D aniel Zitka : " Par rapport à l'année passée, j'ai incontestablement gagné en sérénité. Le contexte n'y est probablement pas tout à fait étranger : à mon arrivée au Parc Astrid, au cours de l'été 2002, je faisais figure de doublure de Filip De Wilde. Cette fois, j'ai entamé la saison comme titulaire, troquant dans l'intervalle mon maillot frappé du 22 contre celui, nettement plus symbolique pour un gardien, de numéro un. Ce n'est peut-être qu'un détail mais, à mes yeux, il a toute son importance. Car depuis mes débuts en Belgique, en 1999, il ne m'avait encore jamais été attribué. A Lokeren, pour rappel, il était l'apanage de Mladen Dabanovic, arrivé au club quelques semaines à peine avant moi. En dépit de son statut d'international à part entière en Slovénie, qui contrastait singulièrement avec mon absence totale d'expérience à ce niveau pour le compte de la Tchéquie, je n'ai jamais eu le sentiment d'un véritable décalage entre lui et moi tout au long des trois campagnes passées à Daknam. En revanche, lors de mes premiers pas au Sporting, je me suis d'emblée senti tout petit au côté d'un keeper ayant été, lui aussi, incontournable en sélection nationale pendant bon nombre d'années. J'étais impressionné par son volume de travail et son savoir-faire, malgré ses 38 ans bien sonnés. Au lieu d'essayer de traiter d'égal à égal avec lui, j'ai sans doute eu tort d'adopter un profil bas. Je me suis résigné et, avec le recul, je me dis que cette attitude explique peut-être pourquoi je n'étais pas prêt, physiquement et mentalement, à assumer la relève au moment où il dut déclarer forfait avant notre déplacement à l'Antwerp pour le cinquième match. Cette rencontre tourna au vinaigre pour moi, dans la mesure où j'y encaissai deux buts de Patrick Goots, précipitant la première défaite du Sporting en championnat. Par après, je n'eus pas l'occasion de me ressaisir face à Stabaek et, sur le sol belge, je ne parvenais décidément pas, non plus, à maintenir mes filets intacts. De fait, il m'aura fallu attendre jusqu'à la mi-novembre, et plus particulièrement jusqu'à la rencontre en déplacement à Midtjylland ...

D aniel Zitka : " Par rapport à l'année passée, j'ai incontestablement gagné en sérénité. Le contexte n'y est probablement pas tout à fait étranger : à mon arrivée au Parc Astrid, au cours de l'été 2002, je faisais figure de doublure de Filip De Wilde. Cette fois, j'ai entamé la saison comme titulaire, troquant dans l'intervalle mon maillot frappé du 22 contre celui, nettement plus symbolique pour un gardien, de numéro un. Ce n'est peut-être qu'un détail mais, à mes yeux, il a toute son importance. Car depuis mes débuts en Belgique, en 1999, il ne m'avait encore jamais été attribué. A Lokeren, pour rappel, il était l'apanage de Mladen Dabanovic, arrivé au club quelques semaines à peine avant moi. En dépit de son statut d'international à part entière en Slovénie, qui contrastait singulièrement avec mon absence totale d'expérience à ce niveau pour le compte de la Tchéquie, je n'ai jamais eu le sentiment d'un véritable décalage entre lui et moi tout au long des trois campagnes passées à Daknam. En revanche, lors de mes premiers pas au Sporting, je me suis d'emblée senti tout petit au côté d'un keeper ayant été, lui aussi, incontournable en sélection nationale pendant bon nombre d'années. J'étais impressionné par son volume de travail et son savoir-faire, malgré ses 38 ans bien sonnés. Au lieu d'essayer de traiter d'égal à égal avec lui, j'ai sans doute eu tort d'adopter un profil bas. Je me suis résigné et, avec le recul, je me dis que cette attitude explique peut-être pourquoi je n'étais pas prêt, physiquement et mentalement, à assumer la relève au moment où il dut déclarer forfait avant notre déplacement à l'Antwerp pour le cinquième match. Cette rencontre tourna au vinaigre pour moi, dans la mesure où j'y encaissai deux buts de Patrick Goots, précipitant la première défaite du Sporting en championnat. Par après, je n'eus pas l'occasion de me ressaisir face à Stabaek et, sur le sol belge, je ne parvenais décidément pas, non plus, à maintenir mes filets intacts. De fait, il m'aura fallu attendre jusqu'à la mi-novembre, et plus particulièrement jusqu'à la rencontre en déplacement à Midtjylland pour garder le nul au marquoir. Ce soir-là, j'ai franchement ressenti une énorme délivrance ".. " Dès cet instant, mes