Huit victoires d'affilée en championnat. Dix matches sur 18 sans encaisser de goal. L'attaque la plus productive de l'élite. Une flopée de points d'avance sur les autres ténors. La perspective d'assurer sa pérennité en Europa League. Le manager d'Anderlecht, Herman Van Holsbeeck, n'a pas vraiment à maugréer.... Pourtant, il se veut critique. " A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ", rappelle-t-il.
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Huit victoires d'affilée en championnat. Dix matches sur 18 sans encaisser de goal. L'attaque la plus productive de l'élite. Une flopée de points d'avance sur les autres ténors. La perspective d'assurer sa pérennité en Europa League. Le manager d'Anderlecht, Herman Van Holsbeeck, n'a pas vraiment à maugréer.... Pourtant, il se veut critique. " A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ", rappelle-t-il. Herman Van Holsbeeck : On nous l'avait dépeint comme le Milan Jovanovic de la série et nous sommes donc allés le voir quelques fois avant de le convier à un essai face au FC Tubize. Après 90 minutes, tout le monde était conquis. Voilà pourquoi nous n'avons pas voulu faire traîner les choses. D'autant que d'autres étaient intéressés par ses services. Le Standard notamment. Il tient peut-être davantage de Wayne Rooney que de Milan Jovanovic mais qui n'a jamais commis d'erreurs dans sa jeunesse ? Le plus important, c'est qu'après des années mouvementées, il a repris le fil de sa carrière. Le fait d'avoir abouti en P1 liégeoise en dit long sur sa volonté de se refaire. A 22 ans, il n'est pas trop tard. Mais il est quand même grand temps. Le FC Twente l'a acquis pour un peu plus de 5 millions d'euros. Désolé, mais c'est hors de notre portée. Aucun club belge ne peut débourser ce montant. Nous aurions peut-être consenti un effort particulier en cas de participation à la phase finale de la Ligue des Champions. A ce prix-là, nous aurions de toute façon décroché. Nous avions trois objectifs : le championnat, la Coupe et l'Europa League. A mi-saison, nous sommes premiers en D1, qualifiés en Coupe et nous jouons notre avenir européen face à l'Ajax. Chaque club engagé dans notre poule a fait un faux-pas en cours de route. L'Ajax, à domicile, a dû se contenter d'un nul face à Timisoara ; le Dinamo Zagreb s'est fait surprendre chez lui par Anderlecht et il nous a finalement rendu la pareille au Parc Astrid. Dans ces conditions, il est normal que le suspense dure jusqu'au bout. Comment avions-nous obtenu la victoire là-bas ? En jouant à la belge, avec pas mal de gars derrière le ballon, ne sortant de nos bases que quand c'était possible. Devant notre public, on n'a pas osé utiliser la même méthode. Pourtant, on l'avait fait face à l'Ajax et cela nous avait réussi puisqu'on avait obtenu un point. Si j'ai un regret, au risque de vous étonner, c'est que l'équipe a été trop... entreprenante contre le Dinamo Zagreb ! En Belgique, on peut se permettre de jouer offensivement. En Europe, non. En quelques années, le contexte a changé. Ici, à mes débuts, j'ai vu le club faire jeu égal avec Lyon. Ce n'était manifestement plus le cas cette saison. La qualité des joueurs et le rythme font que nous ne jouons plus dans la même pièce. Si, du moins, nous acceptons de jouer le jeu. A partir du moment où l'adversaire chasse le porteur du ballon, nous éprouvons des difficultés, c'est évident. D'ailleurs, quels sont les matches où nous prenons le meilleur sur nos adversaires en Belgique ? Ceux où nous mettons directement la pression. Pour parvenir à un même résultat à l'échelon européen, il faut davantage de matches de niveau. En Europe mais aussi en Belgique. Je suis curieux. Cette année, avec la nouvelle formule, on devrait avoir droit à une compétition normale suivie de dix matches de coupe, grâce aux playoffs