Les routes de Philippe Saint-Jean et d' Albert Cartier se sont croisées. Le coach brabançon, qui a mené Tubize en D1, a pris le chemin du stade Tondreau, tandis que l'ancien entraîneur des Dragons a signé, pour un an, au stade Leburton. Le manager Louis Derwa a reconnu qu'il avait, dans un premier temps, songé à José Riga, un autre ancien Dragon. C'est seulement lorsque le Liégeois a préféré Visé, pour des raisons familiales, qu'il s'est tourné vers le Français qui, au départ, lui paraissait inabordable d'un point de vue financier. Mais, comme on dit communément : entre la proposition tubizienne et la contre-proposition de Cartier, chacun a mis un peu d'eau dans son vin.
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Les routes de Philippe Saint-Jean et d' Albert Cartier se sont croisées. Le coach brabançon, qui a mené Tubize en D1, a pris le chemin du stade Tondreau, tandis que l'ancien entraîneur des Dragons a signé, pour un an, au stade Leburton. Le manager Louis Derwa a reconnu qu'il avait, dans un premier temps, songé à José Riga, un autre ancien Dragon. C'est seulement lorsque le Liégeois a préféré Visé, pour des raisons familiales, qu'il s'est tourné vers le Français qui, au départ, lui paraissait inabordable d'un point de vue financier. Mais, comme on dit communément : entre la proposition tubizienne et la contre-proposition de Cartier, chacun a mis un peu d'eau dans son vin. Lorsqu'on affirme qu'en dehors de Riga, Cartier était la seule solution possible pour Tubize, c'est réducteur. C'est vrai si l'on considère uniquement le petit cercle restreint des entraîneurs connus en Belgique et libres sur le marché. Mais il y avait moyen de trouver, ailleurs, un jeune entraîneur ambitieux qui aurait pu apporter un vent de fraîcheur. Seulement, Tubize n'avait pas le temps de chercher l'oiseau rare de façon très approfondie car il n'a obtenu son billet pour l'élite qu'au début juin, et ce genre de choix aurait comporté un risque. Avec Cartier, la part de risques était réduite au minimum. Tubize n'achetait pas un chat dans un sac. Le club savait ce qu'il prenait et ce qu'il est en droit d'attendre du Vosgien. Au stade Leburton, Cartier avait à peine apposé sa signature au bas d'un contrat d'un an que l'on a vu apparaître les noms de joueurs que l'entraîneur français tient en haute estime : AlanHaydock et ChristBruno, qu'il a connus au Brussels ; GeoffrayToyes (fin de contrat à Mouscron) et GuntherVanhandenhoven (retour du Qatar), qu'il a connus à La Louvière. On parle aussi d' IzzetAkgül (Roulers). Cartier a le sens des formules (lire son interview " Cartier s'explique " ci-après), il manie un langage châtié qui arrondit les angles. Mais on peut se demander pourquoi un entraîneur, malgré tout reconnu en Belgique, n'a eu d'autre possibilité que de se lier au Petit Poucet de la D1. " Je peux affirmer que nous lui avons fait une belle proposition ", assure AlainLommers. " Inférieure ou supérieure à celle qu'il a acceptée à Tubize ? Je l'ignore. Je connais nos finances, pas les leurs. Sur le fond, Cartier a raison lorsqu'il affirme qu'il avait terminé sa mission à Mons. Il a assuré le maintien du club et c'est ce qu'on lui avait demandé. D'ailleurs, lorsqu'on l'a engagé en janvier, on lui avait proposé un contrat de six mois avec option d'un an, mais il a d'emblée refusé l'option. En fin de saison, il nous a avertis dans un premier temps qu'il ne continuait pas. Par la suite, le président DominiqueLeone l'a encore eu plusieurs fois en ligne. Cartier est resté très professionnel et très positif jusqu'au bout. Il a d'ailleurs continué à s'occuper de la construction de la nouvelle équipe, ce qui nous a un peu perturbés car on l'avait interprété comme un signe laissant supposer qu'il resterait malgré tout. A un moment donné, on a dû fixer un ultimatum et dire - Stop ! Son choix de partir vers Tubize est un choix personnel. Nous lui souhaitons bonne chance là-bas ". On l'attendait néanmoins ailleurs. On l'avait cité dans des clubs plus prestigieux, notamment au Standard. " Nous avons reçu une quinzaine de candidatures officielles, mais pas celle de Cartier ", certifie DominiqueD'Onofrio. " A partir de là, on ne peut pas dire que nous ayons envisagé sa venue. On a, certes, parlé officieusement de lui, mais il était déjà trop tard ". A Genk aussi, Cartier avait été cité. JosVaessen aurait même discuté avec lui, début mai. " Une discussion purement informelle ", affirme l'homme fort du club limbourgeois. " Je l'avais invité chez moi pour un échange