, a disputé un match pour l'Espagne, en septembre 2014, et le regrette amèrement maintenant : en mars, la FIFA a repoussé sa demande de changement et le TAS a entériné la décision en mai. D'après Dylan Broon, la discussion n'intéresse pas la Tunisie. Il n'empêche : c'est le français et non l'arabe qui est la langue véhiculaire de la sélection. " Je ne parle pas un mot d'arabe. Ma mère m'a toujours parlé français. Je ne connais que les jurons ! Ce n'est pas embêtant car tout le monde parle français, même les joueurs qui évoluent en Tunisie. " Les joueurs ont l'ADN français, en football aussi. " De toutes les formations maghrébines, nous sommes la plus européenne, je pense. On ne gare pas notre bus devant le but. On est très forts sur le plan technique, on procède par passes courtes. On joue au football, quoi. Je pense que les Belges feraient mieux de se méfier de nous. La Tunisie n'est pas une petite équipe. Elle a été 14e au classement FIFA (depuis, elle a perdu sept places et est 21e, ndlr). La saison écoulée, Naim Sliti a mis le feu en Ligue 1 sous le maillot de Dijon et Khazri connaît le chemin du but. Cette année, il a été un des meilleurs joueurs de Ligue 1. En défense, nous essayons d'être très agressifs en perte de balle. Nous sommes impressionnants techniquement et physiquement et ce ne sont pas des paroles en l'air. C'est la première chose qui m'a frappé lors de ma première sélection : les Tunisiens n'arrêtent pas de courir. C'est dans nos gènes. On est infatigables et l'intensité des entraînements est impressionnante. On y va à cent à l'heure, en restant très concentrés. L'entraîneur y veille. " La Tunisie espère avant tout passer le premier tour. " Je suis confiant. La pression reposera sur les épaules de l'Angleterre et de la Belgique, pas sur les nôtres. Le football réserve toujours des surprises : l'Algérie en 2014, Leicester en Premier League... On jouera sans pression en Russie. On veut montrer quelque chose et s'amuser. Pour qu'enfin tout le monde respecte le football tunisien. " Ce respect serait bienvenu car le championnat tunisien se distingue surtout par ses écarts. Il est empreint de violence et donne l'impression que les fautifs s'en tirent trop facilement. Ceux qui doivent montrer l'exemple ne le font pas. Comme Moncef Khemakhem, président du Club Sportif Sfaxien, qui a été suspendu à vie pour avoir pincé les fesses d'un juge de touche pendant un match de son équipe contre l'Étoile du Sahel. L'homme a eu ce geste déplacé alors que le match était interrompu. L'arbitre a rédigé un rapport mais le soir, pendant un programme télévisé très suivi, le président a raconté que le juge de ligne " le cherchait ". " Il était impressionné par les circonstances et il s'est déconcentré. Je l'ai pincé deux fois. Ça a fonctionné. En seconde mi-temps, il nous a accordé un penalty. Mais on nous empêche de nous défendre. Voilà l'état de notre football... " Le chairman a été suspendu à vie mais en 2015, le directeur sportif de l'Etoile Sahel n'a été suspendu que pour six journées après avoir agressé un arbitre-assistant. Et en mai 2016, quand le Stade Tunisien a été rétrogradé, suite à son nul 1-1 contre l'AS Marsa, des joueurs et des membres du Stade ont attaqué le gardien visiteur, Youssef Trabelsi. Quand celui-ci a piqué un sprint vers le tunnel, sentant le vent tourner, il s'est fait tacler par le responsable du matériel. Avant que la police ne puisse intervenir, sept joueurs le bourraient de coups de pieds à la tête et au ventre. Comme quoi Dylan Bronn a raison : le football tunisien a besoin d'un bon tournoi.