Une vraie timidité, une voix si pauvre en décibels, des fringues improbables... pas de doute... c'est bien Emile Mpenza. Il a été l'un des footballeurs belges dont on a le plus parlé pendant près de 15 ans. Faut dire qu'il avait le profil rêvé : spectaculaire sur le terrain, enfant terrible dans la vie.
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Une vraie timidité, une voix si pauvre en décibels, des fringues improbables... pas de doute... c'est bien Emile Mpenza. Il a été l'un des footballeurs belges dont on a le plus parlé pendant près de 15 ans. Faut dire qu'il avait le profil rêvé : spectaculaire sur le terrain, enfant terrible dans la vie. On rencontre un E1000 qui voudrait redevenir hype mais a du mal à s'ouvrir des portes depuis qu'il a quitté son paradis azéri il y a un an et demi. Ce ne sont pas les rumeurs ou les contacts qui manquent. Mais rien de bien folichon : Waasland Beveren, Westerlo, Ostende, la D2 polonaise, la nôtre aussi... bof. Il a refait une sortie médiatique récemment et il y est allé fort, franco, à la Emile : pourquoi pas une place dans le groupe des Diables au Brésil s'il retrouve un bon club ? Private joke ou vraie ambition ? Il revient sur son parcours pas banal, ses moments de gloire, ses dérapages (foot et routiers). Emile. Sa vie / ses vies. Son oeuvre / ses oeuvres. Emile Mpenza : Je ne veux pas finir sur une sortie ratée. Ça s'est mal passé en Azerbaïdjan, j'ai dû casser mon contrat, je veux autre chose comme fin de parcours. Et comme la tête et les jambes suivent... Je ne suis pas épuisé. Pas du tout. Je dois peut-être viser plus bas pour remonter plus haut. Je ne joue plus depuis une saison et demie, je ne peux pas brûler les étapes. Mais je n'ai pas envie de recommencer en deuxième division. Vu la façon dont je m'entraîne depuis des mois, vu mon niveau physique actuel, je vaux mieux que ça. Dans le foot, tout peut aller très vite. Je veux d'abord retrouver du plaisir sur les terrains, après on verra. On ne faisait pas attention à ça, on vivait très normalement, ça ne nous dérangeait pas. Mon frère a toujours été plus calme, moi j'ai toujours vécu ma vie à 100 %, donc c'est vrai. Et j'avais un style de jeu qui attirait plus les gens, il y avait ma pointe de vitesse, c'était spectaculaire. Peut-être parce qu'on n'avait pas les mêmes idoles, moi c'était Thierry Henry, j'avais envie de devenir fonceur comme lui. On disait aussi que j'étais plus doué que Mbo, c'était plus facile de parler de moi que de lui. Que du bonheur. Là-bas, on savait m'amener à mon meilleur niveau, je n'avais aucun mal pour m'adapter à la pression qu'il y avait autour du club. C'est le meilleur contexte que j'ai eu dans toute ma carrière. J'en retiens aussi le travail avec deux entraîneurs complètement opposés. D'abord Tomislav Ivic. Tout le monde le respectait énormément mais c'était l'ancienne génération à beaucoup de points de vue, dont les méthodes d'entraînement. Il avait du mal à s'adapter au foot de la fin des années 90. Après, j'ai eu Dominique D'Onofrio, l'homme idéal pour créer un lien avec les joueurs. C'est clair que j'ai débarqué dans un univers complètement différent, ça n'avait rien à voir avec Liège. Point de vue foot, j'ai découvert un degré de préparation beaucoup plus élevé et la discipline allemande. Heureusement que Marc Wilmots était là pour m'accueillir et m'intégrer, il m'a appris les règles. En dehors du foot, c'était très difficile, oui. Ce n'est pas la région d'Allemagne où on rigole le plus. Je croisais des gens un peu sombres. Mais tout changeait du tout au tout le jour des matches. Dès qu'ils arrivaient au stade, ils se transformaient, c'était la fête, ils retrouvaient le sourire, ils se lâchaient. J'ai joué dans l'ancien et dans le nouveau stade : ça a toujours été sold-out, une grosse ambiance. Je n'ai pas su tout de suite que j'étais leur joueur le plus cher... Vraiment, ça ne m'a pas handicapé. On ne me mettait pas une pression particulière et j'avais une bonne relation avec le public. J'avais l'impression de voir des gens qui sortaient tout droit de la mine, des gens simples qui ne demandaient pas grand-chose, juste prendre du plaisir au match de foot le week-end. Ils m'ont directement intégré comme si j'étais allemand et quand j'ai aidé Schalke à se qualifier pour sa première Ligue des Champions, ils m'ont