Peut-on dire que Genk est une grande équipe?

Sef Vergoossen: Nous manquons encore de sérénité et d'expérience. Nous sommes la plus jeune des équipes de pointe, notre moyenne d'âge est six ans plus basse que celle d'Anderlecht. L'expérience, ce n'est pas seulement demander à Skoko de dicter le rythme. Il a besoin de partenaires qui le comprennent. Je peux travailler cela à l'entraînement mais c'est en match que ça s'apprend le plus.
...

Sef Vergoossen: Nous manquons encore de sérénité et d'expérience. Nous sommes la plus jeune des équipes de pointe, notre moyenne d'âge est six ans plus basse que celle d'Anderlecht. L'expérience, ce n'est pas seulement demander à Skoko de dicter le rythme. Il a besoin de partenaires qui le comprennent. Je peux travailler cela à l'entraînement mais c'est en match que ça s'apprend le plus. Non, c'est une bonne chose pour les joueurs car ils apprennent à gérer la pression et l'attention du monde extérieur. Ce sont des choses qui ne s'intègrent pas devant un tableau.L'équipe la plus puissante et la plus expérimentée. Nos concurrents ont tous plus d'expérience que nous, ils sont plus grands et plus lourds. Tant que nous pourrons trouver une solution technique, il n'y aura pas de problèmes mais par moments, il faudra se battre. Si nous sommes réalistes, nous devons reconnaître que nous ne sommes pas candidats au titre. Il est vrai que nous sommes plus forts que prévu tandis que Bruges et Anderlecht perdent plus de plumes qu'on aurait pu le penser. Si nous sommes champions, ce sera la faute de ces deux équipes et nous ferons tout pour leur rendre la vie dure le plus longtemps possible.L'an dernier, plusieurs espoirs se sont aussi joints au noyau mais des joueurs qui passent de Juniors et s'imposent en Première, comme Koen Daerden, sont des exceptions. 98 % des jeunes éclosent petit à petit. Parfois, il est bon d'aller chercher quelqu'un d'autre afin de protéger un jeune pendant quelques mois de plus. C'est ce que je leur ai dit. Avant qu'on ne parle d'un nouveau gardien dans les journaux, j'avais déjà parlé à Jan Moons et Bram Castro. Le style de jeu est une marque de respect envers les supporters. Jusqu'à présent, j'estime que nous avons fait le bon choix en essayant avant tout de donner du plaisir à nos 20.000 spectateurs. Cela leur a remonté le moral et nous a rapporté beaucoup de points. Mais quel que soit le choix qu'on effectue, on perdra toujours des plumes ici ou là. Tant que nous jouerons offensivement, il y aura donc des dégâts. Toutefois, je ne crois pas que nous sombrerons. Je ne pense pas qu'il faille changer quoi que ce soit à cause de ce 4-4-2. D'autant que nos buts encaissés n'ont rien à voir avec le système mais sont la conséquence d'erreurs individuelles. Système progressifEn observant Genk, l'an dernier, je me suis rendu compte que cette équipe laissait trop d'espaces. Josip Skoko jouait derrière les attaquants, les ailiers restaient collés à leur ligne et, au milieu, Bernd Thijs ne pouvait boucher tous les trous. Je l'ai vu couler. J'ai donc fait reculer Skoko, qui est désormais moins facile à éliminer, ce qui nous rend moins fragiles.En football, le but est de profiter au maximum des espaces. Ces espaces, il faut les diviser de façon à ce que quatre joueurs ne doivent pas se tuer à courir pour les sept autres. Mieux on joue, moins il y a d'espace. Alors, il faut savoir s'en créer.C'est son droit. A nous de trouver la solution technique ou tactique pour le contourner. S'il est bien appliqué, notre système oblige l'adversaire à se replier. Alors, il faut abattre le mur. Et dans la plupart des cas, nous y arrivons.J'ai constaté l'an dernier que l'équipe n'était pas sereine. Or, ce groupe ne peut progresser que dans le calme. Et pour cela, il faut que tout soit bien clair. Si on change tout parce qu'on a fait match nul à domicile, on ne donne pas confiance aux joueurs. Si des erreurs ont été commises, il faut en parler. Comment puis-je corriger ou complimenter un joueur si je ne lui ai pas dit avant le match ce que j'attendais de lui, ce qu'il devait faire en perte de balle ou en possession de balle? Changer de système chaque semaine nuit à la sérénité d'un groupe. Je pars d'un 4-4-2 que nous essayons de transformer en 4-2-4. 