Après Roulers et avant Saint-Trond, le Brussels disputera le week-end prochain un autre match à six points contre Mons. Une joute qui n'en sera pas une comme les autres puisqu'elle s'inscrira sous le signe du come- back au stade Edmond Machtens d' Albert Cartier qui driva les Coalisés durant deux ans et demi avant de se faire jeter comme un malpropre. Qu'inspire donc le retour du coach français à ses anciennes amours à Molenbeek ? En ont-ils peur ?
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Après Roulers et avant Saint-Trond, le Brussels disputera le week-end prochain un autre match à six points contre Mons. Une joute qui n'en sera pas une comme les autres puisqu'elle s'inscrira sous le signe du come- back au stade Edmond Machtens d' Albert Cartier qui driva les Coalisés durant deux ans et demi avant de se faire jeter comme un malpropre. Qu'inspire donc le retour du coach français à ses anciennes amours à Molenbeek ? En ont-ils peur ? " En 20 ans de carrière, j'ai connu pas mal d'entraîneurs. Mais le lien n'a jamais été aussi fort qu'avec Albert Cartier. Ce n'est pas parce que je suis déjà âgé : j'ai rarement vu un coach faire autant l'unanimité. Titulaires ou réservistes, tout le monde allait au feu pour lui. Et moi en premier lieu en ma qualité de pompier (il rit). Il m'aurait plu de l'accompagner à Mons. La complicité était tellement grande entre nous, même lorsqu'il m'a relégué sur le banc, que j'aurais aimé terminer ma trajectoire sportive sous ses ordres. Finalement, le dossier est resté lettre morte et j'ai tourné la page. Cet épisode ne m'empêchera pas de continuer à donner le meilleur de moi-même et à £uvrer pour le sauvetage du Brussels, même s'il ne s'agira pas d'une sinécure. Par rapport au début de saison, la direction a accompli des efforts louables pour renforcer le noyau. Mais que pèsent toutes ces recrues en regard de la perte de notre ancien mentor ? Au-delà des noms comme Guillaume Gillet, Walter Baseggio ou Olivier Renard, LE transfert du mercato, c'est Cartier. Et le malheur aura voulu qu'il aille chez un concurrent direct pour le maintien. Avec lui, les Dragons ont tapé dans le mille. J'ose espérer qu'à l'heure des bilans, on ne s'en mordra pas les doigts ". " Pour moi, Cartier a fait du très bon boulot durant deux ans et demi. C'est un coach sévère mais en même temps très proche. Il est honnête et dit toujours ce qu'il pense. Le jour où il a été remercié, plusieurs joueurs étaient déçus. J'en faisais partie. Nous pensions qu'il n'était pas nécessaire de changer. Quand il avait des bons éléments sous ses ordres, Cartier savait faire de bons résultats. Il n'a jamais dérogé à sa ligne de conduite mais la qualité s'est singulièrement amenuisée suite aux départs de garçons comme Igor de Camargo, Ibrahim Kargbo ou Mickaël Niçoise. On peut même évoquer les noms de Davy Theunis et de Kristof Snelders. Tous deux ont le niveau de la D1 mais ils n'ont pas été jugés assez bons par certains dirigeants. Les meilleurs partis, le staff technique s'est retrouvé les mains vides. Or, si tu n'as pas de qualité dans ton groupe, il devient difficile de faire des résultats. Cartier a pourtant toujours gardé la même motivation. Avant chaque match, il avait ses petites phrases pour nous gonfler à bloc : un motivateur hors pair. Deux ans plus tard, ses trucs nous interpellaient encore. Quoi que d'aucuns en disent en haut lieu, il n'y avait pas la moindre usure chez lui en matière de pouvoir ou de discours. Il travaillait beaucoup sur la technique. Sous cet angle-là, on voyait bien qu'il était issu de l'école française. De plus, il faisait en sorte qu'il y ait une vraie agressivité à l'entraînement. Parfois, cela allait au-delà des limites mais certains avaient besoin de cela pour ne pas s'endormir. Son approche était rigoureuse. J'avoue que j'aimerais bien retravailler avec lui ". " Bizarre de le retrouver dans le dug-out des visiteurs. Il sera le 12e homme des Montois. Et quel 12e homme, puisqu'il