L'été prochain, la Belgique figurera parmi les principaux favoris au Championnat d'Europe. Mais, dans le dos d'Eden Hazard et Cie, un camouflet a été infligé à la nation qu'ils représentent. L'UEFA a rayé Bruxelles de la liste des pays organisateurs de l'EURO. Une nouvelle fois, la tentative de construction d'un nouveau stade a échoué, et les rides du vieux stade Roi Baudouin sont de plus en plus apparentes. Comme si cela ne suffisait pas, fin 2018, l'Union belge de football a également été touchée de plein fouet par le scandale du Footbelgate, où même des arbitres ont été inculpés.

À l'époque, vous veniez de devenir CEO et vous avez évoqué une perte des valeurs et un conflit d'intérêt au sein de la fédération. À quoi songiez-vous en particulier ?

PETER BOSSAERT : À toutes ces zones grises qui subsistent au sein de la fédération. Différentes personnes se retrouvent sur le même terrain. Si l'on place toutes les pièces au bon endroit, le véhicule fonctionnera bien mieux. Les gens seront alors beaucoup moins tentés de franchir la ligne rouge.

On en vient donc directement à la nouvelle structure. La fédération se limite désormais à une asbl. Au sein de celle-ci, il est essentiel que le pouvoir exécutif soit à votre niveau, et plus à celui du conseil d'administration. Mais le président Mehdi Bayat a déjà déclaré que " de nombreuses personnes ne comprennent toujours pas que nous devons donner plus de poids au management. "

BOSSAERT : C'est un processus. On ne peut pas oublier d'où le football tient ses origines : du football amateur. J'ai un profond respect pour celui-ci, mais aujourd'hui, le football, c'est du big business. Manchester City a été valorisé à cinq milliards de dollars. On a donc besoin de professionnels pour gérer cela.

"Nous ne voulons pas réduire les arbitres au silence "

Vous accordez beaucoup d'importance au fait d'élever le niveau de l'arbitrage. Pour ce faire, vous avez engagé l'ancien arbitre anglais David Elleray.

BOSSAERT : Sur le plan de l'arbitrage, nous sommes en retard par rapport aux standards européens. Lorsque je vois où nous nous trouvons aujourd'hui, six mois après le lancement du plan élaboré par David Elleray, je constate que nous avons déjà accompli de gros progrès. Le préparateur physique et l'analyste vidéo des Diables rouges sont également au service des arbitres, aujourd'hui. Nous avons jeté un pont avec notre sélectionneur fédéral, Roberto Martínez, un entraîneur de haut niveau, et nous lui avons demandé ce qu'il attendait de l'arbitrage. La manière dont nous évaluons aujourd'hui nos arbitres, selon des paramètres plus étendus et plus objectifs, est aussi nouvelle.

L'intelligence artificielle fera son apparition dans les décisions du VAR. " Peter Bossaert

Un collègue journaliste a écrit que l'arrivée d'Elleray n'avait encore produit que peu d'impact.

BOSSAERT : Nous ne nous sommes pas lancés dans un sprint, mais dans un travail de longue haleine. Parfois, un peu de patience est nécessaire. Et le journaliste en question aurait pu se donner la peine de demander aux arbitres ce qu'ils pensaient du nouveau fonctionnement. Ils sont très positifs.

Mais dans le journal, il est écrit que les arbitres ne peuvent plus parler à la presse, sous peine d'une suspension.

BOSSAERT : Nous avons initié un processus de changement. Je pense que, dans ces moments-là, il est bon de se fixer des objectifs. Réduire les arbitres au silence, c'est la dernière chose que nous souhaitons faire. Mais dans un premier temps, il était important de créer une équipe. Pour cela, une relation de confiance doit être établie. Cette confiance a été brisée. La porte est-elle dès lors fermée pour l'avenir ? Pas du tout.

En parlant de confiance brisée, vous songez aux arbitres Bart Vertenten et Sébastien Delferière, qui avaient apparemment des liens étroits et malsains avec l'agent Dejan Veljkovic. Que pensez-vous de ce qu'a écrit l'hebdomadaire néerlandophone Humo, à savoir que l'Union belge a poussé les arbitres dans les bras des agents ? La fédération les aurait fait sortir de leur tour d'ivoire et l'ancien patron des arbitres, Paul Allaerts, aurait eu des liens avec Veljkovic.

