Les chiffres bruts : 74 matches en D1, 21 buts, 27 assists, 20 cartes jaunes, 1 carte rouge. C'est l'apport mathématique de Sergio Conceiçao (32 ans) dans notre football. Un bulletin parfait ? Certainement pas. Il y a Doctor Sergio et Mister Conceiçao. Le public est fort partagé quand il s'agit de le juger. C'est normal, tant le personnage a des facettes contradictoires. Footballeur de génie mais colérique de haut vol. Grand monsieur dans ses bons jours mais pollueur d'ambiance à d'autres moments. Pour ou contre le Sergio Conceiçao qui vient de porter pendant trois saisons le maillot du Standard ?
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Les chiffres bruts : 74 matches en D1, 21 buts, 27 assists, 20 cartes jaunes, 1 carte rouge. C'est l'apport mathématique de Sergio Conceiçao (32 ans) dans notre football. Un bulletin parfait ? Certainement pas. Il y a Doctor Sergio et Mister Conceiçao. Le public est fort partagé quand il s'agit de le juger. C'est normal, tant le personnage a des facettes contradictoires. Footballeur de génie mais colérique de haut vol. Grand monsieur dans ses bons jours mais pollueur d'ambiance à d'autres moments. Pour ou contre le Sergio Conceiçao qui vient de porter pendant trois saisons le maillot du Standard ? Troisième en 2004-2005, deuxième en 2005-2006, troisième en 2006-2007 : le Standard est à nouveau habitué au podium de la D1. Sergio Conceiçao n'y est pas pour rien. Quand il a débarqué en août 2004, son retard de condition était spectaculaire. Mais il a assez vite récupéré ses sensations et, dès qu'il s'est installé dans l'équipe, les longs ballons vers l'attaque sont devenus plus rares. Les Rouches construisaient à nouveau leur football : un jeu posé fait d'appels, de débordements et de centres de qualité. Conceiçao à droite et Milan Rapaic à gauche : quand ce duo tenait la forme, les défenseurs adverses faisaient dans leur pantalon. Sclessin réclame des joueurs qui s'engagent, mais quand deux gars de ce calibre permettent un jeu tout en technique et en finesse, le plaisir du public n'en est que plus grand. On a plus d'une fois parlé de Conceiçao-dépendance : à raison. Sergio Conceiçao est tellement doué qu'on peut le mettre à toutes les sauces, ou presque. Il a brillé comme médian droit dans un 4-4-2, comme ailier dans un 4-3-3, comme meneur de jeu, comme deuxième attaquant. 18.100 spectateurs de moyenne en 2004-2005, 22.700 en 2005-2006, 22.800 en 2006-2007 - et 12.300 en 1996-1997 : le Standard fait à nouveau courir les foules et c'est pour des artistes de la trempe de Conceiçao que les gens vont au stade et en sortent avec des étincelles pleins les yeux. Par ses actions ou par ses frasques, le Portugais provoque une vraie communion avec les supporters. Depuis trois saisons, il est l'attraction numéro 1 du championnat de Belgique. Quand il a reçu le Soulier d'Or 2005, Sergio Conceiçao a réconcilié les puristes avec ce trophée. Malgré le respect que l'on doit à tous les vainqueurs, il faut bien reconnaître que le palmarès de la godasse dorée ne renseigne pas que des artistes. Sergio Conceiçao, Vincent Kompany ou Aruna Dindane, c'est du grand art. Timmy Simons, Lorenzo Staelens ou Franky Van der Elst, c'est déjà - au moins - un cran en dessous. Le Soulier d'Or est une vitrine de notre foot et on apprécie qu'il aille sur l'étagère d'un joueur qui fait vibrer les foules. Quand Sergio Conceiçao se rend discrètement dans des hôpitaux de la région de Liège pour y visiter des enfants malades, il rappelle qu'il a, dans son pays, la réputation d'une vedette généreuse, d'un homme au très grand c£ur qui consacre une (petite) partie de sa (grosse) fortune aux petits nécessiteux. Sergio n'est pas un iceberg, un homme sans sentiments. Il a récemment surpris le gratin du foot rassemblé au Casino de Spa pour le Gala du Footballeur Pro. On lui avait demandé de remettre le prix à l'Arbitre de l'Année : un clin d'£il sympa quand on connaît ses relations