connaît l'adversaire comme sa poche, hormis l'un ou l'autre nouveaux venus. Je le connais comme ma poche, il est de ceux qui brûlent ce qu'ils ont adoré pour adorer ensuite ce qu'ils ont brûlé. Il ne faut pas s'attendre à ce qu'il nous fasse le moindre cadeau même si, au fond de lui-même, il reste notre tout premier supporter et qu'il souhaite ardemment le maintien des Coalisés parmi l'élite. Celui qui a été à la base de ma venue au FC Brussels est un homme de défis. Il n'a pas eu l'opportunité d'aller au bout de ce challenge mais a très certainement à c£ur de prouver, dans un contexte à peu près similaire, qu'il peut relever une mission jugée par beaucoup quasi impossible. Pour moi, sa présence dans le camp d'en face m'incitera à encore me battre plus qu'à l'accoutumée. Et je suis sûr qu'il n'en attend pas moins de moi ". " Sur le plan humain, Cartier a compté énormément pour moi : hormis mes proches, personne ne m'a soutenu autant que lui à l'époque de mes longues revalidations consécutives à deux déchirures des ligaments croisés. Lui-même n'avait pas été épargné par la malchance lors de sa période active au FC Metz et, de ce fait, il a toujours su trouver les mots pour me remonter le moral, même au plus profond de mon désarroi. Si je suis revenu dans le parcours alors que beaucoup m'avaient déjà enterré, c'est à lui que j'en suis redevable. Au fil des mois, des liens solides se sont tissés entre nous. Je l'ai toujours considéré comme un deuxième père et lui a invariablement vu en moi son prolongement sur le terrain. Il a contribué à façonner ma personnalité. Avec le recul, je regrette simplement de ne pas l'avoir rencontré beaucoup plus tôt. Dans ce cas, j'aurais sans doute pris beaucoup plus tôt conscience de mes capacités. Je ne prétends pas qu'il aurait transformé, sur le plan du jeu pur, le footballeur que je suis. Mais je me serais vraisemblablement affirmé comme un leader plus tôt. Avant de travailler sous sa coupe, j'étais un garçon effacé qui essayait de répondre à l'attente, sans plus. Avec lui, j'ai appris à m'affirmer et à prendre mes responsabilités. Son retour à Molenbeek, à la tête des Dragons ? Je suis sûr qu'il regrette la programmation de ce match. Il aurait préféré que cet affrontement soit déjà passé pour qu'il n'y ait plus de points en jeu. Même s'il va jouer crânement sa chance, il sera peiné pour nous si on perd des plumes dans l'aventure et, surtout, si on fait la culbute en fin de saison. Compte tenu de son apport à Mons, en peu de temps, il aurait de quoi pavoiser lors de son retour chez nous. Mais cela ne correspond pas à l'homme. Au contraire, il va la jouer humble, sans esprit de revanche particulier, en dépit du mal qui lui a été fait. Il nous aime encore trop pour ça ". " Son limogeage a été une décision très difficile car notre comité directeur du club était conscient des miracles que ce coach avait réalisés avec des moyens somme toute limités. Après la débâcle à Westerlo, nous étions toutefois d'avis qu'un électrochoc s'imposait afin de sauver ce qui pouvait l'être. Deux options étaient alors possibles : procéder à une énorme injection de sang neuf ou changer l'entraîneur. Comme les moyens financiers manquaient pour modifier de fond en comble la physionomie de l'effectif, il a bien fallu se résoudre à la deuxième solution. Cette séparation ne nous fera jamais oublier pour autant le bon travail que le coach français a réalisé chez nous. Albert Cartier est un excellent entraîneur qui se double d'un grand monsieur. Les circonstances ont voulu qu'il aille à la concurrence. C'était son bon droit. Il a l'avantage de bien connaître ses anciens joueurs, même si l'équipe n'est plus du tout la même que celle qu'il a eue sous ses ordres. D'un autre côté, il faut s'attendre aussi à ce que nos propres joueurs se subliment par rapport à leur ancien mentor. Chacun aura de bonnes raisons de se surpasser dans de telles circonstances ". par bruno govers, pierre bilic et stephane vande velde