Les gens ont un avis bien tranché lorsqu'on parle d' Obbi Oulare : trop fainéant, trop impatient. Et surtout trop sujet aux blessures. Un gars solide et costaud dont le réservoir est limité, entend-on souvent. Oulare a les apparences contre lui et son double mètre ne l'aide pas. " Sur un terrain, je ne peux pas me cacher. Avec mon 1,96 mètre et mes 100 kilos, vous ne me verrez pas toujours en train de courir ", reconnaît-il. " Que je fasse bon ou mauvais usage du ballon, tout le monde le voit. Je sais aussi que beaucoup de gens ont l'impression que je suis fainéant. Je donne peut-être l'apparence d'une certaine facilité, lorsque je ne suis pas dans le match. Mais, soyons clair : je ne suis pas fainéant. "

Mon père, Laszlo Bölöni et Aimé Anthuenis ne cessent de répéter la même chose : je dois être davantage présent dans les 16 mètres. " Obbi Oulare

Derrière la façade gigantesque d'Oulare (22 ans) se cache un homme sensible, au sens large du terme. " Je ne veux pas montrer cette facette de ma personnalité. Ou, du moins, le moins possible. J'accepte, par exemple, difficilement le fait que l'on juge les individus sur leur tendance à être souvent blessé. Comme si un footballeur aimait se retrouver sur la touche et travailler sans cesse à sa revalidation. Et alors, ces remarques selon lesquelles les blessures seraient dues au comportement et à l'alimentation ? Croyez-vous que Vincent Kompany ne se repose pas assez, n'a aucune hygiène de vie et ne s'entraîne pas suffisamment ? Si Vince s'est retrouvé aussi souvent sur la touche, c'est de la pure malchance. Mes blessures à moi étaient dues à un problème de hanche. Ce problème a été résolu. "

Comment une personne sensible comme toi réagit-elle aux critiques parfois acerbes des supporters et des médias ?

OBBI OULARE : Parfois, elles sont dures à supporter. Personne n'aime être critiqué. Après le match contre Gand, j'ai lu des choses qui n'avaient rien à voir avec le football. Et après le match à Charleroi, ces mêmes journalistes qui m'avaient traité de moins que rien m'ont subitement encensé. Il faut apprendre à accepter les commentaires négatifs. Oser se regarder dans le miroir. C'est trop facile de dire : je n'ai pas eu de chance. Si rien ne réussit, c'est aussi parce que l'on n'a pas forcé la chance.

" Je suis au sommet de ma forme "

Est-il exact que tu n'as jamais été aussi affûté qu'aujourd'hui ?

OULARE : Sur le plan de la condition physique, je suis au sommet de ma forme. Et ce n'est pas un hasard car je suis un programme individuel. Parfois, je m'adonne à un cross de 40 minutes dans les bois pendant que les boys sont sur le terrain. Pendant le stage hivernal en Espagne, je suis parfois allé courir à sept heures du matin avec l'estomac vide. Ce n'est pas le plus agréable - j'ai horreur de courir sans ballon - mais c'est efficace. Jadis, j'avais toujours trop d'acide lactique et j'avais les jambes lourdes. A Charleroi, nous avons joué les dix dernières minutes à neuf contre onze, mais je n'ai jamais senti venir les crampes. Ces dernières années, j'avais toujours le chrono du stade à l'oeil, car je savais qu'après l'heure de jeu, les crampes apparaîtraient. Ma condition s'est donc améliorée, en comparaison de ce qu'elle était il y a trois ans à Bruges. Aujourd'hui, je serais sans doute capable de jouer trois matches par semaine. Alors que durant ma période au Club, j'avais déjà du mal à tenir 90 minutes.

Souffrais-tu déjà de crampes chez les jeunes ?

OULARE : Non, cela n'a commencé que lorsque je suis passé professionnel. Je ne fais pas de musculation, je ne bois pas de shakes et pourtant des muscles sont apparus au fil des ans. A cause ou grâce aux entraînements. Il y a quatre ans, je pesais 92 kilos. J'en ai aujourd'hui dix de plus. Si quelqu'un me voyait dans un short de boxeur, il ne penserait pas que je pèse plus de 100 kilos. Mon torse a une apparence normale, mais j'ai de très grosses jambes. Et l'acide lactique apparaît plus vite lorsque je dois beaucoup courir ou sauter. Mon poids joue aussi un rôle sur la manière dont mes muscles se gonflent.

