Il est Belge

De tous temps, Anderlecht a toujours mis un point d'honneur à fournir, parmi tous les clubs belges, le plus gros contingent d'internationaux aux Diables Rouges. Record : le 30 septembre 1964 ; l'équipe nationale, appelée à donner la réplique aux Pays-Bas, fut même composée en deuxième mi-temps de 11 Mauve et Blanc. Ces dernières années, cette proportion s'est amenuisée. Autre record : le 29 mars 2003, à Zagreb, notre formation représentative donna même la réplique à la Croatie sans un seul Sportingman dans le onze de base, avant que Walter Baseggio ne relaie le Brugeois Gaëtan Englebert en cours de partie.
...

De tous temps, Anderlecht a toujours mis un point d'honneur à fournir, parmi tous les clubs belges, le plus gros contingent d'internationaux aux Diables Rouges. Record : le 30 septembre 1964 ; l'équipe nationale, appelée à donner la réplique aux Pays-Bas, fut même composée en deuxième mi-temps de 11 Mauve et Blanc. Ces dernières années, cette proportion s'est amenuisée. Autre record : le 29 mars 2003, à Zagreb, notre formation représentative donna même la réplique à la Croatie sans un seul Sportingman dans le onze de base, avant que Walter Baseggio ne relaie le Brugeois Gaëtan Englebert en cours de partie. En embrigadant Van Damme, le Sporting a mis le grappin sur un international dont la venue lui permet de compter un pourcentage de Belges tout juste supérieur à la proportion d'étrangers dans son effectif : 51,1 % contre 48,9 %. Avec l'appel de Mark De Man dans le noyau A en prévision du match contre la Pologne, c'est toute la défense anderlechtoise, à l'exception de Deschacht, qui a été réquisitionnée. Il y a très longtemps que ce n'était plus arrivé. Les bons gauchers ne courent pas les rues et surtout dans un petit pays comme le nôtre où les cracks ne se pressent pas au portillon. La preuve par notre équipe nationale où le sélectionneur, René Vandereycken, préfère encore titulariser à cette place un garçon comme Thomas Vermaelen, rompu à un rôle axial à l'Ajax, plutôt que de faire appel à un véritable back gauche ! Mais la pénurie d'arrières latéraux chez les Diables Rouges ne concerne pas que le seul flanc gauche, puisqu'à droite, le coach fédéral a fait confiance dans un passé récent à des garçons tels Pieter Collen ou encore Carl Hoefkens, tous deux habitués à jouer dans une position centrale au sein de leur club. A cet égard, le retour au premier plan de Van Damme, tant à Anderlecht que dans le team Belgique, est une aubaine. Van Damme n'est pas seulement utilisable sur le flanc, il peut également être employé dans un rôle axial. Mais quelle est sa meilleure place ? Une interrogation qui est de mise aussi concernant Deschacht. Van Damme a une plus grande capacité offensive que son alter ego qui a, lui, une meilleure passe dans les pieds. Au niveau de la vivacité également, il y a un décalage. Ce qui a d'ailleurs poussé l'entraîneur anderlechtois, Frankie Vercauteren, à privilégier la carte Deschacht face à l'attaquant lillois Peter Odemwingie. Mais dans un autre registre, quand le débat est davantage musclé, Van Damme fait l'affaire. On en a eu l'illustration face au Standardman Jovanovic. Le caractère précieux de Van Damme ne se limite d'ailleurs pas à la défense car il a déjà joué comme médian gauche, notamment le 17 août 2005 contre la Grèce, en remplacement de Koen Daerden. On en viendrait presque à l'oublier, tant il a déjà bourlingué, mais Jelle Van Damme n'est âgé que de 23 ans et sa marge de progression est encore importante. En outre, malgré son jeune âge, le garçon a déjà fait l'expérience de quatre compétitions différentes (Belgique, Pays-Bas, Angleterre et Allemagne), ce qui n'est pas négligeable. Les méchantes langues diront qu'il n'a pas souvent joué dans tous ces championnats et c'est vrai : 39 matches à peine en l'espace de quatre saisons. Reste qu'il s'est quand même entraîné pendant tout ce temps avec des footballeurs de renom comme les Ajacides Wesley Sneijder et Rafaël Van der Vaart, les Brêmois Johan Micoud ou Miroslav Klose, etc. Avec ses 194 centimètres pour 87 kilos, Jelle Van Damme est indéniablement une belle plante. Son gabarit constitue un atout au côté d'autres défenseurs centraux du RSCA qui lui rendent plus de 10 centimètres comme Nicolas Pareja ou Mark De Man. Mais le Lokerenois a les défauts de ses qualités : s'il est à l'aise face à des adversaires du même gabarit que lui, il est moins à son avantage par rapport à des artistes au pied léger. Ce n'est