de vues, mais il en a résulté que sa venue n'apporterait pas une plus-value ". Genk a finalement décidé de poursuivre l'aventure avec RonnyVangeneugden. A Gand, en revanche, Cartier figurait bien parmi les candidats à la succession de TrondSollied. Le président IvanDeWitte le confirme : " Il figurait en bonne place parmi d'autres candidats. Gand a l'habitude d'investir beaucoup dans un entraîneur, car on considère qu'il est la clef de voûte d'un projet. J'estimais que Cartier était tout à fait capable de prendre la relève. Mais, lorsque l'opportunité d'engager MichelPreud'homme s'est présentée, on n'a pas voulu laisser passer l'aubaine et on a délaissé les autres possibilités ". StéphanePauwels, qui a travaillé avec Cartier à La Louvière et est resté en contact avec lui : " Les clubs de Ligue 2 avec lesquels il a été en contacts, comme Sedan et Troyes, ont préféré jeter leur dévolu sur des entraîneurs déjà actifs dans le championnat hexagonal. A Genk, quoi qu'en dise Vaesen, je pense que les divergences de vues étaient purement financières. Je peux comprendre que Gand lui ait préféré Preud'homme : l'aura de l'ancien entraîneur du Standard est immense dans tout le pays. Plus grande que celle de Cartier en Flandres, en tout cas. Or, Gand a besoin de noms pour séduire les investisseurs dans cette période où le club s'apprête à construire un nouveau stade. Cartier a vu que beaucoup de portes se sont fermées devant lui. En signant à Tubize, je pense qu'il a voulu démontrer aux dirigeants montois que les divergences de vues n'étaient pas uniquement financières. Il s'entendait très bien avec Dominique Leone, mais il y avait sans doute dans le comité l'une ou l'autre personne qui ne le rassurait pas. Il a craint de revivre la même situation qu'à La Louvière. A Tubize, en revanche, il a trouvé en LouisDerwa et RaymondLangendries des personnes bcbg, qui gèrent le club en bons pères de famille et qui laisseront une certaine liberté d'action. Je suis persuadé qu'il fera du bon travail là-bas. Ce qui me dérange un peu, c'est qu'à force d'entraîner des clubs comme La Louvière, le Brussels et Mons, il finira par avoir une étiquette de pompier de service. A l'avenir, tous les clubs menacés l'appelleront lorsqu'il y aura le feu dans la maison. Il mériterait d'entraîner un club mieux loti qui présente un vrai projet ambitieux ". Qu'en pense AndréRemy, qui connaît bien Cartier ? " Ce dont je suis sûr, c'est que Cartier est un homme de défis. Lorsqu'il a quitté la France pour entraîner La Louvière, c'était un défi tout aussi grand. C'est sûr qu'à priori, il méritait mieux que Tubize. Il a peut-être recherché un club plus prestigieux, et a sans doute eu des contacts avec des clubs français qui lui auraient permis de se rapprocher de chez lui, mais les pièces du puzzle ne se sont pas assemblées. A partir de là, il lui fallait se rabattre sur quelque chose, car je ne pense pas qu'il puisse déjà vivre de ses rentes. Et quand bien même il pourrait, ce n'est pas son genre car c'est un travailleur. Je ne suis qu'à moitié surpris de le voir à Tubize. L'esprit de ce club correspond à sa philosophie. Cartier aime se fondre dans la population, partager un resto avec des amis, passer un bon moment. Il retrouve peut-être aussi un décor qui lui est familier. La région de Tubize, avec Clabecq et d'autres entreprises qui ont connu des difficultés, doit présenter certaines similitudes avec la Lorraine. En outre, Cartier ne dénigre rien ni personne. Il respecte tout le monde et ne pensera jamais qu'un club est trop petit pour lui. Il a, avant tout, besoin de convivialité et d'un projet. Celui qui lui a été soumis à Tubize a dû l'agréer. On lui a sans doute donné des garanties de pouvoir construire l'équipe à sa guise, avec des joueurs qu'il apprécie. Je comprends aussi le choix fait par Tubize : le club a bâti son succès sur les méthodes de Philippe Saint-Jean, axées sur l'organisation, le travail, la solidarité. Qui d'autre que Cartier pouvait continuer le travail en prônant des valeurs similaires ? Je comprends moins, par contre, les raisons qui l'ont poussé à quitter Mons. Il ne m'en a jamais parlé, et il ne m'en parlera sans doute jamais. Il se contente de vagues explications, en disant qu'il ne sentait pas le nouveau projet, car il ne veut probablement vexer personne. Il souhaite toujours rester en bons termes avec tout le monde. La vraie raison, si tant est qu'il y ait un point précis qui ne lui plaisait pas, il la gardera pour lui ". par daniel devos - photo: belga