V icente Del Bosque n'a pas pris de risques. Il a reconduit l'équipe championne du monde et d'Europe. A chaque fois qu'un joueur ayant déjà participé à une des deux précédentes aventures était en balance, Del Bosque a joué la carte de la fidélité. Pedro, qui n'a pas réalisé une saison éblouissante avec Barcelone, a coiffé au poteau Adrian, la révélation de l'Atlético Madrid. Et Fernando Torres a été préféré à Roberto Soldado.
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V icente Del Bosque n'a pas pris de risques. Il a reconduit l'équipe championne du monde et d'Europe. A chaque fois qu'un joueur ayant déjà participé à une des deux précédentes aventures était en balance, Del Bosque a joué la carte de la fidélité. Pedro, qui n'a pas réalisé une saison éblouissante avec Barcelone, a coiffé au poteau Adrian, la révélation de l'Atlético Madrid. Et Fernando Torres a été préféré à Roberto Soldado. " Pourquoi changer une formule qui gagne ? ", explique Miguel Angel Lara, qui suit la Roja pour le journal Marca. " Certains se demandent pourquoi Del Bosque n'a pas repris Soldado mais en décembre, il avait déjà marqué 17 buts. Par contre, sa deuxième partie de saison fut loin d'être éblouissante. La fraîcheur de Pedro, qui a réalisé une grande finale de Copa del Rey et de Torres a joué en leur faveur. Sans compter leur passé. Torres compte quand même 94 sélections !" Certains estiment que Del Bosque aurait pu instiller un peu de fraîcheur au sein de son groupe mais quand on regarde le banc de cette équipe (Pedro, Torres, Juan Mata, Fernando Llorente, Santi Cazorla ou Jesus Navas), on se dit que Del Bosque a simplement retenu les meilleurs. Cette génération reste exceptionnelle. Face à l'Italie, jamais on a eu l'impression de contempler une équipe en fin de cycle et en manque d'imagination. Par rapport à la dernière Coupe du Monde, seul Jordi Alba, le défenseur de Valence, courtisé par Barcelone, est véritablement nouveau dans le onze de base. Alvaro Arbeloa (qui remplace Carles Puyol), Cesc Fabregas et David Silva sont devenus titulaires mais ils faisaient déjà partie de l'aventure. Silva compte 59 sélections, Fabregas 64 et Arbeloa 36. On ne peut donc pas parler de novices ! Cette constance a au moins un énorme avantage : ces joueurs ont appris à vivre ensemble et se connaissent sur le bout des doigts. Aucune autre équipe ne peut se targuer de posséder ces automatismes ! Dans le camp espagnol, personne ne semblait ébranlé par ce match nul face à l'Italie. La Roja n'a pas gagné mais il faut se souvenir qu'elle avait également perdu des plumes lors de son match inaugural à la dernière Coupe du Monde (défaite 1-0 face à la Suisse). Et même si Del Bosque estime que débuter un tournoi par une victoire est important, l'histoire lui a montré qu'une contre-performance dans le premier match n'avait rien de rédhibitoire. C'était la principale inconnue de cette équipe. Comment allait-elle se passer du meilleur buteur de l'histoire de la sélection ? Comment allait-elle remplacer celui qui avait, lors de la dernière Coupe du Monde inscrit cinq buts, dont deux salvateurs contre le Paraguay et le Portugal ? Del Bosque n'avait pas masqué que la situation n'était pas simple, tant Villa faisait partie, à l'instar de Xavi ou Andres Iniesta de l'ADN espagnol champion du monde et d'Europe. " La blessure de Villa nous a fait énormément de tort mais nous avons des joueurs complets. Quand je dis complets, je veux dire des joueurs capables de tout faire. " Et de citer...ses médians. Certains pensaient qu'il s'agissait d'une boutade, se demandant qui de Torres ou d' Alvaro Negredo occuperait la place de 9. Torres partait avec les faveurs du pronostic. Pourtant, Del Bosque a aligné... Fabregas qui n'hésitait pas à dézoner sans cesse. L'Espagne a donc affronté l'Italie sans attaquant. " On l'avait déjà fait auparavant et Fabregas s'était retrouvé dans une situation similaire avec Barcelone ", a affirmé Iniesta. " Ce n'était donc pas une surprise. " Est-ce la solution finale ? Si on regarde les statistiques, on aurait tendance à répondre par l'affirmative, Fabregas ayant marqué le seul but espagnol du match et ayant répondu aux attentes. Pourtant, un point de fixation devant n'aurait pas fait de tort à l'Espagne. La rentrée de Torres a permis de compter une arme supplémentaire (la profondeur) et ce n'est pas anodin si l'Espagne a connu sa meilleure période contre l'Italie, suite à l'entrée au jeu du joueur de Chelsea. Même si Torres n'a pas marqué, il constitua le joueur le plus dangereux. " L'Espagne a prouvé par A plus B qu'aucune équipe, même la