BOSSAERT : Je n'ai jamais entendu ces accusations. Elles datent d'ailleurs d'avant mon arrivée à la fédération. Mais, sans vouloir faire allusion à ces cas spécifiques, je trouve qu'il est inapproprié pour des arbitres d'avoir des contacts avec des agents.

" Les salaires d'Elleray et Layec ? Fake news ! "

Vous affirmez aussi qu'une " Muraille de Chine " devrait être érigée entre les arbitres et les clubs qui, jadis, avaient apparemment leur mot à dire dans les désignations des arbitres. Mais certains arbitres vont parfois s'entraîner avec un club.

BOSSAERT : C'est une idée de Bertrand Layec ( le directeur technique français du département arbitrage, ndlr). Les expériences du genre qu'il avait vécues en France étaient très positives. Lorsqu'on sort d'une crise, il est très important d'être très clair sur les principes. Dans ce cas : tout ce qui a un lien avec l'arbitrage doit être indépendant. Mais cela ne signifie pas qu'il faut bannir tout contact. Il est essentiel que toutes les parties puissent se comprendre. Et ce n'est pas très facile lorsqu'on vit très éloigné l'un de l'autre.

Peter Bossaert :  " Le profil du futur directeur technique dépendra de l'issue des négociations menées avec Martínez. ", KOEN BAUTERS
Peter Bossaert : " Le profil du futur directeur technique dépendra de l'issue des négociations menées avec Martínez. " © KOEN BAUTERS

L'ancien arbitre Serge Gummieny a insinué, dans le quotidien Het Belang van Limburg, qu'Elleray et Layec toucheraient respectivement un salaire brut de 300.000 et 200.000 euros.

BOSSAERT : Fake news, il n'y a pas d'autre terme.

Selon les journaux du groupe Mediahuis (Het Nieuwsblad, De Standaard, Gazet van Antwerpen, Het Belang van Limburg, etc.), ce serait cependant confirmé par la Pro League, l'association des clubs professionnels, et par " les hautes instances de l'URSBFA ".

BOSSAERT : Je connais les chiffres. Ils ne s'approchent même pas de ceux que vous évoquez. Ils ont été jetés sur la voie publique pour déstabiliser Elleray.

Le VAR (video assistant referee) continue à avoir des partisans et des détracteurs.

BOSSAERT : Le VAR corrige la grosse majorité des décisions erronées et est donc utile. Mais il n'y a pas que la technologie qui est nouvelle, nous devons également former de nouvelles personnes. La demande des clubs est pour l'instant supérieure au service que nous pouvons leur offrir. Et bien sûr, nous devons encore optimaliser certains aspects. De toute manière, je pense que la technologie va beaucoup évoluer au cours des prochaines années. L'intelligence artificielle va faire son apparition dans le fonctionnement du VAR. 80% des décisions, comme toutes les situations de hors-jeu, pourront devenir des décisions digitales, prises par un ordinateur : 0 ou 1. Cela permettra aux video referees de se concentrer sur les décisions complexes.

Nous envisageons de nous porter candidat pour l'organisation de l'EURO ou le mondial féminin. " Peter Bossaert

" J'espère qu'avec le nouveau règlement, on passera moins entre les mailles du filet "

Revenons au Footbelgate. Il y a aussi le match arrangé entre Malines et Waasland-Beveren, le 11 mars 2018. Le traitement disciplinaire de cette affaire constituait un grand test pour le procureur fédéral, Kris Wagner. C'est vous qui l'avez engagé et il était considéré comme un " poids lourd juridique ". Mais en avril 2019, Wagner s'est ridiculisé en demandant sept journées de suspension pour Ruslan Malinovskyi, le joueur ukrainien de Genk, qui allait finalement être acquitté.

BOSSAERT : Ses débuts ont effectivement été chaotiques. Dans le cas de l'affaire Malinovskyi, la demande de sanction était disproportionnée. Je trouve que le procureur de la fédération a traité les affaires du Footbelgate de manière très professionnelle. Mais en tant que procureur, on doit parfois traiter des affaires très sensibles.

Avec son style théâtral et son langage coloré, il a tendance à amplifier les événements.

BOSSAERT : Nous devons pouvoir travailler dans un climat serein et le procureur fédéral doit aussi s'y tenir.

