A partir du mercredi 2 mai, et jusqu'au dimanche 13, six villes belges accueilleront le Championnat d'Europe des -17 ans. Les joueurs qui y participeront sont, forcément, encore peu connus du grand public. Nos grands clubs sont représentés chez les Diablotins, mais certains éléments jouent déjà à l'étranger. C'est le cas, notamment, d' Eden Hazard, un n°10 qui joue à Lille. Il est le fils de Thierry Hazard, qui joua en D2 et D3 à La Louvière au poste de... libero. Eden, c'est en tout cas un prénom original.
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A partir du mercredi 2 mai, et jusqu'au dimanche 13, six villes belges accueilleront le Championnat d'Europe des -17 ans. Les joueurs qui y participeront sont, forcément, encore peu connus du grand public. Nos grands clubs sont représentés chez les Diablotins, mais certains éléments jouent déjà à l'étranger. C'est le cas, notamment, d' Eden Hazard, un n°10 qui joue à Lille. Il est le fils de Thierry Hazard, qui joua en D2 et D3 à La Louvière au poste de... libero. Eden, c'est en tout cas un prénom original. " Un premier enfant, c'est toujours un petit coin de paradis ", explique le papa. Ses trois autres enfants, tous des garçons et tous des... footballeurs, portent des prénoms tout aussi originaux : Thorgan (14 ans), Kylian (12 ans) et Ethan (4 ans). " Dans le prénom de ce dernier, il y a le E d'Eden, le Th de Thorgan et le an de Kylian ". Un petit coin de paradis, c'est aussi ce qu'Eden recherchera au Championnat d'Europe. Il pourrait prendre la forme d'une qualification au Championnat du Monde. " L'idéal serait de terminer parmi les deux premiers de notre groupe ", explique-t-il. " Ce serait synonyme de qualification. On a eu la chance d'être versé dans le groupe le moins relevé. Si l'on termine troisième, il y aurait une autre chance sous la forme d'un barrage avec le troisième de l'autre groupe, mais il y a tellement de gros morceaux là-bas que cela risque d'être plus difficile ". Eden vient de fêter ses 16 ans, le 16 janvier. Il dispute sa deuxième saison au LOSC et n'avait donc que 14 ans lorsqu'il quitta Tubize pour le nord de la France. " J'étais très flatté de l'intérêt que me portait un club pareil ", poursuit-il. " L'aventure ne m'effrayait pas. Jouer en France avait toujours été un rêve pour moi. Et le plus tôt était le mieux. C'est surtout ma maman qui était un peu inquiète, mais tout se passe bien. La grosse différence s'est surtout ressentie au niveau du travail physique. Techniquement, je soutenais la comparaison. Jadis, j'appréciais beaucoup Thierry Henry, mais depuis que je suis à Lille, mon idole est plutôt Kevin Mirallas. Belge comme moi, mais quatre ans plus âgé ". Eden donne la toute première interview de sa carrière. S'il confirme le bien que beaucoup de gens pensent de lui, ce ne sera sans doute pas la dernière. Son papa était un peu réticent au départ. " Je suis fort superstitieux ", explique Thierry. " Or, ce Championnat d'Europe est important. Je ne voudrais pas que cela lui porte la poisse ". Croisons donc les doigts, pour que tout aille bien. Il n'y a pas de raison, car bien qu'il soit l'un des plus jeunes de la sélection, Eden apparaît doué. Ce que confirme Jean-Michel Vandamme, directeur du centre de formation de Lille depuis 15 ans, ancien joueur professionnel du LOSC pendant huit ans et de Lens pendant quatre ans,... et également ancien adjoint de Georges Heylens pendant quatre ans à la tête de l'équipe Première. " On travaille beaucoup sur la Belgique et on a découvert Eden lors d'un tournoi, dans sa région de Tubize. Mes recruteurs m'ont assuré qu'il avait de grandes qualités de footballeur et qu'il méritait qu'on s'intéresse à lui. Je n'ai pas eu besoin de beaucoup de temps pour me rendre compte que le gamin avait, effectivement, du talent. On a rencontré ses parents et Eden a été hébergé au sports études pendant un an, avant d'intégrer le centre de formation. Il a bossé, il a été sérieux et tout s'est bien passé, tant sur le plan football que scolaire et mental. Peu de choses le perturbent, il s'est très bien adapté. Aujourd'hui, je peux dire que tout va très vite pour lui. Un grand coup d'accélérateur s'est produit, puisqu'il joue déjà avec les -18 ans Nationaux alors qu'il n'en a que 16, mais il gère cela très bien. Il garde les pieds sur terre, joue son football sans se poser de questions. Il a la chance