"Prêt pour ton interview d'adieu ? " Dès la première question, Timmy Simons surprend : " Attention, ne jamais dire jamais... " Quoi, il continuerait donc encore un peu ? À 41 ans... et demi ? Est-ce bien raisonnable ? " Non, normalement c'est fini, mais bon, je ne peux pas le garantir à 100 %. En fait, ça doit faire sept ans qu'on programme ma fin de carrière à la fin de chaque saison. Tu pourrais interroger les gens du staff, ils pourraient te parler des kilomètres que je fais encore à l'entraînement, de l'intensité. Tout est enregistré, et la conclusion, c'est que je suis encore en super forme. Le drive n'a jamais diminué. "
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"Prêt pour ton interview d'adieu ? " Dès la première question, Timmy Simons surprend : " Attention, ne jamais dire jamais... " Quoi, il continuerait donc encore un peu ? À 41 ans... et demi ? Est-ce bien raisonnable ? " Non, normalement c'est fini, mais bon, je ne peux pas le garantir à 100 %. En fait, ça doit faire sept ans qu'on programme ma fin de carrière à la fin de chaque saison. Tu pourrais interroger les gens du staff, ils pourraient te parler des kilomètres que je fais encore à l'entraînement, de l'intensité. Tout est enregistré, et la conclusion, c'est que je suis encore en super forme. Le drive n'a jamais diminué. " Il va donc - plus que probablement - partir avec une carte de visite qui pèse une tonne. Quatre titres de champion, trois Coupes et quatre Supercoupes chez nous, trois titres et une Supercoupe aux Pays-Bas, un Soulier d'Or, un trophée de Footballeur Pro de l'Année et 94 matches en Diable. Le petit Timmy, à 18 ans, il aurait osé rêver de tout ça ? TIMMY SIMONS : Prends n'importe quel gamin qui joue au foot, il a des rêves. Mais pour qu'ils soient réalistes, c'est encore autre chose. Il faut se rappeler où j'en étais à 18 ans. Même pas encore à Lommel, hein ! Moi, à 18 ans, j'étais bien loin du professionnalisme. Je jouais à Diest, en D2. Quand j'avais 20 ans, j'étais toujours là-bas et on a basculé en D3. Être pro, ça me paraissait plus éloigné que jamais. Le moment clé a été mon transfert à Lommel. Cette étape-là a été plus importante que mon passage à Bruges, un peu plus tard. Est-ce que j'avais le niveau pour une équipe comme Lommel ? Personne n'en était sûr. Ils ont pris deux joueurs de Diest : Wim Van Diest et moi. Il était leur premier choix, ils le prenaient pour être un titulaire. J'ai été inclus dans le deal. Je ne dis pas que j'étais le paquet cadeau, le bonus de ce deal, mais c'était un peu ça quand même. J'étais en tout cas un point d'interrogation, un investissement pour le futur, pas une solution à court terme. J'ai pris un risque. En devenant professionnel, j'allais gagner moins qu'à Diest, où je combinais le foot avec un job dans une société de châssis. Je produisais, je plaçais. Je me suis donné deux ans pour percer en tant que pro. C'était clair pour moi : si ma carrière ne décollait pas, je retournais travailler dans l'entreprise. Entre 2002 et 2008, en Belgique puis aux Pays-Bas, tu as gagné un trophée chaque année. Ça a été ta plus belle période ? SIMONS : Pas sûr. Parce que j'ai aussi traversé des moments difficiles, malgré ces titres et ces coupes. J'ai eu des périodes moins fastes que certaines années où je n'ai rien gagné. Par exemple, la saison passée à Bruges, c'était super même si on n'a rien gagné. Pour moi, des saisons pareilles ont plus de saveur que certaines années où j'ai été champion. C'était quoi, ton plus grand club ? Bruges, le PSV ou Nuremberg ? SIMONS : Chaque club a ses particularités et son charme. Mais question engouement et tout le reste, Nuremberg vient en tête. Le stade, les conditions d'entraînement, l'enthousiasme des gens, la grandeur. Tu ne peux pas comparer ça au championnat de Belgique ou des Pays-Bas. Avec Bruges et le PSV, tu savais que tu allais batailler chaque saison pour gagner quelque chose. Avec Nuremberg, c'était différent. Mais le fait de jouer en Bundesliga, ça compensait ? SIMONS : Exactement. Les objectifs