Le retour de Hamdi Harbaoui en Belgique n'a pas été simple. Le Sporting Lokeren a présenté son ancien buteur à la presse en octobre mais la FIFA n'a validé son transfert qu'à la mi-décembre. La cause de son départ du Qatar ? Un salaire (plantureux) versé avec quelques mois de retard, par tranches.
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Le retour de Hamdi Harbaoui en Belgique n'a pas été simple. Le Sporting Lokeren a présenté son ancien buteur à la presse en octobre mais la FIFA n'a validé son transfert qu'à la mi-décembre. La cause de son départ du Qatar ? Un salaire (plantureux) versé avec quelques mois de retard, par tranches. " Le club trouvait ça normal mais je lui avais déjà signalé mon désaccord plusieurs fois. Il a sans doute cru que je bluffais. Un moment donné, j'en ai eu marre et je suis parti. C'est dommage car pour le reste, je m'y plaisais très bien ", explique Harbaoui. " Pour être clair, je n'ai pas rompu mon contrat. Une clause stipulait que je pouvais partir librement dans un tel cas de figure. J'attends toujours que le club me verse le solde de mon bail, qui court jusqu'en 2018. C'est lui qui est fautif, pas moi. Ça devient une joute juridique. " HAMDI HARBAOUI : Ils ont beaucoup d'argent mais ce ne sont pas des criminels. Il est possible de discuter avec eux. Le plus difficile, c'est de les attraper : ils voyagent dans le monde entier. On ne les voit que sporadiquement à un match. Il faut aussi savoir que beaucoup de choses se concluent verbalement là-bas. Ça ne facilite pas les négociations. HARBAOUI : J'ai compris que le football de haut niveau, c'est du business. Un joueur de 29 ans ne constitue pas un bon investissement pour un club car il est difficile de le revendre. Si j'avais eu trois ans de moins, je jouerais maintenant pour un chouette club européen. J'ai patienté jusqu'au début du mois d'août. A ce moment-là, j'ai compris que le Qatar était la meilleure option. J'avais des possibilités en Allemagne et en France mais elles n'étaient pas intéressantes, ni sportivement, ni financièrement. C'est dommage mais c'est comme ça. HARBAOUI : Absolument. Une saison au Qatar équivaut à quatre ans en Europe. HARBAOUI : (il opine.) Le jeu est très ouvert et croiser régulièrement un grand nom est agréable. J'ai joué notamment contre Ricardo Costa (ex-Porto), Lisandro Lopez (ex-Lyon) et Néné (ex-PSG). Les clubs qataris ont changé leur politique de transferts ces dernières années : avant, ils enrôlaient des footballeurs proches de la retraite alors que maintenant, ils transfèrent des plus jeunes, qu'ils peuvent revendre. Je pense à Imoh Ezekiel, Paul-José Mpoku ou Maxime Lestienne. Dans certains cas, ils essaient même de naturaliser de jeunes talents en prévision du Mondial 2022. HARBAOUI : C'est la seule véritable ville du Qatar. Quelques clubs appartiennent à l'Etat et travaillent avec un budget ouvert. Ils peuvent tout se permettre. Les autres clubs sont limités à quatre étrangers, ce qui fournit un championnat à deux vitesses. Les étrangers sont considérés comme des professionnels. La pression est énorme car ils doivent prouver qu'ils méritent leur plantureux salaire. HARBAOUI : Doha est entourée par le désert. Les sorties se limitent donc aux centres commerciaux... C'est un monde artificiel. Ça ne me dérangeait pas mais Julie (une Liégeoise d'origine italienne, ndlr) était sur sa faim. Elle est revenue en Belgique après six mois, notamment parce que ma fille devait aller à l'école gardienne et que nous ne trouvions pas de crèche francophone au Qatar. J'ai passé les six derniers mois seul ou presque, puisque mon frère travaille dans une banque de Doha. Je n'ai pas rencontré de problèmes d'intégration : je suis Arabe et je parle la langue. HARBAOUI : (il sourit.) Arabe, africain, maghrébin... je suis un mélange. Je m'adapte partout. Au total, j'ai vécu sept ans en Belgique. HARBAOUI : L'islam veut dire paix, littéralement. Les groupes qui sont responsables des horribles événements des dernières années n'y prêtent pas la moindre attention. Ces meurtriers ne connaissent même pas les principes de l'islam, en général. Il n'est écrit nulle part dans le Coran qu'il faut tuer ceux qui n'ont pas la même foi. Tout ce qui intéresse les extrémistes, c'est de diviser notre société. Y compris en Tunisie. Nous sommes tous musulmans mais nous avons peur quand nous croisons un homme à la longue barbe. Malheureusement, ce n'est pas une blague. Plus personne ne sait qui sont les bons et les mauvais. Maghrébins, juifs, chrétiens, tout le monde a peur de l'autre. D'où vient cette haine ? Pourquoi cette peur ? Je ne pige pas. Cela dépasse mon entendement. Diviser ainsi des familles et des territoires est une profonde injustice. HARBAOUI : Non. Toute personne sensée doit quand même savoir qu'on ne peut pas mettre tout le monde dans le même sac ? Une famille peut