Après un début de saison sur la pointe des pieds, à l'image de son club, Bernard Allou, le transfuge ivoirien des Coalisés s'est progressivement affirmé, se muant même comme le meilleur des siens à la faveur du derby bruxellois, partie pendant laquelle il se signala, notamment, en inscrivant un superbe but du front.
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Après un début de saison sur la pointe des pieds, à l'image de son club, Bernard Allou, le transfuge ivoirien des Coalisés s'est progressivement affirmé, se muant même comme le meilleur des siens à la faveur du derby bruxellois, partie pendant laquelle il se signala, notamment, en inscrivant un superbe but du front. "Au-delà de ma satisfaction personnelle, en raison de mon match le plus épanoui depuis mon entrée en matière à Molenbeek, je retiens, surtout, la magnifique prestation d'ensemble du team cette fois-là", observe le médian africain. "Au Parc Astrid, nous avons tous livré notre meilleur match de la saison. Cette rencontre aura contribué à mieux nous situer sur l'échelle des valeurs. Lors de nos débuts, à l'époque où nous récoltions malheureusement défaite après défaite, bon nombre de joueurs s'étaient fait petit à petit la réflexion, au sein de l'effectif, que le RWDM serait un oiseau pour le chat. Non pas que nous jouions mal. Non, je maintiens que sous la houlette de Patrick Thairet, l'équipe avait réalisé l'un ou l'autre matches de la meilleure veine. Je songe au déplacement à Lommel, par exemple, ou encore au mano a mano face au GBA, à domicile. Mais il nous aura, hélas, toujours manqué un petit fifrelin de chance pour tirer la couverture à nous. Malheureusement, c'est toujours nos opposants qui en héritaient. Je n'en veux pour preuve que notre première sortie à domicile, devant le Sporting de Charleroi. Personne n'y eût trouvé à redire si nous avions emporté la totalité de l'enjeu. Au lieu de prendre l'avantage à la marque, ce sont les Zèbres qui nous crucifièrent grâce à un coup de patte magistral de Sergio Rojas. Quelques semaines plus tard, nous avions connu une donne à peu près similaire face à une autre phalange hennuyère, La Louvière. Heureusemment, à cette occasion, la chance daigna nous sourire sous la forme d'une réalisation tout aussi somptueuse de Jonathan Butera. Comme quoi, entre un revers par le plus petit écart et une victoire sur la marque la plus étroite, la différence est, quelquefois, des plus infimes. Il n'empêche que ce succès-là, conjugué à ceux que nous avions obtenus contre Beveren et l'Antwerp, ont eu pour effet de nous requinquer le moral. Après cette passe de trois, tout le monde a pris conscience que notre sort n'était pas du tout scellé d'avance. Grâce au partage à Anderlecht, notre confiance en nos moyens a pris une dimension supérieure encore. A présent, la plupart sont manifestement convaincus que des performances de choix sont parfaitement possibles, même contre des oppositions plus pointues. Et pourquoi pas contre le Racing Genk, le week-end prochain. Notre chemin sera semé d'embûches dans les semaines à venir avec des confrontations contre les troupes de Sef Vergoossen d'abord, puis le Lierse, Bruges, Alost et Gand. Mais avec la foi qui nous anime, tout est possible". "Je n'appartenais pas à la bonne ethnie"Cette foi, précisément, Bernard Allou l'a étroitement chevillée au corps. Natif de Cocody, quartier de la capitale ivoirienne, Abidjan, il avait onze ans à peine quand il prit la résolution de tenter la grande aventure du football en France, à l'image de ce qu'avaient fait précédemment ses modèles, les internationaux Abdoulaye Traoré (FC Metz) et Youssouf Fofana (AS Monaco). "Comme pas mal de jeunes, j'ai commencé à jouer nu-pieds, avec des chiffons qui faisaient office de ballons", dit-il. "Nous étions sept enfants à la maison -quatre garçons et trois filles- et il va de soi que mes parents n'avaient pas les moyens de me payer des boots. Ce bonheur-là n'était d'ailleurs réservé qu'aux veinards qui, lors des matches inter-quartiers, étaient repérés par les émissaires des grands clubs de l'endroit: l'ASEC, le Stade ou l'Africa Sports. Et encore fallait-il, pour ce faire, appartenir à la bonne ethnie. En Côte d'Ivoire, tout est fort cloisonné à cet égard: les Dioulas convergent vers l'ASEC et les Bétés vers l'Africa Sports, notamment. Moi qui suis Baoulé, je ne bénéficiais pas de cet avantage. Et j'en étais dès lors réduit à livrer bataille avec des jeunes de ma cité. Le tournant, pour