On avait diagnostiqué un mal incurable des pieds, un mal qui était synonyme de fin de carrière, mais dès sa rentrée à Montréal, Martina Hingis a passé deux tours avant de trébucher face à Jelena Dokic. Il n'y avait pas de quoi avoir honte, ce n'était qu'un manque de rodage. "Je sais ce qu'il me reste à faire, car je ne participe pas à l'US Open pour jouer les figurantes", affirme-t-elle.
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On avait diagnostiqué un mal incurable des pieds, un mal qui était synonyme de fin de carrière, mais dès sa rentrée à Montréal, Martina Hingis a passé deux tours avant de trébucher face à Jelena Dokic. Il n'y avait pas de quoi avoir honte, ce n'était qu'un manque de rodage. "Je sais ce qu'il me reste à faire, car je ne participe pas à l'US Open pour jouer les figurantes", affirme-t-elle. Martina Hingis a subi une opération des ligaments de la cheville gauche le 20 mai. Elle semblait davantage vouée à la chaise roulante qu'aux courts. On la disait réduite à l'état d'épave. Son côté gauche était en lambeaux, elle se plaignait du pied, du genou, de la hanche. Le Docteur Buhlmann était pessimiste. Avant même l'opération, il lui conseillait d'arrêter de jouer au tennis. On parlait d'arthrose grave des pieds. C'était à cause des chaussures. Hingis a réclamé 40 millions d'euros de dommages et intérêts à son équipementier, Sergio Tacchini. La Suissesse a porté des chaussures de cette marque de 1996 à 1999. Elle estime la société italienne responsable de sa blessure chronique au pied. Pourtant, ces chaussures n'avaient pas constitué un handicap à ses performances, au début. Elle a dominé le classement mondial pendant 209 semaines. Son corps a réclamé son tribut plus tard, même siHingis a encore atteint la finale de l'Open d'Australie en 2000 et en 2001. Une tendinite au dos puis des plaintes récurrentes au pied ont entaché les deux dernières saisons. C'étaient les premiers signaux de détresse d'un corps usé par le sport de haut niveau. Le tribut d'excès prématurés. Martina Hingis a reçu sa première raquette à l'âge de deux ans. L'instrument d'une obsession. On l'a modelée pour qu'elle devienne une championne. Sa carrière triomphale ne fut qu'un long numéro imposé. Son compte bancaire a dépassé toute mesure, mais on peut néanmoins parler de maltraitance. La tragédie vécue par sa mère a eu des répercussions sur Martina, dès sa tendre enfance.Sa mère, Melanie Molitor, est une véritable garce, même si elle peut avancer des circonstances atténuantes. Sa vie n'est faite que de cicatrices. Le décor: la Tchécoslovaquie communiste. Melanie Molitor a vu le régime pulvériser la vie de son père, un dissident qui encensait les valeurs occidentales et réprouvait ouvertement le concept rouge. Prix de ses commentaires: huit ans dans une mine d'uranium, dans un camp de concentration stalinien. A la maison, une fillette pleurait son papa et se laissait envahir par la rage. Melanie Molitor voulait se venger. Et partir. Quitter le pays qui avait brisé son père pour chercher le bonheur ailleurs. Elle a compris que les courts de tennis pourraient lui offrir la liberté rêvée. Elle en avait un exemple sous les yeux: Martina Navratilova, sa compatriote, avait obtenu un visa pour les Etats-Unis. Las, Melanie Molitor n'émargeait pas à l'élite et elle a moisi dans le circuit régional. Elle est donc restée en Slovaquie. Mais sa fille pouvait lui offrir sa revanche par procuration. Ce n'est pas pour rien qu'elle l'a prénommée Martina. Kosice est une ville macabre de Slovaquie. C'est là que Martina a grandi et qu'elle a appris à jouer au tennis. Un mariage peut aider. Melanie Molitor a quitté son premier mari pour un Suisse, dont elle s'est rapidement séparée. Elle a obtenu ce qu'elle voulait: l'asile en Suisse, avec Martina, âgée de sept ans. Martina Hingis affirme tout devoir à sa mère. C'est exact. Notamment son caractère: c'est une garce. Mais elle a une excuse: qui aurait pu lui apprendre ce qu'est l'amour? Rien ni personne ne la touche, elle s'épand en commentaires blessants avec la même aisance qu'elle aligne les balles gagnantes. Mais est-elle encore capable de gagner? Tout le monde connaît son point faible: les hommes. Sa dernière conquête en date est Sergio Garcia, le champion espagnol de golf. Mais elle traite ses amis comme des kleenex. Que voulez-vous? Elle a été élevée pour être une championne. Nul ne lui a appris ce qu'est l'amour. Ben Herremans"Tout le monde connaît le point faible de Hingis: les hommes"