difficiles avec les arbitres du championnat de Belgique. Sur le podium, Jérôme Efong Nzolo a craqué : sa victoire le bouleversait totalement. Conceiçao l'a sorti du pétrin en lui tapant sur l'épaule comme pour lui dire : " Respire, ça va aller "... Les Liégeois sont comme ça : ils ont toujours l'impression qu'on leur en veut et ont tendance à s'enfermer dans leur coquille face à tant d'injustice. Dès son arrivée, Conceiçao a semblé vouloir dire : " Ça suffit ". Grâce à lui, le Standard s'est à nouveau fait respecter et craindre auprès des adversaires et des arbitres. Marouane Fellaini, Axel Witsel et Steven Defour, les trois jeunes Rouches en vue cette saison, ne cachent pas que Conceiçao a eu un apport immense dans leur progression. Quand vous avez une star dans votre vestiaire, vous sombrez si vous manquez de caractère mais vous explosez si vous débordez d'ambition. Capitaine emblématique, guide idéal, le Portugais a fait passer plusieurs paliers à certains gamins. Après quelques semaines au Standard, Conceiçao y a déclenché un premier incident. Le responsable de la salle de presse de Sclessin refusait d'y laisser entrer l'épouse du Portugais. Sergio a explosé, les murs ont tremblé, tous les médias ont assisté à sa première crise de nerfs. Il révélait son côté sombre : caractériel à ses heures. A l'hôtel Mercure, où le Standard préparait un match, on garde aussi un sale souvenir du personnage. Le service n'était pas assez rapide au goût de Conceiçao et il a alors lancé une tasse de café à la tête d'une serveuse. Il y avait menace de plainte en justice et le club a présenté des excuses officielles pour éviter que l'incident ait des suites. Dans plusieurs restaurants de la région de Liège aussi, on a appris à connaître les débordements de Conceiçao : quand il est sous l'effet de l'alcool, c'est souvent le mobilier qui trinque ! Dès le premier match de Conceiçao en Belgique, au Cercle Bruges en août 2004, il a pris une carte rouge pour avoir repoussé un adversaire qui l'empêchait de botter rapidement un coup franc. Il était sur le terrain depuis 11 minutes ! Mais c'est en Coupe de Belgique, contre Zulte Waregem (mai 2006), qu'il a le plus marqué les esprits : crachat sur Stijn Meert, carte rouge puis maillot écrasé sur le visage de l'arbitre Peter Vervecken. On a craint une suspension de plusieurs années, synonyme de fin de carrière, il s'en est finalement bien tiré avec seulement quatre bons mois sans football - vacances d'été comprises. Sa collection de cartons jaunes (20 en 74 matches de D1, presque toujours pour rouspétances) illustre aussi le côté chaud bouillant du maestro. Il avait plus ou moins fait la paix avec Vervecken, arbitre de la récente finale de la Coupe contre Bruges : mais ces deux-là sont à nouveau brouillés pour longtemps à cause du penalty non sifflé sur Milan Jovanovic. Juste après avoir reçu leur médaille de finalistes battus, les Portugais du Standard sont passés au ralenti devant le quatuor d'arbitres et ont clairement montré ce qu'ils en pensaient : certains ont envoyé un petit crachat dans leur direction, d'autres ont fait mine de vouloir leur offrir cette misérable médaille. Conceiçao n'était pas le moins démonstratif. Autant le bilan purement sportif de Conceiçao est globalement positif, autant on regrette qu'il soit passé à côté de plusieurs grands rendez-vous. Dans un match européen crucial contre Bilbao en 2004-2005, il a bu la tasse avec toute l'équipe. Résultat : 1-7 à Sclessin. En mai 2005, il était encore aux abonnés absents lors de deux grands soirs : en ratant un penalty à Ostende, il a contraint le Standard à un double test-match contre Genk pour la troisième place. Et dans le premier de ces matches, il a pris une carte jaune qui l'a privé du retour, où les Rouches ont sombré. En fin de saison dernière, il a raté le match décisif pour le titre à Anderlecht : il était suspendu suite à son clash avec Peter Vervecken. Le Standard est aussi passé