justement. On abordera le money-time à ce moment et je m'attends dès lors à des rencontres très engagées. La multiplication des matches entre les six meilleurs devrait avoir un effet bénéfique et permettre de franchir un palier. Un jour sans, c'est toujours possible, même pour les meilleurs. Nous l'avons vécu à Tubize la saison passée. Mais, au bout du compte, tout le monde se retrouve à peu près à sa place. Ceci dit, vous avez raison : ces manquements, ces imperfections, ça fait quand même désordre. Théoriquement, ce n'est pas permis. Et je me pose parfois des questions en voyant certains à l'£uvre d'un match à l'autre. Comment se fait-il, par exemple, qu'un Lucas Biglia soit super un week-end et invisible huit jours plus tard. Idem pour Mbark Boussoufa ou quelques autres. Davantage de facilité. La preuve lors de notre récent déplacement au Cercle Bruges : nous livrons un match archi-mauvais mais l'emportons par 1-3 sans forcer. Comment se sublimer, dans ces conditions ? Je suis au Sporting depuis 7 ans. Durant cette période, nous avons été champion trois fois, trois fois deuxièmes et nous sommes à nouveau premiers. Il y a deux moyens de voir les choses : ou bien on ne fait rien, puisque les stats prouvent qu'on est dans le bon, ou bien on essaie d'aller de l'avant en augmentant la difficulté et en essayant qu'une rencontre ne se borne pas à un simple walk-over comme c'était le cas au Cercle. Il joue trois minutes contre le CS Verviers en Coupe et inscrit un but. Il a 20 minutes de temps de jeu au Cercle et en met un autre. Au Kuipje, il paraphe deux goals, dont un est annulé, en l'espace d'une demi-heure. L'Argentin est un phénomène. Un gars unique en son genre. A tous points de vue. Il y a un mois, on le donnait perdu pour le football. A présent, il n'en finit pas de claquer les buts. Tant mieux pour nous. C'est la preuve que nous avons bien fait de croire en sa guérison et que nous avons tout fait pour. Qu'est-ce qui importe dans n'importe quel club ? Qu'un joueur soit rentable, voilà tout. Frutos l'a amplement prouvé chaque fois que nous avons pu bénéficier de ses services. Il me paraît dès lors logique qu'on fasse le maximum pour lui. Et s'il se sent bien grâce à la méthode de son homme de confiance, pourquoi pas ? Nous ne mettons nullement en doute les capacités de cette cellule. Nous sommes ouverts à une autre approche, voilà tout. J'ai l'impression que ce qui dérange, dans le chef du personnage, c'est qu'il n'a pas de diplôme. Mais il y a des tas de gens qui n'en ont pas, dans ce milieu voire ailleurs. Cela ne les empêche pas d'être compétents. Tout à fait d'accord. Il n'avait pas à laver le linge sale sur la place publique et nous l'avons mis à l'amende suite à ce dérapage. Idem, d'ailleurs, suite à son hommage à Mendoza après son but au Cercle. OK, il peut remercier son gourou mais pas de cette manière. Le football est une discipline collective. Il faut à la fois une équipe sur le terrain mais aussi en dehors. Je m'attèle à cette tâche depuis sept ans. En fait, les 90 % de mon temps, à Anderlecht, sont consacrés au people management. Par exemple. Quand je compare la manière dont le club et moi-même avons géré le dossier Aruna Dindane jadis et celui de Lukaku à présent, c'est le jour et la nuit. Avec l'Ivoirien, nous étions allés au clash et nous en avions été les perdants. Désireux d'obtenir un transfert après avoir brillé au tour préliminaire de la Ligue des Champions, face à Benfica, il n'avait plus rien fait de bon par la suite parce qu'il avait ses idées ailleurs. Dans le cas de Lukaku, nous nous y sommes pris autrement. C'est vrai, lui et les siens auraient pu gagner de l'or en barres en allant à Chelsea. Mais, à 15 ans, qu'est-ce qui vaut mieux dans un premier temps : l'argent ou un avenir sportif à Anderlecht ? Le clan Lukaku l'a parfaitement