Des foulées de talons aiguille martèlent le tapis rouge. Au menu, sourires forcés, tenues de soirées de rigueur et réseautage profilé. Tout le gratin du football belge déroule. Mais pas que. Les ministres N-VA, à l'instar de Jan Jambon, tiennent aussi à placer leur minois dans la lumière des flashes. L'ensemble s'entasse progressivement dans la grande salle des AED Studios. À Lint, dans la périphérie anversoise, le Soulier d'Or 2016 attend impatiemment son vainqueur.
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Des foulées de talons aiguille martèlent le tapis rouge. Au menu, sourires forcés, tenues de soirées de rigueur et réseautage profilé. Tout le gratin du football belge déroule. Mais pas que. Les ministres N-VA, à l'instar de Jan Jambon, tiennent aussi à placer leur minois dans la lumière des flashes. L'ensemble s'entasse progressivement dans la grande salle des AED Studios. À Lint, dans la périphérie anversoise, le Soulier d'Or 2016 attend impatiemment son vainqueur. La majorité des joueurs, staffs et dirigeants s'affichent avec leur promise au bras. Faire bonne figure reste l'objectif principal. Une façade délabrée n'est jamais vraiment le meilleur moyen de vendre l'intérieur de sa maison. Parmi les nombreux journalistes qui s'arrachent leurs déclarations, les solitaires se font rares. Certains sont simplement célibataires, d'autres choisissent probablement de " protéger " leur moitié d'un milieu dont les crocs blanchis s'aiguisent et brillent sous les néons du moment. Au cours de notre enquête, les langues préfèrent se délier sous couvert d'anonymat. Elles épellent de manière unanime les maux d'infidélités, de coucheries par intérêt et de chantage qui demeurent légion et parfois particulièrement toxiques dans l'épanouissement d'une carrière. " En tant que joueur de foot célibataire, tu peux bien te défouler. Les joueurs de foot font presque office d'agence de mannequinat ", pose un Belge expatrié. " Les filles dans le foot, c'est comme la coke pour les sociétés de production ", compare sans détour un adepte des pelouses de Pro League. Le terme " tabou " ne compte que trop peu de lettres pour englober le sujet. L'abstinence, prônée ici et là par les T1 avant les matches, serait pourtant " profondément stupide. C'est évident que quelqu'un qui passe une journée à s'envoyer en l'air va être fatigué ", explique Yves Depauw, sexologue. " Mais être dans une relation affective normale ne va pas empêcher les sportifs de réaliser des performances. " Philippe Godin, psychologue du sport à l'UCL, poursuit : " Le footballeur est dans un système où il peut être tout seul, avec du succès, de l'argent et des femmes qui lui tournent autour. Il a plus de chances d'avoir une sexualité débridée. Il doit montrer qu'il est performant et tenir la réputation de pouvoir les satisfaire. On est dans le règne animal. " Ou dans une chaîne alimentaire où il navigue sans cesse entre position de chasseur et statut de chassé. Autre décor, autre ambiance. En plein coeur des années 2000, Tubize vit une saison compliquée. Deux joueurs du club mettent un terme à leur amitié dans d'obscures circonstances. Alors qu'ils ont l'habitude de souper ensemble, accompagnés de leurs conjointes respectives, le premier se confie au second. Il lui avoue une relation conjugale en dents de scie. Sauf que le second, qui feint de le rassurer, nourrit dans le même temps une aventure avec l'amie du premier. " Un jour, je les ai surpris au Carré (discothèque select à Willebroek, ndlr) ", raconte un coéquipier de l'époque. " Il chuchotait dans l'oreille de la femme de l'autre. Ça se voyait qu'ils étaient très intimes tous les deux. Ça a duré 6 mois avant qu'il ne s'en rende compte. " Évidemment, une partie du vestiaire est au courant mais reste muette. Jusqu'à ce que le trompé l'apprenne et disparaisse deux à trois semaines, sans donner de motif