prestations sont allées crescendo. Avec, toutefois, une exception qui confirme la règle : le match de sinistre mémoire que toute l'équipe, et moi-même, avons livré au Panathinaïkos, en huitièmes de finale de la Coupe de l'UEFA en février. Nous étions tous, sans exception, dans un jour sans à Athènes. Mais si l'on pardonne aisément à un attaquant d'avoir loupé l'immanquable ou à un médian de s'être montré peu inspiré dans ses passes, un portier n'a jamais droit à cette même clémence. Certains se sont acharnés sur moi, après coup, et j'ai bien cru, à ce moment-là, que mon rival, complètement rétabli, allait récupérer sa place dans les buts. Mais le coach, pour des raisons qui ne regardent que lui, décida de me maintenir sa confiance. Personnellement, cette mesure fit l'effet d'un incroyable stimulant sur moi et, depuis ce moment, je crois pouvoir dire, sans me pousser du col, que j'ai disputé un dernier tiers de saison de haut vol. Au même titre d'ailleurs que mes partenaires, puisque nous étions parvenus à aligner à cette époque dix victoires d'affilée avant de conclure sur une mauvaise note à Beveren. Mais ce jour-là, il était d'ores et déjà acquis que la deuxième place en compétition belge ne nous échapperait plus. Depuis ce retour contre les Grecs, j'ai baigné dans une douce euphorie. En football, toutefois, il est bien connu que le bonheur des uns fait immanquablement le malheur des autres. Et, par mes prestations, j'ai sans doute coupé définitivement l'herbe sous les pieds de Filip De Wilde. Je sais qu'il a été très déçu de ne pas avoir eu une nouvelle chance après notre dégelée à Athènes. Mais il est tout à fait faux de prétendre, comme l'un ou l'autre l'a écrit, que nos rapports se sont complètement dégradés par la suite. Il n'y a jamais eu de contentieux entre nous, qu'on se le dise. La preuve : aujourd'hui, alors que nos chemins se sont séparés, nous nous envoyons encore régulièrement des SMS. Ce n'est quand même pas l'attitude de deux personnes prétendument ennemies. Aussi loin que je me souvienne, d'ailleurs, je n'ai jamais eu maille à partir avec qui que ce soit sur un terrain ou dans un vestiaire. Jacky Munaron me le reproche parfois, arguant que je suis souvent beaucoup trop gentil, tant avec mes coéquipiers qu'avec mes adversaires. Mais c'est ma nature qui veut ça. Je suis un géant débonnaire. Le bon soldat Schweik en quelque sorte (il rit) ". " J'ai pleinement conscience d'être un privilégié car j'appartiens à cette rare catégorie de gens qui peuvent se féliciter d'avoir fait de leur hobby leur métier. Si je n'avais pas eu ce coup de pouce du destin, tout porte vraiment à croire que j'aurais continué à exercer mon métier d'électricien à Hahirov, la ville dont je suis originaire et qui se situe dans la région la plus pauvre de Tchéquie. Pendant trois ans, j'ai travaillé dans une usine qui jouxtait une mine de charbon. Mon occupation journalière consistait à réparer les engins et autres machines défectueuses. Par bonheur, je n'ai jamais dû prendre l'ascenseur pour descendre jusque dans les entrailles de la terre, contrairement à un copain soudeur qui prenait franchement des risques, journellement, en provoquant des étincelles à 1.000 mètres de profondeur. J'entretiens toujours un contact étroit avec lui et je ne peux m'empêcher d'avoir une très grande admiration pour ce garçon qui bosse pour un salaire de misère alors que moi-même je gagne autrement mieux ma vie que lui, tout en n'étant pas exposé au même danger. J'ose espérer qu'il conservera toujours la foi et qu'il aura toujours un but dans son existence. Car beaucoup, malheureusement, se réfugient dans l'alcool pour oublier le quotidien. Je suis d'autant mieux placé pour en parler que j'ai vécu moi-même cette situation à la maison. Mon père a toujours bu. Dès lors, ce fut souvent l'enfer chez nous. Je ne comprenais pas pourquoi il dépensait nos faibles ressources au café alors qu'au même moment, ma mère, ma s£ur, mon frère cadet et moi grelottions de froid à la maison pour la bonne et simple raison que nous ne pouvions pas nous payer de quoi nous chauffer. Il y a six ans, mes parents ont divorcé. Il est vrai que la situation était devenue invivable. Dans ces conditions, il valait mieux que chacun se sépare. Ma mère vit avec mon frère actuellement. A intervalles réguliers, je leur envoie de l'argent pour qu'ils puissent nouer les deux