Vous l'avez donc rappelé à l'ordre avant l'affaire du match truqué ?

BOSSAERT : Nous avons régulièrement des réunions d'évaluation, durant lesquelles nous expliquons comment nous voyons les choses.

Lorsque la Commission des Litiges d'appel a acquitté Waasland-Beveren, Wagner ne s'est pas pourvu en appel. Pourtant, il avait traité ce club de " pourri ". Aucun juriste n'a compris pourquoi Wagner a accepté que Waasland-Beveren s'en sorte à aussi bon compte.

BOSSAERT : Cela fait partie de l'autorité du procureur fédéral.

Sport/Foot Magazine a demandé une explication à Wagner. Il a répondu qu'il voulait bien parler, mais que l'Union belge ne l'y autorisait pas.

BOSSAERT : Je pense qu'il doit lui-même évaluer la situation. En ce qui me concerne, je trouve qu'il est préférable, pour un procureur, de se tenir un peu en retrait.

Malines, de son côté, a bel et bien été condamné à la relégation, et s'est pourvu en appel. L'affaire a été traitée par la Commision belge d'Arbitrage pour le Sport (CBAS). Celle-ci a aussi condamné Malines, mais a insisté sur le fait que le règlement de la fédération ne l'autorisait pas à reléguer le club. La CBAS a mis le doigt sur les failles du règlement fédéral.

BOSSAERT : Ce n'est pas ma conclusion. Il s'agissait d'une différence d'interprétation. Si vous posiez la question à un groupe de connaisseurs, combien prendraient-ils le parti de la CBAS et combien prendraient-ils celui de la Commission des Litiges d'appel ? Je n'en ai pas la moindre idée.

Si un nouveau règlement est en passe d'être rédigé, ne doit-on pas en déduire que le règlement actuel laisse trop de place à l'interprétation ?

BOSSAERT : J'espère qu'avec le nouveau règlement, on parviendra moins facilement à passer entre les mailles du filet.

" L'enquête disciplinaire qui concerne les deux arbitres est toujours en cours "

Dans les pièces du dossier que le parquet fédéral a transmis au coordinateur d'enquête de l'Union belge, il y avait aussi les cas de Vertenten et Delferière, à propos desquels aucune sanction n'est encore tombée.

BOSSAERT : Ces pièces ont été ajoutées au dossier des matches truqués. L'enquête disciplinaire qui concerne les deux arbitres est toujours en cours.

Une deuxième procédure disciplinaire sera-t-elle lancée à l'encontre des deux arbitres ?

BOSSAERT : Il faut attendre les conclusions du parquet fédéral. Lorsque celles-ci seront rendues publiques, nous verrons quelles actions il y aura encore lieu d'entreprendre.

Entretemps, Vertenten s'oppose à son licenciement. Delferière a-t-il également été licencié ?

BOSSAERT : Monsieur Delferière avait deux contrats : un comme arbitre et un comme employé de l'ACFF, l'aile francophone de la fédération. Il a été licencié comme arbitre. Mais ce licenciement suit une procédure spécifique parce que monsieur Delferière est protégé, il est délégué syndical et siège au conseil d'entreprise. Nous avons donc dû demander au tribunal l'autorisation de pouvoir le licencier, et nous attendons la réponse. Son contrat d'employé n'est pas lié à l'affaire, il est donc toujours actif à l'ACFF.

Imaginez-vous un scénario dans lequel Delferière et / ou Vertenten pourraient un jour revenir en tant qu'arbitre ?

BOSSAERT : Je ne peux pas répondre à cela tant que la procédure se poursuit.

Tenez-vous compte du fait que toutes ces malversations pourraient également porter préjudice à l'Union belge ? Il semble que certains contrats aient été signés, qui ne soient pas très clairs.

BOSSAERT : Je n'en sais rien, je ne peux témoigner que sur la dernière année, et pour cette période-là, je suis très confiant.

" Je serais fou de vouloir favoriser le Club Bruges "

Vous vous présentez depuis des années comme un supporter du Club Bruges. Cela fragilise-t-il votre position par rapport à d'autres clubs ?