pas pour rien qu'il s'est senti plus à son affaire en Angleterre ou en Allemagne, où les matches se doublent fréquemment de combats physiques, qu'aux Pays-Bas, dans une compétition plus technique. La Belgique est un carrefour de styles et c'est pourquoi on l'a vu à l'aise contre Salou Ibrahim mais nettement moins contre un petit format comme Patrick Ogunsoto par exemple. Ses aptitudes sont-elles suffisantes pour un club de la trempe d'Anderlecht ? Il n'y a pas que les habitués du stade Constant Vanden Stock à se poser cette question. En haut lieu elle est d'application aussi. La semaine passée, le secrétaire général des Mauve et Blanc, Philippe Collin, d'habitude très discret, déclarait dans un quotidien néerlandophone que les seuls points d'interrogation concernant la dernière campagne des transferts du club avaient trait à Christian Leiva et Van Damme qui, contrairement à un Nicolas Frutos ou à un Lucas Biglia, n'étaient pas encore parvenus à faire l'unanimité. A cette nuance près que le médian argentin n'a encore guère eu voix au chapitre depuis son arrivée au Parc Astrid tandis que notre compatriote a bénéficié d'un temps de jeu appréciable. Et sans parvenir à confondre tous les sceptiques, même si sa prestation à Sclessin était indéniablement sa meilleure sous la casaque du Sporting. Cet aspect n'a jamais été le point fort de ceux qui se sont relayés en défense centrale au RSCA ces dernières années, à l'exception de Vincent Kompany qui était capable de trouver ses partenaires aussi bien à cinq mètres de distance qu'à 40. Cette capacité de sortir à bon escient le ballon de l'arrière-garde n'était pas la spécialité d'un Glen De Boeck ou d'un Hannu Tihinen pour ne citer que ces deux-là. Le sens de la passe précise n'est pas réservé non plus à Van Damme,... bien qu'il se pense doué de cette qualité ! Désolé pour lui, mais tant au stoppeur qu'au back, il a fait montre de pas mal de déchets dans ses relances. Face au Racing Genk, ce fut même le bide avec une quantité invraisemblable de balles à suivre qui ne trouvèrent jamais personne. D'autres, dans le même cas, auraient dépouillé leur jeu à l'extrême. Notre homme, lui, persévéra au point de s'attirer les foudres du public. Dès l'entrée en matière des Mauve et Blanc, à Saint-Trond, Van Damme s'était vu gratifier d'une carte rouge pour avoir séché l'attaquant local Henri Munyaneza. Lors du deuxième déplacement de la saison, à Westerlo, le principal intéressé n'avait guère été plus heureux, une " bête " faute devant la surface de réparation étant synonyme de goal pour les Campinois. Cette propension à commettre des interventions idiotes est, hélas, récurrente chez notre homme, qui a d'ailleurs échappé au pire à Sclessin (au même titre que le RSCA soit dit en passant), après une authentique prise de catch sur la personne de Milan Jovanovic après le repos. Une intervention qui aurait dû logiquement être sanctionnée d'un penalty en faveur des Liégeois. Depuis ses débuts à Anderlecht, Van Damme a déjà dû faire l'impasse sur l'une ou l'autre rencontres suite à des bobos. A cet égard, plusieurs blessures sérieuses lui ont déjà joué pas mal de tours pendables. A Southampton, il passa même à deux reprises sur le billard en raison de problèmes à la cheville. Plus tard, à Brême, il fut sujet à une autre sérieuse blessure à l'aine. Ces contretemps trahissent une certaine fragilité, même s'il n'est pas le seul, au sein de l'arrière-garde anderlechtoise, à avoir dû composer avec l'infirmerie cette saison : Nicolas Pareja, Roland Juhasz et Mark De Man s'y sont pressés également ces derniers temps. Et leur exemple peut être étendu à deux autres éléments encore qui ont parfois été appelés à évoluer dans ce secteur : Cheik Tioté et Vadis Odjidja. Il a suffi de quelques passes hasardeuses contre le Racing Genk pour que Van Damme s'attire les foudres de l'exigeant public anderlechtois. A Lokeren, où il réside toujours, il n'a pas davantage la cote auprès des sympathisants locaux ainsi qu'auprès de ceux du Club Bruges, nombreux dans la région. Ce qui vaut également pour un autre régional : Olivier Deschacht. Bizarrement, cette cote négative contraste avec son aspect boute-en-train à Anderlecht. Depuis le départ de Bertrand Crasson, plus personne n'a mis de l'ambiance, comme lui, dans le vestiaire. Une bonne humeur communicative qui, au Parc Astrid, semble tout spécialement réservée aux gauchers car, dans le genre, Bart Goor et Olivier Deschacht ne sont pas tristes non plus... BRUNO GOVERS