surnommé MagicMpenza. Au départ, ce n'était pas gagné parce qu'à l'époque, les joueurs de couleur avaient régulièrement des problèmes en Bundesliga. Dans le nord, à Rostock notamment, et dans l'ancienne RDA, il y avait des incidents racistes. Mais ça, c'est Assauer, pas grave, tout le monde savait comment il était. J'avais toujours le soutien du public, les gens voyaient que je traversais une période difficile mais n'oubliaient pas ce que j'avais fait l'année d'avant. Il y a toujours un dieu et il a fait ce qu'il fallait faire : plus tard, Schalke a licencié Assauer... Oui, il a fait ce qu'il pouvait, il a essayé de le raisonner, il lui a demandé de me parler autrement. Mais Assauer était un show-man qui voulait toujours avoir raison. Donc, ça ne marchait pas entre nous. Je n'ai pas réagi dans son bureau mais sur le terrain. Je savais que si j'allais le trouver pour avoir une mise au point, ça risquait d'envenimer la situation encore un peu plus. Quand tu es dirigeant d'un club du niveau de Schalke, tu fais tes messages en face à face, pas dans la presse. Je ne mettais pas tout le monde dans le même sac. La Bundesliga n'était pas responsable des dérapages d'Assauer. J'étais motivé à fond par le challenge à Hambourg, le club visait le Top 5. Mais plein de choses ont fait que ça n'a pas marché pour moi là-bas. Notamment le C4 rapide du coach, Klaus Toppmöller. Mais bon, l'équipe a quand même fini par se qualifier pour la Coupe de l'UEFA, donc le résultat d'ensemble n'était pas mauvais. Les Allemands ne savaient pas travailler avec moi, c'est ça la vérité. Dans d'autres pays, dont la Belgique, j'ai prouvé que je pouvais faire des saisons complètes, avec très peu de soucis physiques. Et quand les Belges leur expliquaient comment je devais m'entraîner, ils n'écoutaient pas. Ils ne comprenaient pas qu'un attaquant ne devait pas travailler comme un défenseur ou un milieu de terrain. Ce ne sont pas les mêmes efforts. Un avant doit avoir une bonne base physique, et pour le reste, on doit le préparer pour qu'il soit capable de faire une vingtaine ou une trentaine de sprints par match. Ça ne sert à rien de s'entraîner comme un marathonien. Mais en Allemagne, on faisait courir tout le monde de la même façon. Même les gardiens. Je pense qu'ils ont quand même compris entre-temps, j'ai l'impression qu'en Bundesliga, il y a moins de blessures musculaires aujourd'hui que de mon temps. Mon style de jeu explosif y était aussi pour quelque chose. Mais je persiste : on me préparait mieux en Belgique. Pourtant, je sortais autant quand je jouais au Standard que quand j'étais à l'étranger. Je suis parti loin pour une raison bien simple. Je sortais d'un divorce difficile, beaucoup plus compliqué que je l'aurais cru. Autour de moi, tout le monde voulait me donner des conseils. J'ai décidé de m'isoler au Qatar pour faire le point sur ma vie privée, pour réfléchir à mon avenir. Oui. Et ça a marché. Si j'étais resté en Europe, je n'aurais probablement pas fait ce que mes clubs auraient attendu de moi. Là-bas, je me suis complètement ressourcé. Et tant pis si les Belges faisaient des blagues sur le niveau du championnat du Qatar. Quand je jouais là-bas, j'ai été rappelé chez les Diables. Puis, j'ai rebondi en PremierLeague, à Manchester City. Ça voulait tout dire sur mon niveau de jeu. En signant en Angleterre, je prouvais à tous les sceptiques que j'avais fait des bons choix. Au Qatar, il y avait l'aspect financier mais pas seulement ça. Oui, on me le dit. Si les questions sont bêtes, ça peut expliquer certaines réponses... Aucun regret. Je ne conserve que de bons souvenirs. Encore aujourd'hui, je reçois des mails de gens de Manchester qui se souviennent de ce que j'ai fait là-bas. J'ai aidé l'équipe à sauver sa peau en D1. En arrivant du Qatar, hein... Trouve-moi un autre joueur qui devient directement titulaire en Premier League alors qu'il vient du Qatar ! On dit que c'est le championnat le plus difficile du monde, je pourrais quand même citer plusieurs Belges qui n'ont pas réussi à faire leur trou là-bas. Moi, j'étais prêt du jour au lendemain, j'avais le niveau. Pas du tout. J'ai aimé. C'était la même atmosphère qu'en D1, et sur le terrain, il fallait un gros physique pour tenir. Je me suis aussi amusé à Sion. Là-bas, je travaillais avec un kiné belge et, comme par hasard, je n'ai eu