70% de mes entraînements sont consacrés à la mise en pratique de ce système. C'est pourquoi, même si je trouve que Rogério est un joueur fantastique, c'est Skoko qui joue: je veux que nos médians centraux jouent haut. Notre objectif principal, c'est la profondeur, pas la circulation latérale du ballon. En possession de balle, les médians doivent donc faire un pas en arrière et trois en avant. Rogério, lui, fait le contraire.A Roda, il m'a fallu six mois avant de pouvoir faire jouer Bob Peeters et Peter Van Houdt ensemble. Un jour, je les ai empêchés de s'entraîner avec le groupe et je les ai envoyés sur un terrain séparé où je leur ai interdit de venir dans la partie de l'autre. -De toute façon, vous ne voulez pas jouer ensemble, leur ai-je dit. C'est comme ça qu'on réveille les joueurs. Au début, Wesley et Dagano se marchaient aussi sur les pieds mais ils ont vite compris ce qu'on attendait d'eux. Les joueurs ont été viteOui car, après deux mois, ils en étaient déjà à un stade que je ne pensais atteindre qu'après la trève. J'ai dit à Wes' et à Moumou qu'ils ne devaient pas s'attendre à ce que tout ce qu'ils essayaient réussisse du premier coup mais qu'ils devaient se construire des bases sur lesquelles se reposer. Notre approche du jeu oblige l'adversaire à faire des choix. Si nous exécutons tout convenablement, il peut boucher les trous pendant un certain temps puis il craque. C'est un combat: qui s'adaptera le premier à l'autre? Je ne veux pas que ce soit nous car, la plupart du temps, le premier qui s'adapte est le plus faible.Ce qui est bien, ici, c'est que nous avons assez de monde pour travailler par petits groupes. Je peux entraîner 45 personnes mais elles ne progresseront pas car je ne leur accorderai pas suffisamment d'attention. A l'école, il y avait 40 élèves dans ma classe. Ce n'est pas comme cela qu'on devient plus intelligent. Je n'ai progressé qu'à l'école moyenne, dans des classes plus petites. Là, je me suis mis à comprendre beaucoup de choses plus rapidement.Oui. Sur ce plan, je n'ai pas du tout à me plaindre car les joueurs ont tout: deux kinés, un sauna, un jacuzzi, un bain de vapeur... Si l'entraînement se termine à 16 heures, ils restent jusque 17 heures pour en profiter. Celui qui n'est pas prêt physiquement doit se présenter au stade à huit heures. Un quart d'heure plus tard, le médecin est là. A huit heures trente, je sais qui peut s'entraîner avec le groupe, qui reste aux soins ou qui suit un entraînement individuel avec Roland Jansen. Les autres doivent arriver à neuf heures et l'entraînement commencer à dix heures. Je ne fais pas cela pour mon plaisir mais il ne faut pas que les deux kinés voient débarquer sept joueurs à dix heures moins le quart non plus. Les cours de néerlandais sont aussi importants que les entraînements, ils font partie du métier. Celui qui ne s'y présente pas se voit d'abord infliger une amende. Et la fois suivante, il est écarté. Lorsque c'est possible, quelqu'un du staff technique assiste au cours. Notre programme d'entraînement est déterminé quatre semaines à l'avance, les joueurs savent ce qu'ils feront jeudi prochain à 15 heures.Comment toujours progresser?Vivre comme un professionnel, c'est vouloir progresser. L'entraînement sert à rester en condition. Pour rester en condition, il faut savoir se reposer et veiller à son alimentation. Celui qui ne prend pas de petit-déjeuner le matin ne supporte pas la charge de l'entraînement matinal et se met dans le rouge. A midi, il est trop fatigué pour manger et, après le deuxième entraînement, il est complètement abattu. Il rentre chez lui crevé et, à onze heures du soir, il a faim. Alors, il va chercher un sachet de frites. Le lendemain matin, il n'a de nouveau pas faim et le cycle recommence. C'est pourquoi notre diététicien parle également avec les épouses et les mères des joueurs.En sport, il faut obtenir des résultats. Et ceux-ci reposent sur trois piliers. Un, le club doit veiller à donner de bonnes conditions de travail: terrains d'entraînement, ballons, staff technique, repas, lessive des équipements, etc. C'est quelque chose qu'on contrôle facilement. La seule chose qu'on ne contrôle pas, c'est le match. C'est ce qui fait la beauté du football. Si je veille à ce que les joueurs ne doivent pas s'énerver pour des détails, ils