Prolongera, prolongera pas ? C'est la question dans l'air, actuellement, au Parc Astrid, concernant le contrat d'entraîneur de Frankie Vercauteren qui se termine en fin de saison. On sait que le Bruxellois a déjà en poche un contrat de directeur technique du club... qui sera effectif dès qu'il ne sera plus coach.
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Prolongera, prolongera pas ? C'est la question dans l'air, actuellement, au Parc Astrid, concernant le contrat d'entraîneur de Frankie Vercauteren qui se termine en fin de saison. On sait que le Bruxellois a déjà en poche un contrat de directeur technique du club... qui sera effectif dès qu'il ne sera plus coach. A l'automne passé, tout laissait encore présager qu'il serait incessamment prolongé comme coach. Mais une fin de premier tour poussive et un football guère fringant depuis la reprise ont sensiblement modifié la donne. De même que l'appréciation du T1 dans les hautes sphères du club. Si, eu égard à son long vécu au RSCA, l'ex-Petit Prince jouit toujours d'une aura certaine auprès du président et de l'un ou l'autre administrateur, d'autres pontes émettent manifestement des réserves à son propos. Avec, comme conséquence, des négociations rallongées entre les deux parties sur le contrat comme coach. Mais Vercauteren mérite-t-il de rester en place, ou bifurquera-t-il en fin de saison vers le poste de directeur technique ? Il incombera aux dirigeants de bien peser le pour et le contre, comme nous l'avons fait.Quand il a pris la relève d' Hugo Broos, le 7 février 2005, Anderlecht comptait 11 points de retard sur le leader brugeois. Sous la coupe de Vercauteren, l'équipe a finalement échoué à trois petites longueurs du champion, en engrangeant un total de 30 unités sur 42, soit 71,4 %. Cet accessit était synonyme, aussi, de qualification pour la phase préliminaire de la Ligue des Champions. La saison suivante, l'entraîneur du Sporting fit mieux encore en menant ses ouailles au sacre, le 28e de l'histoire quasi séculaire du club. Avec 70 sur 102, le pourcentage obtenu était, cette fois, de 68,6. Cette année, avec un score intermédiaire de 47 sur 63, assorti d'une première place ex-aequo au classement, les Mauves en sont à 76,1 % C'est suffisant pour se maintenir en tête, avec vue sur le doublé, mais leur moyenne tend quand même à baisser. Mais au petit jeu des comparaisons, on signalera qu'elle était encore de 81,3 % en 2001, sous les ordres d' Aimé Anthuenis et de 79,4 % avec Broos en 2004 ! Méticuleux, pour ne pas dire maniaque durant sa période en tant que joueur au RSCA, Frankie n'a pas changé d'un iota de l'autre côté de la barrière. Sa méthode, c'est le travail, encore le travail et toujours le travail. Dans son approche, il ne laisse absolument rien au hasard. Ses entraînements sont hyper rigoureux et l'intensité y est palpable dès l'échauffement. Il a aussi instauré des séances de préparation à huis clos. Sous la férule du T1, les joueurs sont davantage serrés aussi. Plus question, par exemple, d'interviews les deux journées précédant une rencontre. Une mesure qui ne fait pas que des heureux parmi les représentants des médias, surtout lorsque les joueurs ont des obligations internationales en milieu de semaine et qu'Anderlecht, de son côté, est appelé à jouer le samedi suivant. Dans ce cas, il n'y a tout bonnement plus moyen de les approcher. Frankie le sait mais il n'en a cure : " A chacun son métier, les journalistes n'ont qu'à prendre d'autres dispositions ". Très exigeant envers lui-même, Vercauteren l'est tout autant avec les autres. Il n'épargne rien ni personne, pas même sa propre direction. Heureuse de ses emplettes l'été passé, celle-ci n'en avait pas moins dû composer avec la lippe boudeuse du coach, sous prétexte qu'un back droit de formation et un arrière central expérimenté faisaient alors toujours défaut au sein du noyau. Deux lacunes qui ont, par ailleurs, été comblées