On aurait voulu vous offrir une longue interview de Georges Mikautadze. Idéal dans ce numéro spécial fin de mercato. Parce qu'on peut considérer son retour à Seraing comme l'une des grosses opérations des derniers jours de troc. Seulement voilà... impossible techniquement. Parce que le joueur n'est toujours pas revenu sur les hauteurs de Liège. La "faute" à sa convocation en sélection géorgienne pour trois matches: Kosovo et Espagne en éliminatoires pour la Coupe du monde, Bulgarie en amical.
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On aurait voulu vous offrir une longue interview de Georges Mikautadze. Idéal dans ce numéro spécial fin de mercato. Parce qu'on peut considérer son retour à Seraing comme l'une des grosses opérations des derniers jours de troc. Seulement voilà... impossible techniquement. Parce que le joueur n'est toujours pas revenu sur les hauteurs de Liège. La "faute" à sa convocation en sélection géorgienne pour trois matches: Kosovo et Espagne en éliminatoires pour la Coupe du monde, Bulgarie en amical. Oui, Georges Mikautadze a pris un nouveau statut (international) depuis qu'on l'a découvert chez nous la saison dernière. Aujourd'hui, il devient un habitué du noyau géorgien entraîné par Willy Sagnol. Il a été appelé une première fois en mars de cette année et a joué quelques minutes contre la Suède de Zlatan Ibrahimovic. Ou presque, parce qu'ils se sont croisés... Au moment où Mikau montait sur le terrain, Zlatan quittait le jeu. Cette soirée a été historique pour lui, mais elle ne lui laisse pas non plus que des bons souvenirs puisqu'il s'est très vite blessé et a dû faire l'impasse sur les deux matches suivants: "J'étais rentré à Seraing alors que mon équipe nationale affrontait l'Espagne et la Grèce, ça n'a pas été simple, je n'avais pas un moral terrible ces soirs-là." Mais il a vite rejoué, deux fois en juin, contre la Roumanie (un but marqué pour une victoire 1-2) et les Pays-Bas. Flash-back. 8 mai 2021, Freethiel. Seraing vient de vaincre Waasland-Beveren en deux manches et monte en D1A. Le grand bonhomme de ces matches? Georges Mikautadze, une fois de plus, avec trois buts et un assist. Dans une grande salle du stade, en fin de soirée, les réactions sont évidemment contrastées. Nicky Hayen donne son analyse, il a les traits et le ton d'un homme qui vient de tout perdre. Son expression est dramatique. C'est tout un club qui s'interroge sur son avenir. Près du T1 de Beveren, Emilio Ferrera a le triomphe modeste et à ses mots, on commence à deviner qu'il n'est pas sûr de continuer l'aventure avec Seraing. Il reste flou sur son avenir - et il annoncera son départ pour l'académie de La Gantoise quelques jours plus tard. Dans un autre coin de la salle, un gars dégage 10.000 volts. Bien plus nerveux et enjoué que les deux coaches. Toujours en godasses, Mikautadze répond aux questions de la presse avec le large sourire d'un garnement qui vient de faire un millième mauvais coup. Forcément, après la saison qu'il vient de produire (22 buts et deux assists en 24 matches), il est interrogé sur son futur à Seraing. Il répond franco que la fin de son prêt par Metz a sonné. Il se sent mûr pour la Ligue 1, pour un retour en Lorraine par la toute grande porte. "C'était prévu. Frédéric Antonetti va me prendre dans le noyau pro de Metz et on m'a promis que j'aurais ma chance. Le club m'a suivi de près tout au long de cette saison. Le but était que je découvre un championnat professionnel et ils sont satisfaits de ce que j'ai montré. Évidemment, ça me fait mal de quitter le projet de Seraing. Je n'oublierai jamais ce club, il est devenu ma deuxième famille." Au même moment, il signale que plusieurs clubs sont intéressés par son profil, notamment dans notre D1A, mais il refuse toute discussion parce qu'un retour à Metz est la seule option qu'il envisage. "J'ai carrément dit à mon agent de ne pas me donner les noms de ces clubs." Le même soir, on tape la causette avec Mario Franchi, le président sérésien. L'homme garde un petit espoir... "Certains joueurs prêtés cette saison par Metz devraient rester. Même Mikautadze. Et pourquoi pas? Je n'ai pas l'impression que tous ces joueurs aient envie de repartir en France maintenant. Ils se sont bien acclimatés, Seraing leur a permis de découvrir un vrai championnat professionnel. Ils savent aussi ce qu'ils nous doivent." Quelques jours plus tard, le retour de Mikau dans son club d'appartenance est officialisé. Preuve que Metz compte sur lui à long terme: en mars, il a prolongé son contrat de deux ans, le portant jusqu'en 2025. Tout se passe bien pour lui en début d'été. Dès le premier match de préparation, contre le voisin de Nancy, il marque un but. Seulement voilà... Plus les semaines passent et plus on croit comprendre que l'entraîneur messin, Frédéric Antonetti, n'est pas tout à fait convaincu par son potentiel, ou en tout cas le juge encore trop tendre pour les batailles de la Ligue 1. Lors de la première journée, Mikautadze monte au jeu contre le champion, Lille, l'espace d'une bonne minute. Le week-end suivant, il ne décolle pas du banc. Pour les deux matches suivants, il n'est carrément pas repris. Tout est en place pour une nouvelle location au Pairay. Et pour donner tort à un journaliste du Nieuwsblad qui, en juillet, avait écrit: "Sans Georges Mikautadze et Emilio Ferrera, Seraing est condamné