aucun problème physique. J'ai marqué plus de 20 buts en une saison, j'ai retrouvé la même moyenne qu'au Standard. Ici, on ne croit pas trop au championnat suisse mais c'est quand même un fournisseur régulier de la Bundesliga. L'entraîneur m'avait touché, il m'avait dit des choses que j'avais envie d'entendre. J'ai été champion la première année, et partout où on passait, les stades étaient pleins. Bakou, c'est l'Anderlecht du championnat azéri. Après, ça s'est corsé : changement d'entraîneur et le club a arrêté de me payer. Alors, j'ai cassé mon contrat. La FIFA m'a suspendu six mois alors que j'avais tous les arguments pour y mettre fin. L'affaire n'a toujours pas été jugée, j'attends l'argent que Bakou me doit, c'est beaucoup. Ce n'est pas normal que ça traîne autant à la FIFA. Même mon frère attend encore l'argent que son ancien club grec lui doit, alors que ça remonte à des années. J'ai surtout eu la malchance qu'un truc pareil m'arrive à 34 ans. Si j'en avais eu dix de moins, j'aurais pu rebondir facilement. Mais là... J'ai disparu de la circulation, et en Belgique, on a cru que je n'étais plus footballeur, que je faisais la fête et tout ça... Il y en a eu plusieurs. La victoire en Turquie en 1997, avec Georges Leekens. Je venais d'arriver chez les Diables et ça s'était super bien passé avec Luis Oliveira, qui avait marqué nos trois buts. Je pense aussi au fameux 5-5 aux Pays-Bas, en 1999 avec Robert Waseige. A mon but contre la Suède en ouverture de l'EURO 2000. Et à mon avant-dernier match international, avec Dick Advocaat en 2009 : je marque deux fois contre les Turcs. A la Coupe du Monde 98 et à l'EURO 2000, on n'a pas su passer le premier tour. Donc, deux tournois, deux déceptions. En 2002, j'ai vu partir les copains sans moi en Corée du Sud parce que j'étais blessé. Ça fait mal. Très bien réfléchies ! Il y avait trop d'attaques sur moi. Ça a commencé au moment où j'étais à Schalke. Et ça n'a plus arrêté. Quand je compare avec les Diables actuels, je me dis qu'il sont bien protégés, que la presse ne les ennuie pas trop ! Aujourd'hui, on peut acheter une Porsche ou une voiture encore plus chère sans que ça fasse les gros titres. J'ai connu une autre époque... Oui. Je n'en sais rien. Pourquoi c'est toujours moi qu'on a attaqué, jamais mon frère ? OK, il est plus calme, mais bon ! Je suis sûr que même si j'avais été un calme, on m'aurait attaqué. Peut-être parce que j'ai toujours fait vendre plus. Parce qu'on attendait plus de moi aussi. Dans chaque génération, il y a des joueurs qui font plus vendre que d'autres. Je suis un fonceur, ça attire. Si on écrit sur un calme, ça ne va sans doute pas trop intéresser le peuple... Moi, ça fait longtemps que je ne lis plus les journaux. Je préfère des BD ! Tout se passait bien pour moi à Schalke, on m'appelait Magic Mpenza, BlitzMpenza, et en plus de ça, je sortais avec une Miss Belgique : tout était réuni pour que ça commence. Et ça ne s'est plus arrêté. Emile aime les belles femmes. Emile aime les belles voitures. Voilà ! Mais qu'on me dise qui n'aime pas les belles voitures et les belles femmes. Et il n'était écrit dans aucun de mes contrats que je ne pouvais pas m'offrir ces plaisirs-là ! Si j'étais moche et laid (sic) et si j'avais une jolie fille avec moi, on pourrait dire que j'ai de la chance. Mais ce n'est pas le cas. Tout ça a un nom : la jalousie. Comment je devrais réagir quand une jolie fille me fait des appels de phares (sic) ? Faire comme si je ne l'avais pas vue ? Je ne savais même pas qu'elle était Miss Belgique... On avait réussi à rester discrets jusqu'à ce moment-là. C'est le concierge de l'hôtel qui a allumé le feu. Il a dit à un journaliste : -Tu ne devineras jamais ! Emile Mpenza sort avec Miss Belgique ! C'était parti. Moi, j'ai été très discret. J'ai simplement dit que notre histoire s'arrêtait et que je voulais retenir les bons moments. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : IMAGEGLOBE/VASILOV " A Schalke, les gens étaient gris, comme s'ils sortaient tout droit de la mine. Mais ils se métamorphosaient dès qu'ils arrivaient au stade. " " Quand je compare avec les Diables Rouges actuels, je me dis qu'ils sont bien protégés et que la presse ne les ennuie pas ! " " Il n'était écrit dans aucun de mes contrats que je ne pouvais pas m'offrir une belle voiture ou une jolie fille. "