BOSSAERT : Je ne connais personne, dans le monde du football, qui n'ait aucune origine. Mais je serais fou de vouloir favoriser le Club Bruges, dans quelque situation que ce soit. Je me comporte de façon tout à fait neutre à l'Union belge et je veux éviter que l'on puisse faire le moindre amalgame. C'est la raison pour laquelle j'assiste rarement à un match du championnat de Belgique.

C'est pourtant le président du Club Bruges, Bart Verhaeghe, qui vous contacté en 2018 pour vous demander de devenir le CEO de la fédération. Depuis, il n'est plus le vice-président de l'Union belge. En gardez-vous une certaine amertume ?

BOSSAERT : Bart Verhaeghe n'est pas parti parce qu'il n'approuvait pas le nouveau mode de fonctionnement.

On prétend qu'il a quitté Bruxelles parce qu'on lui mettait trop souvent des bâtons dans les roues, lorsqu'il voulait moderniser et professionnaliser l'Union belge.

BOSSAERT : Pour certains, c'est parfois difficile d'accepter le changement. Dans un premier temps, on ne comprend pas toujours très bien où l'on veut en venir, lorsqu'on parle d'une " approche plus professionnelle ". Ce n'est que plus tard que l'on en prend conscience et que cela produit de l'impact. De plus en plus de personnes sentent que nos principes sont les bons.

Certains - et sûrement Bart Verhaeghe - se préparent au changement qui se profile au niveau des compétitions européennes des clubs. Quel est votre point de vue ?

BOSSAERT : La question qui se pose, c'est : nos clubs veulent-ils encore jouer un rôle en vue, dans le contexte européen de l'avenir ? Je trouve indispensable que l'on y réfléchisse.

Quel est votre avis sur le projet de BeNeLeague ?

BOSSAERT : Le G5 belge ( Anderlecht, Club Bruges, Genk, La Gantoise et Standard, ndlr) et le G6 néerlandais ont demandé aux fédérations belge et néerlandaise de réaliser une étude de faisabilité concernant la BeNeLeague. Notre autorité s'arrête là.

Les onze plus petits clubs de D1A n'ont pas apprécié que vous ayez tenu une réunion secrète avec le G5 sur ce thème, il y a quelques mois.

BOSSAERT : Je ne pense pas que cette réunion était secrète. D'après moi, tout le monde savait que le G5 belge et le G6 néerlandais avaient posé la question. Par ailleurs : si nous pouvons être utile aux onze plus petits clubs de D1A et au football amateur, je suis tout à fait disposé à demander des études de faisabilité.

" La question du futur de Martinez doit être tranchée avant le début de l'EURO "

La solution que vous avez proposée pour le stade national, c'est une rénovation du stade Roi Baudouin.

BOSSAERT : Le projet est réalisable. Et nous avons le soutien de tous les partis politiques. Nous envisageons de nous porter candidat pour l'EURO ou le mondial féminin. Nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre vingt ans de plus pour réaliser des tels projets.

Vous n'avez pas encore l'accord politique pour le financement d'une rénovation.

BOSSAERT : Nous parlons d'un projet qui doit coûter entre 150 et 200 millions d'euros, répartis sur trente ans. Dans ce pays, nous avons déjà fait davantage de folies que cela, non ? La question arrivera sur la table lorsque le nouveau gouvernement sera formé.

Le contrat de Roberto Martínez arrivera à échéance après le Championnat d'Europe. Aura-t-il encore l'occasion de s'asseoir sur le petit banc de ce stade rénové ?

BOSSAERT : Espérons que oui. La question doit être tranchée avant le début de l'EURO.

Pendant ce temps, on parle peu du poste de directeur technique qui est à pourvoir, alors que les candidatures devaient être rentrées pour le 30 novembre.

BOSSAERT : Nous déterminerons le profil du futur directeur technique en fonction des négociations menées avec Martínez. Le directeur technique devra tenir compte des intérêts à long terme du football belge. Il doit pouvoir travailler en concertation avec un coach qui, lui, devra surtout remplir les objectifs à court terme. Les discussions concernant le nouveau directeur technique seront plus faciles lorsque l'avenir de Martínez sera éclairci.

