Sans prévenir, le soleil a décidé de rugir, ce mercredi, au littoral. De quoi faire déferler sur l'E40 des automobilistes en manque de dépaysement. Les embouteillages sur l'autoroute de la mer au coeur du mois d'août, c'est un grand classique. Un folklore belgo-belge dont se sera passé Landry Dimata. Car contrairement à nous, le néo-Ostendais est ponctuel et fidèle au rendez-vous fixé.
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Sans prévenir, le soleil a décidé de rugir, ce mercredi, au littoral. De quoi faire déferler sur l'E40 des automobilistes en manque de dépaysement. Les embouteillages sur l'autoroute de la mer au coeur du mois d'août, c'est un grand classique. Un folklore belgo-belge dont se sera passé Landry Dimata. Car contrairement à nous, le néo-Ostendais est ponctuel et fidèle au rendez-vous fixé. " C'est l'avantage de ne pas avoir de permis ", nous fait-il remarquer. Un point pour lui. Pendant l'heure qui suit, Landry ( ou Nany, c'est selon) en marquera beaucoup d'autres. Souvent avec le sourire, toujours avec le regard amusé qui traduit la vraie décontraction d'un gamin de 18 ans qui, malgré son nouveau statut, est très loin d'avoir attrapé le melon. " Je ne suis rien, je ne suis personne ", finira-t-il par lâcher pour justifier le fait de ne pas avoir demandé de chauffeur pour effectuer ses trajets quotidiens. Au vrai, Landry Dimata n'est plus totalement un inconnu dans le landerneau footballistique belge. La preuve ? Sa récente et première convocation dans la présélection élargie du noyau espoirs pour les matchs de qualification à l'Euro U21 de septembre. Un pas de plus effectué dans la bonne direction. A pied et sans prise de tête. Comme d'habitude avec lui. LANDRY DIMATA : Le grand public ne me connaît pas encore très bien, donc je ne ressens pas de pression particulière quand je joue mes matches. En fait, je pense que je suis quelqu'un d'assez zen en toutes circonstances. En revanche, je ne lis pas trop les journaux. Mais quand j'ai vu que je figurais dans l'équipe des potentiels Diables rouges en 2024, j'avoue que ça m'a fait vachement plaisir. C'est toujours chouette de constater que certaines personnes nous accordent leur confiance. Sans rire, ça m'a donné un petit coup de boost à l'époque. DIMATA : Comme tout le monde a pu le voir, j'ai la chance de bénéficier d'un statut de titulaire pour l'instant. Bien sûr, je suis très heureux de pouvoir m'entraîner avec des joueurs pareils parce qu'ils me font tous les jours profiter de leur expérience via des petits conseils avisés sur ce que je devrais mieux faire. Ils m'aident vraiment beaucoup et malgré la concurrence évidente qu'il y a entre nous, l'atmosphère est réellement excellente. DIMATA : (Il fait de grands yeux) Ce serait vous mentir de dire que cela ne me fait pas bizarre de me retrouver avec ce statut. Quand je suis arrivé ici, j'étais déjà très content d'avoir ce que je n'avais jamais eu au Standard, c'est-à-dire la possibilité de m'entraîner tous les jours avec la première et d'avoir une chance de jouer de temps en temps. Maintenant, c'est le choix du coach de me titulariser et j'en suis le premier heureux. Évidemment, mes nombreux buts (7, ndlr) en préparation ont, je pense, dû peser au moment où le coach a fait ses choix. Maintenant, je sais aussi que rien n'est gagné et que ce n'est pas parce que j'ai commencé la saison en tant que titulaire que je la finirai avec le même statut. DIMATA : Oui et pourtant, ce n'est pas faute de travailler hein ! J'analyse tous mes matches en famille, en regardant comment je pourrais m'améliorer, notamment dans mes déplacements. Souvent, quand j'ai du temps, j'en profite même pour aller m'entraîner seul à Alost, dans une académie que j'ai lancée avec des amis à moi (la Godson Management Academy, NDLR). Après, c'est la vie, je ne me tracasse pas trop. Une fois que ça tombera, je sais que ça va s'enchaîner. Je ne me focalise pas là-dessus et c'est d'ailleurs ce que tout le monde me demande de faire. Et puis, je n'ai jamais été un vrai neuf. J'ai toujours plus été formé sur le côté gauche. Une sorte de 9 et demi assez mobile. Je suis quelqu'un qui aime la balle et qui aime aussi faire jouer les autres. DIMATA : Je suis né au Congo, mais j'ai débarqué en Belgique à l'âge de 1 an. Je n'en ai donc évidemment aucun souvenir puisque je n'y suis jamais retourné depuis. C'est en Belgique que j'ai grandi et que je me suis familiarisé au foot. Et là, c'est vrai que j'ai pas mal bougé à gauche à droite. J'ai commencé à jouer à Saint-Michel à Bruxelles, je devais avoir 6-7 ans. De là, j'ai filé au White Star puis au Brussels avant de rejoindre Mons à mes 15 ans. DIMATA : C'est là que j'ai commencé à voir les choses autrement, oui. Je me suis dit : " Bon là, OK, tu vas devoir vraiment te prendre en main. " J'ai quitté la maison pour l'internat et j'ai donc dû commencer à apprendre les choses par moi-même. À devoir me débrouiller, tout bêtement, mais comme une grande personne. Après, je pense que le fait d'avoir quatre petites soeurs à la maison m'a parfois aidé parce que j'ai toujours été considéré comme le grand à la maison. En fait, le plus dur n'était pas de me retrouver seul, mais de laisser mes quatre petites soeurs sans leur grand frère. Mais je