moi, ce fut ma rencontre avec Mahmoud El Haya, un Libanais qui s'était implanté en Côte d'Ivoire et qui ne jurait que par un seul club: le fameux Matra Racing de Paris, cher au président Jean-Luc Lagardère. Il avait tout simplement à coeur de créer une succursale de l'entité parisienne au sein même de son nouveau cadre de vie et c'est ainsi qu'il mit sur pied le Racing Club de Marcori, du nom d'un faubourg de la capitale. J'ai fait mon écolage là-bas pendant deux ans. En 1986, une délégation du PSG, frère ennemi du Matra-Racing à Paris, aboutit à Abidjan afin d'évaluer l'opportunité d'une propre filiale. Il faut croire que j'avais tapé dans l'oeil de ses envoyés, au même titre que mon compagnon d'âge Hervé Cissé. Nous fûmes tous deux invités à passer un stage au Camp des Loges. J'étais à peine teenager et je ne parvenais pas à croire ce qui m'arrivait: moi qui avais été sagement éconduit auparavant pour des motifs sans fondement, voilà que j'intéressais l'un des porte-drapeaux du football français. Ma joie allait être plus complète encore quelque temps après, puisque je fus déclaré bon pour le service. Inutile de dire que j'étais aux anges. A onze ans, je n'avais pas encore la possibilité d'intégrer le centre de formation, réservé aux Cadets, Scolaires et Juniors. Aussi, l'espace de trois années, j'ai logé dans une famille d'accueil -les Dominguez- à St-Germain-en-Laye. Je leur serai toujours reconnaissant de l'influence bénéfique qu'ils ont eue sur moi. Sans leur soutien, ma carrière n'aurait pas épousé la même trajectoire, c'est sûr". Avec Llacer, Boli et Dutruel au Camp des LogesEn 1989, Bernard Allou délaissa le cocon familial à destination de l'Ecole des Jeunes du cercle sangermanois où ses team-mates avaient pour noms, Francis Llacer, Laurent Boli et Richard Dutruel. Quatre ans plus tard, il est incoporé par le coach Artur Jorge dans le noyau de Première. "Mon meilleur souvenir en équipes d'âge, ce fut une victoire en Coupe Gambardella, le championnat national des Jeunes", observe-t-il. "En lever de rideau d'un match entre Nantes et Marseille, nous avions battu Auxerre 1 à 0 à La Beaujoire et j'avais eu l'insigne honneur d'inscrire le seul but de cette partie. Du coup, ma réputation était faite. Dans la foulée, on m'invita à considérer le bien-fondé d'une naturalisation française. Au départ, je ne le cache pas, ce fut un petit crève-coeur pour moi. Car en optant pour cette citoyenneté-là, je me privais automatiquement du rêve que j'avais toujours caressé jusque-là: défendre les intérêts des Eléphants de Côte d'Ivoire, à l'instar de mes idoles Abdoulaye Traoré et Youssouf Fofana avant moi. Mais dans la mesure où personne ne s'était jamais intéressé à moi, aussi bien durant mes premières années au pays, que durant toutes ces saisons en France, j'ai en définitive tranché en faveur de ma patrie d'adoption. Et je ne l'ai jamais regretté puisque j'ai pu me signaler à diverses reprises chez les Espoirs. Mais le moment suprême, pour moi, ce fut le 19 novembre 1994. Ce jour-là, en effet, je fus appelé par l'entraîneur, Luis Fernandez, à faire mes grands débuts sous le maillot sangermanois à St-Etienne. Auparavant, même si son devancier m'avait fait monter en grade, je n'avais jamais eu droit à la moindre bribe de match. Il est vrai que la concurrence était terrible dans l'entrejeu avec des garçons comme Raï, Vincent Guérin, Paul Le Guen, Valdo et Patrick Colleter. A l'avant, à droite, j'étais bloqué aussi par un certain David Ginola, quand bien même George Weah n'occupait pas cette portion du terrain. Malgré tout, j'aurais quand même espéré pouvoir démontrer mes qualités quand les conditions s'y prêtaient. Dommage, Artur Jorge était réfractaire à un système de rotation, contrairement à son successeur, toujours avide de changements. Avec Luis Fernandez, j'ai eu pour la première fois le sentiment, en tout cas, que je comptais autant qu'un autre dans le groupe. Tout le monde était logé à la même enseigne avec lui, qu'il ait rang de valeur confirmée ou non. Par là même, il m'est arrivé à plusieurs reprises de supplanter un nom, comme ceux que j'ai cités, ou encore José Cobos et Daniel Bravo, qui se relayèrent eux aussi sur l'aile droite. Même si je n'ai pas été partie prenante dans le succès final du club en Coupe des Coupes, face au Rapid de Vienne, en 1996, je conserve des images mémorables de cette campagne, ainsi que de la précédente où j'avais quand même contribué à l'obtention de deux trophées: la Coupe de France contre Strasbourg et la Coupe de la Ligue contre Bastia". Avec Valdo en J-LeagueLa campagne 1997-98 aura été la toute dernière de Bernard Allou pour le compte du PSG. Lassé de devoir faire banquette plus souvent qu'à son tour au côté du nouveau mentor sangermanois Ricardo, l'attaquant ivoirien choisit de tenter la grande aventure au Japon chez le Nagoya Grampus Eight. "J'avais eu Ricardo comme coéquipier entre 1993 et 95 et nous nous entendions comme larrons en foire", se rappelle-t-il. "Une fois devenu entraîneur, je ne le reconnaissais plus du tout. Il était froid, distant, hautain. Et, à l'instar d'Artur Jorge, il ne jurait lui aussi que par les vedettes. A ce niveau-là, j'ai évidemment côtoyé du beau monde au Parc des Princes. Lors de mes premiers pas, j'étais irrémédiablement barré par les Valdo, David Ginola et autre George Weah. Ensuite, ce fut au tour de Julio Cesar Dely Valdes et Youri Djorkaeff de prendre le relais. Puis il y eut Marco Simone, Patrice Loko et Florian Maurice. Il tombe sous le sens que mon patronyme ne pesait pas bien lourd parmi ce beau monde. L'équité commande de dire aussi, de toute façon, que je n'étais pas pourvu des mêmes qualités que tous ceux-là. Chemin faisant, je me suis rendu compte que j'avais eu un peu de baraka dans ma carrière. En réalité, si le hasard n'avait pas voulu que je sois repéré en bas âge, au moment où un Africain se distingue encore quelque peu d'un Européen de la même génération en raison d'un plus grand tonus, je ne pense pas que j'aurais abouti au PSG. Vu mes potentialités, je n'ai pas l'impression que ce club serait venu me chercher à Châteauroux ou à Martigues, par exemple. Conscient de mes limites à cet échelon, il était logique que je tente quelque chose. Je m'en suis ouvert au président Michel Denisot qui a eu la délicatesse de me libérer en cours de saison. Si j'ai atterri dans la J-League, c'est parce que deux anciennes connaissances m'avaient précédé là-bas: Valdo et Dragan Stojkovic, qui me dirent tous deux le plus grand bien de leur aventure au Nagoya Grampus Eight où leur mentor n'était autre qu' Arsène Wenger. Personnellement, je n'ai pas eu l'opportunité de collaborer avec l'Alsacien. Mais avec son remplaçant, le Japonais Tanaka, j'ai vraiment pris mon pied. Ce fut une très chouette expérience au cours de laquelle il me fut donné de retrouver mes sensations de joueur. Pour un Africain comme moi, la vie de tous les jours n'était toutefois pas facile en Extrême-Orient. Et c'est pourquoi, après un an, j'ai finalement opté pour une autre aventure, en Angleterre cette fois. Nottingham Forest, où j'ai débarqué au printemps 1999, ne fut malheureusement pas un choix judicieux. Trois mois après mon arrivée, le club fit la culbute à l'étage inférieur et, à ce niveau, un footballeur à inclination plutôt technique a bien vite couru perdu. Hormis Fulham et les Blackburn Rovers, qui essayaient vaille que vaille de jouer au football, les autres pensionnaires de la Division One se réfugiaient dans le seul kick and rush. Chacun comprendra, dès lors, que je n'aie pas voulu moisir plus d'une saison là-bas". "Je gagne 70% en moins aujourd'hui"D'accord mais de là à trouver refuge en Belgique, il y a quand même une marge, tant sportive que financière pour qui, à l'enseigne de Bernard Allou, a tâté du ballon rond dans des compétitions aussi richement dotées, à tous points de vue, que le championnat de France, la J-League et la Premiership anglaise. "Sous l'angle pécuniaire, je consens effectivement de très lourds sacrifices", dit-il. "Par rapport à mes années les plus florissantes, mon salaire est aujourd'hui raboté de quasi 70%. Mais je n'en ai cure. L'essentiel, à mes yeux, est de retrouver le plaisir de jouer dans un nouvel entourage. Et je sais que l'occasion me sera donnée, ici, de m'exprimer à bon escient. Avant d'entrer dans le vif du sujet avec Molenbeek, j'ai assisté en spectateur au tout premier sommet du championnat entre Charleroi et le Standard au Mambourg. Et j'ai été d'emblée conquis. Je me suis fait la réflexion, après coup, que ce footbal belge était taillé sur mesure pour moi. Trois mois plus tard, je me rends compte que je ne m'étais pas trompé. Je suis sûr de pouvoir rebondir ici avant de renouer, qui sait, avec un football plus huppé? En attendant, je savoure mon bonheur présent. Et à venir, car quelque chose me dit qu'avec Emilio Ferrera, les plus beaux espoirs nous sont sûrement permis". Dia 1Bruno Govers