Peter Bossaert : " Nous devons pouvoir travailler dans un climat serein et cela vaut aussi pour le procureur fédéral. ", KOEN BAUTERS
Peter Bossaert : " Nous devons pouvoir travailler dans un climat serein et cela vaut aussi pour le procureur fédéral. " © KOEN BAUTERS

L'Union belge accorde l'exclusivité à un groupe de presse

L'Union belge de football (URBSFA) a conclu un accord d'exclusivité avec DPG Media, le groupe de presse qui gère notamment la chaîne de télévision VTM et le journal Het Laatste Nieuws. L'association de la presse sportive s'inquiète de cette nouvelle tendance : payer pour l'exclusivité dans les médias papier belges. " Mais on ne peut plus regarder uniquement les médias du point de vue des journaux et des chaînes de télévision ", affirme le CEO de l'Union belge, Peter Bossaert. Jusqu'en juin 2018, il était le CEO de Medialaan, qui est devenu entretemps DPG Media. " Les médias papier sont désormais liés à des supports online et vidéo, qui bénéficient souvent d'exclusivités. Si un support vidéo bénéficie d'une exclusivité, il me semble logique que le support papier du même groupe puisse en bénéficier également. À mes yeux, il va donc de soi que l'on puisse conclure un accord avec un partenaire sans porter préjudice à d'autres parties. "

Bossaert dément que cet accord soit aussi une manière, pour l'Union belge, de se prémunir des critiques émanant de ce partenaire. " J'ai travaillé suffisamment longtemps dans les médias pour savoir que l'indépendance du journaliste est sacrée. "