particulier. " Tout le monde se demandait où il était passé. Puis, il s'est pointé dans le vestiaire. Il a tout balancé. L'autre était là aussi et se décomposait au fur et à mesure des minutes. Mais il n'a pas bronché. On pensait qu'ils allaient en venir aux mains, mais il a fini son discours, a fermé la porte du vestiaire et est parti. Quelques jours après, il a quitté le club. " L'histoire clôture quasiment la carrière professionnelle du trompé, dégoûté du monde du foot. " Se faire la femme d'un coéquipier, c'est la pire des choses à faire ", assure un ancien du Beerschot. " En gros, tu ne ramènes pas n'importe quel coéquipier chez toi, seulement ceux à qui tu fais confiance à 100 %. " Plusieurs interrogés sont catégoriques. Ils évitent de présenter leur femme, " sinon ça devient dangereux ", et se méfient d'un univers impitoyable où la fidélité est loin d'être une valeur sûre. Vivre dans un tel circuit fermé peut se révéler nocif pour un couple. En clair, la confiance entre coéquipiers ne règne pas toujours et tous ont également conscience que leurs petites amies, qui font souvent partie des mêmes cercles, ne sont que très rarement dupes des agissements de chacun. Le chapitre tubizien remémore forcément le conflit opposant Kevin De Bruyne à Thibaut Courtois. En 2012, la " tarentule " tisse sa toile autour de la copine de KDB. Si ces coucheries terminent les amitiés, elles influent aussi sur les performances sportives. Deux ans plus tôt, Wayne Bridge renonce à la Coupe du Monde sud-africaine et à sa carrière internationale suite au scandale qui lie ses désormais ex-femme Vanessa Perroncel et ex-capitaine John Terry. " Si vous vivez dans un monde où il y a très peu de barrières morales, vous ne vous posez pas la question de savoir si ce que vous faites se fait ou pas ", argumente Philippe Godin. " Il y a plus de sollicitations et vous avez moins de variables moralisatrices qui vont intervenir. " La pratique du football de haut-niveau corrèle avec une idée de la performance, mais aussi avec un taux de testostérone plutôt élevé. Un taux qui atteint justement son pic de 18 à 25 ans. " Il y a, chez les sportifs, cette exacerbation du corps. Le culte du corps s'installe et forcément, il y a une sorte d'excitation naturelle. " Dans les vestiaires du foot belgeet d'ailleurs, il est de bon ton de prouver par A+B son activité sexuelle débordante. Les joueurs se montrent des photos, voire échangent des vidéos avec des filles qui tournent autour des clubs. L'essor des réseaux sociaux, tels qu'Instagram et Snapchat, participent de ce phénomène. " On se fait aborder par des cougars. Elles ne viennent pas aux matches mais elles savent qu'on est joueurs de foot ", raconte un Unioniste de Saint-Gilles. " Ça commence par une vidéo innocente, après en petite tenue. Ça nous fait rigoler et on se lance des challenges. Genre : Montre-moi qui tu as chopé. " Il faut des preuves. De façon à ne pas passer pour un " mytho " auprès de ses homologues. " On s'en fout qu'un collègue trompe sa femme ou qu'il ait plusieurs plans fesses. Dans le milieu, ce n'est pas mal vu si tu vas voir ailleurs. Le jour où ça a des répercussions sur tes prestations sur le terrain, là on va te sermonner. " S'exerce alors une sorte de pression sociale de groupe relative à ceux qui se tiennent à l'écart de ces (d)ébats de coqs. Godin : " S'il n'y a pas de pression familiale, c'est l'autre système qui va jouer. Il va y avoir encouragement à se conformer au modèle qui prédomine. " Le milieu du football, machiste par essence, réveille les instincts les plus primitifs. Et il n'est pas rare qu'ils soient utilisés comme carotte, ou quand la fin justifie les moyens. Exemple, un jeune anderlechtois traverse le nouveau millénaire en tant qu'espoir. Il le parcourt ensuite dans le noyau A mauve, où il confirme ses qualités. Une situation favorisée par la rencontre avec affinités