compris. Bien sûr. Mais à quelque chose malheur est bon. Nous avons retenu de cet épisode qu'il ne fallait pas accorder une importance démesurée à l'avis d'un coach. Dans le cas du Congolais, nous nous étions ralliés à l'avis négatif de Frankie Vercauteren, alors que dans le club plusieurs personnes avaient une opinion contraire. A présent, c'est un trio formé de Roger Vanden Stock, Philippe Collin et moi-même qui prend les décisions. Les autres, comme le responsable du recrutement ou l'entraîneur, ont une voix consultative. Ou un peu plus, car on ne va pas engager un joueur si on est sûr que le staff technique a des doutes à son propos. Le marché est en crise mais d'autres facteurs jouent sûrement un rôle. Pouvez-vous me citer un joueur qui a pris une autre dimension après avoir eu sa chance chez nous ? Peut-être Vincent Kompany mais c'est tout. Nicolas Pareja n'est pas un titulaire incontestable à l'Espanyol Barcelone. Et ce club ne fait pas non plus partie du top en Espagne. Finalement, celui qui a encore le mieux réussi, mais à un échelon moindre, c'est Hannu Tihinen au FC Zurich. A mes yeux, c'est de lui que nos meilleurs doivent s'inspirer. Contrairement à eux, il a toujours été constant. D'un bout à l'autre d'une saison, il frisait la perfection. Je ne suis pas étonné car chaque fois qu'il s'exprime sur nous, il est négatif. Près de deux décennies plus tard, il n'a toujours pas totalement digéré son renvoi ici. Je ne suis pas du tout d'accord avec ce qu'il dit de l'entraîneur. Pour moi, et pour l'ensemble de la direction, Jacobs fait du très bon boulot. Sans quoi nous ne lui aurions pas proposé un nouveau contrat de deux ans. Qui n'a jamais éprouvé un sentiment de ras-le-bol ? C'est tout de même humain, non ? L'essentiel, c'est de se ressaisir : le lendemain, le coach était déjà d'attaque. Je ne vois pas ce qu'on pourrait lui reprocher. Le Sporting est leader en championnat, à un point d'une qualification européenne et les jeunes prennent du galon. Que demander de plus ? Qu'on ne s'y trompe pas : le coach est très exigeant en la matière. Il ne supporte pas la médiocrité et a clairement ventilé son mécontentement après notre non-match au Cercle. Il ne cesse de taper sur le même clou. Mais il est parfois perplexe, comme nous. Je me souviens que la veille de notre match à Mouscron, la répétition générale avait été parfaite. Le président, Roger Vanden Stock, avait assisté à l'entraînement et s'était montré édifié. Or, le lendemain, c'était le bide. Peut-être les joueurs ont-ils cru qu'après une démonstration pareille, ils n'auraient qu'à paraître pour s'imposer au Canonnier. Cette versatilité pose problème. Avec certains, c'est encore trop souvent tout ou rien d'un match à l'autre. A l'occasion des deux gros matches contre Lyon, j'ai vu qu'il pouvait viser plus haut. Techniquement, l'Argentin est sans doute le meilleur au Sporting. Sa maîtrise du ballon en pleine course est une merveille et il en a d'ailleurs donné un bel aperçu sur le but qu'il a inscrit à Gerland. Mais tout se passe dans sa tête. A Cordoba, c'était lui et dix autres. Ici, lors d'une moindre prestation, il y a un autre qui est prêt à le remplacer. Il éprouve du mal avec cette réalité et baisse trop souvent les bras. Or, pour arriver au sommet et s'y maintenir, il faut une mentalité de vainqueur. Vu sa réussite, certains au club se demandent s'il est vraiment nécessaire qu'il poursuive encore ses études. A ceux-là, je réponds oui. Et au risque de vous surprendre, je suis prêt à en pousser d'autres à persévérer dans cette voie. Car si un jeune fait l'effort de combiner le football et l'école, c'est qu'il a du caractère. Et c'est ça qu'il faut. Avec des gars de cette trempe, on peut aller à la guerre. par bruno goversEn Belgique, on peut se permettre de jouer offensivement. En Europe, non.