Laszlo Bölöni se demande si tu as assez de caractère pour perdre du poids.

OULARE : C'est difficile... Il faut avoir du caractère et de la discipline. En fait, c'est une question mentale. Je viens de m'en rendre compte et j'en suis arrivé à la conclusion que mon poids jouera un rôle important jusqu'à la fin de ma carrière. Il y a quelques semaines, j'ai encore constaté que deux kilos de différence pouvaient influencer mon match. Mon objectif, c'est de rester en dessous des 100 kilos. Lors du match aller à Zulte Waregem, je pesais entre 98 et 99 kilos, et je me sentais en pleine forme.

Tu devras faire plus pour convaincre le coach. Il s'est exprimé dans les médias et a déclaré qu'il n'était pas encore entièrement satisfait de tes efforts. Est-ce une manière de te piquer au vif ?

OULARE : Il attend plus de moi, et en soi, c'est positif. S'il ne croyait pas en moi, il s'occuperait de quelqu'un d'autre. Je dois cependant lui montrer que j'ai compris son message. Ce qui est bien, c'est que tout ce qui se trouve dans les journaux, il me l'a aussi dit en face et devant le groupe. Sa manière de communiquer - il dit à tout le monde ce qu'il pense - est très appréciée.

" Je n'ai peur de personne "

Tu es parfaitement à l'aise dans le jeu pratiqué par l'Antwerp. Tu peux utiliser la robustesse de ton corps. Ce n'est pas un hasard si Kara t'a décrit comme l'un des meilleurs attaquants contre lesquels il a joué.

OULARE : C'est très agréable de jouer contre des défenseurs comme Kara. A l'entraînement, je recherche aussi la confrontation avec Moustapha Sall, Dylan Batubinsika ou Jelle Van Damme. Je me dis que, si je parviens à m'en défaire, je dois aussi être capable de me jouer d'autres défenseurs de la Jupiler Pro League. Contre Charleroi, Dorian Dessoleil était mon adversaire direct et Christophe Diandy venait en deuxième rideau. Cela arrive souvent que le n°6 adverse vienne prêter main forte à son défenseur. Je dois alors me montrer plus costaud que ces deux hommes.

Cela ne devrait pas te poser de problème. Avec ton corps imposant, c'est plutôt toi qui fais peur à ton adversaire, non ?

OULARE : Je ne pense pas que Samuel Gigot ou Kara aient peur de moi. En tout cas, ce serait une erreur de commencer le match en partant de ce principe. Je n'ai peur de personne. Que mon adversaire soit plus fort, plus rapide ou meilleur footballeur que moi. La plus grande difficulté, pour un joueur de mon gabarit, c'est de supporter mon poids. Dans les dernières minutes d'un match, je sens les muscles qui craquent. Ce n'est pas évident, dans ces conditions, de déplacer mon corps.

N'a-t-on pas tendance à sous-estimer tes qualités techniques ?

OULARE : C'est un avantage, pour moi, que personne ne me croit capable de dribbler trois hommes dans un mouchoir de poche. Cela m'arrive souvent d'entreprendre une action sans y avoir réfléchi. A l'intuition. D'accord, le football se joue aussi avec la tête, il faut réfléchir. Mais, sur le terrain, tout va très vite. On n'a pas beaucoup de temps pour réfléchir. Parfois on fait le bon choix, et parfois pas.

Lorsque tu as été prêté à Zulte Waregem, la saison dernière, tu avais déclaré : 'Si j'écoute Francky Dury, il peut faire de moi un grand joueur.' N'as-tu pas bien écouté ses conseils ?

OULARE : ( il réfléchit) Les circonstances étaient particulières : l'équipe tournait bien, Mbaye Leye était le capitaine et était titulaire à tous les coups. Il n'y avait pas de matches européens pour effectuer des rotations. Ce n'était pas le bon timing pour aller là-bas. Et cela s'est mal terminé aussi. Francky Dury et moi ne serons jamais les meilleurs amis du monde, mais certains des propos qu'il a tenus envers moi étaient corrects.

" Watford, c'était une sombre période. J'étais dans le trou "

Comme ?

OULARE : Que j'aurais dû être plus patient. Que je devrais encore travailler plus dur. Et que je devrais être plus présent dans les 16 mètres. Mon père, Bölöni et Aimé Anthuenis ne cessent d'ailleurs de répéter les mêmes choses.

