Lorsque nous l'avions rencontré, début janvier, pour évoquer la crise financière que traversait l'Excelsior Mouscron, le président ad intérim FrancisD'Haese avait conclu en disant : " Finalement, ce qui m'inquiète le plus, ce n'est pas tellement la situation financière mais la situation sportive ". C'était encore difficile à croire à l'époque, mais les faits lui ont donné raison. Le match de samedi prochain, contre Beveren, doit déjà être catalogué de match à six points. Sur le banc des Hurlus, on ne trouvera plus Gil Vandenbrouck mais Ariel Jacobs. Gil sera dans la tribune, en tant que Directeur technique.
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Lorsque nous l'avions rencontré, début janvier, pour évoquer la crise financière que traversait l'Excelsior Mouscron, le président ad intérim FrancisD'Haese avait conclu en disant : " Finalement, ce qui m'inquiète le plus, ce n'est pas tellement la situation financière mais la situation sportive ". C'était encore difficile à croire à l'époque, mais les faits lui ont donné raison. Le match de samedi prochain, contre Beveren, doit déjà être catalogué de match à six points. Sur le banc des Hurlus, on ne trouvera plus Gil Vandenbrouck mais Ariel Jacobs. Gil sera dans la tribune, en tant que Directeur technique. Gil est un vrai Mouscronnois. Il a joué à l'Excel lorsque celui-ci militait dans les divisions inférieures et a aussi endossé le maillot de petites formations de la région. Il fait partie du staff depuis 1989 : d'abord comme entraîneur de jeunes, puis comme adjoint depuis 1996. Il a débuté lors de la première saison du club en D1, lorsque GeorgesLeekens l'avait préféré à DanielBesengez pour le seconder. Il a donc tout connu et a travaillé avec tous les entraîneurs emblématiques du club (Leekens mais aussi HugoBroos). Il connaît la mentalité de la région et sait ce dont le club a besoin pour retrouver une identité. La compétence est la première qualité que l'on exige d'un entraîneur. Vandenbrouck n'a ni joué, ni entraîné au plus haut niveau. Il était essentiellement connu pour être un préparateur physique de qualité, mais a beaucoup appris au contact des entraîneurs réputés qu'il a côtoyés. Ses relais, lorsqu'il a été appelé à prendre la barre, lui ont permis de démontrer des aptitudes pour le métier d'entraîneur... jusqu'à un certain point c'est vrai. Sous sa direction, les jeunes du Futurosport ont reçu une vraie chance. Il a parfois fait des choix courageux, en titularisant des gamins de 18 ou 20 ans à des positions que revendiquaient des joueurs plus expérimentés. Ces jeunes ont commis des erreurs, mais ont aussi acquis des planches. La plus belle réussite est DaanVanGijseghem, déjà suivi par de grands clubs européens. PacoSanchez est aussi suivi, mais surtout grâce à ses prestations dans les équipes nationales de jeunes où il enfile souvent le brassard de capitaine, car s'il est devenu titulaire en D1, il doit se montrer plus décisif qu'actuellement. Jean- PhilippeCharlet, BastienChantry et RomainHaghedooren ont aussi reçu leur chance. Ils n'étaient pas les meilleurs de leur équipe, mais pas les plus mauvais non plus. Et tant qu'à faire : si l'autre option était d'aligner des étrangers de troisième zone, autant offrir l'occasion à des talents locaux de percer. Sur ce plan-là, à 100 % derrière lui. La saison dernière, Vandenbrouck a dû parer au plus pressé à deux reprises. D'abord lors de la destitution de GeertBroeckaert, puis lorsque PaulPut fut rattrapé par les affaires. Il a réussi à maintenir l'équipe en D1. Certes, avec une 14e place qui constitue le plus mauvais classement de l'histoire de l'Excel en D1, mais dans des circonstances très difficiles puisqu'au double changement d'entraîneur se sont aussi greffés les problèmes de licence : l'épée de Damoclès a plané sur la Cité des Hurlus jusqu'à la toute dernière minute. Gil