bouts. Mon père, lui, vit seul de son côté. Il n'a toujours pas chassé ses vieux démons, au contraire. Il pensait qu'avec le président Vaclav Havel, tout irait mieux et que les problèmes du pays seraient résolus en un tournemain. Mais la réalité est tout autre. Du coup, il se réfugie tant et plus dans la boisson, tout en dilapidant ses maigres ressources au casino. C'est triste. Très triste ". " Ayant £uvré moi-même pour une aumône en Tchéquie, je connais la valeur d'un euro. Contrairement à certains footballeurs britanniques de renom, je ne perdrai jamais d'argent aux jeux de hasard ou aux courses, pour la bonne et simple raison que je ne me hasarde pas à ces pratiques. Mon seul péché mignon, de temps à autre, ce sont les cartes. Mais les mises, chez nous, sont dérisoires. L'année passée, sur l'ensemble de la saison, mon passif n'est jamais descendu au-dessous des 50 euros. Tout comme mon actif d'ailleurs (il rit). Je me garde de faire des folies. Dernièrement, nous avions un week-end de libre au Sporting. Mon épouse aurait aimé le mettre à profit pour retourner au pays. L'année passée, nous nous étions permis semblable escapade à un moment donné. Il nous en avait alors coûté un total de 280 euros. Cette fois, le prix du billet d'avion était de 300 euros par personne. Désolé, mais à ce prix-là, je préfère rester en Belgique et me payer un bon petit plat ou m'offrir de nouveaux habits. Une fois par an, en général, je sacrifie à ce rituel. Je ne suis pas comme Gilles De Bilde, qui flashe pour les noms prestigieux. En ce qui me concerne, des vêtements sportifs du type TommyHilfiger suffisent à mon bonheur. Je n'ai pas de prédilection non plus pour les couleurs. D'après mon épouse, tout me va comme un gant. Pour jouer au goal, j'ai néanmoins une prédilection pour les couleurs chaudes comme le jaune ou le rouge. J'ai l'impression que ces tons agissent comme des aimants sur un ballon. Mais je ne suis pas superstitieux pour autant. Face au Rapid Bucarest et au Wisla Cracovie, j'ai joué avec une vareuse grise. Et nous nous sommes qualifiés. Mais ce n'est pas une raison, pour moi, d'enfiler une tenue similaire contre l'Olympique Lyonnais. S'il n'y a pas moyen de faire autrement, je m'y résoudrai sans arrière-pensée. Sinon, j'agirai comme d'habitude, en enfilant un maillot plus voyant ". " Beaucoup auraient aimé croiser le fer avec un adversaire de prestige espagnol ou italien à l'occasion de cette Ligue des Champions. Martin Kolar et moi faisions sans doute figure d'exceptions puisque notre souhait consistait à hériter du Sparta Prague. Le sort en a décidé autrement et c'est dommage car nous avions tous deux des raisons de nous sublimer face aux champions de Tchéquie. Martin parce qu'il voulait tout simplement prouver qu'il avait eu la bonne intuition de préférer le Sporting à un club qui l'avait pourtant courtisé à l'époque où il militait aux Bohemians. Et moi-même parce que j'avais à c£ur de prouver que l'on peut être un bon portier, en Tchéquie, sans nécessairement jouer dans le club-phare de la capitale. C'est une tradition au pays : quel que soit son niveau, le gardien du Sparta est automatiquement repris en sélection, tantôt comme titulaire, tantôt comme réserviste. J'estime que c'est faire peu de cas des autres, qui sont peut-être tout aussi méritants. Et c'est pourquoi j'aspirais à un tel duel, afin de pouvoir démontrer mes qualités. Dans mon pays, il faut bien l'avouer, personne ne me connaît. Ou ne reconnaît mes qualités. Là-bas, je suis un Mister Nobody. Cette situation a, bien sûr, ses avantages aussi. Contrairement à Karel Poborsky, je ne suis pas assailli en rue par les chasseurs d'autographes. Je peux me promener en toute quiétude dans la rue, sans être importuné le moins du monde. D'un côté, c'est bien. Mais, d'autre part, je me dis que c'est anormal pour un garçon, comme moi, qui défends quand même les buts d'un grand club en Belgique. Et je ne cache pas que j'aspire à ce que cette donnée change. C'est pourquoi cette Ligue des Champions n'est pas seulement importante que pour le Sporting. Elle doit aussi me permettre de sortir de l'anonymat dans mon pays. Et je veux évidemment tout mettre en £uvre pour y parvenir. A commencer par ce soir contre Lyon. Les Olympiens sont prévenus ". " Nous grelottions de froid pendant que mon père se saoulait "" De Wilde un ennemi ? On s'envoie souvent des SMS "