Mais tu n'étais pas d'accord avec tout ? Tu as traité Dury de menteur.

OULARE : Chacun a le droit d'avoir un avis. Ces derniers mois, j'ai constaté que tout était sujet à interprétation. Je ne me préoccupe donc pas de ce que les gens disent et pensent. C'est moi qui décide de ma vie. Pourquoi devrais-je écouter des gens qui voudraient me faire adopter leurs idées et qui pensent qu'ils ont la science infuse ?

Ton équipier Geoffry Hairemans trouve que tu es un gars spécial. Tu es aussi décrit comme un gars très bien qui a réussi à se faire apprécier de tout le vestiaire après quelques jours à peine.

OULARE : Je m'entends bien avec tout le monde. Il faut avoir été très méchant pour se disputer avec moi. Mais si, pour une raison ou une autre, le courant ne passe pas avec un partenaire, je le laisse tranquille. Cela ne sert à rien de vouloir forcer les choses.

Pendant ta période à Watford, tu n'étais pas le coéquipier le plus jovial. Tu as même eu, parfois, un comportement asocial.

OULARE : Après l'entraînement, je rentrais directement chez moi. Je me coupais complètement du reste du monde. Je n'avais pas envie de m'amuser, j'étais à bout lorsque mes amis me téléphonaient. Je ne voulais même plus parler à ma femme... Oui, c'était une période sombre. J'étais dans le trou. Je n'étais pas heureux, je n'étais pas l'Obbi que l'on connaît aujourd'hui.

Il y a une femme derrière tout footballeur. Quel rôle ta femme a-t-elle joué dans ton évolution ?

OULARE : ( très ému) Ma femme m'a aidé à traverser les moments difficiles. Je ne pouvais pas compter sur mes parents. Pourquoi ? Je préfère garder la raison pour moi. En revanche, ma femme a toujours été là pour moi. Elle a tout fait pour m'aider. Elle m'a obligé à l'accompagner à Londres pour visiter, et elle organisait une fête surprise lorsque nous rentrions en Belgique. Elle était déjà enceinte et suivait en même temps quelques formations. Il faut le faire. Depuis six mois, j'ai trouvé une personne de confiance avec mon agent. Nous avons déjà vécu beaucoup de choses ensemble et je sais que je peux le contacter pour d'autres sujets que le football.

" Il est temps de montrer ce que je vaux "

En tout cas, tout cet épisode a démontré que tu étais solide, mentalement. Tu n'es pas déboussolé au moindre contretemps.

OULARE : Exactement ! J'ai connu beaucoup de problèmes ces trois dernières années, mais j'en suis toujours sorti. On n'obtient pas toujours ce que l'on veut, dans la vie. Mais il faut continuer à se battre, et dans ce cas, tout finira par s'arranger. C'est comme cela que je raisonne. De nature, je suis quelqu'un d'inquiet, et avec toutes ces blessures, j'ai eu le temps de beaucoup réfléchir. Et j'en ai tiré certaines conclusions à propos de ma carrière. C'est maintenant ou jamais : 2018 doit être l'année qui lancera ma carrière.'

Cela paraît bizarre dans la bouche d'un joueur qui a déjà joué plus de 70 matches au plus haut niveau ?

OULARE : Je ne peux pas être satisfait de ce que j'ai accompli jusqu'à présent. D'accord, j'ai un contrat dans un club de Premier League ( Watford le prête à l'Antwerp, ndlr) et j'ai déjà joué 70 matches. Et alors ? Je sais que je n'ai pas retiré le maximum. Mon entourage attend aussi plus de moi. Il est temps de montrer ce que je vaux vraiment.

" Je me concentre sur l'EURO et les JO avec les Espoirs "

Un peu plus d'un mois après l'arrivée d' Obbi Oulare au Bosuil, László Bölöni a confié à quelques amis intimes qu'il avait probablement un futur Diable rouge sous la main. Oulare a rigolé, mais il reconnaît qu'il a raté le train il y a trois ans. " Si j'avais fait le bon choix pendant ma période brugeoise, j'aurais déjà été appelé en équipe nationale. Cela ne s'est pas passé comme prévu... mais je n'ai que 22 ans. Il n'est pas encore trop tard pour entamer une carrière internationale. "