d'avoir été élevé par des parents très équilibrés. D'anciens footballeurs également : même sa maman a joué au football ! A Lille aussi, on essaie de ne pas le brûler. A son âge, les jeunes sont confrontés à des préparations athlétiques assez dures, mais on fait bien attention à individualiser sa formation pour que sa charge de travail ne soit pas trop importante. On veut qu'il arrive là où il doit arriver : c'est-à-dire, chez les professionnels. Vu le talent qu'il a, ce n'est pas prétentieux d'affirmer qu'il y arrivera. Mais la difficulté, ce n'est pas d'y arriver, plutôt de confirmer sur la longueur d'une carrière ". Ses qualités ? " Eden est un joueur qui a la capacité de bien participer à la création du jeu, tout en étant capable d'adresser des dernières passes et de marquer des buts. Il doit encore gagner en efficacité. Actuellement, le football est encore un jeu pour lui. C'est logique, il faut qu'il s'amuse. Il aime toucher le ballon, réaliser des gestes techniques. Mais il y a des moments où il doit comprendre que, pour réussir au plus haut niveau, l'efficacité deviendra plus importante que le beau geste. Parfois, on laisse Eden libre de faire ce qu'il veut, parfois, on le rappelle à l'ordre. L'encenser sans cesse en criant : - Super, merveilleux !, ce n'est pas lui rendre service ". Pourquoi le LOSC s'intéresse-t-il aux joueurs belges ? " D'abord, en raison de la proximité géographique. Mon grand-père paternel était d'ailleurs originaire de Gand. Ensuite, parce que c'est intéressant. Les joueurs les plus talentueux, on les trouve dans la région parisienne, mais leur mentalité est parfois particulière. Avec les joueurs belges, il y a rarement des problèmes à ce niveau ". Au niveau scolaire, Eden suit désormais des cours particuliers les lundis, mardis, jeudis et vendredis. " On ne pouvait pas le scolariser normalement, car avec ses convocations en équipe nationale, il était souvent absent ", explique Vandamme. " Avec le système actuel, il a moins d'heures de cours que les autres mais c'est une classe de... trois élèves. Ceux-ci apprennent donc plus vite. On fait venir les profs au centre de formation et ils enseignent les langues ou les mathématiques. Rassurez-vous : ces cours permettent d'obtenir le diplôme. Les élèves footballeurs peuvent se présenter au BAC et, éventuellement, poursuivre des études supérieures par la suite. Le LOSC est l'un des meilleurs centres de formation de France. France Football nous a d'ailleurs classé comme le club ayant la meilleure politique de jeunes. Plus de 50 % de l'effectif professionnel est originaire du cru. Il y a, pour moi, trois facteurs de réussite : des jeunes de talent, un concept pédagogique de qualité et, à un moment donné, une porte qui s'ouvre vers le haut niveau. Cela ne sert à rien de consacrer quatre ou cinq ans à la formation si, au moment voulu, la porte ne s'ouvre pas parce que l'entraîneur principal n'est pas intéressé ou que ce n'est pas la philosophie du club. Claude Puel n'hésite jamais à donner une chance aux jeunes. Parfois même trop tôt, car je pense que Mirallas n'était pas encore tout à fait prêt. On avait, jusqu'ici, un gros problème : les gamins s'entraînaient, étudiaient et dormaient à trois endroits différents. On perdait beaucoup de temps en transport. Lorsqu'on disposera de notre nouveau centre de formation, la saison prochaine, tout sera regroupé ". Eden devrait bientôt signer son premier contrat pro et intégrer, la saison prochaine, le groupe des Espoirs. Il ne rejoindra donc pas... Anderlecht ? " Jusqu'à preuve du contraire, non ", rétorque Vandamme. " J'ai beaucoup de respect pour le Sporting, mais je ne suis pas persuadé que ce serait le meilleur choix pour Eden. Si, un jour, il part dans un grand club, la bonne idée serait qu'il réussisse d'abord dans le club qui l'a formé. On ne doit pas atteler la charrue avant les b£ufs. Il faut permettre à Eden de grandir. Et, actuellement, j'estime qu'aucune nation n'accompagne mieux les joueurs dans leur développement que la nation française. L'arrêt Bosman a fait beaucoup de tort à la Belgique. En France, grâce aux centres de formation, on l'avait anticipé. Les joueurs qui étaient mûrs ont pu partir à l'étranger, mais comme il y en avait toute une ribambelle, les autres ont progressivement intégré les équipes Premières des clubs français ". par daniel devos- photos : yves boucau