entre sa mère et... un membre du staff. Pareil à Tubize, quelques saisons plus tard. Deux joueurs surprennent une femme nue quittant un vestiaire où se trouve leur T2. La femme en question n'est autre que la génitrice d'un jeune du centre de formation. Des pratiques discutables dont les deux parties tentent de tirer profit au maximum. À la tête des académies du pays, les numéros de mamans circulent, aussi parce que leurs propriétaires savent que leur GSM est susceptible de sonner en retour. Mais les jeunes se retrouvent également à la merci de celles qui les entourent. " Pour un joueur, la stabilité amoureuse est un paramètre déterminant pour réussir ", assure Jean-François Lenvain, de la cellule sociale d'Anderlecht. " Il faut se rendre compte que le sport national de certaines, c'est de se faire mettre enceinte au plus vite par un joueur de foot. " L'un des jeunes de Neerpede, qui multiplie les conquêtes, cherche justement à se mettre en couple avec une demoiselle bien connue du milieu. S'ils sont minoritaires, il existe toujours des coaches qui incitent leurs hommes à sortir. Le but est simple : encourager la cohésion de l'équipe. Lors des deux derniers sacres du Standard en 2008 et 2009, les joueurs rouches prennent leurs habitudes au Trois Rivières, bar du Carré qui a changé de nom depuis. Ils s'y rassemblent pour des soirées méritées qui peuvent attirer des filles intéressées par les pros de la balle. En somme, une sorte de team-building bénéfique à l'esprit de groupe. " Le jour du match, pour décompresser, j'autorise et encourage mes joueurs à sortir jusqu'à deux ou trois heures du matin ", converge l'agent d'un Diable rouge. " Par contre, deux ou trois jours avant les rencontres, c'est non. Les sorties peuvent clairement détruire une carrière. " Dans " sorties ", il faut comprendre deux types de femmes qui s'y faufilent : les dites " michetonneuses " et " starfuckeuses ". Les premières usent tout bonnement de leurs charmes pour se mettre en couple avec un footballeur, donc avec son portefeuille. Les secondes cherchent simplement à profiter du train de vie de leurs célèbres proies de manière éphémère. Aucune d'elles ne propose des relations tarifées, mais beaucoup connaissent souvent plusieurs membres parmi une même équipe. Nous en avons contacté plusieurs. Toutes finissent par se rétracter. Soit elles font partie d'un cercle fermé et proche des joueurs, soit elles sont très présentes sur les réseaux sociaux, à l'instar de leur(s) future(s) conquête(s). L'approche vient des deux côtés. Les " starfuckeuses " sont souvent les invitées des footballeurs sur leurs lieux de vacances dans des villas à Marrakech, Ibiza ou Miami. " Ils sont beaucoup à vendre du rêve à ces filles-là ", confie un chevronné de la D1. " Évidemment, quand on fait miroiter des choses à une autre et qu'on est en couple, ça peut être à double-tranchant. " Si la majorité des footeux repère vite et gère facilement ce type de profils, d'autres ne font pas preuve d'une habileté similaire. Depuis quelques mois, un joueur phare de notre Pro League perd de sa superbe. Son vestiaire aime dire qu'il déprime parce que sa conjointe a découvert le pot aux roses. L'homme subit du chantage de la part de l'une de ses maîtresses pour lui avoir envoyé une vidéo de plaisir solitaire. C'est la même amante qui a fait croire à un Diable qu'elle était tombée enceinte. Il la croit et étouffe l'affaire en lui versant la somme de 100.000 euros. Dans un style comparable, un autre international belge de Premier League s'est arrangé avec TheSun et une maître-chanteuse. Coût de l'opération : 200.000 livres au total. Cet été encore, le départ d'un cadre supposé de D1 est encouragé par ses frasques, notamment la détention d'une sextape par un tiers. L'intéressé y consomme un rapport dans les toilettes d'une discothèque. Heureusement, l'auteur de la vidéo se trouve