à finir à la dix-huitième place." Mais qu'est-ce qu'il a exactement, ce Georges? Il suffit d'en parler à Emilio Ferrera pour avoir un premier bon aperçu. "Il sait tout faire. Tous les joueurs prêtés la saison passée par Metz ont quelque chose et Mikautadze avait été le fleuron de notre recrutement. Metz avait failli le conserver la saison dernière, j'ai vite compris pourquoi. Il est capable de marquer en une touche de balle, après un dribble, du pied gauche, du droit, sur coup franc. Sa palette est très large, il sait tout faire. Ce n'est pas un véritable numéro 9 qui conclut le plus souvent en un temps. Il sait le faire mais il est aussi capable de plein d'autres choses. C'est ça qui le rend si particulier." T2 d'Emilio Ferrera la saison passée, adjoint de Jordi Condom aujourd'hui, Marc Grosjean confirme: "Il y a un an, on ne connaissait pas les joueurs que Metz nous proposait. À cause de l'arrêt des championnats au moment du premier confinement, on n'avait pas eu l'occasion de les observer. On a fait confiance aux gens de Metz. Et puis quand on a découvert Mikautadze à l'entraînement... Ouf... Dès ses premières touches de balle, j'avais compris qu'on tenait un type à part. Il ne fallait pas être un savant ou un génie du foot pour voir ça." Après six matches, la saison dernière, le buteur le plus prolifique... du monde était Georges Mikautadze: douze buts. Après dix journées, il était passé à la quinzaine. Un quadruplé, deux triplés et un doublé. À ce moment-là, il concrétisait 83% de ses envois. "Avec la forme qu'il tenait en début de saison, pour lui, un ballon c'était un but", se souvient Marc Grosjean. Après ça, il connaît un léger creux et Emilio Ferrera le convoque dans son bureau pour lui remonter les bretelles. Il lui dit, avec son franc-parler habituel, que ce n'est pas parce qu'il a marqué cinq buts en deux matches qu'il a le droit de se mettre dans un fauteuil et de se la couler douce. Le gars accepte la remarque et se ressaisit vite. On comprend que l'Unioniste Dante Vanzeir (onze buts sur les dix premiers matches) et le puncheur de Seraing vont se tirer la bourre pendant toute la saison pour le titre de meilleur buteur. Au final, c'est le Géorgien qui va émerger, profitant des deux matches de rabiot contre Waasland Beveren: 22-19! "J'ai l'impression qu'on se rendait mutuellement meilleurs, c'était très sain comme rivalité", nous dit l'attaquant de l'Union. "J'aurais voulu ce titre de meilleur buteur, ça aurait été une belle ligne sur mon CV." Et Vanzeir compare leurs qualités respectives: "Mikautadze demande plus le ballon dans les pieds, il se rapproche plus d'un profil de numéro 10, il joue plus au foot, il participe plus au jeu, il est plus technique. Je suis plus direct vers le but, j'exploite ma vitesse, je suis plus à l'aise dans le box." Concrètement, un retour à Seraing n'était pas dans les cartons de Georges Mikautadze. Il se voyait en haut de l'affiche avec Metz dès cette saison. Le plan est donc reporté. Mais on entend au club qu'il n'a pas hésité longtemps quand cette proposition de nouveau prêt lui a été soumise. Il avait même fait le premier pas quand, dans une discussion par téléphone avec Marc Grosjean durant l'été, il avait spontanément évoqué une nouvelle aventure chez nous, comprenant au fil des jours qu'il aurait du mal à séduire Antonetti. Maintenant, il ne se voit pas à long terme dans le championnat belge. Son objectif, clair et net, c'est une percée en Ligue 1. Sept minutes en décembre 2019 dans un match contre Nice, quelques dizaines de secondes cet été face à Lille, ça le laisse sur sa faim. Il veut s'imposer avec Metz pour pouvoir peut-être viser plus tard un grand du football français: l'Olympique Lyonnais, un club avec lequel il a un oeuf à peler. Il a joué à Saint-Priest, le petit club de cette région qui a vu passer Youri Djorkaeff et Nabil Fekir. Mais surtout, il a porté le maillot de l'OL en jeunes. À quinze ans, il a dû dégager, ça reste une cicatrice pour lui. Il était trop petit, trop tendre. Mais, percer là-bas, ça reste un rêve à peine secret. Il a grandi le long du Rhône, ses parents géorgiens s'y sont installés il y a très longtemps. Mikautadze affirme qu'il se sent "50% Français et 50% Géorgien" et ne fait pas de mystère sur ses prochaines ambitions: "N'importe quel joueur de foot français a envie de jouer en Ligue 1. Chez moi, c'est une idée fixe depuis que je suis gosse." Il n'a encore rien prouvé au plus haut niveau. Quelles sont ses chances de réussite en D1A? Que peut-il réussir face à des défenses plus fermées que celles de la division du dessous? À Seraing, on se raccroche à l'explosion de Dante Vanzeir, qui traverse ce début de saison comme un bolide. On se réjouit aussi d'avoir attiré un joueur qui connaît le club et la plupart des joueurs. L'intégration de Mikautadze est déjà faite. Il était l'un des amuseurs du vestiaire la saison passée, il va le redevenir. Et Jordi Condom, qui n'avait que Marius Mouandilmadji en attaque, a désormais une deuxième arme. Seraing se retrouve aujourd'hui avec "les 3 M" pour faire bouger les marquoirs: Marius, Mikautadze, Maziz. Le Géorgien a déjà un compte à régler dès ce week-end, avec la visite du Standard. La saison dernière, les Métallos étaient passés à côté de leur match de Coupe face aux Rouches et Mikautadze n'avait pas échappé au naufrage en ratant un penalty.