meilleure du monde ne peut se passer d'un attaquant ", expliquait Philippe Albert, consultant pour la RTBF et Le Soir. Pour lui, la Roja aurait dû aligner Fernando Llorente et Torres. Mais Del Bosque n'a pas voulu changer son système. L'entraîneur espagnol savait que l'Italie serait regroupée devant son but. Pour contrer cela, il a préféré miser sur les combinaisons et le jeu de passes, dans lequel Fabregas s'imbrique mieux, que mettre la pression sur le trio défensif italien en laissant constamment un attaquant dans leurs parages. José Mourinho a critiqué le choix de Del Bosque : " Xavi , Iniesta et Fabregas n'ont pas créé de danger dans le rectangle. L'entrejeu de l'Espagne a très bien joué mais sans attaquant, l'équipe est stérile. " Le choix de Fabregas est également un énorme désaveu pour les attaquants de la sélection. Comment doivent-ils prendre le fait qu'on leur préfère un médian ? Quand des joueurs de Barcelone et du Real Madrid évoluent sous le même maillot, se pose la question de leur entente. En conférence de presse, le sujet est revenu sur le tapis à plusieurs reprises. " Cela n'a aucun sens de parler de cette rivalité ", a dit placidement Iniesta. " Nous avons un objectif commun. " Le gardien et capitaine Iker Casillas a tout de même reconnu : " Si l'EURO s'était disputé en 2011, cela aurait posé problème. Nous ne nous étions pas quittés en bons termes après la série de Clasico mais cette saison, nous avons pansé les plaies et été dans le bon sens. " Le mérite en revient à Del Bosque qui a temporisé (comme toujours) et ramené le calme dans la maison espagnole. " C'est sans doute la plus grande force de Del Bosque ", explique Lara. " Il n'est jamais nerveux, transpire la sérénité, répond aux questions quelles qu'elles soient. Il a apporté de la tranquillité à cette équipe. Il a une autre façon de voir la vie. Luis Aragones était plus violent et sa relation avec la presse et ses joueurs n'était pas toujours idéale. " La communion qui eut lieu sur le but égalisateur face à l'Italie montre en effet que cette sélection est unie. De l'aveu de tous les suiveurs espagnols, il était plus facile de remplacer Carles Puyol, forfait pour le tournoi, que Villa. Après le match face à l'Italie, on se demande si l'entente (au propre comme au figuré) entre Gerard Piquéet Sergio Ramos ne doit pas être perfectible. Plus d'une fois, Casillas a dû sauver les siens. Ramos était très nerveux. Son jeu de position a laissé plusieurs fois à désirer. Même sur le plan technique, on a vu des contrôles ratés inhabituels dans le chef du défenseur du Real Madrid. L'Italie a fait très mal à cette défense par sa reconversion offensive très rapide. Plus d'une fois, les deux centraux étaient un peu trop isolés face aux attaquants italiens. Alba est plus fort que son prédécesseur au poste de back gauche, Juan Capdevila. Il apporte davantage au jeu offensif. Par contre, quand il fallait défendre, Capdevila répondait présent. Alba pas toujours. L'Espagne a toujours pris des risques derrière mais Puyol aimait jouer au pompier de service. De plus, le forfait de Puyol a également modifié les plans de Del Bosque, qui réfléchissait à l'idée d'une défense à trois avec Puyol, Piqué et Ramos. " Cependant, son absence se fera plus sentir dans le vestiaire que sur le terrain ", affirme Lara. " Quand Puyol parle, tout le monde l'écoute. Mais sur papier, la paire Piqué-Ramos, composée d'un joueur du Real et d'un de Barcelone a tout pour réussir. "A l'instar de la sélection, personne ne semble paniqué par ce match nul. Avant 2008, l'Espagne ne possédait pas cette culture de la gagne. Aujourd'hui, les Espagnols sont sûrs de leur force et de leurs qualités mais gardent une certaine humilité devant la tâche. Aucune équipe n'a réussi à gagner l'EURO, la Coupe du Monde et un nouvel EURO. Il n'y a donc pas de triomphalisme même si les joueurs assument leur statut de favoris. On a encore pu s'en rendre compte à l'issue de la rencontre face à l'Italie. En affirmant que ce match nul n'a rien de déshonorant car tout le monde connaissait les qualités des joueurs italiens, les Espagnols ont rendu hommage à leur adversaire. " Tout le monde est prudent ", reconnaissait Iniesta. " On sait que gagner sera difficile. L'expérience nous l'a appris. Gagner la Coupe du Monde 2010 fut encore plus compliqué que l'EURO 2008. Et ce sera encore plus difficile de gagner cet EURO. C'est normal : on est attendu partout. A nous de trouver les solutions et l'énergie nécessaires ". PAR STÉPHANE VANDE VELDE, EN POLOGNE - PHOTO: IMAGEGLOBE" Sans attaquant, l'Espagne est stérile. " (José Mourinho)