Q uelle importance revêt ce Golden Shoe ?
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Q uelle importance revêt ce Golden Shoe ? Luca Toni (29 ans) : C'est la récompense des buts que j'ai marqués. Le Golden Shoe est une reconnaissance très prisée en Europe. Je suis d'autant plus heureux que je suis le premier Italien à gagner ce prix. Jamais encore le meilleur buteur de la Série A ne l'avait obtenu. Je suis très fier. Certainement. Elle n'a pas la réputation de phalanges telles que la Juventus, l'Inter, l'AC Milan ou l'AS Rome. Ce qui est bien, c'est justement que le joueur d'un club de moindre format soit récompensé. La Fiorentina a vécu des temps difficiles. Suite à son implication dans le Calciopoli, son avenir est grevé de quelques points d'interrogation. Ce Golden Shoe est bon pour son blason. A la fin certainement. Je regardais le classement et je savais que j'avais des chances de m'imposer. Quand on est aussi proche du but, on veut vraiment gagner. Mon entourage a commencé à m'en parler aussi. Pendant les matches, je n'y pensais pas mais j'étais quand même content de voir la saison s'achever aussi bien. Il sera en tout cas très difficile d'égaler l'exercice précédent mais je fais de mon mieux. Si je devais encore gagner cette fois, j'en serais heureux. Peut-être obtiendrai-je alors un soulier à ma pointure ? (Il rit). Il est clair que j'ai vécu une saison exceptionnelle car après ce championnat, j'ai également été champion du monde. Elle a été longue mais en valait la peine. La Fiorentina a eu une bonne saison et la Coupe du Monde a été une expérience fabuleuse, sur le plan footballistique mais aussi festif. C'était grandiose. Les supporters de tous les clubs italiens ont fait la fête ensemble. En voyant ça, on réalise les passions qu'une équipe peut déclencher. C'est formidable. Le sélectionneur m'a téléphoné et nous avons convenu qu'il n'était pas nécessaire que je vienne. J'ai profité de vacances bien méritées et je n'étais pas encore assez en forme pour être utile. Mais nous avons pris un mauvais départ. Notre capitaine, Fabio Cannavaro, a raison de dire que nous devons être sur nos gardes. L'Ukraine est également dans notre groupe et tout le monde veut se faire le champion du monde. Nous devons donc nous ressaisir dans les plus brefs délais. Nous avons dû revoir nos ambitions à la baisse. Au lieu de lutter pour une qualification en Ligue des Champions, nous devons assurer notre maintien le plus vite possible. Cela nous tracasse beaucoup. Nous devons à tout prix nous garder d'une rétrogradation en Série B. J'espère que nous allons refaire notre handicap le plus vite possible mais nous devons aussi intégrer les nouveaux joueurs et progresser collectivement. Le problème, c'est que nous n'avons guère de temps pour nous trouver. C'est tout à fait possible. Nous allons rester longtemps en bas de classement. Gérer une situation pareille n'est pas évident. Nous ne pouvons pas chasser cette sanction de nos esprits, faire comme si elle n'existait pas : nous devons vivre avec. Il faut donc obtenir des résultats rapides pour limiter les effets néfastes de cette pénalité. L'Inter a une bonne équipe. Ce club a les meilleurs techniciens d'Italie. On ne peut le vaincre qu'avec beaucoup d'engagement et un esprit de groupe parfait. L'AS Rome est également affûtée. Elle a des joueurs susceptibles de faire la différence. Egalement puni, l'AC Milan n'a pas de chance. Nous devrions assister à un beau championnat. En Italie, tout le monde est content qu'on s'occupe à nouveau de football. On est fatigué de tout ce foin. Tout footballeur doit nourrir cette ambition. C'est le nec plus ultra en Europe. Je n'y ai jamais participé et je dois tenter de le faire. Je veux aussi la gagner, d'ailleurs. La victoire ouvre l'appétit. La Fiorentina venait de se qualifier pour la Ligue des Champions, après une longue abstinence, mais ne peut pas y participer cette saison. J'ai été très déçu mais je tiens à porter le maillot de la Fiorentina en Ligue des Champions, un jour. Je sais. L'Inter me convoitait et j'ai réfléchi mais je suis finalement resté à Florence. Je démens formellement mon départ en janvier. J'ai choisi la Fiorentina, ce qui signifie, à mes yeux, que j'y jouerai toute la saison. J'y suis sous contrat, je veux connaître le succès à Florence. On verra bien ensuite. J'ai appris à vivre année par année. Marco van Basten, sans le moindre doute. Il est un des meilleurs avants que j'ai vus. Je suis originaire de Modène et je suivais le club de ma ville mais Van Basten était fabuleux à Milan. Je rêvais d'inscrire les buts qu'il a marqués. C'est vraiment moche qu'une blessure l'ait contraint à abandonner le football aussi tôt. Je lui ai serré la main après notre victoire 1-3 en match amical à Amsterdam en novembre dernier. Nous nous sommes brièvement parlé. Il a loué mon jeu. C'est un de mes meilleurs matches de la saison passée. D'ailleurs, toute l'équipe avait été excellente. C'est étrange. Il était titulaire à Manchester United et il l'est au Real, cela me semble amplement suffisant. Je ne connais pas les motifs de Van Basten mais il était sans doute meilleur comme joueur que comme entraîneur... Il y a dix ans, je jouais en Série C à Fiorenzuola. J'étais en conflit avec l'entraîneur et je jouais mal. Je me suis alors blessé au genou. J'ai voulu raccrocher mais je n'ai pas abandonné. J'ai donc émergé sur le tard. J'ai toujours pensé que chacun recevait ce qu'il méritait, donc je dois avoir mérité mon succès actuel ! J'espère être un exemple pour beaucoup. Si, il y a dix ans, vous m'aviez prédit que je gagnerais le Golden Shoe et que je serais champion du monde, je vous aurais fait interner. CHRIS TEMPELMAN ET GIAMPIERO TIMOSSI, ESM