être un très bon ami d'un employé du club concerné. Ceux qui ne se déplacent pas sans l'aval de leur compagne persistent malgré tout. Rafael van der Vaart rallie Midtjylland en août pour se rapprocher de sa moitié, handballeuse néerlandaise évoluant au Danemark. Il arrive que le club demandeur contacte directement les femmes des joueurs désirés afin de vendre l'endroit et faciliter un transfert. Comparé à la norme, les footeux deviennent maris et pères généralement assez tôt. Un facteur déterminant. " Très peu de femmes de joueurs sont avocates. Le rang social est plus ou moins le même ", analyse un membre d'un top-club belge. " Les footballeurs se développent très jeunes et se casent assez vite. Il y en a beaucoup qui ont la même femme depuis leurs débuts mais qui s'amusent à côté pour compenser. " Dès que leur carrière commence à prendre un caractère sérieux, c'est-à-dire dès le début de l'adolescence, ils progressent dans une sorte de bulle qui les déconnecte de la réalité. Elle écrit ses propres règles, établit ses propres codes et tout peut y être autorisé. " La plupart des joueurs ont un passé modeste. Ils acquièrent très vite un bien-être matériel énorme, sans forcément y être bien préparés ", regrette un agent reconnu de notre championnat. " La gestion de ce capital est très importante parce que dans le cas inverse, il peut rapidement faire tourner la tête et attirer des profiteurs et des profiteuses. Il faut s'éduquer à ne pas être esclave de l'argent, des femmes, de sa situation globale. " Traduction : tomber dans la facilité est un vilain défaut difficile à gommer. Arrivé comme un crack dans une des plus grosses entités du Royaume, un joueur vient de repartir la queue entre les jambes. Ses sorties et sa fréquentation des bordels, parfois les matins avant l'entraînement, ont fini par lui jouer des tours. " C'est tellement facile de se taper une femme que tu en perds tes valeurs ", poursuit l'ancien du Beerschot. " Il y a des parents qui envoient leurs filles rôder autour des stades ou des terrains d'entraînements afin de rencontrer des joueurs de foot. J'appelle ça de la prostitution. Ce sont des nanas sans diplôme, sans boulot. Ce qui me sidère, c'est que beaucoup de compagnes de joueurs ferment les yeux. Elles ont une belle maison, elles ne travaillent pas et elles veulent garder leur confort. " Cette simplicité dans les rapports profite également à des individus plutôt méconnus, voire inconnus au bataillon. C'est le cas d'un Belge au carnet d'adresses bien fourni passé par l'Angleterre. En Perfide Albion, il participe à des soirées branchées en compagnie de Citizens, tel qu'Edin Dzeko, et de Red Devils, dont Patrice Evra. Tous se retrouvent au Panacea Bar de Manchester. " On me voyait tellement souvent avec eux que les femmes me prenaient aussi pour une grande star ", rembobine-t-il. " Je me faisais passer pour un joueur de City. Une nana a essayé de me soutirer mon nom de famille pendant toute la soirée, mais j'ai rien lâché. À un moment, elle m'a demandé de l'accompagner pour fumer une clope. Elle a soulevé sa jupe et elle a dit : Si tu me donnes ton nom de famille, ce que tu vois est à toi. Je lui ai fait croire que j'étais Javi Garcia... " La combine marche le temps de " quelques semaines ". Et rappelle la conclusion d'un ancien de D1 : " Le monde du foot est peut-être pourri, mais au final, tout le monde y trouve son compte. " PAR NICOLAS TAIANA ET ALAIN ELIASY - PHOTOS BELGAIMAGE" Il faut se rendre compte que le sport national de certaines, c'est de se faire mettre enceinte au plus vite par un joueur de foot. " - JEAN-FRANÇOIS LENVAIN, CELLULE SOCIALE D'ANDERLECHT 200.000 livres pour l'un, 100.000 euros pour l'autre, les chantages coûtent cher à nos internationaux. " Tu ne ramènes pas n'importe quel coéquipier chez toi, seulement ceux à qui tu fais confiance à 100 %. " - UN ANCIEN DU BEERSCHOT