ne les ai pas abandonnés (rire), je revenais tous les week-ends quand même ! DIMATA : Sans vouloir paraître présomptueux, parce que je ne pense vraiment pas être comme ça, je crois que j'ai toujours su que j'avais un petit truc en plus que les autres. Mais, par contre, je ne me suis jamais trop posé de questions. Pour moi et mes potes, le football c'était un peu comme une tradition dans les parcs à Bruxelles, le mini foot et tout, ça me rendait heureux. J'étais content parce que je me débrouillais bien là-dedans, mais je ne me voyais pas pour autant faire carrière, je n'y pensais même pas à vrai dire, je jouais pour le plaisir. Puis voilà petit à petit et sans vraiment rien calculer, je suis monté, monté jusqu'à franchir le cap en partant pour Mons. DIMATA : J'ai été au Standard après, c'est ça ? (rire) Non, parce que j'avais quelques options à gauche à droite, mais donc oui, je décide de rejoindre le Standard parce que j'ai eu de belles paroles de la direction et que cela me permettait de poursuivre l'école là-bas et de rester dans un enseignement francophone, ce qui n'était pas plus mal, même si je parle bien le néerlandais. Tout ça a beaucoup pesé dans la balance au moment de prendre ma décision. DIMATA : C'est toujours décevant et très frustrant quand tu sais que tu fais ce qu'il faut sur le terrain, que ce soit en stage de préparation avec le Standard l'hiver dernier ou avec les U18 en sélection belge où j'ai notamment été élu meilleur joueur d'un tournoi de jeunes en Corée en mai 2015 (la JS Suwon Dream Cup qui réunissait au mois de mai dernier, la Corée, la France, l'Uruguay et la Belgique, ndlr), mais que cela n'a aucune répercussion après coup. Voilà, moi, je trouve ça bizarre. D'autant que je n'ai jamais trop compris ce qu'il se passait parce qu'il n'y avait aucune communication. DIMATA : Non, personne ne te dit rien au Standard, tu ne fais que constater. Tu n'es pas repris avec la première, donc tu te dis que c'est comme ça, mais il n'y a personne pour venir t'expliquer pourquoi. Je n'ai jamais discuté avec Yannick Ferrera par exemple. C'est d'autant plus surprenant quand tu sais que tu viens de faire un super stage en inscrivant pas mal de buts. Et pendant les play-offs 2, c'était pareil : alors que d'autres jeunes recevaient du temps de jeu, moi, je restais en attente. DIMATA : Dès le mois de janvier, j'avais eu des échos selon lesquels pas mal d'équipes étaient intéressées par mon profil suite à mes exploits en équipe nationale. Mais bon, je reste un gros travailleur. Donc, malgré les coups que je recevais, je me disais qu'il fallait continuer de bosser et qu'un jour ça finirait par payer. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé, puisque j'ai fini par recevoir une proposition de contrat sérieuse du Standard. Mais après combien de temps ? J'avais déjà trop attendu sans recevoir de retour. À ce moment-là, dans ma tête, c'était trop tard, je voulais passer à autre chose. Pourtant, je vous promets, je n'avais encore d'accord avec personne, mais c'était devenu une question de principe. Il fallait que je quitte le Standard ! DIMATA : (Il sourit) Je pense que tout le monde sait un peu comment le Standard fonctionne depuis un moment déjà. Moi, je respecte beaucoup le Standard, que ce soit le coach ou le staff. Pour le reste, je n'ai pas trop envie de rentrer dans les détails dans ce qui passe là-bas plus haut. Je sais que Daniel Van Buyten m'aimait beaucoup et qu'il aurait voulu changer un peu les choses, notamment dans les personnes qui constituent mon entourage. Ce n'était pas ma volonté, j'estimais que cela ne servait à rien de changer les choses alors que tout se passait bien de mon côté. Après avoir mis les choses au point, nous n'en avons plus reparlé par la suite. DIMATA : Oui, bien sûr. Il y a Réginal Goreux avec qui je m'entends bien et que je considère un peu comme un grand frère. Je sais que lui est super heureux de ce qui m'arrive depuis quelques semaines et il ne s'est pas privé de me féliciter. J'ai aussi eu l'occasion de parler avec Ludo (Ludovic Depreter, NDLR), le kiné, avec qui j'avais une super relation. DIMATA : J'ai en effet reçu des demandes de plusieurs clubs étrangers parmi lesquels Monaco, Wolfsbourg, ou Hambourg, mais mon entourage m'a conseillé de rester en Belgique. Le problème des jeunes qui arrivent dans des équipes comme ça, c'est qu'ils ont parfois l'impression de débarquer à Disneyland. Je ne voulais pas que ça m'arrive donc je suis un peu redescendu sur terre et j'ai cherché à prendre la décision la plus intelligente en concertation avec Didier (Frenay, NDLR). Et Ostende m'a directement montré la confiance nécessaire. Le début de saison prouve que je ne me suis pas trompé et je pense réellement qu'on est capable de faire quelque chose d'exceptionnel cette année. DIMATA : Je pense que je devrais énormément réfléchir avant de faire un choix pareil. Moi, que ce soit à Bruxelles ou ailleurs, je n'ai pas un club de coeur. Il n'y a que Manchester United que j'ai toujours supporté. Pour le reste, je n'ai pas de préférence. PAR MARTIN GRIMBERGHS - PHOTOS BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS" La génération '97, c'est quelque chose ! Aussi bien au Standard que chez les Diablotins. " - LANDRY DIMATA