n'étaient pas les mêmes. Là-bas, on commençait le championnat en visant le maintien. Et quand on se maintenait, c'était une victoire, la saison était réussie. On a même fait mieux que ça, on a failli se qualifier pour la Coupe d'Europe, ça s'est joué dans le tout dernier match. Ce que j'ai vécu là-bas, c'était complètement fou. Tu vas à Schalke, tu vas à Dortmund, tu vas à Munich, c'est fantastique. On peut s'éclater en Allemagne, il ne faut pas se limiter aux clichés sur les Allemands. Ils sont très ouverts. À côté de ça, il y a leur Gründlichkeit... Gründlichkeit, Gründlichkeit, c'est un art de vivre. La minutie, le sérieux, le professionnalisme, la discipline, le perfectionnisme. Ils sont nés avec ça, ils ont grandi avec ça, ça leur paraît simplement normal. Tu dis à un footballeur allemand d'aller courir deux heures, il fait ses lacets et il est parti pour deux heures. En rentrant, il va peut-être poser des questions, demander si c'était une bonne chose ou pas, si ce n'était pas un peu trop pour le corps. Ici, c'est l'inverse, on pose les questions avant de démarrer. Tu n'as pas rêvé de te retrouver dans un club allemand du top ? SIMONS : Je suis passé tout près... Mais c'était avant de partir à Nuremberg. En 2003, Schalke me voulait, on avait trouvé un accord sur le contrat. Mais les Allemands ne voulaient pas donner la somme que Bruges réclamait, et ma philosophie a toujours été que toutes les parties devaient s'y retrouver pour que je change de club. Alors, j'ai prolongé. Et deux ans plus tard, je suis parti au PSV. Je ne l'ai jamais regretté. L'année passée, tu as joué ton millième match en équipe Première. Un jour vraiment spécial ? SIMONS : Un jour comme un autre. Vraiment ! J'étais fier de passer un cap pareil, ça prouvait que j'avais fait une belle carrière mais ça ne changeait pas ma vie. On a fait un livre sur mon parcours, c'était chouette mais ça s'arrête là. Vivre dans un vestiaire où tes coéquipiers pourraient être tes enfants, ce n'est pas parfois compliqué ? SIMONS : Vraiment pas. Les mentalités ont évolué mais je ne vais pas faire comme tous les joueurs d'un certain âge qui disent que c'était mieux avant. C'était différent, simplement. Dans tous les vestiaires, tu as des gamins qui ont plein de maturité et des trentenaires qui continuent à faire des erreurs. L'âge n'explique pas tout. Partout où je suis passé, j'ai observé, j'ai écouté et j'ai appris. Par exemple, j'ai appris énormément d'un gars comme Phillip Cocu au PSV. Si je dois citer le pro le plus exemplaire que j'ai côtoyé, c'est lui que je choisis. Tu considères que tu es à nouveau champion de Belgique cette saison ? Ou tu ne vois pas les choses comme ça, vu ton temps de jeu très limité ? SIMONS : Je suis champion dans un rôle différent. Mais ce n'est pas une surprise pour moi, tout avait été communiqué clairement à l'avance. Le coach et les dirigeants m'avaient dit : - Si l'équipe tourne, tu vas beaucoup moins jouer. J'avais répondu : - Très bien pour moi, et si vous avez besoin de moi, à tout moment, je serai fit. J'ai joué au début, puis l'équipe a commencé à bien fonctionner sans moi. Quand tu vois le résultat final, tu peux dire que l'entraîneur et les joueurs ont bien bossé. Mais tu pensais jouer aussi peu ? SIMONS : Il y a clairement des gens qui ont plus de problèmes que moi avec ça... Vraiment. Je ne voulais pas de cadeau. Je me suis entraîné à fond tous les jours, j'ai fait plus de kilomètres que pas mal de joueurs, je suis fier d'avoir pu faire ça pendant toute la saison. Je suis encore une fois champion, en ayant tenu un rôle différent. Dans le vestiaire surtout. C'est aussi une fierté. Les jeunes ont profité de mon expérience, je leur ai beaucoup parlé, je les ai conseillés. Quand il fallait pousser, j'ai poussé. Je pense que j'ai bien fait tout ça. Et tout le monde n'a pas avalé aveuglément ce que je disais, chacun a fait son tri, c'est très bien, ça veut dire qu'il y a beaucoup de maturité dans ce vestiaire. Olivier Deschacht a avoué qu'il aurait dû s'inspirer de ton exemple, viser