La licence pro, sésame indispensable afin d'assainir ce secteur, secoue forcément tout le milieu du ballon rond. Avec, à la clef, des fusions, des clubs de l'élite qui seront relégués en D3 et ne parviennent déjà plus à payer l'autocar de leurs joueurs (Alost), des joueurs qui réclament leur salaire via la justice, des cercles qui tremblent pour leur avenir, etc. La licence pro engendre la réflexion, et c'est bien, mais le processus d'écrémage du paysage footballistique belge ne date pas d'aujourd'hui.
...

La licence pro, sésame indispensable afin d'assainir ce secteur, secoue forcément tout le milieu du ballon rond. Avec, à la clef, des fusions, des clubs de l'élite qui seront relégués en D3 et ne parviennent déjà plus à payer l'autocar de leurs joueurs (Alost), des joueurs qui réclament leur salaire via la justice, des cercles qui tremblent pour leur avenir, etc. La licence pro engendre la réflexion, et c'est bien, mais le processus d'écrémage du paysage footballistique belge ne date pas d'aujourd'hui.Tchantchès a ses défunts: le FC Liégeois, Tilleur, Seraing. Manneken-Pis aussi. En songeant au récent derby bruxellois, le bon vieux temps du Crossing, d'Uccle Sport, de La Forestoise, du White Star ou du Daring, et on en passe, flasha dans nos souvenirs. L'Union milite anonymement en D3 et n'en sortira peut-être jamais, les autres ont été avalés dans l'une ou l'autre fusion. Il ne faut pas tourner autour du pot: le RWDM sera, tôt ou tard, rayé de la carte pro. La fusion du Daring avec le Racing White, en 1973, rapporta un titre deux ans plus tard. La suite fut moins drôle et certains estiment que les ennuis s'expliquent par le mariage difficile de mentalités différentes, de trésoreries dans le besoin. En réalité, avec le recul, on peut désormais constater que la fusion n'était pas assez large. Anderlecht était déjà le premier club de la capitale. Sa puissance ne cessa, depuis, de s'accentuer, lui donnant un poids européen. Pour avoir une chance de s'en tirer, le deuxième club pro de la région devait rassembler toutes les autres forces vives et sportives de Bruxelles. Le RWDM n'y est pas parvenu. Après le départ de Jean-Baptiste L'Ecluse, tous les régimes se sont cassé la figure: Mabille, Uytterhaegen, Vermeersch. Il en sera de même, tôt ou tard, pour De Prins. Il y a eu des relances, une faillite, des révolutions: en vain... Y a-t-il encore place pour un deuxième club professionnel à Bruxelles? Cette question doit être posée. L'Espagne a 20 clubs de D1 pour 40 millions d'habitants: une équipe par tranche de deux millions de citoyens. Chez nous, il y a un club de D1 pour 600.000 Belges. Les moyens (recettes spectateurs, pub, droits de télé) sont forcément différents: c'est un très vieux débat qu'on a laissé pourrir. Les réalités de l'écononie sont là pour nous le rappeler.Bruxelles a besoin d'un projet porteur, d'un rassemblement de tous les clubs (de l'Union au RWDM, mais oui MM. Bossemans et Coppenolle) sous un nouveau nom: le FC Brussels, par exemple. La défunte Sabena ne s'appelle-t-elle pas désormais la Brussels Airlines. MM. Davignon et Lippens ont misé sur le taux de notoriété de notre capitale. Pourquoi pas le foot? Il y a une niche à occuper. Anderlecht y a pensé mais hésite à le faire car son aura est nationale: ses supporters wallons et flamands n'ont pas envie de s'identifier à Bruxelles. Des membres du noyau dur du RWDM nous ont dit que cela leur plairait car c'est l'identification à Bruxelles qui leur importe. Y a-t-il une autre façon de garder des derbies bruxellois en D1? L'idée est lancée. L'Union, le RWDM, c'est le temps des pyramides. Les Pharaons, c'était beau, mais l'homme n'aurait pas conquis la Lune s'il adorait encore Ramsès II. Pierre Bilic