"Marcel Kittel, König des Sprints ", " Marcel Kittel skittles Cavendish : Long live the new sprint king ! ", " Kittel es el nuevo Rey de la velocidad ", " Kittel, le roi des sprints de ce Tour de France ", " Marcel Kittel si conferma re delle volate ", " Oppermachtige Kittel kroont zich tot koning van de sprint ".
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"Marcel Kittel, König des Sprints ", " Marcel Kittel skittles Cavendish : Long live the new sprint king ! ", " Kittel es el nuevo Rey de la velocidad ", " Kittel, le roi des sprints de ce Tour de France ", " Marcel Kittel si conferma re delle volate ", " Oppermachtige Kittel kroont zich tot koning van de sprint ". En 2013 et 2014, toute la presse spécialisée en cyclisme était d'accord : l'homme le plus rapide du monde sur deux roues était un panzer allemand de près de 1,90 m au visage d'ange. Marcel Kittel dominait les sprints massifs. À deux reprises, il avait remporté quatre étapes du Tour. Lorsque nous l'avions longuement interviewé pour le Spécial Tour de Sport/Foot Magazine, en mai 2014 à la Sierra Nevada, Kittel, alors âgé de 26 ans, venait également de remporter deux étapes du Giro. Le double champion du monde juniors du contre-la-montre nous avait alors confié qu'il était très heureux d'avoir réussi sa reconversion en sprinteur. " Je veux rester au top le plus longtemps possible ", avait-il ajouté. À l'époque, on se disait que " le plus longtemps possible ", c'était au moins cinq ans. Car Kittel était un phénomène. " Un sprint dure en moyenne douze secondes et lui parvient à maintenir un effort maximal pendant quinze secondes ", disait Teun van Erp, physiologue à l'effort de Team Giant-Shimano, son équipe de l'époque. " C'est un don du ciel et c'est ce qui me différencie de la plupart des autres sprinteurs ", répondait le nouveau roi du sprint. Mais l'année 2015 est catastrophique pour l'Allemand aux cheveux blonds. Après le Tour Down Under, il est contaminé par un virus qui l'écarte des pelotons pendant longtemps. Mais est-ce seulement un virus ? Dans le peloton, on parle de burn-out ou de dépression tandis que son équipe dément avec force tout problème d'ordre psychologique. Kittel, lui, se mure dans le silence. Pour la quatrième année consécutive, il part en stage dans la Sierra Nevada dans l'espoir de tout de même arriver en France au départ du Tour de France. L'équipe Giant-Alpecin décide cependant de ne pas prendre de risque et n'emmène pas Kittel au Tour. Sur son site internet, il romp alors le silence. " Je suis très déçu car, au cours des derniers mois, j'ai tout fait pour retrouver la forme ", dit-il, visiblement frustré par la décision de son équipe. " En ce moment, je ne sais pas encore très bien comment je vais m'y prendre pour digérer ma déception. C'est sans aucun doute le moment le plus difficile de ma carrière. " Après avoir remporté respectivement 17, 13, 16 et 18 courses au cours de ses quatre premières saisons pour la formation germano-néerlandaise, Marcel Kittel doit se contenter d'une seule victoire dans une épreuve UCI en 2015. Ce qui est dans l'air après sa non-sélection pour le Tour devient officiel en octobre : le sprinteur allemand et Giant-Alpecin mettent un terme au contrat qui les liait encore. Kittel retrouve de l'embauche chez Etixx-Quick-Step, où Patrick Lefevere ne doute pas de ses qualités. " Il a déjà montré de quoi il était capable par le passé et nous sommes convaincus que nous pouvons encore faire mieux ensemble. Nous n'avons pas encore vu le meilleur Marcel ", dit-il. " Up to the next step in his cycling live ", poste le manager sur Instagram. Lefevere a raison. Kittel s'impose pour la quatrième fois au Grand Prix de l'Escaut et devient seul recordman de l'épreuve. Il renoue