entre-temps. Comme quoi certains désirs s'apparentent manifestement à des ordres. Sur le terrain aussi, Frankie sait se montrer intransigeant. Vedettes confirmées ou étoiles montantes, toutes sont soumises au même tarif. Et gare à celui qui n'en fait qu'à sa tête. Tel Ahmed Hassan, par exemple, peut-être le plus doué de la bande, mais prié à intervalles réguliers de prendre place dans le dug-out en raison de son égoïsme exacerbé. Quant à ceux qui, malgré leur talent, n'ont pas le rendement escompté, ils peuvent s'attendre à subir les foudres du coach aussi. Un certain Walter Baseggio sait de quoi il retourne. Si des jeunes comme Vincent Kompany, Anthony Vanden Borre, Mark De Man ou encore Olivier Deschacht ont fait leur chemin, c'est assurément dans une large mesure à Vercauteren qu'ils en sont redevables. D'autres auraient d'ailleurs pu marcher sur leurs traces s'ils n'avaient pas été poursuivis par une poisse insigne. On songe à Junior, notamment, qui tarde à recouvrer la plénitude de ses moyens aujourd'hui après une blessure au genou encourue il y a trois ans. A l'heure où la relève se fait parfois attendre, même dans des clubs de moindre envergure, Frankie a réussi la gageure de préparer de manière optimale tout ce blé en herbe. A l'exception de Vanden Borre, qui tarde à confirmer même s'il n'a jamais que 19 ans, tous les autres ont fait leur trou. Et, ce qui ne gâte rien, ils brillent par leur polyvalence. Deschacht a prouvé toute l'étendue de son savoir-faire tant au back gauche que dans un rôle de stoppeur et De Man, qui avait débuté à cette dernière place, a démontré lui aussi qu'il avait un avenir dans un autre rôle : celui de médian défensif. On peut compter sur les doigts d'une seule main le nombre de matches réellement séduisants que le RSCA a disputés depuis le début de la saison. A domicile surtout, les sympathisants anderlechtois ont été réduits à la portion congrue, tant sur la scène domestique qu'en Ligue des Champions. Avec des artistes de la trempe d' Ahmed Hassan et Mbark Boussoufa et d'autres recrues prestigieuses comme Mémé Tchité voire Lucas Biglia, on était en droit d'attendre nettement mieux. Mais Vercauteren n'est pas parvenu à faire fondre dans le creuset de la collectivité la somme de tous ces talents individuels. Certes, par rapport au défunt exercice, pas moins de huit nouveaux joueurs ont dû être imbriqués car, des titulaires habituels, seuls Daniel Zitka, Olivier Deschacht et Mark De Man font figure de rescapés. Reste qu'avec tout ce beau monde, il n'est pas normal d'offrir un jeu moins séduisant que le FC Dender, par exemple, en Coupe de Belgique. Peu connaissent la maison anderlechtoise aussi bien que Vercauteren, qui sait ce qu'on y attend en matière de football. Jusqu'à présent, au plan du football régal, il n'a guère pu assouvir les supporters. A sa décharge, le Sporting, en dépit d'un noyau conséquent, présentait des hiatus au back droit et arrière central. Avec les venues de Marcin Wasilewski et de Max Von Schlebrügge, ces lacunes ont à présent été comblées. On verra. Mais il y a dix jours, le manager Herman Van Holsbeeck s'était excusé auprès des supporters pour la mauvaise qualité du jeu contre Westerlo... Et Vercauteren devra s'y prendre autrement qu'à Bruges, où un Sporting en mal d'inspiration a bien failli passer à la trappe. Si le propre d'un grand gardien est de prendre de temps à autre des points à lui seul, celui d'un bon entraîneur est de faire basculer le cours d'un match à la faveur de l'une ou l'autre intervention judicieuse. Sous cet angle-là, l'entraîneur du Sporting n'a manifestement pas encore scoré souvent. Au contraire, même, ses réajustements se sont plus d'une fois retournés contre son équipe. Comme lors de l'entrée en matière européenne, contre le LOSC (1-1), quand il eut la malencontreuse idée, alors que ses troupes menaient au score, de faire sortir Lucas Biglia au profit de Roland