Dans le monde du golf, on considère la Ryder Cup, la compétition qui oppose les douze meilleurs Américains aux douze meilleurs Européens, comme un tournoi hors catégorie. La preuve ? Les 24 sélectionnés, qui émargent tous à l'élite mondiale, ne perçoivent pas un centime. Ils jouent pour l'honneur de leur continent.
...

Dans le monde du golf, on considère la Ryder Cup, la compétition qui oppose les douze meilleurs Américains aux douze meilleurs Européens, comme un tournoi hors catégorie. La preuve ? Les 24 sélectionnés, qui émargent tous à l'élite mondiale, ne perçoivent pas un centime. Ils jouent pour l'honneur de leur continent. Nicolas Colsaerts (31 ans) en a fait l'expérience. En 2012, il est devenu le premier joueur du Benelux à être sélectionné pour la Ryder Cup. Colsaerts : " Je me suis préparé en Espagne. J'y ai rencontré des Néerlandais et des Espagnols qui savaient tous qui j'étais et qui m'ont souhaité beaucoup de succès. C'est dans des moments pareils qu'on réalise qu'on ne va pas disputer n'importe quel tournoi pour soi-même. On représente un continent, l'Europe. Cela suscite énormément d'enthousiasme, surtout avec un scénario comme à Medinah. Je ne connais personne qui a éteint sa télévision ce dimanche-là. " Medinah 2012 a marqué la percée de Colsaerts sur la scène mondiale. " J'ai eu la chance de bien entamer le tournoi, avec une victoire sur Tiger Woods dès le premier jour. En l'espace de 24 heures, mon compte Twitter est passé de 15.000 à 50.000 suiveurs. Ça restera toujours le plus beau souvenir de ma carrière. La Ryder Cup est exceptionnelle. D'abord, on joue en équipe et seuls les meilleurs au monde y participent. Le tournoi respire la tradition, l'histoire. Toutes les légendes y ont participé. Quand j'étais petit, je voulais déjà en être, un jour. L'intensité des matches et la rivalité avec les USA m'attiraient. " Sa victoire avec l'Europe en 2012 a ouvert à Colsaerts les portes du PGA Tour, soit la Ligue des Champions du golf. Mais deux ans plus tard, la conclusion fait mal : notre compatriote est un rien trop juste pour ce niveau. Ces derniers mois, il s'est à nouveau limité au Tour européen, comparable à l'Europa League. " Tout est allé très vite après la Ryder Cup. J'ai dû me fixer de nouveaux objectifs, nourrir des ambitions plus élevées. Je reconnais avoir eu du mal à gérer tout ça. L'ambiance des tournois américains est très différente. Là-bas, le golf est un spectacle. Les gens paient leur billet pour voir un show. C'est beaucoup plus agité. Un Européen doit être vraiment très fort car on vous balance de ces trucs... D'un autre côté, le PGA est évidemment l'élite absolue. On y retrouve tous les meilleurs joueurs et les greens sont tous en parfait état. Il serait ridicule de laisser passer une chance pareille. " Le jovial Colsaerts parle de déception mais il ne fait pas uniquement allusion à ses prestations. La vie de l'autre côté de l'Atlantique ne lui plaisait pas. Colsaerts : " Aux States, tout est business, tout est réglementé. Le plaisir de jouer me manquait. Les compétitions européennes sont beaucoup plus agréables. Toutes les villes, tous les pays sont différents alors qu'aux Etats-Unis, les villes se ressemblent toutes. La nourriture est partout la même, les hôtels aussi. A la longue, c'est ennuyeux. J'étais basé en Floride mais je n'y avais pas de réels contacts sociaux. La plupart des gens mènent une existence monotone. Je n'ai pas vraiment eu de conversations profondes avec Jef ou Mike, qui tondent leur gazon tous les jours. " Non, Colsaerts n'est pas vraiment un fan de l'American way of life. La rivalité avec les Etats-Unis constitue un des principaux pôles d'attraction de la Ryder Cup. Jusqu'en 1979, le tournoi se résumait à un duel entre l'Amérique et le Royaume-Uni mais depuis que l'Europe continentale y a été associée, la popularité et le succès sportif des golfeurs européens ont crû de manière exponentielle. De la fondation de l'épreuve, en 1927, jusqu'en 1977, les USA ont gagné 18 des 22 tournois mais depuis l'élargissement de 1979, les rapports de force ont changé : l'Europe a remporté 9 des 17 derniers tournois. " Les Européens sont toujours ultra motivés pour cette épreuve ", raconte Colsaerts. " C'est pour nous l'opportunité de montrer que le golf n'est pas réservé aux Américains, une impression très forte dans les pays anglo-saxons. La plupart des joueurs européens n'aiment vraiment pas les Américains. Nos regards reflètent ce sentiment intense et nous jubilons avec plus d'enthousiasme encore quand nous réalisons un bon score. " L'Anglais Ian Poulter, un joueur très expressif qui se surpasse toujours à l'occasion de la Ryder Cup, est l'illustration de cette passion. Il jure et jubile comme un Guy Luzon engrandeforme. " Poulter a donné des couleurs aux dernières éditions ", reconnaît Colsaerts. " En fait, il voulait devenir footballeur professionnel et la Ryder Cup lui permet en quelque sorte de concrétiser un peu ce rêve. Au moment même, on est in the zone, ce n'est que quelques années plus tard qu'on mesure la portée de ce qu'on a réussi. Quand je revois les images de Medinah, je