a aussi hissé son équipe en finale de la Coupe de Belgique, en éliminant Charleroi en demi-finales. Au cours de cette finale, la pièce aurait pu tomber des deux côtés et c'est un coup du sort qui a finalement offert le trophée à Zulte Waregem. Bref, à une minute près, Gil aurait pu faire de cet Excel moribond un club européen. On savait, au départ de la saison, que l'effectif hurlu était quantitativement réduit. S'il y avait une chose qu'il fallait à tout prix éviter, c'était les blessures et suspensions à répétition. Vandenbrouck a eu la malchance d'être privé pendant une bonne partie du premier tour des deux pions les plus importants. DembaBa s'est fracturé le tibia dès la troisième journée de championnat, contre Roulers. KevinHatchi s'est blessé moins gravement, mais la guérison a pris énormément de temps et une première tentative de retour anticipé s'était soldée par un échec. Avec ces deux joueurs, l'Excel avait démarré en trombe et réussi un 7 sur 9 tout en pratiquant un football offensif et bien organisé. Les Hurlus étaient partis pour devenir l'une des révélations du championnat. Sans eux, ce fut une tout autre histoire. C'est le premier critère sur lequel on juge un entraîneur. Et, depuis trois mois, ceux-ci n'étaient pas bons. Avant le déplacement de samedi passé à Roulers, l'Excel restait sur une série de dix matches sans victoire : 5 points sur 30 ! Et les formations classées derrière, qui ne semblaient pas réellement menaçantes à la fin de l'automne, n'ont pas attendu leur reste pour recoller. A un moment donné, l'équipe avait pris la fâcheuse habitude d'encaisser systématiquement un but dans le premier quart d'heure, voire dans les cinq premières minutes. Après de longues semaines, Gil a tout de même réussi à cadenasser le verrou, mais sans que les résultats s'améliorent : l'échéance était simplement retardée. Car, au moindre but encaissé, c'était la quadrature du cercle pour revenir au score. Manque de talent ? Peut-être. D'ailleurs, l'effectif était tellement réduit que Gil n'avait guère l'embarras du choix. Mais, sans doute, le message n'était-il plus aussi persuasif et la fatalité gagnait les rangs. On peut être battu 0-3 à domicile du fait d'un off-day, un manque de chance ou de réalisme. Mais contre les Buffalos, les Hurlus ont donné l'impression d'être battus d'avance. Il y avait comme une sorte de résignation dès le coup d'envoi. Aussi longtemps que le marquoir indiquait 0-0, l'Excel pouvait encore espérer un point. Mais à 0-1, il était clair que les carottes étaient cuites. Certes, les fautes de main de BertinTomou (synonyme de deuxième carton jaune) et d' AlexTeklak (qui a occasionné un penalty) n'ont rien arrangé, mais aucun sentiment de révolte n'avait été perçu jusque-là. Lorsqu'un entraîneur ne parvient plus à motiver ses joueurs, il doit en tirer ses conclusions. Au soir du match contre Gand, Vandenbrouck a tenu un discours très réaliste devant les caméras de télévision : " Si les résultats ne suivent pas, soit je m'effacerai, soit on m'effacera ". C'est effectivement la loi dans le milieu. Mais, par ses propos, l'entraîneur demandait presque son remplacement. C'est ce qu'a compris la direction qui, dans un premier temps, était pourtant encline à attendre une éventuelle amélioration grâce au retour des blessés et à l'apport des joueurs transférés durant le mercato, MathieuAssou- Ekotto et MickaëlNiçoise. Les problèmes de santé de Gil constituent-ils réellement une contrainte pour l'exercice du métier d'entraîneur full time ? Seul lui-même peut répondre à cette question. Mais on se souvient qu'il avait longtemps hésité avant d'enfiler la casquette de T1. Le renoncement d' ArielJacobs, en mai dernier, suite aux problèmes de licence, et les garanties qu'il avait obtenues sur certains choix sportifs, l'avaient finalement incité à relever le défi, mais il aura tenu