Etre repris pour la Coupe du Monde en Russie sera très compliqué. L'EURO 2020, alors ? " J'y penserai plus tard. A Bruges, on avait spéculé sur mes chances de participer à l'EURO 2016. Je n'y croyais pas à 100 %, mais cela m'avait stimulé. Et j'en ai déduit que j'étais sur la bonne voie. Finalement, je n'ai pas joué cette saison-là à Watford et mes chances d'être appelé en équipe nationale se sont fortement réduites. Je ne commettrai pas deux fois la même erreur. Je me concentre donc sur mon équipe actuelle, c'est-à-dire l'équipe Espoirs. Je m'y sens bien, et le projet - la qualification pour le Championnat d'Europe 2019, puis les Jeux Olympiques 2020 - a de quoi séduire. "

Obbi Oulare :  " Francky Dury et moi ne serons jamais les meilleurs amis du monde, mais certains des propos qu'il a tenus envers moi étaient corrects. ", KOEN BAUTERS
Obbi Oulare : " Francky Dury et moi ne serons jamais les meilleurs amis du monde, mais certains des propos qu'il a tenus envers moi étaient corrects. " © KOEN BAUTERS
Les gens ont un avis bien tranché lorsqu'on parle d' Obbi Oulare : trop fainéant, trop impatient. Et surtout trop sujet aux blessures. Un gars solide et costaud dont le réservoir est limité, entend-on souvent. Oulare a les apparences contre lui et son double mètre ne l'aide pas. " Sur un terrain, je ne peux pas me cacher. Avec mon 1,96 mètre et mes 100 kilos, vous ne me verrez pas toujours en train de courir ", reconnaît-il. " Que je fasse bon ou mauvais usage du ballon, tout le monde le voit. Je sais aussi que beaucoup de gens ont l'impression que je suis fainéant. Je donne peut-être l'apparence d'une certaine facilité, lorsque je ne suis pas dans le match. Mais, soyons clair : je ne suis pas fainéant. " Derrière la façade gigantesque d'Oulare (22 ans) se cache un homme sensible, au sens large du terme. " Je ne veux pas montrer cette facette de ma personnalité. Ou, du moins, le moins possible. J'accepte, par exemple, difficilement le fait que l'on juge les individus sur leur tendance à être souvent blessé. Comme si un footballeur aimait se retrouver sur la touche et travailler sans cesse à sa revalidation. Et alors, ces remarques selon lesquelles les blessures seraient dues au comportement et à l'alimentation ? Croyez-vous que Vincent Kompany ne se repose pas assez, n'a aucune hygiène de vie et ne s'entraîne pas suffisamment ? Si Vince s'est retrouvé aussi souvent sur la touche, c'est de la pure malchance. Mes blessures à moi étaient dues à un problème de hanche. Ce problème a été résolu. " Comment une personne sensible comme toi réagit-elle aux critiques parfois acerbes des supporters et des médias ? OBBI OULARE : Parfois, elles sont dures à supporter. Personne n'aime être critiqué. Après le match contre Gand, j'ai lu des choses qui n'avaient rien à voir avec le football. Et après le match à Charleroi, ces mêmes journalistes qui m'avaient traité de moins que rien m'ont subitement encensé. Il faut apprendre à accepter les commentaires négatifs. Oser se regarder dans le miroir. C'est trop facile de dire : je n'ai pas eu de chance. Si rien ne réussit, c'est aussi parce que l'on n'a pas forcé la chance. Est-il exact que tu n'as jamais été aussi affûté qu'aujourd'hui ? OULARE : Sur le plan de la condition physique, je suis au sommet de ma forme. Et ce n'est pas un hasard car je suis un programme individuel. Parfois, je m'adonne à un cross de 40 minutes dans les bois pendant que les boys sont sur le terrain. Pendant le stage hivernal en Espagne, je suis parfois allé courir à sept heures du matin avec l'estomac vide. Ce n'est pas le plus agréable - j'ai horreur de courir sans ballon - mais c'est efficace. Jadis, j'avais toujours trop d'acide lactique et j'avais les jambes lourdes. A Charleroi, nous avons joué les dix dernières minutes à neuf contre onze, mais je n'ai jamais senti venir les crampes. Ces dernières années, j'avais toujours le chrono du stade à l'oeil, car je savais qu'après l'heure de jeu, les crampes apparaîtraient. Ma condition s'est