Consultant de la RAI, Davide Cassani est devenu une célébrité internationale au Tour de France 2007. Durant une étape, l'Italien a loué le travail spartiate qu'il avait vu Michael Rasmussen, qui portait alors le maillot jaune, accomplir dans les Dolomites. Cette anecdote, a priori banale, a ébranlé le Tour et a coûté la victoire finale au Danois car, sans le savoir, Cassani a dévoilé que Rasmussen n'avait pas préparé le Tour au Mexique et qu'il avait menti dans ses whereabouts... C'est lui aussi qui, en 2010, a lancé la nouvelle concernant les vélos motorisés.
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Consultant de la RAI, Davide Cassani est devenu une célébrité internationale au Tour de France 2007. Durant une étape, l'Italien a loué le travail spartiate qu'il avait vu Michael Rasmussen, qui portait alors le maillot jaune, accomplir dans les Dolomites. Cette anecdote, a priori banale, a ébranlé le Tour et a coûté la victoire finale au Danois car, sans le savoir, Cassani a dévoilé que Rasmussen n'avait pas préparé le Tour au Mexique et qu'il avait menti dans ses whereabouts... C'est lui aussi qui, en 2010, a lancé la nouvelle concernant les vélos motorisés. Cassani est entré au service de la RAI en 1996, au terme d'une carrière cycliste de 14 ans. Il a surtout été un des équipiers les plus admirés du peloton, ayant notamment roulé au service de Stephen Roche, Claudio Chiappucci et Moreno Argentin. Cassani a été sélectionné à neuf reprises pour le Mondial avec comme objectif d'épauler les leaders. Il a obtenu son meilleur résultat personnel lors de l'édition 1988 de Renaix, terminant septième. Mais la vie de Cassani tourne autour du cyclisme : il organise des épreuves pour cyclotouristes, collabore à l'écriture de livres comme celui sur la vie de Marco Pantani et a repris la publication de l'annuaire du cyclisme lorsque son créateur a décidé de passer la main. Cassani nous raconte pourquoi il ne voudrait manquer pour rien au monde le départ de la Primavera, samedi prochain au Castello Sforzesco. " L'année dernière, la télévision m'a obligé à me rendre à Sanremo la veille de la course mais j'ai insisté pour assister au départ à Milan, cette fois. Je veux vivre la course dès le matin, voir les coureurs, sentir si c'est un jour spécial. Je veux me rendre compte par moi-même de leur motivation, de leur concentration, quand ils me salueront, le visage tendu, sans échanger de plaisanteries comme ils le font à Tirreno-Adriatico. "Davide Cassani : Depuis l'enfance, tous les coureurs ont le Tour d'Italie et Milan-Sanremo en tête. La Sanremo exerce une attraction incroyable sur les Italiens. Moi aussi, j'ai grandi avec cette course en tête. Chaque année, je la suivais à la télévision. Je me souviens encore comme si c'était hier de la victoire de Felice Gimondi en 1974, alors qu'il portait le maillot arc-en-ciel. Je le supportais passionnément et quand je commente cette épreuve, je suis toujours sous le coup de l'émotion. Milan-Sanremo vous trotte en tête dès l'hiver, quand vous reprenez l'entraînement, parce que c'est le premier rendez-vous important de la saison. Pendant des mois, les coureurs pensent à cette journée. Pour ceux de moindre niveau, faire partie de l'équipe invitée à Milan-Sanremo est déjà très important. Ils s'arrachent les huit places. Cette concurrence était moins rude dans le passé, quand une équipe ne comptait qu'une douzaine de pros. Actuellement, les formations sont beaucoup plus étoffées, ayant parfois jusqu'à 30 coureurs sous contrat. Sanremo est plus importante. Par sa place au calendrier, elle constitue le premier objectif des coureurs. Le Tour de Lombardie a lieu en fin de saison. La RAI ne peut retransmettre de commentaire sur Paris-Nice ou Tirreno-Adriatico sans évoquer Sanremo. Pratiquement tous les ténors prennent le départ de la Primavera. Jadis, c'était le cas de la Lombardie aussi mais actuellement, beaucoup de champions mettent un terme à leur saison après le Tour ou après le Mondial. Cette année, le Tour de Lombardie va peut-être avoir un meilleur plateau, puisqu'il est avancé de deux semaines et se déroule juste après le Championnat du Monde. Ceux qui le roulent peuvent enchaîner les deux épreuves. Un coureur peut rêver d'une belle performance, voire d'une victoire, même s'il n'est pas un champion. En début de saison, tout le monde est avide de succès et voit grand. On se dit qu'on va peut-être avoir de la chance dans une descente