David Nakhid est devenu le premier footballeur pro de Trinité-et-Tobago en 1988, sous le maillot des Grasshopper Zurich. Un manager lui avait conseillé cette " compétition sous-estimée, mais de bon niveau ". En août 1990, libre, il s'est retrouvé au SV Waregem, alors entraîné par René Verheyen.
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David Nakhid est devenu le premier footballeur pro de Trinité-et-Tobago en 1988, sous le maillot des Grasshopper Zurich. Un manager lui avait conseillé cette " compétition sous-estimée, mais de bon niveau ". En août 1990, libre, il s'est retrouvé au SV Waregem, alors entraîné par René Verheyen. Le talentueux médian n'était pas un joueur comme les autres. Diplomate, son père a voyagé dans le monde entier. Après ses humanités, Nakhid a étudié le droit à l'Université de Washington. " J'ai toujours considéré le football comme une chouette occupation, à laquelle je pouvais mettre fin si elle ne me plaisait plus. Je pouvais donc me permettre plus de choses qu'un pauvre Africain qui doit tout accepter ici parce qu'il n'a pas d'alternative. " Dans la Flandre blanche de la fin des années 80, on trouvait encore des panneaux " Interdit aux étrangers " et il arrivait qu'on lui refuse l'entrée d'un établissement. Il ne reculait pas devant les confrontations, comme à propos de la Saint-Nicolas : " Une des choses les plus racistes que je connaisse, à cause du Père Fouettard. Le bon blanc distribue des cadeaux pendant que son valet noir fourre les enfants dans un sac. La première fois que les enfants blancs d'amis m'ont vu, ils ont eu peur de moi, pensant que j'étais le Père Fouettard. D'ailleurs, pourquoi appelez-vous toujours noir ce qui est négatif ? L'argent noir, une journée noire, noircir quelqu'un... " Nakhid a quitté Waregem en 1992. Du PAOK Salonique, il est passé au Liban. Il s'est produit pour le club sunnite Al Ansar, à Beyrouth. Les matches à domicile se déroulaient à cinquante mètres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Shatila, qui ont fait la Une à cause du bain de sang qu'y ont déclenché les militaires. Le pays se rétablissait alors d'une guerre civile longue de seize ans. Les murs du centre de Beyrouth étaient criblés d'impacts de balles. Il n'y avait plus de feux aux carrefours. Le premier qui démarrait était le premier parti. En 1997, 18 footballeurs africains se sont plaints de leur traitement auprès de Nakhid. " Mon père se serait retourné dans sa tombe si je ne les avais pas aidés ", raconte-il. Mais les dirigeants n'ont pas apprécié et il s'est retrouvé en prison, dans une cellule à deux lits, où étaient entassés cent détenus. Après sa libération, il s'est encore produit en MLS, à la New England Revolution de Boston, avant de mettre le cap sur Malmö, en Suède. Il y a assisté aux débuts d'un certain Zlatan Ibrahimovic. " À l'issue de son premier match, j'ai dit à ma femme qu'il deviendrait une star. Par contre, j'ai dit à Zlatan que s'il ne réussissait pas, il ne devrait s'en prendre qu'à lui-même. " Dans sa biographie, Moi, Zlatan, Ibracadabra fait allusion à " l'homme de la Trinité " : " Il était cool. Il s'est dirigé vers moi : Hé, gamin, si tu n'es pas pro dans les trois ans, ce sera de ta faute. Si quelqu'un d'autre l'avait dit, je ne l'aurais sans doute pas cru, mais ce type semblait s'y connaître. " Nakhid n'a pas disputé le moindre match pour Malmö : " Beaucoup trop froid. " Il a ouvert une académie de football au Liban. Le 16 octobre 2015, il a posé sa candidature à la présidence de la FIFA. La lutte contre la corruption était son cheval de bataille, mais une remarque sur la discrimination dans les petits pays d'Amérique Centrale et des Caraïbes lui a coûté une voix et sa nomination. Il est alors parti à la recherche d'un club européen pour le compte d'un groupe d'investisseurs du Moyen-Orient et s'est retrouvé au Lierse. Effaré par l'état financier du club, il a durci le ton envers le propriétaire, Maged Samy. Résultat : aucun des deux n'a cédé, et le Lierse est tombé en faillite en mai 2018. Le week-end prochain, le Lierse Kempenzonen reçoit un autre ancien club de D1, le RWDM. Depuis, David Nakhid a quitté le Liban pour retourner dans son pays natal, la Trinité-et-Tobago, et s'engager en politique.