Avez-vous déjà reçu des SMS de Madrid ?

SAMI KHEDIRA : Non, pas encore. Je suis en contact avec quelques joueurs, comme Luka Modric mais on n'a pas parlé de la Ligue des Champions.
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SAMI KHEDIRA : Non, pas encore. Je suis en contact avec quelques joueurs, comme Luka Modric mais on n'a pas parlé de la Ligue des Champions. KHEDIRA : Peu d'équipes possèdent cette qualité, en effet. On parle toujours des attaquants qui empilent les buts. C'est beau et c'est important mais je pense toujours au football américain. Là, on prétend que l'attaque gagne les matches mais que c'est la défense qui gagne les titres. Mais nous ne sommes pas seulement bons en défense : nous essayons de construire le jeu, de le griffer, comme en quarts de finale contre le FC Barcelone, quand nous avons gagné 3-0. KHEDIRA : Notre moment est venu. Pour moi, tout a un sens, y compris l'élimination contre le Bayern en huitièmes de finale l'année dernière. Nous avons maintenant une motivation supplémentaire. L'équipe veut encore plus ce titre. KHEDIRA : Tout a un sens, à condition d'en tirer les bonnes conclusions. Beaucoup de gens ont pensé que j'avais vu trop grand en intégrant le Real, que j'avais franchi mes limites. Moi, je sentais que je n'étais pas fini. J'ai trente ans, je suis à nouveau en pleine forme et jamais je n'ai été aussi régulier de toute ma carrière. Je compte bien évoluer encore quelques saisons à ce niveau, ce qui implique un travail conséquent. KHEDIRA : J'ai fort peu de véritables jours de congé. Je travaille cinq heures par jour au club et au moins autant à la maison. J'ai un entraîneur visuel personnel et trois ou quatre physiothérapeutes privés, qui viennent chacun à leur tour d'Allemagne. En fait, il y a toujours quelqu'un avec moi. J'ai également revu mon alimentation. Soit on dit qu'on ne peut plus jouer à trente ans, soit on tient encore trois ou quatre ans à ce niveau, en consentant des sacrifices. Mais je ne veux absolument pas revivre le cauchemar des saisons passées. KHEDIRA : J'ai commencé durant ma première saison à la Juventus et j'ai intensifié ce travail cette saison. KHEDIRA : Il s'agit d'accélérer la connexion entre l'information visuelle et sa transmission nerveuse aux muscles. On apprend à anticiper et à analyser les situations plus vite. A notre niveau, des millièmes de seconde peuvent être décisifs. A quelle vitesse puis-je réagir si je vois, du coin de l'oeil, que mon défenseur droit sprinte ? KHEDIRA : Les émotions ont un impact extrême sur le corps et la musculature. L'année dernière, j'ai eu six blessures musculaires, dont quatre n'étaient pas visibles sur les radios. Il ne s'agissait pas de blessures structurelles mais de problèmes neurologiques, donc de stress, de mécontentement. Le mental a déséquilibré mon corps. KHEDIRA : Oui, j'ai dû me restructurer et, par exemple, bien réfléchir quelles personnes inclure dans mon cercle privé. Qui est un intime et qui ne doit pas l'être trop ? Avec l'âge, on a le courage de prendre ce genre de décisions. La peur de perdre quelqu'un joue un rôle, comme l'aptitude à se couper du passé pour se concentrer sur le présent et l'avenir. J'ai donc réorganisé ma vie privée en fonction du football. KHEDIRA : Je renonce au sucre, à la farine blanche et aux produits laitiers. Avant la saison, pendant un atelier au Danemark, j'ai réalisé que des petits changements pouvaient avoir de grandes conséquences. KHEDIRA : La nourriture est notre carburant. Mon corps est soumis à de lourdes charges, à des coups. Je ne veux pas en plus lui infliger des inflammations dues à mon alimentation car ça accroît le risque de blessure. Je l'ai vécu. Depuis que j'ai renoncé à certains aliments, je dors mieux, je me régénère mieux et j'ai plus d'énergie toute la journée. J'ai perdu cinq ou six kilos et j'ai retrouvé le corps que j'avais vers 25 ans. KHEDIRA : Vous n'allez pas le croire mais on peut aussi manger de très bons plats sans farine blanche. J'aime cuisiner. J'échange des recettes avec ma mère et avec mon frère Rani, qui joue au RBG Leipzig. KHEDIRA : Nous varions beaucoup mais j'adore une salade avec de l'avocat, des tomates, des oignons, des lentilles et un pesto de basilic ou de tomates. KHEDIRA : Je ne lis pas de thrillers mais des livres sur des méthodes d'entraînement ou sur la gestion humaine. Je regarde aussi des matches bien particuliers, des grands championnats mais aussi de deuxième Bundesliga. Rani et moi regardons le même match, chacun de notre côté puis nous nous téléphonons à la mi-temps et analysons comment un but a pu être marqué. Rani est déjà très loin, à 23 ans. A son âge, j'étais vautré sur le divan avec des chips tout en regardant distraitement un match, en espérant voir le plus de buts possible. KHEDIRA : Je ne sais pas. Peut-être mon naturel. Je suis très volontaire et je crois en moi comme en mon équipe. Je suis très critique envers moi-même comme envers les autres. Je suppose que je pique certaines personnes au vif. Je pense en tout cas avoir de l'influence sur mes coéquipiers. KHEDIRA : Durant ma première saison pro à Stuttgart, j'étais entouré de joueurs comme Pavel Pardo et Fernando Meira. Pardo n'a jamais été une star mais il rendait ses coéquipiers meilleurs. C'est un art que peu de joueurs ont. Il y a des artistes, des dribbleurs, des meneurs de jeu mais peu de joueurs dont on regrette vraiment l'absence. J'espère appartenir à cette catégorie. KHEDIRA : Oui, c'est un mélange de talent et d'entraînement. KHEDIRA : Surtout avant l'arrivée de ma femme d'ouvrage ! Mais j'aime que tout soit propre et symétrique. KHEDIRA : J'ai eu des entraîneurs fantastiques. Pas seulement José Mourinho ou Carlo Ancelotti au Real mais aussi Christian Gross à Stuttgart et mes entraîneurs de jeunes. J'ai appris très tôt à lire un match. On parle toujours de statistiques, de duels gagnés. Le seul aspect non mesurable, c'est l'intelligence tactique, l'art de se placer pour éviter un duel. J'essaie d'anticiper les phases. KHEDIRA : Au match aller contre Monaco, j'étais suspendu. Ça m'a permis de bien analyser le jeu de mes deux adversaires pour le match retour. C'est comme les pilotes de F1, qui parcourent le circuit des centaines de fois avec la PlayStation mais aussi avec leur cerveau. Au Real, Xabi Alonso jouait cent fois le ballon de la même façon en match mais pas à l'entraînement car je savais exactement où le ballon allait arriver. KHEDIRA : Clairement. Nous avons besoin de joueurs très rapides mais aussi d'éléments qui dirigent le jeu, qui savent quand jouer de l'avant ou reculer, quand aller vite ou ralentir. Mario Mandzukic, notre avant, est aussi très intelligent. KHEDIRA : Il a remarqué contre Monaco que le jeu allait constamment de haut en bas. Mario s'est dit qu'à 2-0, nous étions dans une situation idéale et qu'il ne fallait pas risquer de prendre un but en contre en essayant de marquer un troisième but à tout prix. Il a donc cassé le rythme. Peu d'attaquants font ça. KHEDIRA : Chaque équipe a besoin de joueurs possédant ces caractéristiques. Reste à voir si on les reconnaît. J'ai dû me battre à Stuttgart et au Real car je ne jouissais pas de cette reconnaissance. Au Real, si on dispute dix bons matches puis qu'on est invisible deux fois, on est mauvais. KHEDIRA : Non, mais les joueurs qui se distinguent rejettent les autres dans l'ombre alors qu'ils ont besoin d'eux pour les délivrer du travail défensif, leur passer le ballon, anticiper, empêcher les contres et veiller à ce qu'on gagne le match. Veiller à ce qu'on marque trois buts sans en encaisser quatre. C'est aussi pour ça que je voulais me réorienter. La Juventus s'est présentée au bon moment. KHEDIRA : Le club est très attentif aux joueurs qu'il transfère. Notre avant Gonzalo Higuain a coûté 90 millions mais il est collectif, il travaille pour l'équipe, il réfléchit, il se bat et tente de conquérir le ballon. Il est notre premier défenseur. Paulo Dybala, un excellent individualiste, se fond aussi dans le groupe et respecte le travail des autres lignes. En fait, ce respect est mutuel. Nous défendons et attaquons tous ensemble. Jouer et réfléchir, c'est la clef. KHEDIRA : Oh oui ! Il a un peu changé depuis mais de mon temps, cette dualité était extrême. J'étais triste d'être sifflé. Certes, nous sommes bien payés mais nous sommes aussi des êtres humains qui s'investissent beaucoup. Je donne tout ce que j'ai pour mon club et je m'identifie complètement à lui. Donc, j'avais un goût amer en bouche à Madrid. KHEDIRA : C'est un travail considérable, avec beaucoup de tactique et, parfois, beaucoup de dureté. Allegri ne cesse de nous rappeler des tas de choses. Nous entraînons toutes les situations possibles : les quatre défenseurs et deux médians face aux attaquants, les mouvements de toute l'équipe, la transition en perte de balle, la défense haut, bas, sur un contre, etc. Par moments, je me demande si on ne pourrait pas faire autre chose mais ce sont ces détails qui font la différence en Ligue des Champions. Et les résultats sont là. KHEDIRA : Oh, Allegri s'occupe aussi des solutions de jeu, de l'attaque... Il y a deux parties dans la séance : le travail défensif pour tous et l'aspect offensif, pour tous aussi. J'ai déjà beaucoup appris en Italie. KHEDIRA : Il est très exigeant. Il comprend ses joueurs et il est le plus mauvais anglophone de toute ma carrière ! Mais nous nous entendons vraiment bien. par Julius Müller-Meiningen - photos Belgaimage" Peu de joueurs ont le don de rendre les autres meilleurs. Je pense appartenir à cette catégorie. " Sami Khedira