ou grâce à une longue échappée. On rêve parce que, sur papier, c'est une course que tout le monde peut gagner. Elle ne comporte pas de côtes insurmontables. J'y ai participé à huit reprises et j'ai toujours désiré m'y imposer, même si je n'ai jamais fait mieux que la neuvième place. En effet, parce que le parcours est facile et qu'en principe, il est à la portée de chacun mais en fait, la course revient toujours à un grand nom. Si je vous donne dix noms pour le Tour des Flandres, il faut vraiment des événements imprévus pour que le vainqueur n'y figure pas. Pour Milan-Sanremo, je dois vous citer 30 noms. Quand Mark Cavendish a triomphé, personne n'avait cru qu'il digérerait les ascensions, d'autant que c'était sa première participation. L'année passée, le succès de Matthew Goss n'a pas vraiment été une surprise mais quand même. Je ne l'aurais pas repris dans une liste de dix personnes mais bien dans une de 30. C'est ce qui fait le charme de Milan-Sanremo : un coureur peut faire la surprise. Parce que la course est difficile, très tactique. Ce n'est pas nécessairement le meilleur qui gagne mais celui qui a le mieux joué le jeu. Tout se déroule en l'espace de quelques secondes. C'est une épreuve de près de 300 kilomètres mais elle peut se décider sur cent mètres. On peut gagner en négociant mieux un virage ou en plaçant une attaque au bon moment au Poggio. L'année dernière, par exemple, la descente de Le Manie a effectué une sélection. La chute de Thor Hushovd a retardé beaucoup de sprinters. En plus, la course est durcie par les tentatives des coureurs de lâcher les sprinters dans les côtes. Beaucoup l'apprécient. La première partie est monotone mais ensuite, la course est passionnante. Il s'y passe beaucoup de choses dont le téléspectateur n'est pas nécessairement conscient. Pour moi, la course commençait vraiment dans le tunnel menant à Alassio, à 60 kilomètres de l'arrivée. J'y effectuais un dernier arrêt-pipi. Depuis qu'on a introduit Le Manie, dont le sommet se trouve à 90 kilomètres d'arrivée, la finale est plus longue mais il faut malgré tout patienter longtemps. Le peloton roule dans l'incertitude et attend avec impatience le début des hostilités. Au départ, à Milan, je ne savais jamais si j'étais bien en jambes. Je ne le découvrais qu'aux environs de Piani d'Invrea, après la descente du Turchino, à 130 kilomètres du but. Là, la tension monte. 200 coureurs se battent pour rester aux avant-postes et 50 luttent pour le victoire. Il faut rester très attentif car si vous ratez une seule man£uvre, vous êtes perdus. C'est donc tout sauf ennuyeux. En effet. Au Capo Berta, une ascension de trois kilomètres située à environ 40 kilomètres de Sanremo, on sait dans quel état on est. Si cette pente vous fait souffrir, vous savez que vous pouvez enterrer vos rêves de victoire. Vous tentez alors de donner le meilleur de vous-même au service de vos coéquipiers jusqu'au pied de la Cipressa. Mais même si vous montez aisément le Capo Berta, vous vous demandez encore si c'est parce que vous êtes en forme ou parce qu'on ne roule pas vite. Vous observez le visage des autres, en quête de traces de fatigue. Si vous apercevez des coureurs en train de lâcher, vous reprenez confiance. C'est un moment passionnant. Nous ne sommes pas parvenus à remplacer des coureurs comme Michele Bartoli et Paolo Bettini. La génération de Filippo Pozzato ne nous a pas offert les mêmes satisfactions. Peut-être notre cyclisme est-il trop pro dès les Espoirs. Je ne sais pas s'il est bon de vivre en professionnel accompli à un âge aussi tendre. En outre, la concurrence s'est accrue. Il y a 30 ans, il y avait les Belges, les Italiens et les Français, plus quelques Espagnols dans les tours. De nos jours, les champions sont issus de tous les coins du monde. Beaucoup d'Australiens et de Britanniques ont fait leurs classes sur piste alors qu'en Italie, cette discipline est morte. Notre pays n'a plus eu de piste couverte entre 1985 et 2010. Nous en avons désormais une, à Montichiari, près du Lac de Garde. J'ai l'impression que oui mais nous nous accrochons trop à un cyclisme basé sur une formation exclusivement assurée par les clubs alors que les Australiens, par exemple, disposent d'une gestion plus centralisée grâce à l' Australian Institute of Sport. Cela porte ses fruits. Les jeunes Australiens sont initiés à la route comme à la piste alors que les jeunes Italiens n'ont recours qu'aux clubs et à la route. Or, ils