R ookie of the Year, Footballeur Pro de l'Année, Soulier d'Or : il n'y en avait que pour Mbark Boussoufa en 2006. Mais depuis son passage de La Gantoise à Anderlecht, cet été-là, il faut bien avouer que le petit Marocain a rarement fait l'unanimité autour de son nom. En Ligue des Champions, surtout, où ses statistiques sont nettement moins probantes qu'en championnat. Les dirigeants du Sporting se sont-ils fourvoyés sur son compte, comme ils l'ont fait avec quelques autres transfuges ou bien, du haut de ses 167 centimètres et fort de ses 23 ans, l'ex-Ajacide nous concocte-t-il une éclatante revanche ?
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R ookie of the Year, Footballeur Pro de l'Année, Soulier d'Or : il n'y en avait que pour Mbark Boussoufa en 2006. Mais depuis son passage de La Gantoise à Anderlecht, cet été-là, il faut bien avouer que le petit Marocain a rarement fait l'unanimité autour de son nom. En Ligue des Champions, surtout, où ses statistiques sont nettement moins probantes qu'en championnat. Les dirigeants du Sporting se sont-ils fourvoyés sur son compte, comme ils l'ont fait avec quelques autres transfuges ou bien, du haut de ses 167 centimètres et fort de ses 23 ans, l'ex-Ajacide nous concocte-t-il une éclatante revanche ? Artiste au pied léger, dans toutes les acceptions du terme d'ailleurs, le petit Marocain appartient à cette rare catégorie de joueurs capables de régaler l'assistance par l'une ou l'autre actions individuelles de très grande classe. Plus que tout autre Anderlechtois, MbarkBoussoufa possède aussi cette faculté de pouvoir communier avec le public, qu'il exhorte au demeurant souvent, gestes à l'appui, à donner de la voix. Sa bonne bouille et sa belle aisance, balle au pied, ont d'ailleurs eu tôt fait d'accentuer sa cote, au point de compter parmi les éléments les plus populaires au Parc Astrid, avec 70 % de maillots vendus à son nom en 2006-07. Mais un an après son arrivée chez les Mauve et Blanc, son étoile a toutefois quelque peu pâli suite à la montée au firmament d'une autre star, Lucas Biglia, qui présente l'avantage appréciable d'être d'une régularité de tous les instants, alors que l'ex-Gantois alterne le show et l'effroi. MbarkBoussoufa peut faire basculer à lui seul le cours d'un match. Il l'a prouvé en lever de rideau de l'exercice actuel en inscrivant un but d'anthologie, d'un angle impossible, au gardien du Club Bruges, Stijn Stijnen, dans le cadre de la Supercoupe de Belgique. Depuis lors, il a récidivé de manière analogue au FC Dender et, pour le même prix, l'un de ses coups francs, lors du retour contre Fenerbahçe, aurait pu secouer les filets au lieu de faire trembler la barre transversale. Il n'y a cependant pas que sur phase arrêtée que Mbaradona s'inscrit dans la lignée des grands manieurs de ballon. En pleine course, il est à même de donner le tournis aux meilleurs. Les Bleu et Noir Philippe Clement et Birger Maertens l'ont vérifié autrefois à leurs dépens à Gentbrugge en étant tout simplement ridiculisés par notre homme : 4-1. Cette fameuse après-midi-là, il n'y avait qu'un seul homme sur le terrain. A l'exception du poste d'attaquant le plus avancé, pour lequel il manque cruellement de carrure (on y revient), MbarkBoussoufa présente l'avantage appréciable de pouvoir être utilisé partout ailleurs en front de bandière. A La Gantoise, il avait fait merveille dans un rôle d'électron libre à côté de Dominic Foley. Il l'a également rempli au Sporting, en association avec Nicolas Frutos, jusqu'au moment où le coach, Frankie Vercauteren, ne put plus longtemps faire l'impasse sur Ahmed Hassan, instaurant dès lors un 4-3-3 en lieu et place d'un 4-4-2, voire d'un 4-4-1-1. Par là même, le n° 11 du RSCA fut souvent décalé sur le flanc gauche, tandis que Mémé Tchité voire le Pharaon se relayaient sur l'autre aile. Habile des deux pieds, même s'il avoue une prédilection pour le droit, le petit Marocain peut indifféremment se confiner dans son couloir ou rentrer dans le jeu. Il permute d'ailleurs souvent avec son copain égyptien quand tous deux évoluent en position excentrée. Chez Mbark Boussoufa, la confiance va fréquemment de pair avec une saine arrogance, chère à la plupart de ceux qui, comme lui, ont été élevés aux Pays-Bas. En son temps, il a ainsi trouvé on ne peut plus logique de se voir décerner tous les trophées individuels les plus emblématiques du pays, comme le Footballeur Pro de l'Année ou le Soulier d'Or. Quoi de plus normal, après tout, puisque, selon ses dires, il faisait figure de favori. Il ne s'est jamais ému, non plus, de sa petite taille. Pourquoi devrait-il s'en faire d'ailleurs, dans la mesure où Diego Maradona ou GianfrancoZola, ses deux modèles, n'étaient pas plus grands que lui ? En matière d'épreuves, il n'est pas vite décontenancé non plus. Au terme de son premier match en Ligue des Champions, face à Lille, il en surprit plus d'un dans le vestiaire anderlechtois en déclarant : C'était donc bêtement ça la Champions League ? Je m'attendais à mieux ! Pourtant, on ne peut pas vraiment dire qu'il ait été un jour transcendant dans cette compétition. Contrairement à Ahmed Hassan, qui finit toujours par ahaner après une bonne heure de jeu, Mbark Boussoufa, qui accuse évidemment près de dix ans de