à côté de son sujet ce soir-là. Enfin, Conceiçao fut de nouveau invisible dans la dernière ligne droite de la saison passée, lors du match (encore) décisif pour le titre à Anderlecht : le Standard y a abandonné ses ultimes illusions. Sergio Conceiçao n'est pas un homme facile à gérer pour un entraîneur. On l'a vu jeter son brassard sur la pelouse au moment de son remplacement. A l'entraînement, il n'est pas toujours le plus assidu pour bien s'échauffer et il lui arrive fréquemment de contester les consignes tactiques. Au début de cette saison, il a tellement énervé Michel Renquin (adjoint de Johan Boskamp) que l'Ardennais a quitté le terrain et est rentré au vestiaire. On raconte que cet incident a coûté sa place à Renquin. Il y a aussi cette image de Conceiçao, blessé, qui assiste au match juste derrière Michel Preud'homme et se permet de corriger lui-même les consignes du coach. Les entraîneurs adverses ne sont pas épargnés : lors du dernier Charleroi-Standard, Conceiçao a dégagé le ballon du jeu en visant clairement Jacky Mathijssen, puis les deux hommes ont failli s'empoigner. Depuis trois ans, on n'a pas compté les minitrips de Conceiçao au Portugal. Il est retourné dans son pays pour s'y faire soigner à de multiples reprises. On est curieux de savoir ce qu'en pense vraiment le staff médical du Standard. Est-il insuffisamment compétent pour soigner les stars ? Le club ne traite pas tous ses joueurs de la même façon. Cette politique du " deux poids, deux mesures " est aussi illustrée quand on laisse Ricardo Sa Pinto parquer sa voiture de Premier ministre à quelques mètres des vestiaires alors que tous les autres joueurs ont l'obligation formelle d'utiliser le parking qui leur est réservé, un peu plus loin. Conceiçao a également son mot à dire dans la composition de l'équipe. Mais sa dernière tentative en date a quand même échoué : comme il ne pouvait inscrire que 15 noms sur la feuille de la finale de la Coupe, Preud'homme a dû laisser dans la tribune trois hommes qui avaient participé à la mise au vert. Conceiçao a tout fait pour convaincre le coach de reprendre Sa Pinto, Preud'homme n'a rien voulu entendre et Sa Pinto a piqué une grosse colère devant tout le groupe. A 48 h du match contre Bilbao, on a surpris Conceiçao et Luciano D'Onofrio dans un restaurant chinois de Liège où le repas fut copieusement arrosé. A 5 h du matin, les deux hommes étaient toujours dans l'établissement et le garçon a dû appeler la police pour les en faire sortir. Le Standard allait pourtant jouer son avenir européen ! La responsabilité du club dans de tels excès est clairement engagée. Mais Conceiçao s'est toujours senti ultra protégé au Standard et en a bien profité. Il a autrefois tenté la même chose en équipe nationale du Portugal et c'est ce qui lui a valu sa mise à l'écart définitive. Si Conceiçao a porté plusieurs joueurs du Standard vers le haut, il en a bloqué d'autres. Eric Deflandre a rarement pu donner sa pleine mesure quand il évoluait derrière le Portugais. Jovanovic a joué ses meilleurs matches quand Conceiçao n'était pas dans l'équipe. Jonathan Walasiak, qui était en plein boum, a disparu de la circulation dès l'arrivée de Sergio. Et plus loin dans le temps, Cédric Roussel, qui avait tous les atouts pour reprendre de la tête les caviars de Conceiçao et Rapaic, ne s'est jamais imposé parce que - selon certains - il n'était pas dans les grâces du maestro. La claque donnée au journaliste Marc Delire reste une des pages les plus noires du passage de Conceiçao au Standard. Delire avait eu le " culot " de ne pas mettre ce joueur dans son équipe type de la saison. Il l'a payé lors du repas de présentation de l'équipe à la presse. On retiendra aussi les doigts d'honneur adressés par Conceiçao aux supporters de Zulte Waregem. Des gestes qui ne correspondent pas du tout au talent du personnage. Doctor Sergio et Mister Conceiçao... par pierre danvoye et patrice sintzen - photos: reporters