consacreront plus d'énergie au football.Deux, la condition physique et l'état d'esprit des joueurs. Après une défaite, certains entraîneurs changent de restaurant. Moi pas. J'y retourne jusqu'à ce que je gagne, même si cela dure un an. Cela veut dire qu'il ne faut pas s'attarder à ce genre de choses.Trois, les choses simples comme le règlement d'ordre intérieur qui fait en sorte que, pendant un an, on puisse vivre à 35 sans se taper dessus.Celles que j'inflige sont volontaires et raisonnables. Un joueur qui gagne bien sa vie mais est paresseux de nature ne changera pas parce qu'on lui inflige une amende. Dans un autre club, j'ai connu un joueur qui refusait d'aller rechercher un ballon qu'il avait expédié trop loin. Il m'a dit de retirer le prix du ballon de son salaire, histoire de bien montrer qu'il s'en foutait. Le lendemain, je l'ai donc obligé à ramener lui-même un nouveau ballon, sans quoi il ferait des tours de terrain. Dans ce cas, une amende ne lui aurait pas rendu service.Si quelqu'un arrive en retard, je l'oblige à se présenter une demi-heure plus tôt le lendemain. En cas de récidive, il doit venir une heure plus tôt. S'il le faut, je vais jusqu'à sept heures du matin, même si je dois venir à cette heure-là également.Un ou deux Sonck, ça vaOui. Je tiens toujours mes engagements, même si je dois remuer ciel et terre ou même si, comme voici quelques années, l'Ajax me contacte alors que je viens de resigner à MVV.J'ai dit à Sonck qu'il ne devait pas affirmer des choses sur lesquelles il serait obligé de revenir plus tard. Pour le moment, je préfère qu'il s'entraîne. Si j'estime qu'un joueur est capable de progresser sur les plans mental, tactique et physique en partant, je ne lui demanderai jamais d'attendre encore un an.Il est bien parti. Je ne m'attendais pas à ce qu'il atteigne aussi rapidement un tel niveau. Quand on voit la façon dont il gère toute cette publicité, on se dit qu'il est déjà mûr. Il garde les pieds sur terre, sait ce qu'il veut et est assez intelligent pour comprendre ce qui se trame autour de lui. Un type pareil peut supporter beaucoup de choses. Il n'a pas marqué pendant trois matches mais est resté très calme. Et connaissant son assiduité, je lui tire mon chapeau.J'estimais qu'il se comportait mal envers les arbitres. Ce n'est pas bon. Un joueur sur mille est capable de s'occuper de l'arbitre, des juges de ligne, de l'adversaire et du public tout en jouant bien. Les autres sombrent s'ils se mêlent de cela. Je lui ai donc conseillé d'arrêter. Celui qui veut progresser doit jouer le plus de matches possible à son meilleur niveau, éliminer les périodes creuses. Pour cela, il faut éviter les cartes. Si j'étais scout dans un grand club, je ne m'intéresserais pas aux joueurs qui sont suspendus huit fois par saison. Sans quoi je devrais pratiquement en transférer deux pour le même poste. Car la force d'un grand club, c'est de pouvoir compter le plus possible sur ses joueurs de base.A l'occasion du dernier match amical avant le championnat, un sponsor m'a dit que Sonck recevrait au moins dix cartons jaunes cette saison. Je lui ai répondu que, s'il en prenait sept, je lui offrirais non pas une bouteille mais une caisse de vin. Par contre, s'il en reçoit moins de cinq, c'est moi qui aurai droit à la caisse. Jusqu'ici, il en a pris deux, dont une injuste. Au RWDM, il a même évité qu'un adversaire prenne une carte. Je vous le dit: il est déjà très loin.Je ne suis d'ailleurs pas d'accord avec ceux qui le trouvent arrogant envers ses partenaires. Les remarques qu'il adresse pendant le match prouvent qu'il songe aux intérêts de l'équipe. Au RWDM, il a secoué Hans Leenders qui n'a pas accepté la remarque mais qui, un peu plus tard, a commis un penalty alors que Wesley l'avait prévenu. Peut-être aurait-il dû crier plus fort...Tout à fait. Il n'en faut pas quatre, sans quoi on devient fou mais un ou deux, c'est très bien, ça fait vivre le groupe.Je suis très exigeant envers mes joueurs mais c'est dans leur intérêt. Le plus grave qui puisse m'arriver, ce serait que les joueurs disent plus tard que je ne leur ai rien appris. Tous les joueurs que je retrouve me disent que je les ai faits souffrir mais qu'ils ont beaucoup progressé. Et c'est l'objectif: faire mieux chaque année. Geert Foutré,