devraient aussi s'adonner au BMX, au cyclocross, au VTT et à la piste. La variation leur permettrait de se changer les idées et de se forger de bonnes jambes. En plus, ces disciplines permettent un apprentissage plus sûr car il y a très peu de pistes cyclables en Italie et les parents sont réticents à l'idée de laisser leurs enfants s'entraîner sur la route. Nous perdons beaucoup de talents. Le cyclisme a une mauvaise image et il doit vraiment rester sur ses gardes. Ces scandales ont eu un impact sur la recherche de sponsors. D'un autre côté, le cyclisme est tellement enraciné dans la culture italienne qu'il surmonte toutes les tempêtes. Nous comptons des milliers de cyclotouristes. Chaque année, on organise environ 400 courses de longues distances pour les cyclotouristes. Chaque fois, on y retrouve de 500 à 12.000 passionnés. Les retransmissions TV suscitent énormément d'intérêt aussi. Sur la RAI-Sport 2, le cyclisme est le premier sport. Nous diffusons une centaine de courses par an, parmi lesquelles toutes les classiques belges. Milan-Sanremo attire entre trois et quatre millions de téléspectateurs. C'est une des courses les plus suivies. Je n'en vois pas beaucoup, même si une génération de sprinters est en train d'émerger. Elia Viviani (23 ans, Liquigas-Cannondale) peut viser la victoire un jour. Il faut aussi suivre attentivement l'évolution d'Andrea Guardini (22 ans, Farnese Vini - Selle Italia). Il est déjà très rapide mais il n'a pas encore la distance dans les jambes ni l'endurance nécessaire en montée. Il y a encore Sacha Modolo (24 ans. Colnago-CSF Inox). Il y a deux ans, néo pro, il a sprinté pour la quatrième place à Milan-Sanremo et il a remporté dix courses la saison dernière. Il roule maintenant pour une petite équipe mais quand il rejoindra une formation du WorldTour, il figurera parmi les candidats à la victoire. Nous ne devons pas non plus perdre de vue Enrico Battaglin et Moreno Moser, deux néo pros. D'ici là, nous pouvons encore compter sur Pozzato et Alessandro Ballan. Vincenzo Nibali peut aussi prétendre à la victoire, surtout par mauvais temps. Il est capable de faire la différence dans la descente du Poggio, si le sol est mouillé. Cependant, depuis mon premier Milan-Sanremo en 1982, je ne me souviens pas qu'il ait plu sur le Poggio ou la Cipressa. J'ai des doutes. Il ne m'a pas convaincu à Kuurne. Pourquoi ? Cavendish est capable de gagner un tel sprint même s'il n'est qu'à 70 %. Mais pour s'adjuger Sanremo, il doit être à 100 %. Sinon, il sera largué dans les côtes. A Kuurne, selon moi, il accusait encore deux ou trois kilos de trop. Cela peut paraître ridicule mais un seul kilo peut faire la différence. Il était très fort en 2009, quand il a remporté la Classicissima. Et il l'avait déjà démontré dans les Strade Bianche étant toujours en tête à vingt kilomètres de l'arrivée. Milan-Sanremo... Oui, s'il est dans un bon jour. Par contre, on ne peut gagner Liège-Bastogne-Liège, le Tour des Flandres ou le Tour de Lombardie si on est à 80 %. Les cent derniers kilomètres de ces courses sont bien trop éprouvants. Gilbert a entamé la saison tranquillement. Il me semble avoir encore quelques kilos de trop aussi. Peut-être ne veut-il pas être trop affûté avant le mois d'avril. BMC est confrontée à un problème : elle a quatre capitaines. Gilbert, Hushovd, Ballan et Van Avermaet. Ils seront fatalement plus isolés que d'autres leaders car il ne leur reste que quatre équipiers. Or, le travail de ceux-ci est essentiel à Milan-Sanremo. Ils peuvent mener la bataille à votre place aux avant-postes et vous permettre d'épargner beaucoup d'énergie, vous éviter aussi d'être pris dans une chute massive. Les quatre fers de lance de BMC devront avoir beaucoup de chance. Je pense que cette fois, la décision va tomber au Poggio. Un groupe restreint de huit hommes ou quelque va sprinter pour la victoire, comme l'année dernière. Quelques sprinters style Tom Boonen seront de la partie. Boonen m'a impressionné au Circuit Het Nieuwsblad. Je me suis demandé s'il avait roulé pour le résultat ou s'il cherchait des réponses pour lui-même, au sortir de sa difficile période. Au vu de son début de saison, Tom devrait figurer en tête assez longtemps, y compris dans les côtes et il pourrait très bien battre tout le monde au sprint. PAR BENEDICT VANCLOOSTER -PHOTOS: TIM DE WAELE" Le parcours est facile et à la portée de chacun mais la course revient toujours à un grand nom. "