un rôle dans le vestiaire d'Anderlecht plutôt qu'une place dans l'équipe. Il ne l'a pas compris et c'est pour ça qu'il a mal vécu la saison. SIMONS : Attention, j'ai toujours eu l'ambition de jouer, le plus possible, et j'ai toujours continué à m'entraîner avec cette idée-là. Mais quand des gars comme Marvelous Nakamba et Jordy Clasie sont fit, avec autant de qualités, qu'est-ce que je peux dire ? Je préfère finir champion avec un tout petit temps de jeu que deuxième avec 100 % du temps sur le terrain hein. Ce n'est pas Timmy Simons qui compte, c'est l'équipe. J'ai eu mon temps... Ton plus beau titre avec le Club, c'était lequel ? SIMONS : Quand tu es champion au bout d'un match contre Anderlecht, en plus à domicile, ça a une saveur vraiment particulière. On a réussi ça deux fois, avec Trond Sollied et Michel Preud'homme. Ce sont des images pour la vie : l'enthousiasme débridé des supporters au moment où notre car arrive au stade, les feux de Bengale, après ça tu assumes sur le terrain puis c'est la grande fête au coup de sifflet final. Et le lendemain, tu poursuis dans la ville. C'est unique. Quand tu vois tes coéquipiers fêter une belle victoire sur le terrain alors que toi, tu es en tribune, il te manque quelque chose ? SIMONS : Ne t'inquiète pas, je passe suffisamment de temps avec eux... Si je ne joue pas, je n'ai pas les émotions de celui qui a joué. Mais je suis avec le groupe à l'échauffement, dans le vestiaire, dans le tunnel, donc je vis avec eux. Et point de vue adrénaline, c'est en tribune que j'en ressens le plus. Parce que je ne peux pas évacuer mes frustrations comme je le ferais si je jouais. Sur le terrain, je peux me lâcher. Sur le banc, je suis aussi un peu dans l'action. Mais en tribune, je dois essayer de rester calme alors que je suis un nerveux. Quand tu dois aller en tribune, tu l'apprends à quel moment exactement ? SIMONS : Seulement après l'échauffement. Et là, qu'est-ce qui te passe par la tête ? SIMONS : C'est la vie. Et tu sais ce que je fais, quand le Club joue à domicile ? Dès que le match commence, je mets mes baskets, je file dans la salle de sport et je cours sur le tapis en regardant le match à la télé. Je fais entre 10 et 14 kilomètres, je cours plus que ceux qui sont sur le terrain ! Et à la mi-temps, je redescends dans le vestiaire. Je participe à la discussion, et quand les joueurs sortent pour la deuxième mi-temps, je prends ma douche. Après ça, je suis le reste du match sur une autre télé dans une salle du stade. Je ne vais pas en tribune quand on joue ici ! Tu sais que si tu avais choisi d'aller dans un moins bon club pour cette saison, tu aurais sans doute beaucoup joué ? SIMONS : Peut-être. Mais j'ai fait un choix. Cet hiver, un autre club de D1 m'a proposé un contrat d'un an et demi. Mais je ne me voyais pas trop changer en pleine saison, ça ne me tentait pas. Débarquer dans un nouvel environnement, dans un nouveau noyau, recommencer à zéro, j'ai choisi de ne pas le faire. J'estimais aussi que je pouvais avoir plus d'impact ici qu'ailleurs, même en jouant peu. En février, quand tu es monté pour une minute au Standard, tu es devenu le plus vieux joueur de champ de l'histoire du championnat de Belgique... SIMONS : Tu veux sans doute savoir si c'était important pour moi ? ... Aucune importance. Vraiment. C'est pour les livres, ces trucs-là. En plus, deux jours plus tard, un journaliste flamand a découvert qu'un gars de Saint-Trond avait joué en étant encore plus âgé que moi, il y a très longtemps. Bref, on a fait tout un foin pour rien... Tout le monde pensait que si je jouais, j'allais devenir le nouveau recordman, on tartinait là-dessus depuis des semaines. Tout ça pour ça. Cette petite minute, c'était un petit cadeau d'Ivan Leko ? SIMONS : Alors, là, je t'invite à revoir les images ! Je me prépare à rentrer, puis il décide de faire monter un autre joueur. Je remets mon survêtement. Puis tout à coup, il estime que c'est moi qui dois y aller parce que le Standard pousse très fort. Non, il ne m'a pas fait jouer cette minute