moins d'un an. Chaque fois qu'il avait été appelé à la barre à titre intérimaire, Gil s'était évertué à conserver les grands principes de son prédécesseur. Ce fut le cas lorsqu'il termina la saison 1996-1997 après que Leekens eut été débauché par l'Union Belge, mais aussi lorsqu'il succéda à Put en janvier 2006. Car l'entraîneur campinois, en un mois de travail, était parvenu à jeter les bases du redressement. Lorsque Vandenbrouck succéda à Broeckaert en novembre 2005, ce fut différent : sa formation d'enseignant, mais aussi sa maîtrise parfaite du français par rapport à son prédécesseur néerlandophone, lui avaient permis d'adopter un discours plus posé et mieux adapté aux joueurs français qui constituaient la majorité de l'effectif. Il avait aussi adopté un style plus offensif, ce qui lui avait permis de débuter par une belle victoire 3-6 à Saint-Trond. Mais à chaque fois, le choc psychologique n'a duré qu'un temps. L'effet Gil s'est progressivement estompé. Au lieu que l'équipe progresse sous sa direction, elle a décliné au fil du temps. Ce fut encore le cas cette fois-ci. Avec, répétons-le, de (grandes) circonstances atténuantes. Comme Vandenbrouck, Jacobs n'a jamais joué au plus haut niveau. Sa carrière s'est limitée à des clubs comme Diegem (où évolue toujours son fils Pieter), Hal, Diest et le Racing White. Il a par contre entraîné au plus haut niveau, mais sur le tard puisqu'il n'a quitté la fédération qu'en décembre 1999 (à l'âge de 47 ans) pour prendre en charge le RWDM. Pourtant, il est considéré dans le milieu comme un homme compétent, qui connaît le football et qui n'hésite pas à se remettre en question. C'est un éternelétudiant, qui s'informe sans cesse des évolutions récentes et qui apprécie l'organisation. Jacobs a travaillé pour l'Union Belge de 1982 à 1999. Il y a dispensé des cours, s'est occupé des jeunes et a entraîné l'équipe nationale Espoirs, où il avait pour adjoint un certain PhilippeSaint- Jean. On peut donc en déduire qu'il a une âme d'éducateur et qu'il s'intéresse à la formation. C'est exactement ce qu'il faut à l'Excel, où l'entraîneur principal ne peut théoriquement pas snober le Futurosport. Même s'il aura essentiellement l'équipe Première à sa charge, il devrait aussi dicter certaines lignes de conduite pour la réorganisation du club en profondeur. D'un point de vue caractériel, il ne devrait à priori pas y avoir d'incompatibilité avec Vandenbrouck, devenu directeur technique. Les deux hommes ont à peu près la même vision. Jacobs est un homme organisé et appliqué, qui travaille avec sérieux et qui témoigne d'une grande correction. Humainement, c'est ce que l'on a coutume d'appeler un type bien. C'est aussi un homme d'une grande humilité, qui ne se mettra jamais en avant et qui fera passer l'intérêt de l'équipe avant son intérêt personnel. Rares sont les joueurs qui disent du mal de Jacobs. Certes, les écartés du 11 de base sont toujours enclins à faire grise mine, mais dans l'ensemble, tous ceux qui ont travaillé avec le nouvel entraîneur de l'Excel lui reconnaissent de grandes qualités de psychologue. Même s'il conserve logiquement le dernier mot, Jacobs est un homme de dialogue qui n'hésite pas à sonder l'avis du groupe ou à s'entretenir individuellement avec un élément en difficulté. La correction dont il témoigne dans ses choix facilite également l'instauration d'une bonne relation. C'est son plus beau fait d'armes en tant qu'entraîneur principal : en 2003, il a remporté la Coupe de Belgique avec une équipe louviéroise sur laquelle bien peu de personnes auraient osé miser. Avant la finale, pour laquelle Saint-Trond était donné favori, il avait usé de petites phrases du style : - Messieurs, vousvousapprêtez àvivrel'événementd'unecarrière, voired'unevie. Votrerêvepeutdevenirréalité ! Et il l'est devenu. Avant cette finale, les Loups avaient aussi éliminé