donc améliorée, en comparaison de ce qu'elle était il y a trois ans à Bruges. Aujourd'hui, je serais sans doute capable de jouer trois matches par semaine. Alors que durant ma période au Club, j'avais déjà du mal à tenir 90 minutes. Souffrais-tu déjà de crampes chez les jeunes ? OULARE : Non, cela n'a commencé que lorsque je suis passé professionnel. Je ne fais pas de musculation, je ne bois pas de shakes et pourtant des muscles sont apparus au fil des ans. A cause ou grâce aux entraînements. Il y a quatre ans, je pesais 92 kilos. J'en ai aujourd'hui dix de plus. Si quelqu'un me voyait dans un short de boxeur, il ne penserait pas que je pèse plus de 100 kilos. Mon torse a une apparence normale, mais j'ai de très grosses jambes. Et l'acide lactique apparaît plus vite lorsque je dois beaucoup courir ou sauter. Mon poids joue aussi un rôle sur la manière dont mes muscles se gonflent. Laszlo Bölöni se demande si tu as assez de caractère pour perdre du poids. OULARE : C'est difficile... Il faut avoir du caractère et de la discipline. En fait, c'est une question mentale. Je viens de m'en rendre compte et j'en suis arrivé à la conclusion que mon poids jouera un rôle important jusqu'à la fin de ma carrière. Il y a quelques semaines, j'ai encore constaté que deux kilos de différence pouvaient influencer mon match. Mon objectif, c'est de rester en dessous des 100 kilos. Lors du match aller à Zulte Waregem, je pesais entre 98 et 99 kilos, et je me sentais en pleine forme. Tu devras faire plus pour convaincre le coach. Il s'est exprimé dans les médias et a déclaré qu'il n'était pas encore entièrement satisfait de tes efforts. Est-ce une manière de te piquer au vif ? OULARE : Il attend plus de moi, et en soi, c'est positif. S'il ne croyait pas en moi, il s'occuperait de quelqu'un d'autre. Je dois cependant lui montrer que j'ai compris son message. Ce qui est bien, c'est que tout ce qui se trouve dans les journaux, il me l'a aussi dit en face et devant le groupe. Sa manière de communiquer - il dit à tout le monde ce qu'il pense - est très appréciée. Tu es parfaitement à l'aise dans le jeu pratiqué par l'Antwerp. Tu peux utiliser la robustesse de ton corps. Ce n'est pas un hasard si Kara t'a décrit comme l'un des meilleurs attaquants contre lesquels il a joué. OULARE : C'est très agréable de jouer contre des défenseurs comme Kara. A l'entraînement, je recherche aussi la confrontation avec Moustapha Sall, Dylan Batubinsika ou Jelle Van Damme. Je me dis que, si je parviens à m'en défaire, je dois aussi être capable de me jouer d'autres défenseurs de la Jupiler Pro League. Contre Charleroi, Dorian Dessoleil était mon adversaire direct et Christophe Diandy venait en deuxième rideau. Cela arrive souvent que le n°6 adverse vienne prêter main forte à son défenseur. Je dois alors me montrer plus costaud que ces deux hommes. Cela ne devrait pas te poser de problème. Avec ton corps imposant, c'est plutôt toi qui fais peur à ton adversaire, non ? OULARE : Je ne pense pas que Samuel Gigot ou Kara aient peur de moi. En tout cas, ce serait une erreur de commencer le match en partant de ce principe. Je n'ai peur de personne. Que mon adversaire soit plus fort, plus rapide ou meilleur footballeur que moi. La plus grande difficulté, pour un joueur de mon gabarit, c'est de supporter mon poids. Dans les dernières minutes d'un match, je sens les muscles qui craquent. Ce n'est pas évident, dans ces conditions, de déplacer mon corps. N'a-t-on pas tendance à sous-estimer tes qualités techniques ? OULARE : C'est un avantage, pour moi, que personne ne me croit capable de dribbler trois hommes dans un mouchoir de poche. Cela m'arrive souvent d'entreprendre une action sans y avoir réfléchi. A l'intuition. D'accord, le football se joue aussi avec la tête, il faut réfléchir. Mais, sur le terrain, tout va très vite. On n'a pas beaucoup de temps pour réfléchir. Parfois on fait le bon choix, et parfois pas. Lorsque tu as été prêté à Zulte Waregem, la saison dernière, tu avais déclaré : 'Si j'écoute Francky Dury, il peut faire de moi un grand joueur.' N'as-tu pas bien écouté ses conseils ? OULARE : ( il réfléchit) Les circonstances étaient particulières : l'équipe tournait bien, Mbaye Leye était le capitaine et était titulaire à tous les coups. Il n'y avait pas de matches européens pour effectuer des rotations. Ce n'était pas le bon timing pour aller là-bas. Et cela s'est mal terminé aussi. Francky Dury et moi ne serons jamais les meilleurs amis du monde, mais certains des propos qu'il a tenus envers moi étaient corrects. Comme ? OULARE : Que j'aurais dû être plus patient. Que je devrais encore travailler plus dur. Et que je devrais être plus présent dans les 16 mètres. Mon père, Bölöni et Aimé Anthuenis ne cessent d'ailleurs de répéter les mêmes choses. Mais tu n'étais pas d'accord avec tout ? Tu as traité Dury de menteur. OULARE : Chacun a le droit d'avoir un avis. Ces derniers mois, j'ai constaté que tout était sujet à interprétation. Je ne me préoccupe donc pas de ce que les gens disent et pensent. C'est moi qui décide de ma vie. Pourquoi devrais-je écouter des gens qui voudraient me faire adopter leurs idées et qui pensent qu'ils ont la science infuse ? Ton équipier Geoffry Hairemans trouve que tu es un gars spécial. Tu es aussi décrit comme un gars très bien qui a réussi à se faire apprécier de tout le vestiaire après quelques jours à peine. OULARE : Je m'entends bien avec tout le monde. Il faut avoir été très méchant pour se disputer avec moi. Mais si, pour une raison ou une autre, le courant ne passe pas avec un partenaire, je le laisse tranquille. Cela ne sert à rien de vouloir forcer les choses. Pendant ta période à Watford, tu n'étais pas le coéquipier le plus jovial. Tu as même eu, parfois, un comportement asocial. OULARE : Après l'entraînement, je rentrais directement chez moi. Je me coupais complètement du reste du monde. Je n'avais pas envie de m'amuser, j'étais à bout lorsque mes amis me téléphonaient. Je ne voulais même plus parler à ma femme... Oui, c'était une période sombre. J'étais dans le trou. Je n'étais pas heureux, je n'étais pas l'Obbi que l'on connaît aujourd'hui. Il y a une femme derrière tout footballeur. Quel rôle ta femme a-t-elle joué dans ton évolution ? OULARE : ( très ému) Ma femme m'a aidé à traverser les moments difficiles. Je ne pouvais pas compter sur mes parents. Pourquoi ? Je préfère garder la raison pour moi. En revanche, ma femme a toujours été là pour moi. Elle a tout fait pour m'aider. Elle m'a obligé à l'accompagner à Londres pour visiter, et elle organisait une fête surprise lorsque nous rentrions en Belgique. Elle était déjà enceinte et suivait en même temps quelques formations. Il faut le faire. Depuis six mois, j'ai trouvé une personne de confiance avec mon agent. Nous avons déjà vécu beaucoup de choses ensemble et je sais que je peux le contacter pour d'autres sujets que le football. En tout cas, tout cet épisode a démontré que tu étais solide, mentalement. Tu n'es pas déboussolé au moindre contretemps. OULARE : Exactement ! J'ai connu beaucoup de problèmes ces trois dernières années, mais j'en suis toujours sorti. On n'obtient pas toujours ce que l'on veut, dans la vie. Mais il faut continuer à se battre, et dans ce cas, tout finira par s'arranger. C'est comme cela que je raisonne. De nature, je suis quelqu'un d'inquiet, et avec toutes ces blessures, j'ai eu le temps de beaucoup réfléchir. Et j'en ai tiré certaines conclusions à propos de ma carrière. C'est maintenant ou jamais : 2018 doit être l'année qui lancera ma carrière.' Cela paraît bizarre dans la bouche d'un joueur qui a déjà joué plus de 70 matches au plus haut niveau ? OULARE : Je ne peux pas être satisfait de ce que j'ai accompli jusqu'à présent. D'accord, j'ai un contrat dans un club de Premier League ( Watford le prête à l'Antwerp, ndlr) et j'ai déjà joué 70 matches. Et alors ? Je sais que je n'ai pas retiré le maximum. Mon entourage attend aussi plus de moi. Il est temps de montrer ce que je vaux vraiment.