élever cinq enfants de la même façon et voir l'un d'eux sortir du droit chemin. Que peut-elle faire ? Il reste son enfant. Prenez mon exemple : je suis musulman, ma femme est chrétienne et ma fille est un mélange des deux. Je n'impose rien aux autres. Il faut parler de ces choses-là avec les bonnes personnes mais souvent, ce sont les autres qui s'expriment. HARBAOUI : J'ai grandi dans un milieu très ouvert. Mon père dirigeait un hôtel. Nous étions donc en contact constant avec des touristes et d'autres cultures. Ma mère a élevé seule cinq enfants. Avec beaucoup de respect et de stabilité. Il ne faut pas chercher là des causes culturelles ni religieuses. La Tunisie n'est qu'à trois heures de vol d'ici, ce n'est pas un monde complètement différent. Ce qui me frustre, c'est qu'Européens et Maghrébins se sont parfaitement entendus pendant des décennies mais que, parce qu'un adolescent camé a abattu des touristes à la kalachnikov à Sousse, en juin, on remet tout en question. Je ne comprends pas d'où vient cette panique subite. Le monde arabe est confronté à des partis extrémistes depuis longtemps et, de temps en temps, il se passe hélas quelque chose en Europe, comme l'année dernière. Mais c'est le problème du monde entier, pas seulement celui de la Belgique ou de la France. HARBAOUI : Je ne trouve pas que j'ai mal joué. Je me sentais très bien physiquement mais il était logique que je manque de rythme, n'ayant plus joué depuis trois mois. Ce n'est plus non plus le Lokeren d'il y a deux ans. Il y a beaucoup de nouvelles têtes. Marquer n'est pas mon premier souci. Je ne peux de toute façon pas devenir meilleur buteur, puisque j'ai vingt matches de retard sur mes collègues. HARBAOUI : Tous les avants aiment jouer avec des footballeurs comme Hans Vanaken. Il joue simplement et sa technique lui permet de faire ce qu'il a en tête. Mais cette saison-là, Jordan Remacle et Ayanda Patosi occupaient les flancs. Ils m'alimentaient parfaitement. Nous avions beaucoup plus d'options que les saisons précédentes, durant lesquelles je marquais surtout à partir de phases arrêtées ou d'actions individuelles. Je suis un avant classique : passez-moi le ballon et je l'enverrai dans le but. Mais n'attendez pas de moi que je dribble deux ou trois défenseurs. HARBAOUI : Peter Maes et moi avons tous deux un caractère fort. Au début, je le trouvais même agressif et nous avons eu des heurts. Je ne suivais pas toujours ses directives mais j'ai été obligé de plier. Je n'avais pas le choix : il était le patron. Mais il n'est absolument pas rancunier. Dur mais correct. Après coup, j'ai constaté que son approche avait permis à l'équipe comme à moi de progresser. J'ai gagné trois trophées avec Maes : deux coupes et le titre de meilleur buteur. HARBAOUI : Non. Il sait que je suis un battant et un travailleur. Et je sais qu'il m'a aidé à progresser. Il a été question de Genk via mon manager, Mogi Bayat, mais je n'ai pas eu de contact direct avec Maes. Dès le début, je voulais rejoindre Lokeren, de toute façon. C'était le choix du coeur et de la raison. HARBAOUI : Nous n'avions encore jamais travaillé ensemble mais je l'avais rencontré quand il était sélectionneur de la Tunisie (de mars 2014 à juin 2015, ndlr). Il voulait me rappeler alors que le président de la fédération m'avait écarté. (Après la CAN 2013, Harbaoui avait vivement fustigé le manque de discipline de l'équipe nationale et de son entourage dans la presse, ndlr). Malheureusement, il est vite apparu que c'était impossible tant que le président était en place. En mars, on procède à une nouvelle élection mais je ne me fais pas beaucoup d'illusions. Leekens m'avait fait bonne impression à l'époque et ce sentiment se confirme : il a l'art de manier le bâton et la carotte. Il est parfois sérieux, parfois décontracté. Il sait diriger un groupe. HARBAOUI : A la mienne. Je veux d'abord retrouver mon niveau et aider le club. Ensuite, on verra. Ce qui ne veut pas dire que je vais quitter Lokeren dans quelques mois. HARBAOUI : J'ai bien l'intention de jouer jusqu'à 35 ans mais je veux surtout faire parler mes pieds. Je suis patient, même si je viens d'avoir 31 ans. Vous n'allez plus m'entendre clamer que je veux jouer pour ce club-ci ou celui-là. J'ai tiré des leçons de ma dernière saison à Lokeren : Guangzhou, un grand club chinois, où je pouvais gagner énormément, s'intéressait à moi mais Lokeren avait dit non. Roger Lambrechtm'avait promis de me libérer en été s'il recevait une bonne offre. Finalement, ça m'a servi puisque j'ai pu ajouter une coupe et un titre de meilleur buteur à mon palmarès. (Il pointe le ciel du doigt.) C'est là au-dessus qu'on décide de ce qui va se passer. PAR MATTHIAS STOCKMANS - PHOTOS BELGAIMAGE" Leekens a l'art de manier le bâton et la carotte. Il est parfois sérieux, parfois décontracté. Il sait diriger un groupe. " HAMDI HARBAOUI