des équipes du calibre de Genk et du Standard. Cette victoire reste le seul trophée remporté par un club de football hennuyer à ce jour. Contre Les résultats avec Lokeren Si la victoire en Coupe de Belgique avec La Louvière constitue son principal fait d'armes, les méchantes langues ajouteront que c'est aussi son... seul fait d'armes. Au RWDM (de décembre 1999 à avril 2001), il avait échoué dans son objectif de faire remonter le club en D1. Son expérience récente à Lokeren fut encore un plus grand fiasco : alors qu'il avait abandonné son poste de directeur technique à Genk pour retrouver le terrain, il a été limogé après trois mois. Lokeren voulait jouer les premiers rôles et se rapprocher d'une place européenne, mais c'est une équipe perdue en bas de classement que Jacobs a quittée en octobre 2006. Il n'a pas reçu le meneur de jeu, le buteur et le flanc droit qu'il aurait souhaités et son successeur SlavoljubMuslin n'a pas fait beaucoup mieux jusqu'à présent mais cela reste un échec. Lors de son premier match à la tête de La Louvière, contre Lommel en octobre 2001, il avait été sifflé par le public du Tivoli. Il avait témoigné d'une prudence excessive et la ren- contre, quasiment dénuée de toute occasion de but, s'était soldée par un triste 0-0. Par la suite, le public louviérois a revu son jugement, et après la victoire en Coupe de Belgique, il était devenu un homme très apprécié dans le Centre, mais il a l'image d'un entraîneur frileux, alignant souvent cinq défenseurs et deux demis défensifs. C'était un peu contraire à l'image qu'il avait comme entraîneur des Espoirs belges où il prônait un football généreux et offensif. La finalité y était autre et l'obligation de résultats moindre. En D1, Jacobs est plutôt un adepte d'un 4-4-2 classique. C'est dans cette disposition qu'il a joué à Lokeren. C'est un système simple, beaucoup moins compliqué que peut l'être celui de Saint-Jean avec lequel il a pourtant travaillé. Jacobs donne souvent l'image d'un homme... trop sérieux, ce qui lui confère un air un peu triste. Certains pensent qu'il est dépourvu d'humour. Faux, assurent ceux qui ont travaillé avec lui. Mais il ne parvient à se détendre qu'après avoir constaté que le travail a été bien fait. Ce qui est sûr, c'est qu'il intériorise davantage ses sentiments qu'un GeorgesLeekens, plus show man, et qu'il ne se livrera pleinement qu'en petit comité, entouré d'un cercle d'amis. Pas devant les caméras de télévision où il apparaît plutôt froid. Trop gentil, Jacobs ? Là encore, c'est une apparence, assurent ceux qui l'ont côtoyé. Lorsque certaines choses ne lui plaisent pas, il est capable de se montrer très sévère et de frapper du poing sur la table de manière plus virulente qu'on ne pourrait le soupçonner. Mais ici aussi, cela se passe en dehors du regard des caméras. Les insiders prétendent, par contre, qu'il a tendance à stresser lorsque la situation devient défavorable. Il aurait aussi tendance à camper sur ses positions plutôt qu'à opérer des changements instantanés. Or, dans la situation où se trouve l'Excel, le stress ne manquera pas d'apparaître. Jacobs a travaillé pendant 17 ans pour le compte de l'Union Belge. Il y a certes coaché avec brio l'équipe nationale Espoirs, mais à un rythme d'un match par mois et sans obligation de résultats à court terme. Il a aussi été habitué à une certaine routine : c'était une place stable où l'on ne risque pas le limogeage à la moindre contre-performance. Pendant deux ans, à Genk, il a remis le couvert : un travail d'organisation important et bien réalisé, mais où la sécurité d'emploi était quasiment garantie. Bref, au cours de sa carrière, Jacobs n'a connu que très épisodiquement le stress permanent d'un entraîneur de haut niveau. Est-ce un handicap ? C'est une explication que ressortent ses détracteurs lorsque les résultats sont moins bons. DANIEL DEVOS