L'été prochain, la Belgique figurera parmi les principaux favoris au Championnat d'Europe. Mais, dans le dos d'Eden Hazard et Cie, un camouflet a été infligé à la nation qu'ils représentent. L'UEFA a rayé Bruxelles de la liste des pays organisateurs de l'EURO. Une nouvelle fois, la tentative de construction d'un nouveau stade a échoué, et les rides du vieux stade Roi Baudouin sont de plus en plus apparentes. Comme si cela ne suffisait pas, fin 2018, l'Union belge de football a également été touchée de plein fouet par le scandale du Footbelgate, où même des arbitres ont été inculpés. À l'époque, vous veniez de devenir CEO et vous avez évoqué une perte des valeurs et un conflit d'intérêt au sein de la fédération. À quoi songiez-vous en particulier ? PETER BOSSAERT : À toutes ces zones grises qui subsistent au sein de la fédération. Différentes personnes se retrouvent sur le même terrain. Si l'on place toutes les pièces au bon endroit, le véhicule fonctionnera bien mieux. Les gens seront alors beaucoup moins tentés de franchir la ligne rouge. On en vient donc directement à la nouvelle structure. La fédération se limite désormais à une asbl. Au sein de celle-ci, il est essentiel que le pouvoir exécutif soit à votre niveau, et plus à celui du conseil d'administration. Mais le président Mehdi Bayat a déjà déclaré que " de nombreuses personnes ne comprennent toujours pas que nous devons donner plus de poids au management. " BOSSAERT : C'est un processus. On ne peut pas oublier d'où le football tient ses origines : du football amateur. J'ai un profond respect pour celui-ci, mais aujourd'hui, le football, c'est du big business. Manchester City a été valorisé à cinq milliards de dollars. On a donc besoin de professionnels pour gérer cela. Vous accordez beaucoup d'importance au fait d'élever le niveau de l'arbitrage. Pour ce faire, vous avez engagé l'ancien arbitre anglais David Elleray. BOSSAERT : Sur le plan de l'arbitrage, nous sommes en retard par rapport aux standards européens. Lorsque je vois où nous nous trouvons aujourd'hui, six mois après le lancement du plan élaboré par David Elleray, je constate que nous avons déjà accompli de gros progrès. Le préparateur physique et l'analyste vidéo des Diables rouges sont également au service des arbitres, aujourd'hui. Nous avons jeté un pont avec notre sélectionneur fédéral, Roberto Martínez, un entraîneur de haut niveau, et nous lui avons demandé ce qu'il attendait de l'arbitrage. La manière dont nous évaluons aujourd'hui nos arbitres, selon des paramètres plus étendus et plus objectifs, est aussi nouvelle. Un collègue journaliste a écrit que l'arrivée d'Elleray n'avait encore produit que peu d'impact. BOSSAERT : Nous ne nous sommes pas lancés dans un sprint, mais dans un travail de longue haleine. Parfois, un peu de patience est nécessaire. Et le journaliste en question aurait pu se donner la peine de demander aux arbitres ce qu'ils pensaient du nouveau fonctionnement. Ils sont très positifs. Mais dans le journal, il est écrit que les arbitres ne peuvent plus parler à la presse, sous peine d'une suspension. BOSSAERT : Nous avons initié un processus de changement. Je pense que, dans ces moments-là, il est bon de se fixer des objectifs. Réduire les arbitres au silence, c'est la dernière chose que nous souhaitons faire. Mais dans un premier temps, il était important de créer une équipe. Pour cela, une relation de confiance doit être établie. Cette confiance a été brisée. La porte est-elle dès lors fermée pour l'avenir ? Pas du tout. En parlant de confiance brisée, vous songez aux arbitres Bart Vertenten et Sébastien Delferière, qui avaient apparemment des liens étroits et malsains avec l'agent Dejan Veljkovic. Que pensez-vous de ce qu'a écrit l'hebdomadaire néerlandophone Humo, à savoir que l'Union belge a poussé les arbitres dans les bras des agents ? La fédération les aurait fait sortir de leur tour d'ivoire et l'ancien patron des arbitres, Paul Allaerts, aurait eu des liens avec Veljkovic. BOSSAERT : Je n'ai jamais entendu ces accusations. Elles datent d'ailleurs d'avant mon arrivée à la fédération. Mais, sans vouloir faire allusion à ces cas spécifiques, je trouve qu'il est inapproprié pour des arbitres d'avoir des contacts avec des agents. Vous affirmez aussi qu'une " Muraille de Chine " devrait être érigée entre les arbitres et les clubs qui, jadis, avaient apparemment leur mot à dire dans les désignations des arbitres. Mais certains arbitres vont parfois s'entraîner avec un club. BOSSAERT : C'est une idée de Bertrand Layec ( le directeur technique français du département arbitrage, ndlr). Les expériences du genre qu'il avait vécues en France étaient très positives. Lorsqu'on sort d'une crise, il est très important d'être très clair sur les principes. Dans ce cas : tout ce qui a un lien avec l'arbitrage doit être indépendant. Mais cela ne signifie pas qu'il faut bannir tout contact. Il est essentiel que toutes les parties puissent se comprendre. Et ce n'est pas très facile lorsqu'on vit très éloigné l'un de