pour me faire plaisir, pour me faire entrer dans le livre des statistiques. Ce sont les circonstances du match qui ont fait que j'ai joué cette minute, rien d'autre. Tu sais que des supporters de Bruges ont préparé un tee-shirt spécial pour le dernier match de la saison, Bruges - Gand ? SIMONS : Oui, je l'ai vu parce qu'ils m'ont demandé d'en dédicacer quelques-uns. Normalement, tu vas jouer... Tu sais déjà que ce sera très spécial ? SIMONS : Oui mais je ne sais pas exactement ce que je vais ressentir. Ça risque de se bousculer dans ma tête. Il y aura beaucoup de fierté en tout cas. Ils ont mis ce message sur le tee-shirt : There's only one Timmy Simons. C'est un bon résumé ? SIMONS : Je pense bien. Pourquoi tu es si unique ? SIMONS : J'ai mes particularités. Je suis calme quand il le faut. Nerveux quand il le faut. Il y a longtemps que j'ai un rôle dans le vestiaire. J'ai toujours assumé comme capitaine. Je peux regarder tout le monde dans les yeux. J'ai parfois eu des discussions animées avec mes entraîneurs mais ça ne s'est jamais retrouvé dans les journaux. J'ai toujours tenu à ce que n'importe quel désaccord reste en interne. Toujours cette image de beau-fils idéal... Tu y tiens ? SIMONS : Il ne faut pas exagérer. J'ai parfois fait des trucs qui étaient un peu à la limite, moi aussi. Des sorties, une alimentation pas toujours très réfléchie. Simplement, tu dois savoir quand tu peux te lâcher. Tu dois aussi pouvoir profiter des bons moments. Avec le recul, je crois que j'ai même trop peu profité. J'avais trop tendance à être directement focus à fond sur le match à venir. Tu as transformé 62 penalties, tu n'en as raté que six. Tu te souviens de ratés particuliers ? SIMONS : Celui qui m'a le plus marqué, c'était au Bayern. Manuel Neuer était blessé, c'était Tom Starke qui jouait. Il a pris le ballon en pleine tête. Et c'était puissant. Si tu as un secret, maintenant tu peux le dire. SIMONS : Je choisis toujours mon côté avant de prendre mon élan et je frappe le plus fort possible. Il y a des joueurs qui réfléchissent pendant leur course d'élan, ils analysent les mouvements du gardien. Ça m'est arrivé une fois ou l'autre, mais très rarement. Parce que c'est dangereux. Il faut réfléchir et s'adapter très vite. Pour moi, c'est plus facile de choisir un côté au moment où tu poses le ballon sur le point de penalty, puis de ne plus changer d'avis. Si tu fixes le gardien, tu n'es pas focus sur le ballon, ce n'est pas l'idéal. Chapeau aux gars qui attendent presque systématiquement le départ du gardien pour choisir un côté et qui le mettent dedans. Le moment le plus difficile de ta carrière, ça a été l'annonce de la sélection pour le Brésil ? SIMONS : Pas sûr. En tout cas, j'en vois d'autres. Pendant ma dernière saison au PSV, quand Fred Rutten choisit de me mettre sur le banc pour faire jouer Orlando Engelaar, ce n'est pas gai à vivre. Quand Dick Advocaat décide subitement de ne plus m'appeler en équipe nationale, c'est dur aussi. Et le Brésil... oui... mais j'aurais fait le même choix que Marc Wilmots. C'est sa communication qui m'a choqué, pas sa décision. Le jour de l'annonce de la sélection, j'ai vu qu'il avait voulu m'appeler. J'ai directement compris que je n'irais pas à la Coupe du Monde. Et je te répète qu'à sa place, j'aurais sans doute décidé aussi de ne pas reprendre Simons. Ce que je reproche à Wilmots, c'est de ne pas m'avoir averti beaucoup plus tôt. Ne me dis pas qu'il a fait son noyau quelques heures avant de l'annoncer à la presse, comme ça sur un coup de tête en se levant. Bullshit ! Il le savait depuis un moment. Il aurait pu me le dire plus tôt, un mois avant, deux mois avant. J'aurais tenu ma langue hein ! Je n'ai jamais rien balancé dans la presse ! Agir comme il l'a fait après tout ce qu'on avait connu ensemble, j'ai eu du mal. On a fait une Coupe du Monde ensemble puis on a eu pendant des années une relation adjoint - joueur puis sélectionneur - joueur. Ça compte, quand même ? Rien que pour ça, j'aurais aimé qu'il soit plus transparent, plus franc.