découvre un autre Colsaerts. Les yeux, la concentration, la conviction... Je ne me savais pas comme ça. " La camaraderie qui règne entre les joueurs pendant la Ryder Cup est frappante. Colsaerts : " Absolument. Je trouve qu'en général, les Européens ont un sens de l'humour plus développé que les Américains, ce qui se reflète aussi dans leur manière de se comporter les uns avec les autres. La camaraderie qu'on voit à la Ryder Cup est réelle, au point que les Australiens, les Asiatiques et les Sud-Américains supportent tous l'Europe. Donc, on peut considérer la Ryder Cup comme une épreuve du monde contre les USA. " La rivalité entre les deux équipes se reflète sur l'ambiance qui règne sur le parcours. A Medinah, par exemple, on entendait souvent des huées dès qu'un Européen entrait en action. Ce sera l'inverse à Gleneagles. " N'étant pas très connu, je n'ai pas souffert de ces huées ", réplique Colsaerts. " Mais quand j'ai joué avec Sergio Garcia, j'ai été frappé de la façon dont on l'insultait. Parfois, ça allait vraiment très loin. Ça fait partie du show. Ça se produit aussi en football quand une équipe joue en déplacement mais à une différence près : ici, les gens sont juste derrière nous ou à côté. " Ce n'est pas vraiment l'attitude qu'on attendrait d'un sport à la réputation aussi élitiste. Colsaerts : " Non mais c'est justement pour ça que la Ryder Cup est si spéciale. Il n'y a que deux grands objectifs, en golf : gagner un major et faire partie de l'équipe de Ryder Cup. " Ce sont des événements comme la Ryder Cup qui doivent débarrasser le golf de son image élitiste. Des personnalités comme Ian Poulter y contribuent également. Colaserts n'est pas tout à fait d'accord. " C'est surtout une façade. Ce n'est pas parce qu'on porte un pantalon à losanges qu'on est un rebelle. Ceux qui fournissent le meilleur spectacle aux caméras sont en général de braves pères de famille qui, une fois à la maison, jouent avec leurs gosses dans le jardin. Comme Bubba Watson. Il donne l'impression de jouer pour le public mais dès que les caméras se détournent de lui, il n'a plus le moindre contact avec les spectateurs. C'est ce que je veux dire en parlant du cirque qui entoure le Tour PGA et c'est cet aspect que je n'aime pas. Ils prétendent faire ça pour le peuple mais en leur for intérieur, ils s'en fichent royalement. " Colsaerts lui-même a plutôt la réputation d'être sage. " Je camoufle mes émotions. Parfois, je voudrais être plus extraverti mais c'est danser sur une corde. Dès qu'on cherche une interaction avec le public, on perd sa concentration. On risque aussi de se forger une réputation qui peut s'avérer néfaste par la suite. " Il raffole pourtant de personnalités du sport comme Goran Ivanisevic, John McEnroe et Eric Cantona. Colsaerts : " En effet, j'aime bien les sportifs qui pètent un plomb. Malheureusement, il est de plus en plus difficile d'être original dans le contexte actuel du sport de haut niveau, tout étant réglementé jusqu'à l'absurde. En golf, il est particulièrement difficile de se distinguer. L'ambiance et l'étiquette vous empêchent de facto d'être rebelle, ne fût-ce qu'un peu. " Colsaerts est conscient que le golf a un problème d'image. C'est partiellement lié à la condescendance avec laquelle on parle de son sport. Pour appuyer ses dires, le Bruxellois explique comment se déroule une semaine normale. " Je me rends au tournoi le lundi soir. Le mardi, je m'entraîne, je reconnais le parcours et je joue au moins neuf trous. Le mercredi, il y a généralement un événement pour les sponsors. Dans le meilleur cas, je m'en sers comme une partie de mon entraînement. Du jeudi au dimanche, il y a le tournoi. On ne fait que jouer au golf et dormir. Donc, je suis environ 35 heures par semaine sur les parcours et parfois, entre les coups, je suis un programme spécifique de fitness. Le calendrier est très chargé, avec plus de trente tournois par an. J'attache énormément d'importance à la prévention des blessures. Beaucoup de gens sous-estiment l'impact des mouvements de golf. C'est un sport qui surcharge les épaules, le dos et les genoux. Il vaut donc mieux être en bonne condition. Je n'ai qu'un conseil à donner aux gens qui se moquent de l'aspect sportif du golf : qu'ils aillent frapper des balles pendant une heure. Je suis sûr que le soir, ils auront mal partout. L'aspect mental est encore plus important. Rester concentré cinq heures par jour pendant quatre journées d'affilée requiert une fameuse énergie. Le mieux est de ne pas trop y penser. Dès qu'on est sur le green, il faut jouer, c'est tout. " En 2016, le golf sera repris au programme olympique, pour la première fois. C'est un pas dans la bonne direction, estime Colsaerts, en guise de conclusion. " Ce choix se justifie car c'est un sport pratiqué dans le monde entier, une discipline aussi qui défend le fair-play. Ce sont des critères qui tiennent le CIO à coeur. En fait, il est même bizarre qu'il ne l'ait pas ajouté plus tôt à son programme. "PAR MATTHIAS STOCKMANS" En golf, il n'y a que deux grands objectifs : gagner un major et faire partie de l'équipe de la Ryder Cup. " Nicolas Colsaerts