moins que l'Egyptien, semble capable, lui, de jouer deux matches d'affilée. Son souffle est ni plus ni moins inépuisable. Aux tests physiques, il reléguait déjà derrière lui tout le monde à distance très respectable chez les Buffalos et, à Anderlecht, il n'en va nullement autrement. Il est vrai que, par rapport aux autres, il n'a pas énormément de kilos à déplacer. Mais son poids pose, comme de bien entendu, un autre problème. Un terme cher au mentor du RSCA, Frankie Vercauteren, et dont Mbark Boussoufa est la parfaite illustration. Le feu follet a beau être mis à toutes les sauces, il accepte tout sans rechigner. Rares sont les artistes qui apportent aussi généreusement que lui leur écot au travail défensif de l'équipe. A cet égard, Bart Goor, Jelle Van Damme et Olivier Deschacht, positionnés un ou deux crans plus bas que lui sur le flanc gauche, ne tarissent pas d'éloges à son sujet. L'implication du n°11 anderlechtois ne se limite pas, au demeurant, qu'au seul terrain. A l'instigation de Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l'Audiovisuel et de la Jeunesse de la Communauté Française, il a par exemple accepté d'aller régulièrement à la rencontre des jeunes immigrés des quartiers défavorisés . Son impact est perceptible aussi auprès de la communauté maghrébine puisque pour la première fois de son histoire, le RSCA compte aujourd'hui quelques abonnés marocains, qui s'ajoutent à ceux qui font partie de sa masse flottante. Autant il épate la galerie, autant le Footballeur Pro de l'Année 2006 a le don, parfois, d'irriter l'adversaire. En cause, cette propension à brouter facilement l'herbe, surtout lorsqu'il se trouve dans les 16 mètres adverses. La saison passée, ses crises d'épilepsie lui ont valu à la fois quelques penalties, comme face au Beerschotman Igor Lolo en tout début de campagne, mais également le courroux du camp opposé. Lui-même s'en défend, arguant que le total des coups de réparation non sifflés sur lui équivaut à peu de choses près, bon an mal an, au nombre de cartes jaunes qu'il reçoit pour des simulations qui n'en étaient pas. Par moments, il n'en dépasse pas moins les bornes. Comme la fois où il s'est maintenu en équilibre, les deux pieds sur le ballon, devant un Eric Matoukou médusé, lors d'un 6-0 en Coupe de Belgique face à Genk. Même son pote Wouter Vrancken (ex-Gantois comme lui) n'avait que pas apprécié la scène : " A la place du Camerounais, je l'aurais expédié dans la tribune ". Avec 8 buts et 13 assists, MbarkBoussoufa a incontestablement conféré un plus à la division offensive du RSCA la saison passée. De fait, seul Mémé Tchité peut se targuer d'une incidence supérieure avec 20 goals et 10 passes décisives. Mais c'est sur le plan européen que le Liondel'Atlas a passablement déçu : pas la moindre réalisation et un service déterminant seulement en faveur de son compère Nicolas Frutos à Athènes. C'est très peu pour quelqu'un qui, après avoir déjà loupé l'immanquable contre Lille, à l'occasion de l'entrée de ses couleurs en Ligue des Champions, en 2006-07, avait promis de remettre les pendules à l'heure. A l'analyse, force est de reconnaître qu'il n'y est pas parvenu, pas plus que ses coéquipiers d'ailleurs. Et ce jugement est d'application ce coup-ci aussi car contre Fenerbahçe, le Soulier d'Or fut d'une discrétion à toute épreuve, hormis, comme dit ci-contre, un beau coup franc. La direction du RSCA a dû délier généreusement les cordons de la bourse, l'été dernier, pour s'assurer les services du pocket- player gantois puisque sa tête fut mise à prix pour 3,5 millions d'euros. Dans l'histoire quasi séculaire du club, jamais les Mauve et Blanc n'avaient consenti un tel débours, puisque le record était de 3 millions d'euros pour Jan Koller. Depuis lors, au niveau des tarifs, MbarkBoussoufa a été rejoint par la dernière recrue, Jan Polak, tandis que la barre des 2 millions d'euros a été allégrement franchie dans le cas des deux Nicolas, Frutos et Pareja et que l'embrigadement de Lucas Biglia ne fut rendu possible qu'en déposant 3 millions d'euros sur la table des négociations. Le montant-record dépensé par la direction anderlechtoise pour l'ex- Buffalo est d'autant plus lourd qu'il n'aura pas eu du tout l'effet escompté sous la forme d'une présence plus durable en Ligue des Champions. Boussinho est de ceux qui voient la paille dans l'£il des autres mais pas la poutre dans le sien. Gare à ceux qui osent émettre la moindre critique à son propos, car ils seront automatiquement repris de volée. Comme Antoine Germeys, ex-membre de la cellule scouting du RSCA, qui avait eu l'outrecuidance de lui dire un jour, après qu'il eut loupé à deux reprises l'immanquable, en championnat, devant le portier du Racing Genk, Logan Bailly, qu'il méritait de se faire tirer les oreilles. " Au fond, vous êtes qui, vous, au Sporting ? Et à quel niveau avez-vous joué ? ", répliqua-t-il en substance. Et il envoie très régulièrement balader aussi ceux qui l'interpellent à propos de sa discrétion dans les grands matches, alors qu'il brille contre des sous-fifres. Ceux-là, toujours d'après lui, semblent oublier les injonctions qu'il reçoit de l'entraîneur. Mais, bizarrement, il n'en parle jamais dans les autres circonstances. par bruno govers - photos: reporters