également avec les victoires d'étape dans les grands tours (deux fois au Giro, une fois au Tour). Sa deuxième année chez Quick-Step est une réussite totale. Il améliore encore son record au Grand Prix de l'Escaut et se montre intraitable au Tour de France, avec cinq victoires au cours des douze premières étapes. Après la disqualification précoce de Peter Sagan, le maillot vert ne semble pas devoir lui échapper mais, lors de la 17e étape, la maladie et une chute l'obligent à abandonner alors qu'il est en tête du classement par points. " Cette occasion ne se reproduira peut-être jamais ", peste-il. En tout cas pas chez Quick-Step qu'il quitte après deux saisons et 26 victoires, probablement par peur de la concurrence de Fernando Gaviria. Il signe chez Katusha-Alpecin, qui a encore davantage de moyens. Au printemps 2018, il remporte une double victoire d'étape au sprint à Tirreno-Adriatico puis le moteur cale. Malgré tout, l'équipe en fait son leader au Tour de France mais il tempère les espoirs. " Je n'ai plus atteint mes objectifs depuis Tirreno-Adriatico et je ne suis plus le favori au sprint ", dit-il. Il a vu juste car il ne peut faire mieux que des cinquièmes places dans des étapes remportées par... Fernando Gaviria. La deuxième étape alpestre menant à La Rosière tourne même à l'humiliation totale : complètement épuisé et visiblement déçu, il arrive près de trois-quarts d'heure après le vainqueur, Geraint Thomas, et 12 minutes en dehors des délais. Un bon mois plus tard, en accord avec son équipe, il décide de prendre du repos et de mettre prématurément un terme à sa saison. Cette année, il débute par une victoire dès sa deuxième course, au Trofeo Palma. Depuis, plus rien. À la veille des Trois Jours Bruges-La Panne, nous avons eu une longue conversation à coeur ouvert avec Kittel. Ce que nous ne savions pas encore, à ce moment-là, c'est que c'était probablement sa dernière interview individuelle de l'année. Et lui n'imaginait pas non plus qu'il n'allait plus courir que deux fois cette saison. Le 9 mai, à deux jours de son 31e anniversaire, il annonce sur son internet qu'il met fin immédiatement au contrat qui le lie à Katusha-Alpecin. Ce que nous avions remarqué fin mars à l'Holiday Inn Hotel Gent Expo, c'est que Marcel Kittel n'était plus aussi insouciant et joyeux que cinq ans plus tôt, lorsque nous l'avions rencontré au Centro de Alto Rendimiento, le High Performance Center de Sierra Nevada. Facile à comprendre quand on est der König des Sprints mais qu'on n'a pratiquement rien gagné en un an et demi. Nous voulions savoir comment il expliquait ses mauvais résultats depuis son départ de Quick-Step. " La saison dernière, je n'ai jamais eu de bonnes sensations. J'étais sans doute rongé par le stress et mon corps en souffrait. Quand on change d'équipe, on est toujours plus nerveux : il faut apprendre à connaître tout le monde, on attend beaucoup de vous et on s'entraîne dur pour y arriver. Pour un coureur, il est important de trouver l'équilibre entre un bon entraînement et le repos. C'est un équilibre fragile. À un certain moment, je me suis entraîné plus que ce que mon corps pouvait supporter. " C'était donc tout l'inverse de ce que certains médias prétendaient. Et aussi d'une déclaration faite en décembre à Cyclingnews (" Je me concentre pleinement sur mon sport et je vis comme un moine pour retrouver mon meilleur niveau. ") " Beaucoup de gens en ont déduit que, la saison dernière, je ne vivais pas assez pour mon sport ", avait dit Kittel. " Mais ce que je voulais dire, c'est que je n'accordais plus d'importance à tout ce qui m'influençait de façon négative, afin de pouvoir me concentrer à 100 % sur le sport. " Une vie monacale ? Quand on lui avait fait remarquer que certains moines