Jan Ceulemans coache comme il jouait: dans un mélange de passion et de sagesse, en faisant bien son travail et en n'oubliant jamais de profiter de la vie : "J'ai 46 ans et j'espère avoir encore un bout de chemin à accomplir. Superstitieux? Jamais. Que ce soit comme joueur ou comme entraîneur, je ne me suis jamais prêté à un quelconque rituel".
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Jan Ceulemans coache comme il jouait: dans un mélange de passion et de sagesse, en faisant bien son travail et en n'oubliant jamais de profiter de la vie : "J'ai 46 ans et j'espère avoir encore un bout de chemin à accomplir. Superstitieux? Jamais. Que ce soit comme joueur ou comme entraîneur, je ne me suis jamais prêté à un quelconque rituel". Jan Ceulemans: Un entraîneur ne peut montrer qu'il est nerveux ou peu sûr de lui. En toute circonstance, un entraîneur doit faire preuve d'assurance. Mes joueurs ont donc du mal à distinguer mes états d'âme. Nul n'échappe au doute. Alors, soit on se renferme, soit on montre encore plus d'assurance, tout en sachant que ça peut foirer. C'est mon option. Votre famille remarque-t-elle vos doutes?Il y a neuf ans, j'ai perdu mon père. J'en ai eu du chagrin et j'ai pleuré, comme tout le monde, mais quand j'étais seul, dans la voiture, en route pour l'entraînement. Certains, comme Bob Peeters, aiment en parler. éa les soulage. Je n'en ai pas besoin. Il faut pouvoir surmonter sa peine seul. J'essaie de relativiser le football aussi et de ne pas ramener mes problèmes, même si ma femme et mes enfants disent parfois: -Te voilà encore plongé dans tes pensées?Quelle est la part de votre femme dans votre réussite? Ma femme a consenti beaucoup de sacrifices pour moi. En août, nous avons fêté nos 25 ans de mariage. Avant de nous unir, nous sommes sortis ensemble trois ans. éa fait 28 ans. 28 ans de football, aussi. Il faut mettre de l'eau dans son vin mais qu'est-ce en regard d'une bonne entente? Nous nous sommes mariés un an plus tôt que prévu parce que j'ai rejoint Bruges. Je n'aurais pu y vivre seul à cette époque de ma vie. J'avais besoin de quelqu'un. Parfois, ma femme dit que travailler de huit à cinq serait plus intéressant mais voilà, je fais ce que j'aime.Vous occupez-vous beaucoup de vos enfants?Un footballeur a la chance de les voir grandir. J'ai pu les conduire à l'école et les y reprendre presque tous les jours. Le métier d'entraîneur est plus absorbant. C'est le jour et la nuit. Mais les vacances doivent être de vraies vacances. Quand les enfants étaient petits, nous louions une villa avec piscine. Maintenant, nous allons à l'hôtel et nous nous faisons servir. Nous faisons ce dont nous avons envie, que ce soit une promenade ou une journée au bord de l'eau. Je parviens à oublier le football.Quelle éducation avez-vous reçue?Mon père a travaillé chez Ford avant de reprendre un café à Lierre, où mon frère et moi avons grandi. Le café nous a permis de rencontrer beaucoup de gens. Notre éducation n'a pas été sévère mais à l'école déjà, je pensais au foot. Si je devais rédiger une rédaction sur ce que je voulais faire, c'était: footballeur professionnel! Gamin, j'ai joué au basket à Lierre. J'ai arrêté parce que mon père estimait qu'il ne fallait pas se disperser mais j'ai quand même été repris en équipe nationale, il y a 37 ans.Je ne sortais guère. J'aimais le cinéma, j'y allais parfois deux fois par semaine, mais j'étais rentré à dix ou onze heures. Comme ma femme n'aime pas, j'y vais moins souvent maintenant mais je le ferais volontiers une fois par semaine: un film, manger un bout, boire un verre et rentrer à une heure décente. Je savais que je devais consentir des sacrifices mais je n'ai jamais vécu comme un moine et je ne le ferai jamais.Admirations?Ma femme, ma mère, mes enfants. Mon frère et moi n'avons manqué de rien, nous avons reçu une bonne éducation sans provenir d'une famille riche. J'ai huit ans de moins que mon frère et j'ai été gâté. Ma femme m'aurait suivi partout, même si nous ne sommes pas allés très loin. J'admire aussi Wilfried Van Moer, Eddy Merckx, Johan