l'autre. L'ancien arbitre Serge Gummieny a insinué, dans le quotidien Het Belang van Limburg, qu'Elleray et Layec toucheraient respectivement un salaire brut de 300.000 et 200.000 euros. BOSSAERT : Fake news, il n'y a pas d'autre terme. Selon les journaux du groupe Mediahuis (Het Nieuwsblad, De Standaard, Gazet van Antwerpen, Het Belang van Limburg, etc.), ce serait cependant confirmé par la Pro League, l'association des clubs professionnels, et par " les hautes instances de l'URSBFA ". BOSSAERT : Je connais les chiffres. Ils ne s'approchent même pas de ceux que vous évoquez. Ils ont été jetés sur la voie publique pour déstabiliser Elleray. Le VAR (video assistant referee) continue à avoir des partisans et des détracteurs. BOSSAERT : Le VAR corrige la grosse majorité des décisions erronées et est donc utile. Mais il n'y a pas que la technologie qui est nouvelle, nous devons également former de nouvelles personnes. La demande des clubs est pour l'instant supérieure au service que nous pouvons leur offrir. Et bien sûr, nous devons encore optimaliser certains aspects. De toute manière, je pense que la technologie va beaucoup évoluer au cours des prochaines années. L'intelligence artificielle va faire son apparition dans le fonctionnement du VAR. 80% des décisions, comme toutes les situations de hors-jeu, pourront devenir des décisions digitales, prises par un ordinateur : 0 ou 1. Cela permettra aux video referees de se concentrer sur les décisions complexes. Revenons au Footbelgate. Il y a aussi le match arrangé entre Malines et Waasland-Beveren, le 11 mars 2018. Le traitement disciplinaire de cette affaire constituait un grand test pour le procureur fédéral, Kris Wagner. C'est vous qui l'avez engagé et il était considéré comme un " poids lourd juridique ". Mais en avril 2019, Wagner s'est ridiculisé en demandant sept journées de suspension pour Ruslan Malinovskyi, le joueur ukrainien de Genk, qui allait finalement être acquitté. BOSSAERT : Ses débuts ont effectivement été chaotiques. Dans le cas de l'affaire Malinovskyi, la demande de sanction était disproportionnée. Je trouve que le procureur de la fédération a traité les affaires du Footbelgate de manière très professionnelle. Mais en tant que procureur, on doit parfois traiter des affaires très sensibles. Avec son style théâtral et son langage coloré, il a tendance à amplifier les événements. BOSSAERT : Nous devons pouvoir travailler dans un climat serein et le procureur fédéral doit aussi s'y tenir. Vous l'avez donc rappelé à l'ordre avant l'affaire du match truqué ? BOSSAERT : Nous avons régulièrement des réunions d'évaluation, durant lesquelles nous expliquons comment nous voyons les choses. Lorsque la Commission des Litiges d'appel a acquitté Waasland-Beveren, Wagner ne s'est pas pourvu en appel. Pourtant, il avait traité ce club de " pourri ". Aucun juriste n'a compris pourquoi Wagner a accepté que Waasland-Beveren s'en sorte à aussi bon compte. BOSSAERT : Cela fait partie de l'autorité du procureur fédéral. Sport/Foot Magazine a demandé une explication à Wagner. Il a répondu qu'il voulait bien parler, mais que l'Union belge ne l'y autorisait pas. BOSSAERT : Je pense qu'il doit lui-même évaluer la situation. En ce qui me concerne, je trouve qu'il est préférable, pour un procureur, de se tenir un peu en retrait. Malines, de son côté, a bel et bien été condamné à la relégation, et s'est pourvu en appel. L'affaire a été traitée par la Commision belge d'Arbitrage pour le Sport (CBAS). Celle-ci a aussi condamné Malines, mais a insisté sur le fait que le règlement de la fédération ne l'autorisait pas à reléguer le club. La CBAS a mis le doigt sur les failles du règlement fédéral. BOSSAERT : Ce n'est pas ma conclusion. Il s'agissait d'une différence d'interprétation. Si vous posiez la question à un groupe de connaisseurs, combien prendraient-ils le parti de la CBAS et combien prendraient-ils celui de la Commission des Litiges d'appel ? Je n'en ai pas la moindre idée. Si un nouveau règlement est en passe d'être rédigé, ne doit-on pas en déduire que le règlement actuel laisse trop de place à l'interprétation ? BOSSAERT : J'espère qu'avec le nouveau règlement, on parviendra moins facilement à passer entre les mailles du filet. Dans les pièces du dossier que le parquet fédéral a transmis au coordinateur d'enquête de l'Union belge, il y avait aussi les cas de Vertenten et Delferière, à propos desquels aucune sanction n'est encore tombée. BOSSAERT : Ces pièces ont été ajoutées au dossier des matches truqués. L'enquête disciplinaire qui concerne les deux arbitres est toujours en cours. Une deuxième procédure disciplinaire sera-t-elle lancée à l'encontre des deux arbitres ? BOSSAERT : Il faut attendre les conclusions du parquet fédéral. Lorsque celles-ci seront rendues publiques, nous verrons quelles actions il y aura encore lieu d'entreprendre. Entretemps, Vertenten s'oppose à son licenciement. Delferière a-t-il également été licencié ? BOSSAERT : Monsieur Delferière avait deux contrats : un comme arbitre