buvaient de temps en temps une bière, Kittel avait rigolé. " En 2019, je n'ai pas bu une goutte d'alcool. C'était une des bonnes résolutions que j'avais prises au Nouvel An. Mais n'en déduisez pas qu'avant cela, j'avais un problème avec l'alcool, hein. " Mais deux semaines après l'interview, l'ex-coureur Jurgen Van den Broeck insinue sur la page Facebook de Sporza que les mauvaises prestations de Kittel sont dues à trop de chopes et trop de vin. " La plus grosse bêtise que j'aie jamais lue ", réagit Jörg Werner, l'agent de Kittel. Kittel est catégorique : ses soucis n'ont rien à voir avec un quelconque manque de conscience professionnelle. " Comme j'ai abrégé ma dernière saison, j'ai repris les entraînements dès le début du mois d'octobre, alors que la plupart des coureurs se réjouissaient de partir en vacances. Je me suis beaucoup amusé sur le vélo et ça m'a donné de bonnes sensations avant le premier stage car j'avais déjà un très bon niveau. J'étais en confiance et on a vu à Majorque que j'étais bien préparé. Au Tour des Émirats Arabes Unis, j'étais bien dans ma peau aussi mais nous n'avons pas réussi à entamer un sprint dans de bonnes conditions. Ensuite, il y a eu Paris-Nice mais en raison du vent, les sprints massifs y ont été peu nombreux. " La confiance dont il faisait preuve au cours de l'hiver s'est vite effritée, cependant. " Dans le sport de haut niveau, les aspects physique et mental sont indissociables. Quand on n'atteint pas ses objectifs, on souffre mentalement. C'est la deuxième fois que ça m'arrive. Il est humain et tout à fait normal que cette situation ne me plaise pas. La confiance est très importante, surtout pour un sprinteur. Nous vivons des victoires alors, les défaites sont plus dures à encaisser. Pour compenser, il faut de la confiance, il faut se sentir entouré et soutenu. En cyclisme, la victoire ne dépend pas d'un individu mais de toute l'équipe. C'est ce que je ne cesse de répéter ici. " Il est clair que Marcel Kittel ne s'est jamais senti bien dans sa peau chez Katusha-Alpecin. Nous nous en sommes aperçus quand nous lui avons demandé ce que ça lui faisait de voir son ancienne équipe truster les victoires. " Je suis sincèrement content pour eux. Je sais ce que c'est de rouler pour une équipe aussi bien organisée et aussi bien huilée. Chez Quick- Step, il y a un vrai esprit d'équipe. Ils savent ce qu'il faut faire pour gagner, tant en équipe qu'individuellement. C'est, en plus du talent, la raison pour laquelle ils sont là chaque année. That's where we have to be. " A-t-il essayé d'amener le même état d'esprit chez Katusha-Alpecin ? " Oui, j'ai essayé. " À présent, il a lâché prise. Sa saison est terminée mais il ne veut pas parler de fin de carrière. Sur son site internet, il termine son message par : " Je veux redevenir coureur. J'ai un plan. C'est le plus grand défi de ma carrière et je vais relever le gant. " Fin mars, il nous avait dit : " Je ne vais pas abandonner comme ça. J'aime toujours ce sport, même si ce qui se passe actuellement ne me plaît pas. Je sais qu'il est bizarre de gagner cinq étapes du Tour en 2017 et seulement deux courses l'année suivante mais je suis toujours aussi rapide. Je crois que je peux à nouveau régner sur le sprint comme il y a deux ans. L'année 2015 avait déjà été terrible mais, au cours des deux années suivantes, j'ai été très bon. J'ai donc déjà prouvé que je pouvais encore y arriver et je suis encore suffisamment jeune. " Qui sait si son ex-employeur ne lui lancera pas une bouée de sauvetage ? Après avoir appris la fin de l'aventure de Kittel chez Katusha-Alpecin, Patrick Lefevere a déclaré à Cyclingnews : " Sur base de ses qualités, il reste pour moi le coureur le plus rapide du peloton. On ne peut pas être fini à son âge. "