Museeuw... Je n'ai pas d'idoles. Comment vivez-vous l'admiration que vous suscitez?Comparée à celle d'un joueur italien, ce n'est rien. Récemment, un homme de 35 ans m'a rendu visite. Sa femme m'avait téléphoné pour me dire qu'il rêvait de discuter avec moi pour son anniversaire. Ils sont venus de Gand! Avant, je rencontrais des gens qui avaient des cartons remplis de photos de moi. éa ne doit pas être facile à gérer pour les grandes vedettes étrangères.Vous êtes particulièrement serein...On se fait respecter en restant soi-même. Je ne suis pas du genre à jurer. Evidemment, j'ai eu la chance d'arriver à quelque chose en football.Quand vous êtes-vous fâché pour la dernière fois?Avant le Nouvel An, à cause de nos mauvais résultats. J'ai peut-être dit un mot plus haut que l'autre. C'est tout... Je ne manque pas d'agressivité mais je n'ai jamais dû la manifester. Peut-être ai-je un meilleur self-contrôle que la moyenne car je n'ai encore jamais pété les plombs. Il faut dire que j'ai toujours pu faire ce que j'aimais et en quoi j'étais bon. Vous ne vous êtes jamais battu...Récemment, à la TV, j'ai vu un homme qui avait l'air brave. Il avait tué son père. Qui l'aurait cru? Et le suicide? Comment prétendre que ça ne vous arrivera jamais? Tout ça m'interpelle: a-t-on une absence? Mais je crois plutôt qu'on agit en pleine conscience. Croyez-vous en la bonté de l'homme?Il y en a plus de bons que de mauvais. Etre positif constitue un avantage plutôt qu'un inconvénient, sûrement dans ma branche, où tant d'autres ont une opinion différente. Je viens de lire que Clijsters, après sa défaite contre Serena Williams, relativisait trop. Tout ça parce que, deux jours après, elle avait dit que la défaite faisait partie du sport! J'étais heureux de gagner à Anderlecht récemment. J'ai sauté en l'air, de joie. Ensuite, j'ai dit: -J'ai eu ma part mais les joueurs sont plus importants. Il faut se fixer des objectifs et avoir un brin de chance, mais qui l'a? Celui qui a du talent. Tout dépend aussi de la catégorie dans laquelle vous êtes. Nous avons passé deux jours à la Juventus, pour la Pro Licence. Les entraînements ne sont guère différents des nôtres. Ils sont peut-être moins durs, même. Maiss'ils exercent la possession du ballon à 20 sur un quart de terrain, ils sont meilleurs que nous sur une demi-pelouse. C'est une question de talent. Danger?On m'a pris mon portefeuille et une fois, on a visité ma maison. C'est notamment pour ça que nous avons quitté les bois de Loppem pour Lierre. L'homme est plus dangereux que l'animal. On sait ce dont un animal est capable, pas d'un homme. L'être humain peut être incroyablement dangereux.En négociant vos contrats, n'avez-vous jamais eu le sentiment d'être volé?J'ai heureusement toujours été épargné par ce phénomène, d'abord parce que j'ai mené les négociations moi-même, à l'exception de mon contrat avec Inter Football au Lierse. Plus que jamais, je suis convaincu que la bonne méthodeest d'avoir un bon avocat. Sans manager, savez-vous si vous êtes beaucoup ou peu demandé?éa ne m'intéresse pas. Je pars de ce que j'estime pouvoir gagner. A chacun de le déterminer lui-même. Si je signe, c'est que je suis content. Je ne dois donc pas m'offusquer si un autre gagne plus. C'est un peu le problème actuellement.Etes-vous jaloux?Non. Pas plus que je ne suis jalousé, je pense. A Alost, j'ai obtenu des résultats: la promotion, la Coupe d'Europe. Or, tout le monde me disait trop brave, trop calme pour être entraîneur, etc. En février, plus rien n'allait. Je me suis dit que j'allais reprendre des forces pour recommencer en D1 en juin. J'avais cette prétention, alors, mais j'ai pu rejoindre Ingelmunster immédiatement en D3, où j'ai éprouvé beaucoup de joies pendant un an et demi. On est monté. Puis Westerlo s'est présenté. Je ne peux me plaindre.Vous êtes donc parfaitement heureux?Non car nous devrions être cinquièmes, sixièmes ou septièmes. Nous vivons une année difficile, malgré une bonne reprise au second tour.Raoul De Groote"Je ne manque pas d'agressivité mais je n'ai jamais dû la montrer"