Juhasz. Il abandonna par là même l'entrejeu à des Lillois qui n'en demandaient pas tant. Vercauteren a eu beau dire, après coup, qu'il savait fort bien pourquoi il avait effectué ce changement et qu'il n'avait nullement à se justifier en la matière, tout le monde n'a pas apprécié son option. A commencer par le secrétaire général du club, Philippe Collin qui se laissa aller à déclarer, en cercle fermé, que " l'entraîneur n'avait pas intérêt à refaire trop souvent ce coup-là ". Peine perdue car quelques semaines plus tard, contre l'AEK Athènes (2-2), ce fut rebelote. Et dire qu'à un moment donné, les Anderlechtois menaient 2-0 face aux Grecs ! Vercauteren dit l'admettre, à condition qu'elle soit fondée. Le hic, avec lui, c'est qu'elle l'est très rarement. Honnis soient ceux, par exemple, qui osent l'interpeller sur ses rotations pas toujours heureuses ou sur ses changements à tout le moins étranges. Car ceux-là sentent invariablement passer le vent du boulet. Pour quelle raison, fort d'une carrière s'étalant sur près de deux décades au plus haut niveau, le coach du Sporting devrait-il rendre compte de ses choix à des béotiens ? De ce point de vue-là, Frankie n'est pas sans présenter certaines similitudes avec un autre entraîneur qui sait, lui aussi, toujours tout mieux que les autres : René Vandereycken. Joueur, Vercauteren n'avait déjà pas le sens de l'autocritique. Quand d'aventure il se faisait remplacer en cours de partie, il n'avait jamais, selon ses dires, été plus mauvais qu'un autre. C'est le coach qui l'avait tout simplement retiré de la pelouse mais, pour le même prix, il aurait tout aussi bien pu rappeler un autre joueur du champ sur le banc. Entraîneur, Frankie a conservé la même attitude. Il voit la paille dans l'£il des autres mais pas la poutre dans le sien. Les méchantes langues prétendent que si un psychologue, en la personne de Johan Desmadryl, est devenu partie prenante dans le staff technique du RSCA, c'est parce que le coach lui-même affiche des carences en la matière. Avec Vercauteren, ça passe ou ça casse. L'homme a ses têtes et si l'une ou l'autre d'entre elles ne lui reviennent pas, bonjour les dégâts. Alors qu'il était encore adjoint, Lukas Zelenka aura été le premier à le mesurer à ses dépens. D'autres ont suivi après qu'il fut devenu à son tour entraîneur principal. Comme Marius Mitu, à qui il n'accorda qu'un temps de jeu des plus limités avant que le meneur de jeu roumain ne soit rattrapé par l'affaire Ye ou, plus près de nous, le cas de Cristian Leiva, qui n'a jamais eu vraiment sa chance avec lui et l'Argentin compte rebondir à présent dans les rangs d'un autre Sporting, au Mambourg. Il n'y a pas qu'avec les laissés-pour-compte que Frankie a rarement trouvé les mots justes. Serhat Akin a exprimé ces mêmes doléances aussi. Idem pour Mbo Mpenza. Quant à Yves Vanderhaeghe, serviteur au long cours, il se demande toujours pourquoi il a dû quitter le Parc Astrid à destination de Roulers lors du mercato. Mais on ne pourra pas reprocher au d'innover avec le team building. Durant le stage à La Manga, le manager du RSCA, Herman Van Holsbeeck, a insisté auprès de Frankie Vercauteren pour qu'il améliore son image. Du coup, l'entraîneur a fait montre d'une grande disponibilité et a même permis aux journalistes présents en Espagne d'assister à une séance de team building. Si certains ont apprécié, il reste malgré tout à Frankie à gagner aussi l'estime du public. Ce qui n'est pas une mince affaire. Acclamé récemment au Germinal Beerschot, suite à la victoire de ses troupes face aux Kielmen, le coach anderlechtois a subi la bronca, une semaine plus tard à peine, suite à une mièvre prestation face à Westerlo. Ce n'était pas la première ni, sans doute, la dernière fois. Le principal concerné a appris à s'en accommoder. " Je ne suis pas payé pour être populaire mais pour obtenir les meilleurs résultats possibles ", précise-t-il. BRUNO GOVERS