et un comme employé de l'ACFF, l'aile francophone de la fédération. Il a été licencié comme arbitre. Mais ce licenciement suit une procédure spécifique parce que monsieur Delferière est protégé, il est délégué syndical et siège au conseil d'entreprise. Nous avons donc dû demander au tribunal l'autorisation de pouvoir le licencier, et nous attendons la réponse. Son contrat d'employé n'est pas lié à l'affaire, il est donc toujours actif à l'ACFF. Imaginez-vous un scénario dans lequel Delferière et / ou Vertenten pourraient un jour revenir en tant qu'arbitre ? BOSSAERT : Je ne peux pas répondre à cela tant que la procédure se poursuit. Tenez-vous compte du fait que toutes ces malversations pourraient également porter préjudice à l'Union belge ? Il semble que certains contrats aient été signés, qui ne soient pas très clairs. BOSSAERT : Je n'en sais rien, je ne peux témoigner que sur la dernière année, et pour cette période-là, je suis très confiant. Vous vous présentez depuis des années comme un supporter du Club Bruges. Cela fragilise-t-il votre position par rapport à d'autres clubs ? BOSSAERT : Je ne connais personne, dans le monde du football, qui n'ait aucune origine. Mais je serais fou de vouloir favoriser le Club Bruges, dans quelque situation que ce soit. Je me comporte de façon tout à fait neutre à l'Union belge et je veux éviter que l'on puisse faire le moindre amalgame. C'est la raison pour laquelle j'assiste rarement à un match du championnat de Belgique. C'est pourtant le président du Club Bruges, Bart Verhaeghe, qui vous contacté en 2018 pour vous demander de devenir le CEO de la fédération. Depuis, il n'est plus le vice-président de l'Union belge. En gardez-vous une certaine amertume ? BOSSAERT : Bart Verhaeghe n'est pas parti parce qu'il n'approuvait pas le nouveau mode de fonctionnement. On prétend qu'il a quitté Bruxelles parce qu'on lui mettait trop souvent des bâtons dans les roues, lorsqu'il voulait moderniser et professionnaliser l'Union belge. BOSSAERT : Pour certains, c'est parfois difficile d'accepter le changement. Dans un premier temps, on ne comprend pas toujours très bien où l'on veut en venir, lorsqu'on parle d'une " approche plus professionnelle ". Ce n'est que plus tard que l'on en prend conscience et que cela produit de l'impact. De plus en plus de personnes sentent que nos principes sont les bons. Certains - et sûrement Bart Verhaeghe - se préparent au changement qui se profile au niveau des compétitions européennes des clubs. Quel est votre point de vue ? BOSSAERT : La question qui se pose, c'est : nos clubs veulent-ils encore jouer un rôle en vue, dans le contexte européen de l'avenir ? Je trouve indispensable que l'on y réfléchisse. Quel est votre avis sur le projet de BeNeLeague ? BOSSAERT : Le G5 belge ( Anderlecht, Club Bruges, Genk, La Gantoise et Standard, ndlr) et le G6 néerlandais ont demandé aux fédérations belge et néerlandaise de réaliser une étude de faisabilité concernant la BeNeLeague. Notre autorité s'arrête là. Les onze plus petits clubs de D1A n'ont pas apprécié que vous ayez tenu une réunion secrète avec le G5 sur ce thème, il y a quelques mois. BOSSAERT : Je ne pense pas que cette réunion était secrète. D'après moi, tout le monde savait que le G5 belge et le G6 néerlandais avaient posé la question. Par ailleurs : si nous pouvons être utile aux onze plus petits clubs de D1A et au football amateur, je suis tout à fait disposé à demander des études de faisabilité. La solution que vous avez proposée pour le stade national, c'est une rénovation du stade Roi Baudouin. BOSSAERT : Le projet est réalisable. Et nous avons le soutien de tous les partis politiques. Nous envisageons de nous porter candidat pour l'EURO ou le mondial féminin. Nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre vingt ans de plus pour réaliser des tels projets. Vous n'avez pas encore l'accord politique pour le financement d'une rénovation. BOSSAERT : Nous parlons d'un projet qui doit coûter entre 150 et 200 millions d'euros, répartis sur trente ans. Dans ce pays, nous avons déjà fait davantage de folies que cela, non ? La question arrivera sur la table lorsque le nouveau gouvernement sera formé. Le contrat de Roberto Martínez arrivera à échéance après le Championnat d'Europe. Aura-t-il encore l'occasion de s'asseoir sur le petit banc de ce stade rénové ? BOSSAERT : Espérons que oui. La question doit être tranchée avant le début de l'EURO. Pendant ce temps, on parle peu du poste de directeur technique qui est à pourvoir, alors que les candidatures devaient être rentrées pour le 30 novembre. BOSSAERT : Nous déterminerons le profil du futur directeur technique en fonction des négociations menées avec Martínez. Le directeur technique devra tenir compte des intérêts à long terme du football belge. Il doit pouvoir travailler en concertation avec un coach qui, lui, devra surtout remplir les objectifs à court terme. Les discussions concernant le nouveau directeur technique seront plus faciles lorsque l'avenir de Martínez sera éclairci.